Le Groenland hier, la Terre demain // Yesterday’s Greenland, tomorrow’s Earth

On sait depuis longtemps qu’il y a environ 400 000 ans, une grande partie du Groenland était dépourvue de glace. La toundra baignait dans la lumière du soleil sur les hautes terres du nord-ouest de l’île. On sait aussi qu’une forêt d’épicéas, bourdonnant d’insectes, couvrait la partie sud du Groenland. Le niveau de la mer dans le monde était alors beaucoup plus élevé qu’aujourd’hui, entre 6 et 12 mètres au-dessus du niveau actuel. Des terres qui abritent aujourd’hui des centaines de millions de personnes étaient sous l’eau.
Les scientifiques savaient depuis un certain temps que la calotte glaciaire du Groenland avait pratiquement disparu à un moment donné au cours du dernier million d’années, mais ils ne savaient pas précisément quand. Dans une nouvelle étude publiée dans la revue Science, des scientifiques des universités du Vermont et de l’Utah ont déterminé cette date en analysant des carottes de sol gelé extraites d’une section d’un kilomètre d’épaisseur de la calotte glaciaire du Groenland.
L’histoire commence en juillet 1966 quand des scientifiques américains et des ingénieurs de l’armée américaine ont réussi, au bout de 6 années d’efforts, à forer la calotte glaciaire du Groenland. Le forage a eu lieu à Camp Century, une base militaire dans le nord-ouest du pays, dotée d’une série de tunnels creusés dans la calotte glaciaire. Le site de forage se trouvait à 220 km de la côte et reposait sur 1370 mètres de glace. Une fois atteint le soubassement rocheux, l’équipe a continué à forer 3,60 mètres supplémentaires.
En 1969, le travail d’un géophysicien sur la carotte de glace de Camp Century a montré pour la première fois que le climat de la Terre avait radicalement changé au cours des 125 000 dernières années. Des périodes glaciaires froides prolongées avaient alterné avec des périodes interglaciaires chaudes, avec fonte de la glace et hausse du niveau de la mer, et inondations de zones côtières dans le monde entier.
Pendant près de 30 ans, les scientifiques ont prêté peu d’attention aux 3,60 mètres de sol gelé de Camp Century. Une étude avait analysé les galets dans la carotte pour comprendre le substrat rocheux sous la calotte glaciaire. Une autre avait montré que le sol gelé conservait la preuve d’une époque plus chaude qu’aujourd’hui. Toutefois, sans aucun moyen de dater ces matériaux, peu de gens ont prêté attention à ces études.

Dans les années 1990, la carotte de sol gelé prélevée à Camp Century a disparu.
Il y a quelques années, des scientifiques danois l’ont retrouvée au fond d’un congélateur de Copenhague. Ils ont alors formé une équipe internationale pour analyser cette archive climatique unique.

Dans la partie supérieure de l’échantillon, les chercheurs ont trouvé des plantes fossilisées parfaitement préservées, preuve irréfutable que la terre en dessous de Camp Century, avait été libre de glace à une certaine époque, mais on ne savait pas quand.
Avec des échantillons prélevés au centre de la carotte de sédiments et analysés dans l’obscurité afin que le matériau conserve une mémoire précise de sa dernière exposition au soleil, les observations ont révélé que la calotte glaciaire couvrant le nord-ouest du Groenland – elle fait près de 1,6 km d’épaisseur aujourd’hui – avait disparu pendant la période chaude connue des climatologues sous le nom de Marine Isotope Stage 11, ou MIS 11, il y a entre 424 000 et 374 000 ans.
Pour déterminer plus précisément quand la calotte glaciaire avait fondu, l’un des chercheurs a utilisé la datation par luminescence. Au fil du temps, les minéraux accumulent de l’énergie lorsque des éléments radioactifs comme l’uranium, le thorium et le potassium se désintègrent et libèrent des radiations. Plus le sédiment est enfoui longtemps, plus le rayonnement s’accumule sous forme d’électrons piégés. Dans le laboratoire, les instruments mesurent de minuscules particules d’énergie, libérés sous forme de lumière par ces minéraux. Ce signal peut être utilisé pour calculer combien de temps les grains ont été enterrés puisque la dernière exposition au soleil aurait libéré l’énergie piégée.
Les modèles de calotte glaciaire obtenus grâce à ces expériences montrent que la calotte glaciaire du Groenland a probablement rétréci considérablement à cette époque. Au minimum, les scientifiques pensent que la bordure de glace s’est retirée de dizaines à centaines de kilomètres autour d’une grande partie de l’île au cours de cette période. L’eau de fonte a fait s’élever le niveau de la mer dans le monde d’au moins 1,50 mètre et peut-être même 6 mètres par rapport à aujourd’hui.

