La surveillance de l’Hekla (Islande) // The monitoring of Mt Hekla (Iceland)

drapeau francaisL’Hekla est l’un des volcans les plus actifs d’Islande. Au cours du dernier millénaire, il est entré en éruption à 23 reprises. L’éruption la plus récente a eu lieu en février 2000, avec l’émission d’un panache de cendre, de gaz et de vapeur d’eau jusqu’à 10-12 km de hauteur pendant environ deux heures. L’éruption majeure la plus récente s’est produite en 1947 ; elle a généré un panache qui est monté à une trentaine de kilomètres dans la stratosphère. Selon les conditions météorologiques au moment de l’éruption, les nuages de cendre peuvent monter à une altitude élevée et affecter le trafic aérien international.
Depuis 1970, l’Hekla est entré en éruption à peu près tous les 10 ans (1970, 1980-1981, 1991 et 2000). C’est la raison pour laquelle le volcan est aujourd’hui considéré comme «en retard», vu que la dernière éruption a eu lieu il y a plus de 16 ans. Il convient toutefois de remarquer qu’avant 1970, l’Hekla se manifestait moins fréquemment, avec des périodes de repos allant jusqu’à 120 ans. Comme je l’ai écrit précédemment, j’ai de grands doutes quant à l’activité cyclique d’un volcan. S’agissant de l’Hekla, un laps de temps de 30 ans est loin d’être suffisant pour décider qu’un volcan a un cycle éruptif.

Le Met Office islandais (IMO) est en charge de la surveillance de l’Hekla. Depuis le début de la surveillance instrumentale du volcan dans les années 1970, les signaux pré-éruptifs ont été détectés seulement quelques dizaines de minutes avant le démarrage d’une éruption. De gros efforts sont faits pour mettre en place un réseau de surveillance efficace sur et autour du volcan afin de détecter les premiers signaux éruptifs. Le but est d’optimiser l’observation et l’interprétation des signaux disponibles et de donner, en temps opportun, des informations sur l’activité volcanique. Comme en 1991 et 2000, la prochaine éruption de l’Hekla sera probablement précédée d’un épisode mesurable d’ascension du magma vers la surface. Les séismes qui accompagnent cette ascension du magma peuvent et doivent être détectés en temps quasi réel. Le réseau sismique a été amélioré en 2012 avec l’installation de deux sismomètres temporaires à large bande à 11 km du volcan; ils viennent s’ajouter au réseau permanent. Le réseau sismique actuel est capable de détecter des séismes beaucoup plus faibles que ceux détectés automatiquement avant l’éruption de l’an 2000; de plus, il devrait pouvoir localiser ces événements avec plus de précision.
Une augmentation de l’activité sismique de l’Hekla entraînerait automatiquement l’apparition de signaux radio dans la salle de contrôle de l’IMO à Reykjavík, qui est opérationnelle 24 heures sur 24, tous les jours de l’année. Le système d’alerte, utilisé pour toutes les régions d’Islande, est basée sur la magnitude et le nombre de séismes, ainsi que sur l’énergie libérée, en fonction de seuils prédéfinis. En plus de l’alerte audio, une alerte est envoyée par sms au personnel de surveillance de l’IMO et aux autorités de la protection civile. Le tremor éruptif est également surveillé et une alerte est transmise chaque fois que le tremor enregistré à l’une des stations dépasse un seuil qui pourrait indiquer une éruption à court terme.
Trois paramètres principaux sont actuellement contrôlés par l’IMO: sismicité, déformation de surface, et émissions de gaz. Les plupart des mesures de déformation récentes montrent une tendance globale d’inflation sur le long terme. Le niveau de l’éruption de l’an 2000 a même été dépassé à certains moments entre 2007 et 2009.
Les mesures de gaz n’ont révélé aucune concentration détectable de SO2 sur l’Hekla depuis le début des mesures en 2014.
Il est clair que, depuis l’éruption de l’an 2000, d’importantes améliorations ont été apportées aux réseaux de surveillance du volcan. Toutefois, en raison des conditions environnementales difficiles, ainsi que des problèmes pouvant survenir lors du transfert et du traitement des données, une prévision précise à court terme ne peut pas être garantie. La prochaine éruption de l’Hekla pourrait se produire avec peu ou pas de préavis, en dépit de tous les systèmes de surveillance et d’alerte actuellement opérationnels. Compte tenu de l’amélioration des capacités de surveillance, et en se référant au comportement de l’Hekla en 1991 et 2000, l’imprévisibilité du volcan est telle que l’IMO pourrait disposer de moins d’une heure pour la mise en place des alertes dans des conditions optimales.
Source: Icelandic Met Office

