Un hiver beaucoup trop chaud en Alaska et au Canada // The winter was much too warm in Alaska and Canada

Il a fait anormalement chaud en Alaska cet hiver. Les températures ont atteint des niveaux jamais observés auparavant. Au même moment, le Midwest des Etats-Unis grelottait de froid. J’ai expliqué (voir mes notes précédentes) que cette situation était dû au comportement du vortex polaire.
Il a fait encore (trop) chaud en mars en Alaska et plusieurs régions de cet Etat ont enregistré des températures anormalement élevées. Plusieurs records ont été battus quotidiennement à l’intérieur de l’Alaska ainsi que dans l’Arctique dans son ensemble.
D’un point de vue météorologique, l’une des causes de ces températures élevées est une masse de hautes pressions dans l’atmosphère qui a apporté de l’air chaud, en particulier au-dessus du sud-est de l’Alaska et du Yukon.
En ce qui concerne le climat, l’Alaska subit les conséquences du changement climatique dans l’Arctique. Le réchauffement rapide de l’Arctique a réduit l’étendue de la glace de mer et augmenté la température de l’océan, ce qui contribue à la tendance au réchauffement. Sans glace, l’océan est sombre et absorbe plus de chaleur, alors que la blancheur de la glace de mer avait un effet réfléchissant. Un cycle de réactions bien expliqué par les scientifiques mais extrêmement vicieux se déroule dans tout l’Arctique.
Dans l’intérieur de l’Alaska, les températures sont restées inhabituellement chaudes pendant tout le mois de mars, ce qui a fortement perturbé les activités printanières de la population. En effet, mars est d’ordinaire le mois qui marque le retour de la lumière, mais avec des températures suffisamment froides pour conserver une neige et une glace de bonne qualité permettant aux Alaskiens de sortir et de profiter encore des joies de l’hiver. En raison des températures élevées, la neige fond et empêche la pratique des activités de neige et de glace. Beaucoup d’habitants sont déçus et frustrés ; ils affirment qu’on leur a « volé le mois de mars… »
Source: Journaux d’Alaska.

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Le Canada se trouve dans la même situation que l’Alaska. Le changement climatique y provoque un réchauffement deux fois plus rapide que dans le reste du monde. Les températures annuelles moyennes ont augmenté de 1,7°C depuis 1948, quand la hausse mondiale moyenne atteint 0,8°C. Selon un rapport commandé par le ministère canadien de l’Environnement, le climat « continuera de se réchauffer dans l’avenir, sous l’influence humaine. »

Dans le Nord du Canada, proche du Cercle Arctique, les températures ont augmenté en moyenne de 2,3°C depuis 1948. Le réchauffement pourrait atteindre plus de 6°C d’ici la fin du siècle, selon les projections des scientifiques. Cela aura des conséquences multiples : fonte des glaces, hausse du niveau de la mer, inondations, sécheresses, vagues de chaleur et feux de forêts plus fréquents.

Ce rapport du Ministère de l’Environnement est dévoilé alors que le gouvernement de Justin Trudeau, qui a fait de l’environnement l’une de ses priorités, vient d’imposer une taxe sur les émissions de gaz à effet de serre à quatre provinces dont il juge les efforts insuffisants. Selon les engagements pris par le Canada en 2015 dans l’accord de Paris sur le climat, le pays doit réduire de 30% ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 2005.

Source : France Info.

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It is unusually warm in Alaska and the last winter temperatures reached highs never seen before. At the same time, the Midwest of the U.S. was freezing. I explained that this was due to the behaviour of the polar vortex.

It was still warm in March when large swaths of Alaska saw record warmth. Daily temperature records have broken around the state, and toppled all-time March records in the greater Arctic region.

As far as the weather is concerned, one cause of the high temperatures is a dominant mass of high pressure in the atmosphere, with warm air over Southeast Alaska and the Yukon.

As far as the global climate is concerned, Alaska is undergoing rising temperatures due to Arctic climate change. The rapid warming of the Arctic has reduced the extent of sea ice and increased ocean temperatures, which can further contribute to the warming trend. Without ice, the open ocean is dark and absorbent, soaking up even more heat. It’s a well-understood, vicious feedback cycle unfolding all over the Arctic.

In interior Alaska, the unusually warm temperatures are making for a noticeably disappointing March. Indeed, March — when daylight is finally increasing but temperatures are usually cold enough to preserve quality snow and ice — is when Alaskans can get outside and embrace the joys of winter.  Because of the high temperatures, the snow is melting. In a large part of urban Alaska, people talk about how “they have been robbed of March”.