L’ancien sol gelé sous la calotte glaciaire du Groenland donne de bonnes indications sur les problèmes qui nous attendent. Pendant l’interglaciaire MIS 11, la Terre était chaude et les calottes glaciaires se limitaient aux hautes latitudes, un peu comme aujourd’hui. Le niveau de dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère est resté entre 265 et 280 parties par million (ppm) pendant environ 30 000 ans. Le MIS 11 a duré plus longtemps que la plupart des interglaciaires en raison de l’impact de la forme de l’orbite terrestre autour du soleil et son effet sur le rayonnement solaire atteignant l’Arctique. Au cours de ces 30 millénaires, le niveau de dioxyde de carbone a provoqué un réchauffement suffisant pour faire fondre une grande partie de la glace du Groenland.
Aujourd’hui, notre atmosphère contient 1,5 fois plus de dioxyde de carbone qu’au MIS 11, soit environ 420 parties par million, une concentration qui augmente chaque année. Le dioxyde de carbone emprisonne la chaleur et réchauffe la planète. Une trop grande quantité dans l’atmosphère augmente la température globale, comme on peut le constater actuellement.
Au cours de la dernière décennie, alors que les émissions de gaz à effet de serre continuaient d’augmenter, nous avons connu les huit années les plus chaudes jamais enregistrées. Juillet 2023 a vu la semaine la plus chaude jamais enregistrée. Une telle chaleur fait fondre les calottes glaciaires et réduit l’albédo, la faculté de la glace à réfléchir la lumière du soleil.
Comme je l’ai écrit dans des notes précédentes, même si nous arrêtions soudainement de brûler des combustibles fossiles, le niveau de dioxyde de carbone dans l’atmosphère resterait élevé pendant des siècles, voire des millénaires. En effet, il faut beaucoup de temps au dioxyde de carbone pour être absorbé par les sols, les plantes, l’océan et les roches. Nous créons des conditions propices à une très longue période de chaleur, tout comme lors du MIS 11.
Nos efforts pour réduire les émissions de carbone et séquestrer le carbone qui est déjà dans l’atmosphère augmenteront les chances de survie d’une plus grande partie de la glace du Groenland. Si nous ne faisons pas ces efforts, nous serons confrontés à un monde qui pourrait ressembler beaucoup au MIS 11, ou même être plus extrême : une Terre chaude, des calottes glaciaires qui disparaissent, le niveau de la mer qui monte et des vagues qui viennent déferler sur Miami, Mumbai et Venise.
Source : The Conversation, Yahoo Actualités,

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It has been known for quite a long time that about 400,000 years ago, large parts of Greenland were ice-free. The tundra basked in the Sun’s rays on the island’s northwest highlands. Evidence suggests that a forest of spruce trees, buzzing with insects, covered the southern part of Greenland. Global sea level was much higher then, between 6 and 12 meters above today’s levels. Around the world, land that today is home to hundreds of millions of people was under water.

Scientists have known for some time that the Greenland ice sheet had mostly disappeared at some point in the past million years, but not precisely when. In a new study in the journal Science, scientists from the Vermont and Utah universities determined the date, using frozen soil extracted from beneath a one kilometer-thick section of the Greenland ice sheet.

In July 1966, American scientists and U.S. Army engineers completed a six-year effort to drill through the Greenland ice sheet. The drilling took place at Camp Century, a military base in the northwestern part of the country, made up of a series of tunnels dug into the Greenland ice sheet. The drill site was 220 km from the coast and underlain by 1370 meters of ice. Once they reached the bottom of the ice, the team kept drilling 3.6 more meters into the frozen, rocky soil below.

In 1969, a geophysicist’s analysis of the ice core from Camp Century revealed for the first time the details of how Earth’s climate had changed dramatically over the last 125,000 years. Extended cold glacial periods when the ice expanded quickly gave way to warm interglacial periods when the ice melted and sea level rose, flooding coastal areas around the world.

