Réchauffement climatique et déplacements de populations

J’ai alerté à plusieurs reprises sur ce blog sur l’érosion littorale provoquée par la montée du niveau des océans. La fonte des banquises et des glaciers, ainsi que la dilatation thermique des océans provoquent des dégâts sur les côtes, surtout au moment des tempêtes et des marées à fort coefficient. En métropole, mais aussi en outre-mer, des zones habitées sont sous la menace des vagues et des relocalisations devront être envisagées.

 Les dernières tempêtes ont causé de sérieux dégâts sur la côte atlantique et les enrochements ont parfois été délogés par les assauts des vagues (photos : C. Grandpey)

À l’échelle de la planète, des relocalisations et des déplacements de populations sont en cours. Au Brésil, l’État de Rio Grande do Sul a connu des pluies diluviennes d’une violence extrême ces derniers temps et se trouve dans une situation désespérée. Des coulées de boue gigantesques ont détruit des maisons et noyé un nombre incalculable de véhicules. Le bilan provisoire est de 147 morts et 124 disparus. Plus de deux millions de personnes sont dans la détresse et d’innombrables infrastructures sont détruites. Ce sont les inondations les plus graves dans l’histoire de cet État ; elles ont déjà entraîné le déplacement de plus de 620 000 personnes depuis le début du mois de mai 2024. 150 000 personnes avaient déjà connu le même sort en 2023. La situation est tellement grave que les autorités se demandent s’il ne faudra pas délocaliser Porto Alegre !

Le quartier de Sarandi à Porto Alegre, sous les eaux le 5 mai 2024 (Source : presse brésilienne)

Cette ville ne serait pas la première à devoir prendre une telle mesure. Il y a trois ans, le gouvernement indonésien a décidé d’abandonner Djakarta (10 millions d’habitants), la capitale actuelle sur l’île de Java, et de construire une nouvelle capitale, Nusantara, sur l’île de Bornéo. Les risques d’inondation étaient devenus trop importants à Djakarta, notamment à cause du risque de submersion lié à la hausse du niveau de la mer. Le gouvernement indonésien s’est donné 15 ans pour mener le projet à son terme. Voir mes notes du 31 août 2019 et du 15 mars 2023 à ce sujet :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2023/03/15/la-capitale-indonesienne-bientot-a-borneo-indonesian-capital-soon-in-borneo/

Illustration du transfert de Jakarta vers Kalimantan (Source ; The Jakarta Post)

Des déplacements de populations ont déjà eu lieu dans des proportions impressionnantes. . L’Observatoire des Situations de Déplacements Internes (International Displacement Monitoring Center – IDMC) indique que « chaque année, le nombre de déplacements de populations liés aux catastrophes naturelles est plus important que le nombre de déplacements provoqués par des conflits (26 millions contre 20 millions). » L’Asie du Sud et du Sud-Est connaît les niveaux de déplacements les plus importants suite à des événements climatiques de plus en plus fréquents et de plus en plus violents. Ainsi, le cyclone Mocha a provoqué la fuite de 1,3 million de personnes au Bangladesh, et 900 000 en Birmanie. Il faut savoir que dans un certain nombre de cas, conflits et catastrophes se superposent, ce qui augmente le risque pour les personnes d’être déplacées plusieurs fois ou de manière prolongée. Le rapport de l’IDMC indique qu’au 31 décembre 2023, il y avait 7,7 millions de personnes déplacées en raison de catastrophes dans 83 pays.

D’ores et déjà, on sait que ne nombre de catastrophes va augmenter avec le réchauffement climatique. Il y aura une hausse de la fréquence et de l’intensité des phénomènes extrêmes. L’essentiel des déplacements est actuellement causé par les sécheresses, les inondations, les cyclones, les incendies.

Comme je l’indiquais plus haut, la France est concernée par ces déplacements de population. En 2022, les feux de forêts ont déplacé 45 000 personnes dans l’hexagone. Un sondage commandé fin 2023 par EDF montre que 26% des Français pensent qu’ils devront quitter leur domicile dans les 10 prochaines années, à cause des impacts du réchauffement climatique.

Source : presse nationale et internationale.

Des panneaux mettent en garde contre le risque d’effondrement du littoral, ici à Talmont (Gironde)

Réchauffement climatique : attachez vos ceintures !