Source: Alaskian newspapers..

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Canada is in the same situation as Alaska. Climate change has warmed the country  twice as fast as the rest of the world. Mean annual temperatures have risen 1.7°C since 1948, when the average global rise reached 0.8°C. According to a report commissioned by the Canadian Department of Environment, the climate « will continue to warm in the future, under human influence.
In northern Canada, near the Arctic Circle, temperatures have risen an average of 2.3°C since 1948. The warming could reach more than 6°C by the end of the century, according to scientists’ projections. This will have multiple consequences: melting ice, rising sea levels, floods, droughts, heat waves and more frequent forest fires.
The Ministry of Environment’s report is published at a time when Justin Trudeau’s government, which has made the environment one of his priorities, imposed on Monday a tax on greenhouse gas emissions to four provinces which made insufficient efforts. According to Canada’s commitments made in 2015 in the Paris climate agreement, the country must reduce its greenhouse gas emissions by 30% by 2030 compared to the 2005 level.
Source: France Info.

La fonte de la glace de mer contribue à la hausse de température des océans (Photo: C. Grandpey)

La Chine s’attaque aux émissions de carbone // China tackles carbon emissions

Alors que l’administration Trump fait marche arrière dans la lutte contre le changement climatique, la Chine, elle, renforce son engagement.
Le Président chinois Xi Jinping a récemment tenu sa promesse de lancer un marché national du carbone. Même s’il n’est pas aussi ambitieux que le projet d’origine, le programme chinois, qui couvrira le secteur de l’électricité dans sa première phase, a déjà dépassé le marché du carbone de l’Union Européenne. En tant que tel, la Chine envoie un signal fort aux autres pays et leur montre qu’elle respecte l’Accord de Paris.
La Chine commencera par son secteur énergétique qui représente 46% des émissions de dioxyde de carbone dans le pays. Elle a ensuite l’intention d’étendre le programme, entre autres, à la pétrochimie, à la sidérurgie et à l’aviation. Si tout va bien, les experts disent que le programme pourrait permettre à la Chine d’atteindre ses objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Le marché pourrait réduire les émissions de dioxyde de carbone de la Chine de près de 30% d’ici 2030.
Une réussite du programme pourrait assurer à la Chine le statut de leader en matière de climat, d’autant plus que les États-Unis ne joueront plus un rôle prépondérant. En effet, l’administration Trump a clairement indiqué qu’elle ne considérait plus le changement climatique comme une menace pour la sécurité nationale.
S’agissant de ce nouveau marché du carbone, les objectifs de la Chine pourraient s’avérer difficiles à atteindre. Comme le fait remarquer la revue Scientific American, aucun système d’échange de carbone dans le monde, y compris ceux de l’UE et de la Californie, n’a permis de réduire significativement les émissions de CO2.
Source: Huffington Post.

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As President Trump’s administration takes steps backward in the world’s fight against climate change, China is ramping up its commitment.

Chinese Premier Xi Jinping recently made good on his promise to launch a national carbon market. Though not as ambitious a scheme originally touted, the program, which will cover China’s power sector in its first phase, has already overtaken the European Union carbon market as the world’s largest. As such, China sends a strong political signal internationally that the country is committed to the Paris Agreement.

China will start with its power sector, which accounts for 46 percent of the nation’s carbon dioxide emissions. It intends eventually to expand the program to petrochemicals, iron and steel, and aviation, among other industries. If all goes well, experts say the program could help China hit its Paris climate agreement targets. The market could reduce China’s carbon dioxide emissions by almost 30 percent by 2030.

A successful program may secure China’s status as a climate leader, particularly as the U.S. retreats from what had been a prominent role. Indeed, Trump’s administration has made it clear that it no longer considered climate change a national security threat.

China’s goals for its new carbon market could prove challenging to achieve. As Scientific American notes, no carbon trading system in the world, including those in the EU and in California, has resulted in significant reductions in CO2 emissions.

Source: Huffington Post.

Nuage de pollution industrielle au-dessus de la Mer de Bohai et de la Mer Jaune, en provenance de la côte orientale de la Chine (Crédit photo: NASA).

Notre planète est en danger ! // Our planet is in danger !

Selon une étude publiée le lundi 13 novembre 2017, en marge de la COP23, les émissions mondiales de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2017. Les émissions de CO2 liées à l’industrie et à la combustion d’énergies fossiles devraient croître d’environ 2% cette année par rapport à 2016 et atteindre un record de 36,8 milliards de tonnes, après des années 2014 à 2016 quasiment stables. A mes yeux, ces nouveaux chiffres ne sont pas une surprise. Cela fait plusieurs années que j’observe les concentrations de CO2 au sommet du Kilauea à Hawaii, ainsi que la courbe de Keeling qui en découle. Cela fait plusieurs mois que l’on a dépassé le seuil symbolique de 400 parties par million (ppm). Le 12 novembre, cette concentration atteignait 404,60 ppm. Chaque journée établit actuellement un nouveau record.

