La presse britannique réveille les Champs Phlégréens ! // The British press wakes up the Phlegrean Fields !

drapeau-francaisDepuis quelques jours, des articles fleurissent dans la presse britannique, annonçant que le volcan des Champs Phlégréens – près de Naples – montre des signes de réveil. Par exemple, le titre de The Week était « Le grand frère du Vésuve commence à se réveiller ».
En fait, en lisant les articles, on se rend compte qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer. D’accord, le volcan est actif et les scientifiques ont prévenu qu’une éruption pourrait se produire tôt ou tard, mais l’activité ne s’est pas vraiment intensifiée au cours des dernières semaines. Dans les articles, on relève abondance de «pourrait», «probable» et d’autres termes montrant que nous ne savons rien sur le comportement futur des Champs Phlégréens. Les journaux font référence à une nouvelle étude selon laquelle «la pression créée par la montée du magma pourrait atteindre un point critique». On nous rappelle qu’en 2012, les autorités italiennes ont fait passer le niveau d’alerte du vert au jaune, avec un suivi scientifique plus intense. Les articles font l’amalgame avec le Vésuve « qui a détruit Pompéi et les villes environnantes il y a plus de 2000 ans ». On nous dit qu’ »une éruption des Champs Phlégréens pourrait être bien pire. » Il est fait référence à l’éruption qui a eu lieu il y a 39 000 ans, « quand une explosion a expulsé des centaines de kilomètres de lave et de roche dans l’air [ce qui ne veut strictement rien dire !], ce qui peut avoir contribué à la disparition du continent des derniers Néandertaliens. » On nous apprend aussi que le volcan a tellement effrayé les Romains qu’ils considéraient le Lac Averne – à quelques kilomètres des Champs Phlégréens – comme l’entrée des Enfers.

Après avoir lu les articles, on se rend compte qu’ils n’ont aucune valeur scientifique. Ils entrent dans la sphère du sensationnalisme qui anime beaucoup de journaux outre-Manche. Il ne fait guère de doute que les Champs Phlégréens sont une menace pour les 500 000 habitants qui vivent à proximité mais, pour le moment, ces articles alarmistes restent sans fondement.

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drapeau-anglaisStarting a few days ago, articles have appeared in the British newspapers saying that the Campi Flegrei volcano near Naples was showing signs of reawakening. For instance, The Week’s headline was “Vesuvius’s big brother is starting to wake”.

Actually, when reading the articles, one realises that no such event is happening. Ok, the volcano is active and scientists have warned that an eruption might happen sooner or later, but activity has not increased during the past weeks. Along the lines, there is an abundance of “could”, “likely” and other terms showing we do not know anything about the future behaviour of the Phlegrean Fields. The newspapers refer to a new study that says “pressure created by rising magma could be reaching a critical point.” We are reminded that in 2012, Italian authorities raised the threat level from green to yellow, with more scientific monitoring. A mixture is made with Mt Vesuvius “which destroyed Pompeii and its surrounding cities more than 2,000 years ago”. We are told “an eruption by the Phlegraean Fields could be far worse.” Reference is made to the eruption that occurred 39,000 years ago, “when a blast expelled hundreds of miles of lava and rock into the air, which may have contributed to the demise of the continent’s last Neanderthals”. During the Roman times, the system so awed the Romans that they referred to its Lake Avernus crater as the mouth of Hades.

After reading the articles, one realise their aim is by no means scientific. It should be included in the sphere of sensationalism that animates too many newspapers over the Channel. Undoubtedly, the Phlegrean Fields remain a threat to the 500,000 people who live around them but, for the time being, any kind of panic would be useless.

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Champs Phlégréens avec l’observatoire Friedlander, aujourd’hui écroulé.

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Lago di Averno: l’Enfer n’est pas loin…

(Photos: C. Grandpey)

Champs Phlégréens (Italie) / Campi Flegrei (Italy) : Activité bradysismique provoquée par les gaz ? // Is bradyseismic activity caused by gases ?

drapeau francaisUne nouvelle étude effectuée par des géochimistes italiens et présentée à la conférence Goldschmidt à Yokohama (Japon) le 30 juin 2016, semble indiquer que les déformations du sol dans la région des Champs Phlégréens près de Naples sont provoquées par la pression du gaz, non par une ascension de magma. Les Champs Phlégréens sont bien connus pour leur instabilité géologique. Le sol peut se soulever et s’affaisser de plusieurs mètres au cours d’un laps de temps de quelques années, phénomène connu sous le nom bradyséisme. Les dernières années ont vu le sol de la région se soulever à nouveau, avec une hausse de 38 centimètres enregistrée depuis la fin de 2005. On a même craint une éruption volcanique.

