Le rebond isostatique en Patagonie // Isostatic rebound in Patagonia

Avec la fonte des glaciers et leur perte de masse à la surface de la Terre, cette dernière a tendance à se soulever dans un phénomène baptisé rebond isostatique. Il a été observé en Islande où certains scientifiques pensent que la pression moindre exercée par les glaciers pourrait favoriser une accélération de l’activité éruptive. Rien de tel n’a été observé pour le moment et il faudra prendre en compte de longues périodes de temps pour avoir confirmation de cette conséquence éventuelle. L’échelle géologique est beaucoup plus longue que l’espérance de vie d’un être humain!

Comme en Islande, les champs de glace qui s’étendent sur des centaines de kilomètres en Patagonie le long de la Cordillère des Andes en Argentine et au Chili fondent à l’un des rythmes les plus rapides de la planète. Dans le même temps, le sol sous cette couche de glace s’élève à mesure que les glaciers disparaissent. En plus de ce que l’on sait déjà en Islande, les géologues ont découvert en Patagonie un lien possible entre la perte récente de la masse de glace, le soulèvement rapide des roches et une faille entre les plaques tectoniques qui sous-tendent la région.

Une équipe scientifique de l’université de Washington à St. Louis (Missouri), vient de terminer l’une des premières études sismiques des Andes patagoniennes. La recherche a été financée par la National Science Foundation. Dans une publication parue dans la revue Geophysical Research Letters, ils décrivent et cartographient la dynamique locale de la subsurface de la Patagonie.

Les données obtenues pour effectuer l’étude montrent comment un rift dans la plaque tectonique descendante, à environ 100 kilomètres sous la Patagonie, a permis à des matériaux mantelliques plus chauds et moins visqueux de s’écouler sous l’Amérique du Sud. Au-dessus de cette zone, les champs de glace ont rétréci, supprimant le poids qui faisait autrefois fléchir le continent vers le bas. Les scientifiques ont constaté une très faible vitesse sismique dans et autour du rift, ainsi qu’un amincissement de la lithosphère rigide recouvrant le rift. Ces conditions particulières du manteau sont à l’origine de bon nombre des changements récents observés en Patagonie, notamment le soulèvement rapide de certaines zones qui étaient auparavant recouvertes de glace.

L’un des auteurs de l’étude explique que « les faibles viscosités signifient que le manteau réagit à la déglaciation sur une échelle de temps de quelques dizaines d’années, plutôt que de milliers d’années. » Un autre fait intéressant est que la viscosité est plus élevée sous la partie sud du champ de glace de la Patagonie méridionale par rapport au champ de glace de la Patagonie septentrionale, ce qui contribue à expliquer pourquoi les taux de soulèvement varient du nord au sud.

Ce rebond isostatique, aussi appelé ‘ »ajustement isostatique glaciaire », est surtout important parce qu’il affecte les prévisions d’élévation du niveau de la mer dans le cadre de scénarios de réchauffement climatique futurs.

L’une des découvertes les plus intéressantes de l’étude est que les parties les plus chaudes et les moins visqueuses du manteau se trouvent dans la région du rift, sous la partie des champs de glace de Patagonie qui s’est ouverte le plus récemment.

Source: ta météo.com.

—————————————–

With the melting of glaciers and their loss of mass on the surface of the Earth, the latter tends to rise in a phenomenon called isostatic rebound. It has been observed in Iceland where some scientists believe that the reduced pressure exerted by glaciers could promote an acceleration of eruptive activity. Nothing like this has been observed so far and long periods of time will have to be taken into account for confirmation of this possible consequence. The geological scale is much longer than the life expectancy of a human being!

As in Iceland, the ice fields that stretch ove hundreds of miles in Patagonia along the Andes Cordillera in Argentina and Chile are melting at one of the fastest rates on Earth. At the same time, the ground beneath this ice sheet is rising as the glaciers disappear. In addition to what has already been observed in Iceland, geologists in Patagonia have discovered a possible link between the recent loss of ice mass, rapid rock uplift and a fault between the tectonic plates that underlie the region. .
A group of scientists from Washington University in St. Louis, Missouri, has just completed one of the first seismic studies of the Patagonian Andes. The research was funded by the National Science Foundation. In a publication in the journal Geophysical Research Letters, they describe and map the local dynamics of the Patagonian subsurface.
Data obtained to perform the study show how a rift in the descending tectonic plate, about 100 kilometers beneath Patagonia, allowed hotter, less viscous mantle materials to flow beneath South America. Above this area, the ice fields have shrunk, removing the weight that once flexed the continent downward. Scientists observed very low seismic velocity in and around the rift, as well as a thinning of the rigid lithosphere covering the rift. These particular mantle conditions are driving many of the recent changes seen in Patagonia, including the rapid uplift of some areas that were previously covered in ice.
One of the authors of the study explains that « the low viscosities mean that the mantle reacts to deglaciation on a time scale of tens of years, rather than thousands of years. » Another interesting fact is that the viscosity is higher under the southern part of the Southern Patagonian Icefield compared to the Northern Patagonian Icefield, which helps explain why uplift rates vary from north to south.
This isostatic rebound, also called « glacial isostatic adjustment », is especially important because it affects predictions of sea level rise in relation with future climate warming scenarios.
One of the study’s most interesting findings is that the hottest, least viscous parts of the mantle are found in the rift region, beneath the part of the Patagonian Ice Fields that most recently opened up. .
Source: tameteo.com.