Avec de tels chiffres, il est bien évident que l’objectif d’une augmentation de 2°C de la température globale de la planète prévu par la COP 21 de 2015 a du plomb dans l’aile. Pour l’atteindre, il faudrait, bien sûr, que les émissions atteignent leur pic ces prochaines années et diminuent ensuite rapidement. Ne nous leurrons pas ; les politiques énergétiques des grandes puissances industrielles ne vont pas dans ce sens, malgré les belles paroles proférées par leurs dirigeants. Les intérêts économiques passent loin devant les questions environnementales !

On peut prendre l’exemple de la Chine, qui génère 28% de ces gaz à effet de serre. Après des efforts au cours des dernières années, on observe à nouveau un boom de la production industrielle et une production hydroélectrique diminuée par des épisodes de sécheresse.

Aux Etats-Unis aussi, c’est la première fois en cinq ans que la consommation de charbon augmentera (+0,5%), du fait du prix élevé du gaz naturel. L’Inde voit ses émissions croître un peu moins (+2%) mais ce devrait être temporaire. Quant à l’Union Européenne (UE), ses émissions reculent moins vite que la décennie précédente (-0,2%).

Selon la dernière étude, les 10 principaux émetteurs sont, sans surprise, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie, le Japon, l’Allemagne, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Corée du Sud et le Canada. L’UE dans son ensemble se classe en 3e position.

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A cette étude publiée en marge de la COP 23 vient s’ajouter un manifeste signé par 15 364 scientifiques de 184 pays. Déjà en 1992, l’ONG Union of Concerned Scientists publiait « l’avertissement des scientifiques du monde à l’humanité ». 1700 scientifiques prévoyaient que l’impact des activités de l’homme sur la nature allait probablement aboutir « à de grandes souffrances humaines » et à « mutiler la planète de manière irrémédiable ».

Un quart de siècle plus tard, plus de 15 000 scientifiques émettent un nouvel avertissement. Cette tribune est publiée par la revue BioScience et reprise par Le Monde du lundi 13 novembre 2017. Vous pourrez en lire l’intégralité en cliquant sur ce lien :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/13/le-cri-d-alarme-de-quinze-mille-scientifiques-sur-l-etat-de-la-planete_5214185_3244.html

Selon ce manifeste ; tous les voyants sont au rouge : Disponibilité de l’eau potable, déforestation, baisse du nombre de mammifères, émissions de gaz à effet de serre. « L’humanité ne fait pas ce qui devrait être entrepris de manière urgente pour sauvegarder la biosphère menacée. Bientôt, il sera trop tard pour inverser cette tendance dangereuse. »

Ces scientifiques estiment toutefois qu’il est encore possible d’inverser cette tendance pour permettre aux écosystèmes de retrouver leur durabilité. Parmi les mesures recommandées, il y a la création d’un plus grand nombre de réserves naturelles et un renforcement des lois contre le braconnage. Les auteurs de la tribune plaident aussi pour des mesures encourageant un régime alimentaire davantage à base de plantes et l’adoption à grande échelle des énergies renouvelables et d’autres technologies vertes.

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According to a study published on Monday November 13th, on the sidelines of COP23, global greenhouse gas emissions are on the rise again in 2017. CO2 emissions from industry and fossil fuel combustion are expected to increase by about 2% this year compared to 2016 and reach a record 36.8 billion tonnes, after 2014 to 2016 which were almost stable. These new figures are not a surprise. It has been several years since I observed CO2 concentrations at the summit of Kilauea in Hawaii, as well as the resulting Keeling curve. It has been several months since we crossed the symbolic threshold of 400 parts per million (ppm). On November 12th, this concentration reached 404.60 ppm. Each day is setting a new record.
With such numbers, it is obvious that the goal of an increase of 2°C for the global temperature of the planet envisaged by the 2015 COP 21 will hardly be attained. To reach it, noxious emissions would have to peak in the next few years and then decline rapidly. Let’s not fool ourselves; the energy policies developed by the major industrial powers do not go in this direction, despite the fine words uttered by their leaders. Economic interests can’t rival with environmental issues!
We can take the example of China, which generates 28% of these greenhouse gases. After efforts in recent years, there is again a boom in the industrial production and the hydroelectric production which as been reduced by droughts.
In the United States too, it is the first time in five years that coal consumption will increase (by 0.5%), due to the high price of natural gas. India sees its emissions grow a little less (by 2%) but it should be temporary. As for the European Union (EU), its emissions are declining more slowly than the previous decade ( by 0.2%).
According to the latest study, the top 10 gas emitters are, unsurprisingly, China, the United States, India, Russia, Japan, Germany, Iran, Saudi Arabia, South Korea and Canada. The EU as a whole ranks third.