Une personne est morte et trente autres ont été blessées à bord d’un vol de la compagnie Singapore Airlines qui a connu de fortes turbulences durant son trajet de Londres à Singapour. Le vol a même dû être redirigé vers Bangkok où l’avion a atterri en urgence.

Les données de suivi du vol indiquent que l’avion a chuté de plus de 1 800 mètres en seulement cinq minutes au-dessus de la mer d’Andaman, au large de la Thaïlande.

Si cet incident implique à nouveau un Boeing, il ne semble pas que la responsabilité de l’avionneur américain soit engagée. Il est probable que la véritable cause soit à rechercher dans les conséquences du réchauffement climatique. C’est ce que révèlent de plus en plus d’études. Dans l’une d’elles, publiée dans la revue Geophysical Research Letters, des chercheurs de l’université de Reading (Angleterre) ont comparé des données atmosphériques entre 1979 et 2020. En quarante ans, le nombre de turbulences à bord des avions a augmenté de 50 % à cause du réchauffement climatique. C’est particulièrement le cas au-dessus de l’Atlantique, zone aérienne très fréquentée. Au cours des quatre dernières décennies, la durée annuelle totale des turbulences fortes y a augmenté de 55%, passant de 17,7 heures en 1979 à 27,4 heures en 2020. Les turbulences modérées ont également connu une hausse de 37%, passant de 70 à 96,1 heures, quant à celles légères, elles ont augmenté de 17% (466,5 à 546,8 heures).

Les turbulences surviennent quand deux courants d’air de vitesse, de chaleur et de sens différents se rencontrent. L’air au niveau du sol chauffe et s’élève, tandis que l’air froid des nuages, plus lourd, redescend. Le croisement des deux masses d’air provoque ce que les météorologues appellent le « cisaillement du vent » (wind shear en anglais). Avec le réchauffement climatique et le hausse des températures, plus l’air est chaud, plus le cisaillement augmente. Les pilotes expliquent que cette situation intervient uniquement en zones d’« air clair », dépourvues de nuages, ce qui rend sa prévision extrêmement difficile. Si les turbulences ont lieu dans un milieu nuageux, les conditions sont différentes.

On connaît déjà d’autres conséquences négatives du réchauffement climatique sur l’aviation mondiale. Ainsi, les modifications du jet-stream, qui souffle d’ouest en est, allongent la durée des voyages vers l’ouest. En outre, l’augmentation des températures réduit le poids que les avions peuvent transporter.

Selon les auteurs de l’étude mentionnée ci-dessus, cette augmentation des turbulences doit pousser le secteur de l’aviation à s’adapter. Ces phénomènes peuvent entraîner des retards, des annulations, des déviations ou des dégâts et de l’usure sur les appareils. Les turbulences coûtent à l’industrie entre 150 et 500 millions de dollars par an, rien qu’aux Etats-Unis. Si pour les passagers, les turbulences ne restent souvent que de petits désagréments et des moments d’angoisse, elles peuvent parfois causer des dégâts plus importants, allant jusqu’à d’importantes blessures, comme on vient de le voir avec le vol de la Singapore Airlines. L’étude britannique met en lumière un paradoxe : alors que le transport aérien est affecté par le réchauffement climatique, il en est également un des facteurs aggravants. Selon une étude publiée en 2020, avec l’émission des gaz à effet de serre, le secteur contribue à 3,5% du réchauffement de la planète.

Source : presse internationale.

Illustration du cisaillement du vent à l’origine des turbulences (Source: Airplane Geeks Podcast)

La Nouvelle-Aquitaine face à l’érosion côtière

Mes fréquentes visites en Gironde et en Charente-Maritime ont confirmé à quel point le littoral atlantique de Nouvelle-Aquitaine était affecté et menacé par la montée du niveau des océans causée par le réchauffement climatique d’origine anthropique. Ici, ce sont des enrochements qui s’effondrent, là c’est la dune qui est arrachée, malgré la résistance des oyats.

Un colloque sur l’érosion côtière et la submersion marine s’est déroulé à Lacanau en Gironde le 27 mars 2024, au milieu des pelleteuses qui s’activent pour essayer d’endiguer le phénomène. Le but de cet événement, qui réunissait experts et élus, était de répondre à la question : Quelles préparations des littoraux de Nouvelle-Aquitaine pour s’adapter au réchauffement climatique ? On sait que cette hausse des températures aura des conséquences environnementales et financières très importantes dans les prochaines années.