La dernière alerte géologique a eu lieu en 1982-1984, avec un soulèvement du sol jusqu’à 1,80 m. La plupart des scientifiques pensent que le phénomène a été causé par une activité hydro-magmatique. A côté de cette idée, un groupe de chercheurs explique l’activité actuelle par une accumulation du magma sous les Campi Flegrei.
Aujourd’hui, des géochimistes de l’Université de Naples et de l’Observatoire du Vésuve pensent que le groupe de chercheurs fait fausse route. Ils ont examiné des données géochimiques remontant à plus de 30 ans et leur interprétation – qui prend en compte les gaz émis et les signaux physiques – rejoint l’hypothèse selon laquelle l’activité actuelle est hydrothermale, avec participation des gaz magmatiques profonds. Ces géochimistes ne pensent pas qu’il y ait migration du magma ou gonflement d’une chambre magmatique superficielle.

C’est une bonne nouvelle. En effet, l’activité au cours de laquelle le magma s’accumule avant de se déplacer vers la surface tend à être associée à un risque d’éruption. Il faut toutefois remarquer que le passage d’une activité hydrothermale à une activité magmatique peut se produire brutalement. Il est donc très difficile de prévoir l’activité future des Champs Phlégréens. Pour mettre en place une interprétation définitive de la situation, il faudrait pouvoir avoir un accès au comportement géophysique et géochimique du sous-sol de cette région. Cependant, comme je l’ai écrit dans plusieurs notes, il existe des désaccords concernant la sécurité des forages dans la région. Les autorités craignent qu’ils déstabilisent le sous-sol et provoquent une activité éruptive.
Source: Phys.org: http://phys.org/

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drapeau anglaisA new study by Italian geochemists, presented at the Goldschmidt conference in Yokohama, Japan, on 30 June 2016, seems to indicate that the current ground movement around the Campi Flegrei in the Naples area may be due to gas pressure, and not because of a surge of volcanic magma.  The Campi Flegrei (Phlegraean Fields) is well known for its geological instability. The land in this area can rise and fall by several metres over just a few years, a phenomenon known as Bradyseism. The last few years have seen the ground in the area begin to rise again, with a 38-centimetre rise recorded since late 2005. There have been worries that this may presage an eruption.

The last serious geological unrest was in 1982-1984, which saw ground levels rise by up to 1.8 metres. Most scientists think that the movement in this period was caused by mixed magmatic- hydrothermal activity. On the other hand, consensus exists that the current activity is caused by molten magma movement and accumulation under the Campi Flegrei.

Now, however, a group of geochemists from the University of Naples and the Vesuvius Observatory think that the consensus has got it exactly the wrong way round. They have checked geochemical records going back over more than 30 years, and their interpretation – which takes into account  the released gases and physical signals – seems to be consistent with current activity being hydrothermal, with the support of deep magmatic gases, rather than due to magma migration or growth of a shallow magma chamber.

This is good news. Indeed, activity in which magma moves upward and accumulates tends to be associated with an increased chance of an eruption. However the change from hydrothermal to magmatic activity can take place at any time, so it is very difficult to predict future activity in the Campi Flegrei. Achieving a definitive interpretation of the situation would probably require direct access to underground geochemical and geophysical information in the areas of interest. However, as I put it in previous posts, there is still a debate over the safety of drilling in such a volatile area.

Source: Phys.org: http://phys.org/

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Expérience d’ionisation dans la Solfatara : Le journal enflammé approché d’une fumerolle fait redoubler la fumée de la fumerolle. En effet, l’ion d’ammonium contenu dans le papier se combine avec les ions chlorures des fumerolles pour donner des vapeurs blanches visibles de chlorure d’ammonium. (Photo: C. Grandpey)

 

Des émissions de gaz dans le Golfe de Naples (Italie) // Gas emissions in the Gulf of Naples (Italy)

drapeau-francaisAu cours d’une campagne océanographique coordonnée par le Conseil National de la Recherche (CNR), l’Institut National de Géophysique et de Volcanologie (INGV) et l’Université de Florence, des scientifiques ont découvert au fond du Golfe de Naples un gonflement, ou un «dôme», qui émet du gaz. Il a une quinzaine de mètres de hauteur et couvre une superficie de 25 kilomètres carrés.
La structure se trouve à mi-chemin entre les volcans actifs des Champs Phlégréens et le Vésuve, à des profondeurs variant entre 100 et 170 mètres. Au cours de la mission, les chercheurs ont découvert 35 émissions de gaz et plus de 650 petits cratères liés à des émissions de gaz qui se sont produites au cours des derniers 12 000 ans. Selon un chercheur de l’INGV, les données récoltées « indiquent que nous sommes en présence d’une activité corrélée à un phénomène volcanique secondaire et non associée, pour l’instant, à une ascension directe du magma. »
Source : Corriere della Sera / Corriere del Mezzogiorno.