——————————————

drapeau anglaisMount Hekla is one of the most active volcanoes in Iceland. During the last millennium, it has erupted 23 times. The most recent eruption was in February 2000, when the volcano emitted a 10 to 12-km-high plume of ash, gas and water vapour that lasted a couple of hours. The most recent major eruption of Hekla in 1947 generated a plume that rose to about 30 km in the stratosphere. Depending on weather conditions at the time of the eruption, the ash clouds can rise to high elevation and affect international air travel.

Since 1970, Mt Hekla has erupted roughly every 10 years (1970, 1980-81, 1991 and 2000). This is one reason why the volcano is now considered to be ‘overdue’, as the last eruption occurred more than 16 years ago. However, it should be noted that before 1970, Hekla erupted less frequently, with repose intervals up to 120 years in past centuries. This is the reason why – as I put it previously – I have great doubts about the cyclical activity of this volcano. Besides, a time span of 30 years is by no means sufficient to decide that a volcano has an eruptive cycle.

The Icelandic Met Office (IMO) is in charge of the monitoring of Mt Hekla. Since instrumental monitoring of the volcano began in the 1970s, pre-eruptive signals have been detected only tens of minutes before an eruption commenced. Great efforts are made to expand a robust monitoring network on and around the volcano for the purpose of detecting precursory eruptive signals. The goal is to optimize the observation and interpretation of the available signals to allow a timely warning about volcanic activity. As in 1991 and 2000, the next eruption of Hekla should be preceded by the measurable propagation of magma towards the Earth’s surface. Earthquakes accompanying the ascent of magma should be detected in near-real-time. The seismic network was improved in 2012 with the installation of two temporary broadband seismometers within 11 km of the volcano; they were added to the permanent network. The present network is able to detect much smaller earthquakes than would have been detected automatically immediately before the 2000 eruption; moreover, their location and accuracy is expected to be greatly improved.

Increased earthquake activity at Hekla results in an automated audio warning in IMO’s monitoring room in Reykjavík, which is staffed around the clock every day of the year. The warning system, which is used for all regions in Iceland, is based on earthquake size, earthquake rate and energy release relative to predefined thresholds. In addition to an audio alert for Hekla, an SMS alert is sent to IMO monitoring coordinators and Civil Protection authorities. Seismic tremor is also monitored and a warning is issued every time the tremor at any station exceeds a threshold which might indicate an eruption in the short term.

Three main parameters are currently monitored by IMO: seismicity, surface deformation, and gas emissions. The most recent deformation measurements show a broadly constant, long-term inflation trend signal. The 2000 eruption level was exceeded sometime between 2007 and 2009.

Gas measurements have seen no detectable concentrations of SO2 at Mt Hekla since measurements began in 2014.

It is clear that since the 2000 eruption of Hekla, significant improvements have been made to IMO’s monitoring networks around the volcano. However, due to harsh environmental conditions around the volcano, together with the potential for data-transfer and handling problems, a definite, short-term forecast cannot be guaranteed. The next eruption of Mt Hekla could occur with little or no forewarning, despite having all monitoring and warning systems fully functional. Taking into account IMO’s improved monitoring capabilities, and based on the behaviour of Hekla in 1991 and 2000, the unpredictability of the volcano is such that the warning-time under optimal conditions could be less than an hour.

Source : Icelandic Met Office.

Hekla-blog

Crédit photo: Wikipedia.

Hekla tilt

Graphique montrant l’évolution de la déformation de l’Hekla entre 1985 et aujourd’hui. On remarquera la déflation de l’édifice qui a accompagné les éruptions de 1991 et 2000 lorsque le magma s’est évacué. Le tilt présente une hausse globale depuis 2000 et a même dépassé le niveau d’avant cette dernière manifestation du volcan. (Source: Icelandic Met Office)

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion / Reunion Island)

drapeau francaisDans son dernier bulletin en date du 14 juillet 2016, l’OVPF indique que depuis la 1er Juillet l’Observatoire a enregistré 26 séismes volcano-tectoniques superficiels (0 à -2 km sous la surface) au niveau des cratères sommitaux ;  12 séismes locaux (sous l’île) ainsi que111 effondrements dans le Cratère Dolomieu, au niveau du rempart de l’Enclos Fouqué et sur la coulée d’août-octobre 2015.