Crédit photo : Wikipedia

Dans la province de Santa Cruz, au sud-ouest de la Patagonie argentine, à la frontière avec le Chili, le parc national Los Glaciares héberge de nombreux glaciers qui aboutissent dans les lacs. Le plus connu et le plus accessible est le Perito Moreno qui est l’un des rares glaciers de la planète à résister aux assauts du réchauffement climatique. Ce comportement est dû aux abondantes précipitations neigeuses sur sa zone d’accumulation.

Source: NASA

Nouveau parc naturel des glaciers au Chili // New glacier natural park in Chile

Le président chilien Sebastián Piñera a annoncé le 5 mars 2022 la création d’un nouveau Parc naturel dans la région de Santiago, qui permettra de protéger 368 glaciers. Cette nouvelle zone protégée, située à 60 km de Santiago, couvre 75 000 hectares et permettra de protéger 46% des surfaces glacées de la région.

Avec le Parc naturel des Glaciers, le Chili va pouvoir protéger les glaciers qui contiennent une part estimée à 56% de l’eau emmagasinée dans la région où vivent plus de 7 des 18 millions de Chiliens.

En vertu du label “Parc national”, les glaciers protégés ne pourront être “ni altérés ni touchés ».

Plus de 7 millions de personnes vivent dans la région de Santiago, frappée comme le reste du pays par une sécheresse chronique. 2021 a marqué la 13ème année consécutive de sécheresse et a été la 4ème année la plus chaude depuis1950.

Le Chili abrite 80% des glaciers d’Amérique latine et fait partie des dix pays possédant la plus grande masse glaciaire au monde, avec notamment le Canada, les États-Unis, la Chine et la Russie

Source : Presse internationale.

———————————————–

Chilean President Sebastián Piñera announced on March 5th, 2022 the creation of a new Natural Park in the Santiago region, which will protect 368 glaciers. This new protected area, located 60 km from Santiago, covers 75,000 hectares and will protect 46% of the region’s frozen surfaces.
With the Glaciers Natural Park, Chile will be able to protect the glaciers which contain an estimated 56% of the water stored in the region where more than 7 of the 18 million Chileans live.
Under the “National Park” label, the protected glaciers cannot be “neither altered nor touched”.
More than 7 million people live in the Santiago region, hit like the rest of the country by chronic drought. 2021 marked the 13th consecutive year of drought and was the 4th hottest year since 1950.
Chile is home to 80% of Latin America’s glaciers and is one of the ten countries with the largest glacier mass in the world, including Canada, the United States, China and Russia.
Source: International news media.

Cerro El Plomo, l’un des volcans à proximité de Santiago (Crédit photo : Wikipedia)

L’agonie de la Mer de Glace (France) [suite]

Après un premier chapitre consacré à la hausse des températures dans le monde, ma conférence « Glaciers en péril, les conséquences du réchauffement climatique » débute par la situation dans les Alpes et en particulier la Mer de Glace. J’ai visité le glacier pour la première fois à l’âge de 8 ans. Dans les années 1950-1960, il n’y avait pas besoin d’un télécabine et plus de 400 marches pour atteindre la grotte percée dans le glacier. On y accédait pratiquement de plain pied.

Aujourd’hui, le réchauffement climatique a eu raison de la Mer de Glace. Les repères annuels qui ponctuent la descente par l’escalier métallique montrent avec quelle vitesse le glacier a fondu. On peut presque affirmer qu’à l’instar de l’Okjökull en Islande il est à l’agonie, voire mort.

Un article paru sur le site de la radio France Info nous montre une autre conséquence de l’effet du réchauffement climatique sur la Mer de Glace. Au cœur du glacier, la centrale hydroélectrique est, elle aussi, rattrapée par la hausse des températures et EDF a engagé une course contre la montre pour trouver un nouveau point de captage.

Grégoire Lecalot, journaliste à France Info, explique que l’on accède à la centrale par une galerie de deux kilomètres de long, creusée dans la montagne. Au bout de cette galerie, il faut escalader un escalier de fer particulièrement pentu. On arrive enfin au niveau des trois prises d’eaux qui montrent parfaitement la course engagée entre EDF et la fonte du glacier. Un technicien de l’exploitation explique qu’il y a 10 ans, le glacier et la prise d’eau pour capturer l’eau étaient beaucoup plus bas. Compte tenu du réchauffement climatique, il a fallu creuser une nouvelle galerie d’environ un kilomètre pour aller chercher l’eau plus haut. Les températures n’ayant pas cessé de grimper et le glacier n’ayant pas cessé de fondre, il faut de nouveau aller chercher l’eau différemment.