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drapeau anglaisDuring an oceanographic campaign coordinated by the National Research Council (CNR), the National Institute of Geophysics and Volcanology (INGV) and the University of Florence, scientists discovered in the Gulf of Naples a swelling, or a « dome », which emits gas. It is fifteen metres high and covers an area of 25 square kilometres.
The structure is located halfway between the active volcanoes of the Campi Flegrei and Vesuvius, at depths ranging between 100 and 170 metres. During the mission, the researchers discovered 35 gas emissions and more than 650 small craters linked to gas emissions that have occurred over the last 12 000 years. According to an INGV researcher, the data collected « indicate that we are in the presence of an activity correlated to a secondary volcanic phenomenon and not associated, for now, with a direct ascent of magma. »
Source: Corriere della Sera / Corriere del Mezzogiorno.

Dans les profondeurs des Champs Phlégréens (Italie)… // In the depths of the Campi Flegrei (Italy)…

drapeau francaisDans une note écrite en juillet 2012, j’indiquais que le forage des Champs Phlégréens qui devait commencer en 2010 était entré dans sa phase active et que les foreuses avaient déjà atteint une profondeur de 200 mètres. Le travail s’est poursuivi au cours des mois suivants et les scientifiques viennent de révéler les premiers résultats.

Le forage a permis de découvrir que la caldeira des Champs Phlégréens s’étend de Monte di Procida jusqu’à Posillipo, mais ne comprend pas tout Naples, comme on le pensait jusqu’à présent.

Par ailleurs, le forage a permis de comprendre le « moteur » de l’activité bradysismique qui affecte régulièrement la région. Le rapport scientifique indique que « le phénomène est causé pour 50% par le magma et pour 50% par l’eau dans les roches ». D’un point de vue pratique, « le magma monte jusqu’à 5 ou 6 km et chauffe l’eau qui va faire gonfler les roches, entraînant un soulèvement du sol. »

Les Champs Phlégréens sont considérés comme un supervolcan dont les éruptions peuvent être violentes, mais ne se produisent que rarement. C’est pour mieux étudier le volcan que ce premier forage de 500 mètres a été effectué, avec installation de capteurs qui contrôlent en permanence des paramètres comme la température et la sismicité. Le programme scientifique prévoit un autre forage qui devrait atteindre une profondeur de 3,5 km.

Source : Presse italienne.

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drapeau anglaisIn a note written in July 2012, I indicated that the drilling of the Campi Flegrei scheduled to begin in 2010 had entered its active phase and had reached a depth of 200 meters. The work continued over the following months and scientists have just revealed the first results.
The drilling allowed to discover that the Campi Flegrei caldera stretches from Monte di Procida to Posillipo, but does not include all Naples, as was thought until now.
In addition, the drilling helped to understand the « engine » of the bradyseismic activity that regularly affects the region. The scientific report indicates that « the phenomenon is caused in 50% by magma and 50% by the water in the rocks. » From a practical standpoint, « magma rises up to 5 or 6 km and heats the water that swells the rocks, causing inflation.  »
The Campi Flegrei are considered a supervolcano whose eruptions which can be violent but occur only rarely. The aim of the first 500-metre drilling was to better study the volcano, with the installation of sensors that continuously monitor parameters such as temperature and seismicity. The scientific program includes another drilling that should should reach a depth of 3.5 km.
Source: Italian newspapers.

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La recherche scientifique a beaucoup évolué depuis les années 1900 lorsque fut construit dans la Solfatara l’Observatoire Friedlaender, aujourd’hui disparu.  (Photo:  C.  Grandpey)

L’InSAR et les Champs Phlégréens (Italie) // InSAR and the Phlegrean Fields (Italy)

drapeau francaisLe 20 mars 2015, j’ai mis en ligne une note montrant l’importance de l’interférométrie radar à synthèse d’ouverture (InSAR) dans le domaine de la volcanologie. Cette technologie vient d’être utilisée pour observer le comportement des Champs Phlégréens, zone volcanique active aux portes de Naples. La proximité d’une zone de population dense oblige les scientifiques à la surveiller de très près car on sait que l’activité éruptive explosive peut être particulièrement violente.