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In addition to this study, a manifesto was published at the same time as the COP 23. It was signed by 15,364 scientists from 184 countries. Already in 1992, the NGO Union of Concerned Scientists published « the warning world scientists to humanity. » 1,700 scientists predicted that the impact of human activities on Nature would likely lead to « great human sufferings » and « mutilate the planet in an irreparable way ».
A quarter of a century later, more than 15,000 scientists are issuing a new warning. This text was published by BioScience and reviewed by Le Monde on Monday, November 13th, 2017. You can read the whole text by clicking on this link:
http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/11/13/le-cri-d-alarme-de-quinze-mille-scientifiques-sur-l-etat-de-la-planete_5214185_3244.html

According to this manifesto; all the lights are red: Availability of drinking water, deforestation, decrease in the number of mammals, emissions of greenhouse gases. « Humanity is not doing what urgently needs to be done to save the threatened biosphere, and it will be too late to reverse this dangerous trend. »
However, these scientists believe that it is still possible to reverse this trend to allow ecosystems to regain their sustainability. Among the recommended measures is the creation of more natural reserves and stronger laws against poaching. The panelists also advocate for measures to encourage a more plant-based diet and the widespread adoption of renewable energy and other green technologies.

Source : Climate Central / NASA, NOAA.

Phot’Aubrac 2016: Rencontre avec Jean-Louis Etienne

Le week-end dernier, j’étais dans l’Aubrac, dans le cadre du festival Phot’Aubrac, une manifestation très sympa au cours de laquelle les photos sont exposées dans les villages autour de Nasbinals (Lozère), bien connu des pèlerins qui se rendent à Saint Jacques de Compostelle. Les vastes étables se trouvent transformées en galeries d’expositions !

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Invité du festival, Jean-Louis Etienne a présenté samedi soir une conférence autour du projet Polar Pod que vous pourrez découvrir à cette adresse :

http://www.jeanlouisetienne.com/polarpod/

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Le projet Polar Pod débutera en 2018. Il permettra en particulier de mieux étudier la capacité des eaux froides de l’Océan Arctique a absorber le CO2 contenu dans l’atmosphère. D’autres applications concerneront le comportement des animaux marins qui fréquentent la région.

A l’issue de la conférence, j’ai pu avoir un moment privilégié avec le médecin-explorateur. Je tenais à lui demander de me dédicacer son ouvrage  consacré à l’Expédition Erebus en 1994 car plusieurs participants étaient des amis personnels. Nous avons ensuite abordé le thème du réchauffement climatique. A l’inverse de Nicolas Sarkozy – dont les compétences scientifiques restent à prouver – Jean-Louis Etienne est persuadé que l’Homme est responsable de la hausse actuelle des températures sur la planète. Comme moi, il a pu constater en Alaska le recul spectaculaire et inquiétant des glaciers. Selon lui, à supposer qu’une politique de réduction des gaz à effet de serre soit mise en place – ce qui est loin d’être gagné – il faudra au moins un siècle pour que la terre retrouve son équilibre climatique. Il reconnaît par ailleurs qu’il est très difficile de convaincre le grand public de ce phénomène. Au cours de cette conversation à bâtons rompus, j’ai abordé le thème de la COP 21 et j’ai rappelé à Jean-Louis Etienne que l’Inde avait décidé d’augmenter sa production de charbon quelques jours après la fin de la conférence de Paris. Il m’a alors déclaré: » Connaissez-vous un pays producteur de charbon ou de pétrole qui décide spontanément, sans raison majeure, de baisser sa production? » La messe est dite!

Cette soirée à Nasbinals restera pour moi un excellent souvenir qui s’ajoutera à mes rencontres avec d’autres personnages hors du commun tels que Haroun Tazieff et Maurice Krafft.

J’ai également retrouvé au cours de cette soirée le biologiste marin de renommée mondiale Laurent Ballesta, souvent intervenu dans l’émission de Nicolas Hulot Ushuaia Nature. Il sera probablement l’invité de la prochaine édition de Phot’Aubrac en 2017.