Le méthane du lac Kivu (Rwanda / RDC) : entre menace et légende…

À cheval entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, à 1460 m d’altitude, le lac Kivu est l’un des dix Grands Lacs d’Afrique. D’un point de vue géologique, il a des points communs avec les lacs Nyos et de Monoun au Cameroun ; en effet,  le Kivu est méromictique, c’est-à-dire qu’il renferme de très fortes concentrations de gaz – dioxyde de carbone (CO2)  et méthane (CH4) en particulier – produits par l’activité volcanique de la région et la décomposition des matières organiques. Selon les scientifiques, cette étendue d’eau dont la profondeur approche par endroits 500 mètres contiendrait quelque 60 milliards de mètres cubes de méthane dissous et environ 300 milliards de mètres cubes de dioxyde de carbone..

En conséquence, les populations qui se trouvent autour du lac Kivu sont sous la menace d’une éruption limnique caractérisée par le dégazage brutal du lac, comme cela s’est produit en 1986 au lac Nyos où plus de 1700 paysans ont été asphyxiées par une déferlante de CO2. Deux ans auparavant, un phénomène semblable était survenu aux abords du lac Monoun, avec 37 victimes. Or, le Kivu contient probablement mille fois plus de gaz que le Nyos dans une région où vivent plus de deux millions de personnes.

En plus du risque d’éruption limnique ; le lac Kivu se trouve à proximité du volcan Nyiragongo. Au cours de l’éruption de 2002, la lave est entrée dans le lac après avoir traversé la ville de Goma et ses 400 000 habitants. On a cragnait que ce contact entre la lave et l’eau déstabilise le lac et provoque des émanations toxiques, mais la situation n’a pas eu de conséquences majeures.

Cette concentration menaçante de méthane est aussi, paradoxalement, une chance pour la région. Il est en effet aujourd’hui possible d’exploiter commercialement le gaz du lac Kivu. Selon certaines estimations, cette exploitation pourrait produire jusqu’à 700 mégawatts d’électricité.  Les sociétés américaines Symbion Power et ContourGlobal extraient le gaz pour alimenter des centrales électriques. Un nouveau projet baptisé KivuWatt, lancé en 2016 génère 26 mégawatts, destinés au réseau local.

Au final, l’exploitation du méthane présente un double avantage : elle fournit de l’électricité tout en réduisant les risques de dégazage intempestif. Le problème, c’est que la rentabilité des projets reste incertaine, mais devrait s’améliorer dans les prochaines années. .

Comme beaucoup de sites géologiques et volcaniques, le lac Kivu possède une légende – très coquine celle-là – concernant son apparition. Elle raconte qu’au temps de la Troisième Dynastie, l’épouse du roi Kamagere , qui se lassait d’attendre son mari parti en guerre, demanda à un soldat de la garde royale de lui faire l’amour. Celui-ci n’en menait pas large car il craignait que ce comportement puisse le condamner à mort. Il accéda toutefois à la demande de la femme. Il approcha son pénis tremblant du clitoris de la souveraine et c’est là que l’histoire trouve toute sa subtilité. Les vibrations furent si intenses qu’elles procurèrent à la reine un plaisir tel qu’elle éjacula et donna naissance au lac Kivu….

Cette légende est racontée dans L’eau sacrée, un documentaire du réalisateur belge Olivier Jourdain. Vous trouverez la bande-annonce en cliquant sur ce lien.

https://youtu.be/BpIxdW-CW_E

Le lac Kivu vu depuis l’espace (Source : NASA)

Nouvel épisode explosif sur le Stromboli (Sicile) // New explosive episode on Stromboli (Sicily)

Aujourd’hui dimanche 19 juillet 2020, c’est le jour choisi par le Stromboli pour attirer l’attention. Deux fortes explosions ont secoué le volcan vers 5 heures du matin et provoqué un mouvement d’angoisse parmi la population qui garde à l’esprit les événements explosifs des derniers moi, avec un mort le 3 Juillet 2019, un randonneur qui gravisait le volcan côté Ginostra. L’INGV indique que les explosions stromboliennes ont projeté des matériaux  incandescents qui ont arrosé toute la terrasse cratèrique ainsi que la Sciara del Fuoco, comme on peut le voir sur l’image de la caméra thermique ci-dessous. Il n’est toutefois fait état d’aucun dégât. .

Selon l’INGV, les deux explosions ont été moins intenses que celle du 3 juillet 2019.

Des centaines de touristes sont présents à Stromboli ces jours-ci. Les habitants ont essayé de les rassurer et souligné qu’il n’y a pas de danger sur l’île. D’ailleurs, les sirènes n’ont pas retenti. Depuis deux jours, le >Stromboli offrait un beau spectacle fascinant tant de la mer que depuis l’altitude de 290m, la limite autorisée pour les randonneurs, pour des raisons de sécurité.

Plus de peur que de mal, donc, mais les événements de ce matin montrent que les restrictions d’accès au volcan sont parfaitement justifiées.

Source : La Sicilia.

Voici une vidéo montrant les explosions de ce matin. Il y avait vraiment beaucoup de pression sous le volcan. Heureusement que l’événement s’est produit à une heure où les touristes sont encore en train de dormir!