For nearly 30 years, scientists paid little attention to the 3.6 meters of frozen soil from Camp Century. One study analyzed the pebbles to understand the bedrock beneath the ice sheet. Another suggested that the frozen soil preserved evidence of a time warmer than today. But with no way to date the material, few people paid attention to these studies. By the 1990s, the frozen soil core had vanished.

Several years ago, Danish scientists found the lost soil buried deep in a Copenhagen freezer, and they formed an international team to analyze this unique frozen climate archive. In the uppermost sample, they found perfectly preserved fossil plants, proof positive that the land far below Camp Century had been ice-free some time in the past, but when?

Using samples cut from the center of the sediment core and analyzed in the dark so that the material retained an accurate memory of its last exposure to sunlight, observations revealed that the ice sheet covering northwest Greenland – nearly 1.6 km thick today – vanished during the extended natural warm period known to climate scientists as Marine Isotope Stage 11, or MIS 11, between 424,000 and 374,000 years ago.

To determine more precisely when the ice sheet melted away, one of the researchers used a technique known as luminescence dating. Over time, minerals accumulate energy as radioactive elements like uranium, thorium, and potassium decay and release radiation. The longer the sediment is buried, the more radiation accumulates as trapped electrons. In the lab, specialized instruments measure tiny bits of energy, released as light from those minerals. That signal can be used to calculate how long the grains were buried, since the last exposure to sunlight would have released the trapped energy.

The ice sheet models obtained through the experiments show that Greenland’s ice sheet must have shrunk significantly then. At minimum, the edge of the ice retreated tens to hundreds of kilometers around much of the island during that period. Water from that melting ice raised global sea level at least 1.50 meters and perhaps as much as 6 meters compared to today.

The ancient frozen soil from beneath Greenland’s ice sheet warns of trouble ahead. During the MIS 11 interglacial, Earth was warm and ice sheets were restricted to the high latitudes, a lot like today. Carbon dioxide levels in the atmosphere remained between 265 and 280 parts per million for about 30,000 years. MIS 11 lasted longer than most interglacials because of the impact of the shape of Earth’s orbit around the sun on solar radiation reaching the Arctic. Over these 30 millennia, that level of carbon dioxide triggered enough warming to melt much of the Greenland’s ice.

Today, our atmosphere contains 1.5 times more carbon dioxide than it did at MIS 11, around 420 parts per million, a concentration that has risen each year. Carbon dioxide traps heat, warming the planet. Too much of it in the atmosphere raises the global temperature, as the world is seeing now.

Over the past decade, as greenhouse gas emissions continued to rise, humans experienced the eight warmest years on record. July 2023 saw the hottest week on record, based on preliminary data. Such heat melts ice sheets, and the loss of ice further warms the planet as dark rock soaks up sunlight that bright white ice and snow once reflected.

As I put it in previous posts, even if everyone stopped burning fossil fuels tomorrow, carbon dioxide levels in the atmosphere would remain elevated for hundreds and even thousands of years. Indeed, it takes a long time for carbon dioxide to move into soils, plants, the ocean and rocks. We are creating conditions conducive to a very long period of warmth, just like MIS 11.

Everything we can do to reduce carbon emissions and sequester carbon that is already in the atmosphere will increase the chances that more of Greenland’s ice survives. The alternative is a world that could look a lot like MIS 11, or even more extreme: a warm Earth, shrinking ice sheets, rising sea level, and waves rolling over Miami, Mumbai and Venice.

Source : The Conversation, Yahoo News,

 

Evolution des concentrations de CO2, avec leur accélération au cours des dernières décennies.

La calotte glaciaire du Groenland réussira-t-elle à survivre aux assauts du réchauffement climatique ? (Photo : C. Grandpey)

La fonte du Groenland (suite) // The melting of Greenland (continued)

Alors que plus de la moitié de la saison de fonte 2023 s’est écoulée, le Groenland a connu une transformation substantielle de sa couverture neigeuse. Selon le National Snow and Ice Data Center (NSIDC ), la fonte a été supérieure à la moyenne pendant une grande partie de la saison, avec en particulier plusieurs jours en juin et juillet, lorsque la fonte a été observée sur 800 000 kilomètres carrés, soit 50 % de la surface de la calotte glaciaire du Groenland.