S’agissant de la déformation de l’édifice volcanique, l’inflation enregistrée après l’éruption du 26-27 mai 2016 a cessé à la mi-juin. Depuis le 13 juillet, une reprise de l’inflation est enregistrée et devra être confirmée dans les prochains jours.

Les émissions de SO2 au sommet du volcan restent en dessous du seuil de détection.

Le niveau d’alerte est maintenu à « Vigilance ».

La situation est donc relativement calme. Reste à savoir comment va évoluer la déformation de l’édifice. Il y a certainement du magma en attente. Reste à savoir quand le volcan décidera de la faire sortir. Avec le Piton de la Fournaise, on ne sait jamais!

———————————–

drapeau anglaisIn its latest update(14 July 2016), OVPF indicates that since July 1st, the Observatory has recorded 26 shallow volcano-tectonic earthquakes (0-2 km beneath the surface) at the summit craters; 12 local earthquakes (beneath the island) as well as 111 collapses in the Dolomieu Crater, at the rampart of the Enclos and on the August-October 2015 lava flow.
Regarding the deformation of the volcanic edifice, the inflation recorded after the eruption of 26-27 May 2016 stopped by mid-June. However, inflation started again on July 13th and will need to be confirmed in the coming days.
SO2 emissions at the summit of the volcano remain at background level.
The alert level is kept at “Vigilance” (Watch).

The current situation is relatively quiet. The only question is to know how the deformation of the edifice will develop in the coming days and weeks. There is probably magma stored beneath the edifice, but the volcano is the only one to know when an eruption will occur!

Piton Fournaise

Crédit photo: Wikipedia.

Dernières nouvelles du Bardarbunga (Islande) // Latest news of Bardarbunga (Iceland)

drapeau francaisUne expédition scientifique islandaise a visité le glacier Vatnajökull et plus spécifiquement le Bárðarbunga. Les observations et mesures n’ont pas révélé de changements significatifs dans la topographie du substratum rocheux depuis l’année dernière. Il n’y a pas non plus d’indications d’une accumulation d’eau de fonte dans la caldera. La dépression de 65 mètres de profondeur qui s’est formée dans le glacier lors des événements de 2014-2015 s’est affaissée de 8 mètres depuis l’année dernière.
Il y a peu d’évolution dans les emisions de gaz au niveau des chaudrons de glace sur la lèvre de la caldeira. La profondeur et la largeur des chaudrons n’a pas été mesurée depuis un certain temps car cette opération ne peut être réalisée que par des moyens aériens. En conséquence, aucune observation ne peut être formulée concernant l’activité hydrothermale depuis l’année dernière.
Une nouvelle station sismique a été installée le 5 juin à une altitude de 1600 mètres au nord-ouest de la caldeira du Bárðarbunga. D’une manière générale, la sismicité a augmenté depuis la mi septembre 2015. 51 séismes d’une magnitude supérieure à M 3 ont été enregistrés sur le Bárðarbunga depuis la fin de l’éruption en 2015.
Les stations GPS autour du Bárðarbunga montrent une extension vers l’extérieur de la caldeira. Le phénomène est probablement dû à une montée de magma à une profondeur d’environ 10 à 15 km sous le Bárðarbunga, là où est apparu le magma qui a provoqué l’éruption dans l’Holuhraun entre 2014 et 2015. Il n’y a aucune indication d’accumulation de magma à faible profondeur.
Selon les scientifiques qui ont effectué la mission, il est probable que, suite à l’affaissement de la caldeira et à l’augmentation de l’activité hydrothermale, l’eau de fonte de la glace va commencer à s’accumuler sous les chaudrons le long de la lèvre de la caldeira ou dans la caldeira elle-même. En conséquence, il est impératif de suivre l’évolution de ces chaudrons ainsi que l’activité sismique, la déformation du sol, l’activité hydrothermale et les émissions de gaz du Bárðarbunga.
Source: Iceland Review.