Ces nouveaux travaux vont coûter 3 millions d’euros, à ajouter aux 25 millions qu’il avait fallu consacrer à la recherche de l’actuel point de captage de l’eau. Ce dernier, similaire à une cascade, débouche sur une salle souterraine. Des ouvriers y travaillent au renforcement des parois. Il faut faire vite car la salle n’est accessible que trois mois par an. Au centre, un bassin recueille l’eau du torrent glaciaire. Le plafond de la salle est constitué de la glace du glacier de la Mer de Glace. Pour le moment, son épaisseur est de plusieurs dizaines de mètres, mais il va continuer de fondre a raison de 40 à 50 mètres par an.

L’avenir de la Mer de Glace s’annonce très sombre. Dans sa conclusion, Grégoire Lecalot explique que « si le réchauffement climatique se poursuit au même rythme, les générations futures ne verront plus de la Mer de Glace qu’un lac et un torrent de montagne. La centrale électrique sera peut-être toujours là mais elle captera l’eau au débouché du torrent, à l’air libre, comme de nombreuses autres. Les huit kilomètres de galeries creusées au cœur du massif du mont Blanc ne raconteront alors plus qu’une vieille histoire. »

Vous pourrez lire le reportage dans son intégralité à cette adresse :

https://www.francetvinfo.fr/economie/energie/reportage-au-coeur-de-la-centrale-hydroelectrique-de-la-mer-de-glace-rattrapee-par-le-rechauffement-climatique_4975395.html

Voici la Mer de Glace en août 1956 :

La voici en septembre 2020 :

Le réchauffement climatique en Suisse // Global warming in Switzerland

Un internaute, visiteur assidu de mon blog, m’a transmis des observations très intéressantes effectuées par les météorologues suisses à propos du dérèglement climatique. Jusqu’en 2021, ils ont utilisé la moyenne des différents paramètres de la période 1981-2010, y compris pour les stations du Valais.

Toutefois, depuis 2022, les Suisses prennent en compte comme référence les données de la période 1991-2020. Cette évolution est nécessaire au vu de la rapidité du réchauffement climatique depuis la fin des années 1980, en particulier dans les latitudes tempérées où nous vivons, et surtout dans les latitudes boréales. On remarquera qu’en 2019 et 2020, mis à part deux mois, toutes les moyennes mensuelles de température se sont situées au-dessus de la norme 1981-2020.

S’agissant des 6 stations de référence du Valais, la moyenne des températures sur 30 ans a augmenté de près de 0,5°C entre la période 1981-2010 et 1991-2020. C’est considérable pour une seule décennie, si on réalise que le réchauffement moyen de 2°C en Suisse s’étend sur 130 ans. Cette situation peut s’expliquer par l’accélération du réchauffement à la fin des années 1980.

Le remplacement de la norme décennale 1981-2021 par 2011-2020 a une conséquence importante au niveau des températures. Ainsi, la décennie 2011-2020 a été la plus chaude jamais relevée depuis le début des mesures en Suisse. A noter toutefois que l’augmentation des températures ne se fait pas selon un schéma régulier. Le réchauffement est plus significatif en avril et juin (+0,8°c) qu’en septembre et octobre, par exemple.

——————————————

A frequent visitor to my blog has sent me some very interesting observations made by Swiss meteorologists. Until 2021, they used the average of the various parameters for the period 1981-2010, including the Valais stations.
However, since 2022, the Swiss have taken into account the data for the period 1991-2020 as a reference. This evolution is necessary in view of the rapidity of global warming since the end of the 1980s, in particular in temperate latitudes where we live, and in boreal latitudes. It should be noted that in 2019 and 2020, apart from two months, all the monthly temperature averages were above the 1981-2020 standard.
With regard to the 6 reference stations in Valais, the average temperature over 30 years has increased by almost 0.5°C between the period 1981-2010 and 1991-2020. This is considerable for a single decade, if we realize that the average warming of 2°C in Switzerland extends over 130 years. This situation can be explained by the acceleration of warming at the end of the 1980s.
The replacement of the ten-year standard 1981-2021 by 2011-2020 has an important consequence in terms of temperatures. Thus, the decade 2011-2020 was the coldest ever recorded since the start of measurements in Switzerland. However, the increase in temperature does not follow a regular pattern. The warming is more significant in April and June (+0.8°C) than in September and October, for example.

Graphique montrant le réchauffement de la température moyenne, mensuelle et annuelle, pour les stations du Valais (plaine en bleu, montagne en orange) [Source: MétéoSuisse]

Dans le Valais, les glaciers d’Aletsch et du Rhône fondent à vue d’oeil sous les coups de boutoir du réchauffement climatique (Photos: C. Grandpey)