La fonte estivale était en train de s’accélérer le 14 juin 2023, lorsque l’Operational Land Imager (OLI) du satellite Landsat 8 a acquis la première image du glacier Frederikshåb. Ce glacier, situé dans le sud-ouest du Groenland, descend de la calotte glaciaire, serpente le long d’une série de vallées, puis atteint un terrain plus régulierle long de la côte.

Glacier Frederikshåb le 14 juin 2023

La deuxième image du glacier Frederikshåb , acquise par l’OLI-2 sur le satellite Landsat 9, montre la même zone le 24 juillet 2023, après plus d’un mois de fonte supplémentaire. On remarquera la réduction spectaculaire de l’étendue de la neige en surface, avec réduction parallèle de l’albédo.

Glacier Frederikshåb le 24 juillet 2023

Depuis septembre 2021, lorsque le satellite Landsat 9 a rejoint son homologue Landsat 8 en orbite au-dessus de la Terre, les scientifiques obtiennent des vues détaillées plus fréquentes de notre planète. Les satellites Landsat 8 et Landsat 9 acquièrent ensemble quelque 1 500 vues chaque jour. Ces images sont très utiles pour observer les régions glaciaires, là où les changements saisonniers peuvent être rapides et spectaculaires.

Un autre changement saisonnier visible dans les deux images ci-dessus est le passage de la neige «propre» à la glace «sale». Ce phénomène est dû à la présence de particules de carbone ou de poussière qui se sont accumulées sur la glace. Au fur et à mesure que la neige et la glace fondent, ces impuretés se déposent et donnent cette couleur. Comme indiqué plus haut, l’assombrissement de la surface de la glace réduit son albédo, ce qui va accélérer sa fonte avec l’absorption d’énergie solaire supplémentaire pendant les mois d’été.

Un autre changement observable sur les images satellitaires est la présence d’ « étangs ou lacs – de fonte« , à la surface de la calotte glaciaire. De couleur bleu foncé, ils se forment là où la neige a fondu et où l’eau s’est accumulée dans les points bas de la surface ondulée de la calotte glaciaire. Ils sont un indicateur important de l’intensité de la saison de fonte au Groenland, qui s’étend généralement de mai à début septembre.
Seuls quelques étangs de fonte sont visibles sur l’image du 24 juillet, peut-être parce que l’eau de fonte a déjà quitté la calotte glaciaire et s’est infiltrée à travers la glace. En revanche, un grand nombre d’étangs de fonte était visible à une centaine de kilomètres au nord de Frederikshåb le 8 juillet, lorsque l’OLI-2 sur Landsat 9 a acquis l’image ci-dessous.
Ces changements sont dus à l’été de plus en plus chaud qui s’est installé dans la région à la fin juin. Au même moment, les vents chauds du sud-ouest et le ciel clair ont considérablement augmenté la fonte sur la calotte glaciaire, en particulier vers le sud de l’île.

Lacs de fonte le 8 juillet 2023

(Source images : NASA)

Jusqu’à présent, au cours de la saison de fonte du Groenland en 2023, les pics de fonte quotidienne sont restés inférieurs à ceux de 2012 qui fut une année de fonte exceptionnelle par son ampleur. Pourtant, à la mi-juillet, l’étendue de la fonte quotidienne était a été constamment supérieure à la moyenne de 1981-2010, et 2023 est à égalité avec plusieurs autres années de forte fonte au cours des dernières décennies.

Source : Friends of NASA.

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More than halfway through the 2023 melting season, Greenland has seen a substantial transformation of its snow cover. Melting has been above average for much of the season, including on several days in June and July when melt was detected across 800,000 square kilometers – up to 50 percent – of Greenland Ice Sheet’s surface, according to the National Snow and Ice Data Center (NSIDC).

Summer melting was ramping up on June 14th, 2023, when the Operational Land Imager (OLI) on Landsat 8 acquired the first image of , Glacier (see above). This glacier, located in southwest Greenland, flows downward from the Greenland Ice Sheet, winds past a series of valleys, then flattens out on smoother terrain along the coast.

The second image (see above), acquired with the OLI-2 on Landsat 9, shows the same area on July 24th, 2023, after more than a month of additional melting. One can notice the dramatic reduction in the extent of brighter (high albedo) surface snow.