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Today Sunday, July 19th, 2020, was the day chosen by Stromboli to attract attention. Two strong explosions shook the volcano at about 5 a.m. and caused a movement of anguish among the population who keep in mind the explosive events of the last months, with one dead on July 3rd, 2019, a hiker who climbed the volcano, side Ginostra. INGV explains the Strombolian explosions threw incandescent materials that sprayed the entire crater terrace as well as the Sciara del Fuoco, as can be seen in the thermal camera image below. However, no damage has been reported. .
According to INGV, the two explosions were less intense than that of July 3rd, 2019.
Hundreds of tourists are present at Stromboli these days. The locals tried to reassure them and stressed that there was no danger on the island. This was confirmed by the fact the sirens did not sound. Stromboli has offered a fascinating show for the past two days, both from the sea and from the altitude of 290m, the limit authorized for hikers, for safety reasons.
More fear than harm, then, but this morning’s events confirm that the access restrictions to the volcano are perfectly justified.
Source: La Sicilia.

Stromboli (Sicile)

Dans ma note du 29 mars 2020 à propos des anneaux de fumée au-dessus du volcan, j’indiquais que l’activité du Stromboli (Sicile) était assez intense avec 15-20 événements VLP par heure, correspondant aux explosions qui étaient principalement localisées dans la partie NE de la terrasse cratèrique. Ce haut niveau d’activité s’accompagne maintenant d’un débordement de lave qui a été observé pour la première fois le 30 mars. La lave a dévalé la Sciara del Fuoco et a atteint le littoral le 31 mars. Ce phénomène s’est accompagné de signaux sismiques révélant probablement des glissements de terrain et des blocs incandescents en train de rouler sur le flanc du volcan.
Source : INGV.

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In my post of March 29th, 2020 abou the smoke rings above the volcano, I indicated that activity at Stromboli (Sicily) was quite intense with 15-20 VLP events per hour, corresponding with the explosions that were mostly located in the NE part of the crater terrace. This high level of activity is now characterised by a lava overflow that was first observed on March 30th. Lava travelled down the Sciara del Fuoco and reached the coastline on March 31st.This phenomenon was accompanied by seismic signals that can be associated with landslides and the rolling of incandescent material.

Source : INGV.

La coulée de lave vue par la webcam INGV

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Ce soir à 20 heures (heures locale), la lave continuait à s’écouler le long de la Sciara del Fuoco.

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Tonight at 20:00, lava was still flowing along the Sciara del Fuoco.

Source : webcam INGV

Quand le Stromboli « fume la pipe »…

D’après le Laboratorio Geofisica Sperimentale, l’activité du Stromboli (Sicile) ces derniers jours a  consisté en explosions stromboliennes dont le siège se trouvait principalement dans la partie NE de la terrasse cratérique. Le tremor se maintient à des valeurs moyennes. Le nombre d’événements VLP (Very Long Period) correspondant aux explosions stromboliennes reste élevé avec entre 15 et 20 événements par heure. Les émissions de SO2 et de CO2 présentent des niveaux bas, avec respectivement des moyennes de 52 tonnes et 549 tonnes par jour.

Comme le fait l’Etna de temps en temps, il arrive au Stromboli de « fumer la pipe » en envoyant de beaux ronds de fumée dans le ciel. Le phénomène a été observé le 27 mars 2020.

Les anneaux de fumée ne sont pas des phénomènes exceptionnels. Des fumeurs peuvent les provoquer en positionnant leurs lèvres et en exhalant la fumée de cigarette d’une certaine manière. Ces ronds apparaissent souvent autour des pots d’échappement des voitures ou autour de la bouche des canons, en particulier dans les bandes dessinées.

Dans son ouvrage Sur l’Etna auquel je faisais référence en indiquant que le Stromboli « fumait la pipe », Haroun Tazieff écrivait en 1991 que « ces ronds de fumée sont provoqués par la convection des gaz lancés à grande vitesse par l’orifice circulaire de la bouche ». Quelques années plus tard, je fus moi-même témoin du phénomène sur l’Etna (voir photos ci-dessous). Dans un échange de correspondance avec le célèbre volcanologue, j’écrivais que « l’expulsion centrale plaquerait les gaz sur la paroi de la bouche où ils s’enrouleraient sur eux-mêmes pour finir par sortir en anneau, étant donné la forme de l’ouverture ». H.. Tazieff me répondit – croquis de sa main à l’appui – que sa propre explication des anneaux était proche de la mienne. « La différence tient essentiellement dans la coupe de la bouche, ce qui, au moment de la bouffée, crée un excès de gaz (diamètre large sous l’évent, diamètre faible de l’évent lui-même) avec, naturellement, accélération des gaz dans la partie centrale et freinage au contact des parois tout autour, d’où ‘enroulement’ des gaz à la périphérie de l’ensemble ».

Les scientifiques expliquent que, pour obtenir un rond, il faut deux conditions initiales : de la fumée et une vitesse de départ. Dans le cas du volcan, ce sont les fumerolles et l’air chaud ascendant émis par une bouche qui sont susceptibles de générer les anneaux. Mais tous les jets de fumée ne donnent pas des ronds ! Un rond de fumée ne peut s’obtenir que si le jet est discontinu. Il se forme alors autour d’un cœur autour duquel le fluide tourne. Chaque partie de l’anneau est soumise à la vitesse induite des autres parties : la moitié droite de l’anneau tourne dans le sens des aiguilles d’une montre, et la moitié gauche dans le sens inverse.

L’anneau ne peut donc pas rester immobile : il est en mouvement permanent par rapport au fluide qui l’entoure. C’est pourquoi les anneaux de fumée du Stromboli ne sont pas restés immobiles au-dessus du volcan. Ils se sont ensuite dirigés vers le NE et ils ont salué au passage le village de Stromboli.

Quand l’Etna « fume la pipe » (Photos: C. Grandpey)