—————————————–

drapeau anglaisAn Icelandic scientific expedition has visited Vatnajökull and more specifically Bardarbunga volcano. The measurements have not revealed any changes in the bedrock topography since last year. There are no indications either that melt water is accumulating within the caldera. The 65-metre-deep depression in the glacier formed during the events of 2014-2015 has subsided by 8 metres since last year.
There have been little changes in the gas emisions at ice cauldrons along the caldera rim. The depth and width of the cauldrons has not been measured for quite some time and can only be carried out with airborne surveillance. Therefore, no statement can be made regarding changes in geothermal activity since last year.
A new seismographic station was installed at an elevation of 1600 meters, northwest of the Bárðarbunga caldera on June 5th. The monitoring shows that seismicity has been increasing from since the middle of September 2015. All in all, 51 earthquakes stronger than magnitude 3 have been registered in Bárðarbunga since the end of the eruption in 2015.
GPS stations around Bárðarbunga show slow movement away from the caldera. The most probable explanation is the inflow of magma at a depth of about 10 to 15 km below Bárðarbunga into the place of origin of the magma which erupted at Holuhraun 2014 to 2015. There are no indications of magma collecting at shallower depths.
According to the scientists who performed the mission, it is likely that in the aftermath of the caldera subsidence and following increased geothermal activity, meltwater will start collecting under the cauldrons along the caldera rim or within the caldera itself. Therefore, it is imperative to monitor the evolution of the cauldrons, in addition to seismic activity, ground deformation, geothermal activity and gas emissions in Bárðarbunga.
Source: Iceland Review.

Piton de la Fournaise (Ile de la Réunion): Nouvelle éruption à court terme? // A new eruption in the short term?

drapeau-francaisAlors que l’Enclos Fouqué vient de rouvrir, le Piton  de la Fournaise pourrait bien jouer un nouveau tour à l’Observatoire et à la Préfecture !

Depuis la fin de l’éruption, on a enregistré 22 séismes volcano-tectoniques sommitaux (dont 1 le 1er juin, 3 le 6 juin et 3 le 7 juin), 3 séismes profonds sous la Fournaise (entre -10 et -15 km) et 11 séismes locaux (sous l’île). De plus, 200 effondrements ont été observés dans le Cratère Dolomieu et sur la coulée d’août 2015.

S’agissant de la déformation de l’édifice volcanique, l’inflation se poursuit à un taux toujours élevé avec plus de 2 cm à la base du cône terminal depuis la fin de l’éruption, ce qui est équivalent aux taux ayant précédé l’éruption d’août 2015.

Une source de pression a été modélisée à ~1.5km sous le sommet.

Il n’y a pas de variation significative dans les émissions de gaz au sommet du volcan et le flux de SO2 est en dessous du seuil de détection sur le bord de l’Enclos. En revanche, les mesures montent une nouvelle augmentation des émissions de CO2 dans la Plaine des Sables ainsi que dans la Plaine des Palmistes.

La vigilance est donc de mise car le volcan peut se réveiller à tout moment.

Source : OVPF.

————————————

drapeau-anglaisWhile the Enclos Fouqué has just reopened, the Piton de la Fournaise could play a new trick on the Observatory and at the Prefecture!
Since the end of the eruption, there have been 22 volcano-tectonic earthquakes at the summit (including 1 on June 1st, 3 on June 6th  and 3 on June 7th), 3 deep earthquakes beneath the Fournaise (between 10 and 15 km deep) and 11 local earthquakes (beneath the island). In addition, 200 collapses were observed in the Dolomieu Crater and at the August 2015 lava flow.
Regarding the deformation of the volcanic edifice, inflation continues at a high rate, with more than 2 cm at the base of the summit cone since the end of the eruption, which is equivalent to the levels preceding the eruption of August 2015.
A source of pressure was modeled ~ 1.5 km below the summit.
There is no significant variation in gas emissions at the summit of the volcano and the SO2 flux is below the detection threshold on the edge of the Enclos. However, the measurements reveal a further increase in CO2 emissions in the Plaine des Sables and in the Plaine des Palmistes.
All these parameters mean that an eruption may occur at any time.
Source: OVPF.

Piton Fournaise

Crédit photo: Wikipedia.