Since September 2021, when Landsat 9 joined Landsat 8 in orbit over Earth, scientists have been getting more frequent detailed views of Earth. The Landsat 8 and Landsat 9 satellites together acquire about 1,500 scenes from across the planet every day. This comes in handy for observing the planet’s icy regions, where seasonal changes can be quick and dramatic.

Another seasonal change visible in the image pair above is the transition from “clean” snow to “dirty” ice. One reason for the darker color is due to the presence of particles, such as black carbon or dust, that have accumulated on the ice. As the snow and ice melt, these impurities are left behind. Darkening of the ice surface lowers its albedo, which can hasten melting through the absorption of additional solar energy in the summer months.

Another change is in the presence of ponded water, or “melt ponds,” on the surface of the ice sheet (see image above). Deep blue in color, they form where snow has melted and pooled in low spots on the ice sheet’s undulating topography. They can be an important indicator of the strength of Greenland’s melting season, which generally runs from May to early September.

Only a few melt ponds are visible in the July 24th image, possibly because meltwater had already run off the ice sheet or been channeled down through the ice. However, abundant melt ponds were visible about 100 kilometers north of Frederikshåb on July 8th, when the OLI-2 on Landsat 9 acquired the image above.

The changes are the result of the increasing warmth of summer weather that took hold across the region in late June. This is when warm southwesterly winds and clear skies significantly enhanced the amount of melting on the ice sheet, especially toward the island’s south.

So far in Greenland’s 2023 melting season, spikes in daily melt area have stayed below those of 2012, a year with exceptionally widespread melting. Still, as of mid-July, daily melt extents have been consistently higher than the 1981-2010 average, and 2023 is on par with several other high melt years in recent decades.

Source : Friends of NASA.

Dômes de chaleurs, anticyclones, El Niño et réchauffement climatique // Heat domes, anticyclones, El Niño and global warming

Comme je l’ai écrit précédemment (voir ma note du 7 août 2023), juin 2023 et surtout juillet 2023 ont été les mois de juin et juillet les plus chauds sur Terre depuis le début des relevés de température sur Terre il y a 174 ans.
Selon les scientifiques, un certain nombre de facteurs favorisent la hausse des températures dans différentes parties du monde. Si les conditions El Niño dans le Pacifique oriental, qui sont réapparues pour la première fois depuis sept ans, sont en partie responsables des épisodes de chaleur extrême, des continents comme l’Amérique du Nord, l’Afrique, l’Asie et l’Europe ont connu des vagues de chaleur intenses causées le plus souvent par la formation de dômes de chaleur ou par l’arrivée d’anticyclones. De plus, les températures record à la surface de la mer ont aggravé la situation. Toutefois, c’est bien le réchauffement climatique qui est au cœur de la crise actuelle. C’est bien la hausse globale des températures qui accroît la fréquence et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes.
La plupart des pays connaissent actuellement des vagues de chaleur dont la cause reste différente selon les régions. Alors qu’aux États-Unis et en Algérie, ce sont les dômes de chaleur qui sont responsables du déclenchement des vagues de chaleur, en Europe la hausse des températures est due à l’arrivée de deux anticyclones consécutifs en provenance d’Afrique.
Un anticyclone est essentiellement une zone de haute pression dans laquelle l’air descend vers la surface de la Terre. Au fur et à mesure que l’air descend, les molécules se compriment, ce qui augmente la pression de l’air et le rend plus chaud. Cela provoque un temps sec et chaud. Les vents restent calmes pendant un anticyclone, et il n’y a presque pas de formation de nuages car l’air descend plutôt qu’il ne monte.
De son côté, un dôme de chaleur se produit lorsqu’une zone de haute pression stagne au-dessus d’une région pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines. Elle emprisonne l’air chaud comme le fait un couvercle sur une marmite, pendant une période prolongée. Plus l’air reste emprisonné longtemps, plus le soleil le réchauffe, ce qui produit des conditions plus chaudes chaque jour qui passe. Les dômes de chaleur, s’ils durent longtemps, peuvent provoquer avoir des conséquences sanitaires sévères
Bien que les dômes de chaleur et les anticyclones ne soient pas causés par le réchauffement climatique, ils sont devenus plus intenses, plus longs et plus fréquents en raison de la hausse globale des températures. Alors que la planète continue de se réchauffer en raison des concentrations sans précédent de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, les événements météorologiques extrêmes, comme ceux que nous connaissons actuellement, deviendront plus fréquents. De plus, si la Terre dépasse 1,5 °C de réchauffement (défini par la COP 21) d’ici les années 2030 – et il est très probable qu’elle dépasse ce seuil critique – les écosystèmes pourraient subir des dommages irréversibles, avec un impact sévère sur des millions, voire des milliards, d’êtres humains et d’autres êtres vivants.
Source : NOAA.