Le radar à bord du satellite Ten Sentinel – 1A de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) a confirmé la poursuite du processus de déformation du sol dans la région. Ce processus, connu sous le nom de bradyséisme, consiste en des mouvements verticaux, parfaitement visibles, par exemple, sur les colonnes du temple de Serapis à Pouzzoles avec des empreintes de coquillages prouvant que la mer a recouvert le secteur à une certaine époque.

Les mesures effectuées par l’InSAR entre octobre 2014 et mars 2015 ont révélé que le sol se soulevait à raison de 0,5 cm par mois. Il semblerait donc que le phénomène soit dans une phase basse car en 2012 la déformation atteignait 3 centimètres par mois, ce qui avait poussé la Protection Civile à élever d’un cran le niveau d’alerte.

Source : ESA.

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drapeau anglaisOn March 20th, 2015, I posted a note showing the importance of Interferometric Synthetic Aperture Radar (InSAR) in the field of volcanology. This technology has just been used to observe the behaviour of the Campi Flegrei, an active volcanic area on the outskirts of Naples. The proximity of a densely populated area forces scientists to monitor it very closely because we know that the explosive eruptive activity may be particularly violent.
The radar on board the Sentinel Ten – 1A satellite of the European Space Agency (ESA) has confirmed the continuation of the soil deformation process in the region. This process, known as the bradyseism, consists of vertical movements, perfectly visible, for example, on the columns of the Temple of Serapis at Pozzuoli, with shells showing that the sea covered the area at one time.
Measurements by InSAR between October 2014 and March 2015 revealed that the ground was rising at a rate of 0.5 cm per month. This suggests that the phenomenon is in a low phase, because in 2012 the deformation reached 3 centimeters per month, which pushed the Civil Protection to raise the alert level by a notch.
Source: ESA.

Campi-Flegrei

Source:  ESA.

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Effets du bradyséisme à Pouzzoles  (Photo:  C.  Grandpey)

Les Champs Phlégréens ont-il tué l’Homme de Néandertal? // Did the Campi Flegrei kill the Neanderthals?

drapeau francais   C’est la question à laquelle essayent de répondre cette semaine des scientifiques réunis ou British Museum de Londres à l’occasion d’un colloque intitulé « Quand l’Europe était couverte de cendre et de glace ».

Certains chercheurs pensent qu’une éruption majeure des Champs Phlégréens (site volcanique à proximité de Naples) il y a 39 000 ans aurait entraîné l’extinction de l’Homme de Néandertal et conduit au triomphe de l’Homo Sapiens. Cette éruption fut la plus importante en Europe sur une période de 200 0000 ans et les scientifiques expliquent que d’énormes panaches de cendre ont probablement fait disparaître le soleil pendant des mois, voire des années. Les températures ont chuté et l’atmosphère a été envahie par des matières toxiques qui ont pu conduire à la disparition de l’Homme de Néandertal.

Toutefois, l’ensemble de la communauté scientifique n’approuve pas cette hypothèse. Certains chercheurs affirment que l’Homme de Néandertal avait déjà disparu au moment de l’éruption des Champs Phlégréens.

Source : ANSA.IT.

 

drapeau anglais   This is the questions scientists are trying to answer this week at London’s British Museum during a conference entitled “When Europe was covered by ice and ash”.

Some researchers are suggesting that Neanderthals were driven to extinction by a massive volcanic eruption of the Campi Flegrei near Naples 39,000 years ago that led to the triumph of the Homo Sapiens. That was the biggest volcanic eruption in Europe for more than 200,000 years and scientists say that its enormous plumes of ash would have blotted out the sun for months, or possibly years. Temperatures plummeted and the eruption filled the atmosphere with toxic matter that may have contributed to the end of the Neanderthals.

However, not all scientists agree with this hypothesis. Some argue the Neanderthals were already extinct before the eruption of the Campi Flegrei.

Source: ANSA.IT.

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Un guide se livre à l’expérience d' »ionisation de l’air » dans les Champs Phlégréens. Selon Maurice Krafft dans le Guide des Volcans d’Europe, « l’ion ammonium contenu dans le papier se combine avec les ions chlorures des fumerolles pour donner des vapeurs blanches visibles de chlorure d’ammonium ».  (Photo:  C.  Grandpey)