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As I put it before (see my post of 7 August 2023), June 2023 and above all July 2023 were the Earth’s hottest months of June and July since the record-keeping of global temperatures began 174 years ago. T

According to scientists, a number of factors are fueling the soaring temperatures in different parts of the world. While El Niño conditions in the eastern Pacific, which have developed for the first time in seven years, are partly responsible for triggering extreme heat, continents like North America, Africa, Asia and Europe have been battered by scorching heat waves, caused, in most cases, by either formation of heat domes or arrival of anticyclones. Moreover, record high sea surface temperatures have worsened the situation. But at the heart of the present crisis is global warming, which has increased the frequency and intensity of extreme weather events.

Most parts of the world are currently experiencing intense heat due to the onset of heat waves whose cause remains different across regions. While in the USA and Algeria, heat domes are responsible for unleashing heat waves, Europe has suffered due to the arrival of two consecutive anticyclones that originated in Africa.

An anticyclone is essentially an area of high pressure in which the air goes downwards towards the Earth’s surface. As the air sinks, its molecules get compressed, which increases the pressure, making it warmer. This causes dry and hot weather. The winds remain calm during an anticyclone, and there is almost no formation of clouds because the air sinks rather than rises.

A heat dome, on the other hand, occurs when an area of high-pressure stays over a region for days and weeks. It traps warm air, just like a lid on a pot, for an extended period. The longer that air remains trapped, the more the sun works to heat the air, producing warmer conditions with every passing day. Heat domes, if they last for a long period, may cause deadly heat waves.

Although heat domes and anticyclones are not caused by global warming, they have become more intense, longer and more frequent as a result of increasing global temperatures. As the planet continues to get warmer because of the unprecedented levels of greenhouse gases being released into the atmosphere, extreme weather events, much like those unfolding right now, will become more frequent. Moreover, if the Earth breaches the 1.5°C global warming limit (as defined by COP 21) by the 2030s -and it is very likely to do so – there may be irrevocable damage to the ecosystems, with millions, if not billions, of humans and other living beings, severely impacted.

Source : NOAA.

 

Graphique montrant la mortalité hebdomadaire en Europe. On remarque au cours de l’été 2022 un pic (entouré en rouge) correspondant à une augmentation des décès entre les semaines 28 et 31 . Les températures ont atteint un niveau record autour du 20 juillet. La ligne de référence (en jaune) couvre la période 2016-2019. (Source : Eurostat, global-climat).

Le recul du glacier Mendenhall (Alaska) et le tourisme de masse // The retreat of Mendenhall Glacier (Alaska) and mass tourism

Des milliers de touristes débarquent chaque jour des navires de croisière à Juneau, la capitale de l’Alaska, et ils rejoignent des rangées de bus dont beaucoup se dirigent vers le glacier Mendenhall, l’une des principales attractions touristiques de la région.
Le glacier est survolé en permanence par des hélicoptères de tourisme et attire les visiteurs en kayak, en canoë et à pied. Il y a tellement de gens qui viennent voir le glacier et les autres attractions de Juneau que la gestion de ces foules est l’une des principales préoccupations des autorités locales. Certains habitants fuient vers des endroits plus calmes pendant l’été, et un accord entre la ville et les croisiéristes limitera le nombre de navires en 2024.

Le problème est que le réchauffement climatique fait fondre le glacier Mendenhall. (voir la crue glaciaire générée par la fonte de ce glacier dans ma note du 7 août 2023). Il recule si rapidement que d’ici 2050, il pourrait ne plus être visible depuis le Visitor Center. Les autorités locales se demandent ce qu’elles feront si cela se produit.
Le glacier finit sa course dans un lac parsemé d’icebergs. Son front a reculé d’une distance équivalente à huit terrains de football entre 2007 et 2021. Des repères sur le terrain et des photos au Visitor Center montrent le recul du glacier et là où se trouvait autrefois la glace. Des bosquets de végétation l’ont remplacée.
Bien que de gros blocs se soient détachés du glacier, la plus grosse perte de glace est due à l’amincissement provoqué par le réchauffement des températures. Le Mendenhall s’est maintenant éloigné du lac qui porte son nom.
Il y a des incertitudes pour le tourisme des prochaines années. La plupart des gens apprécient la vue sur le glacier depuis les sentiers tracés à proximité du Visitor Center. Les grottes d’un bleu profond qui attiraient les foules il y a plusieurs années se sont effondrées et de grandes flaques d’eau s’étalent désormais là où l’on pouvait autrefois passer des rochers à la glace. Les responsables du Tongass National Forest qui gère le glacier Mendenhall s’attendent à voir encore plus de visiteurs au cours des 30 prochaines années, même s’il est fort possible que le glacier devienne invisible.
L’impressionnante cascade près du glacier est très populaire pour les selfies et continuera probablement à attirer les touristes lorsque le glacier ne sera plus visible depuis le Visitor Center, mais c’est bien le glacier qui attire aujourd’hui l’essentiel des visiteurs.
Quelque 700 000 personnes devraient visiter le glacier Mendenhall en 2023, et environ 1 million sont prévues d’ici 2050. Les jours d’affluence, 20 000 personnes débarquent à Juneau, soit les deux tiers de la population de la ville.
Les autorités locales et les principales compagnies de croisières ont décidé de se limiter à cinq navires chaque jour pour 2024. Certains pensent que la situation ne changera pas si les navires continuent d’embarquer davantage de passagers. Certains habitants aimeraient qu’il y ait un jour par semaine sans navires. En 2023, pas moins de sept navires ont jeté l’ancre chaque jour à Juneau….
Source : médias d’information d’Alaska.

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Thousands of tourists spill onto a boardwalk in Juneau, Alaska’s capital, every day from cruise ships. Rows of buses stand ready to whisk visitors away, with many headed for the Mendenhall Glacier, one of the main tourist attractions of the region.

The glacier gets swarmed by sightseeing helicopters and attracts visitors by kayak, canoe and foot. So many come to see the glacier and Juneau’s other attractions that the city’s immediate concern is how to manage them all. Some residents flee to quieter places during the summer, and a deal between the city and cruise industry will limit how many ships arrive in 2024.

The problem is that global warming is melting the Mendenhall Glacier (see the glacial outburst flood caused by this glacier on my post of August 7th, 2023). It is receding so quickly that by 2050, it might no longer be visible from the visitor center. Local authorities wonder what they will do if this happens.

The glacier pours into a lake dotted by stray icebergs. Its face retreated eight football fields between 2007 and 2021 Trail markers and photos at the visitor center memorialize the glacier’s backward march, showing where the ice once stood. Thickets of vegetation have grown in its wake.

While massive chunks have broken off, most ice loss has come from the thinning due to warming temperatures. The Mendenhall has now largely receded from the lake that bears its name.

There are uncertainties for tourism in the future. Most people enjoy the glacier from trails near the visitor center. Caves of dizzying blues that drew crowds several years ago have collapsed and pools of water now stand where one could once step from the rocks onto the ice. Officials with the Tongass National Forest, which manages the Mendenhall Glacier, are expecting more visitors over the next 30 years even as they contemplate a future when the glacier will become out of view view.

The impressive waterfall close to the glacier is a popular place for selfies and could continue attracting tourists when the glacier is not visible from the visitor center, but the glacier is currently the big draw.

Around 700,000 people are expected to visit Mendenhall Glacier in 2023, with about 1 million projected by 2050. On the busiest days, about 20,000 people, equal to two-thirds of the city’s population, pour from the boats.

City leaders and major cruise lines agreed to a daily five-ship limit for 2024 But critics worry that won’t ease congestion if the vessels keep getting bigger. Some residents would like one day a week without ships. As many as seven ships a day have arrived in 2023.

Source : Alaskan news media.

Le glacier Mendenhall en 2023… (Crédit photo: Tongass National Forest)

…en 2016 (Photo: C. Grandpey)…

…en 2006 (Crédit photo: Visitor Center)