Les derniers événements climatiques viennent de le confirmer : chaque année, l’océan avance sur les terres. Le trait de côte recule de plusieurs mètres à chaque tempête, et encore plus si la mer part à l’assaut du rivage au moment des grandes marées. Le constat est alarmant et inéluctable. Certaines communes sont sérieusement menacées.

Comme je l’ai rappelé dans plusieurs notes sur ce blog, la ville de Lacanau est l’une des plus touchées par la montée des eaux. Les autorités locales travaillent depuis dix ans sur le phénomène d’érosion, et de gros travaux sont en cours sur plusieurs types de chantiers. Le maire de la localité explique qu’ « il va falloir relocaliser le poste de secours, les parkings du front de mer et la Maison de la glisse. Et en même temps, on aménage le centre-ville pour une nouvelle mobilité et des espaces « renaturés » en désimperméabilisant les sols, pour rendre à la nature ce qu’elle n’aurait jamais dû quitter. »

Du Pays basque aux marais charentais, de l’île d’Oléron à Lacanau, les 900 km de côtes de la Nouvelle-Aquitaine sont couverts par ces stratégies de lutte contre l’érosion. Les enrochements se multiplient ; on essaye de retenir les dunes à l’aide de différentes techniques, mais ces initiatives semblent bien fragiles devant la force de l’océan. Comme l’a déclaré le président de la région Nouvelle-Aquitaine, « la hausse du niveau marin et les tempêtes amplifieront, quoi qu’il arrive, l’érosion côtière, l’intrusion saline et le niveau de submersion et d’inondation, surtout en cas d’évènements extrêmes du type de la tempête Xynthia. » Lors de cette dernière, en février 2010, le recul du trait de côte a été de quinze mètres. Au final, l’érosion côtière menacera l’activité touristique littorale, un secteur majeur de l’économie, avec 49 000 emplois directs.

On sait qu’au final c’est l’océan qui gagnera, mais si rien n’en fait, la situation sera encore pire. La Chambre régionale des comptes de Nouvelle-Aquitaine a chiffré le coût total de l’inaction entre 8 et 17 milliards d’euros à l’horizon 2050. La région Nouvelle-Aquitaine compte sur l’aide de l’État pour entreprendre ces travaux à grande échelle. Des maisons de particuliers sont menacées, mais aussi de nombreux campings qui font le plein tous les étés dans la région. En tout, ce sont 7 000 bâtiments qui sont menacés dans la région Nouvelle-Aquitaine. Si ces structures venaient à disparaître, elles généreraient un sérieux manque à gagner pour le secteur touristique aquitain.

La région en appelle à la solidarité nationale. Le préfet de Gironde, présent au colloque, a rappelé que l’État participait à hauteur de 50 % dans les travaux opération trait de côte à Lacanau. Le ministre de la Transition écologique a prévu d’intégrer des crédits dédiés à la lutte contre l’érosion côtière dans le projet de loi de finance 2025. Il le fallait, car le temps presse.

Source : France 3 Régions, presse écrite de Nouvelle-Aquitaine.

Enrochements stables à Lacanau…

….Plus fragiles ailleurs…

Erosion dunaire…

Erosion de falaise…

La côte atlantique a bien du mal à faire face aux assauts de l’océan !

(Photos: C. Grandpey)

Et si les courants marins s’arrêtaient dans l’Atlantique? // What if ocean currents collapsed in the Atlantic?

L’une des conséquences les plus redoutées du réchauffement climatique actuel est l’arrêt de l’AMOC, abréviation de Atlantic Meridional Overturning Circulation, en français : circulation méridienne de renversement de l’Atlantique . Une nouvelle étude publiée le 25 juillet 2023 dans la revue Nature Communications prédit que l’arrêt de cette circulation pourrait se produire d’ici le milieu du siècle, peut-être même dès 2025.
Il convient de rappeler que les courants océaniques qui composent l’AMOC fonctionnent comme des tapis roulants qui transportent l’eau chaude des latitudes sud vers l’Atlantique Nord. La chaleur du sud fait s’enfoncer l’eau plus froide et plus salée – donc plus lourde – dans le nord. L’océan Pacifique n’a pas le même type de salinité, et c’est la raison pour laquelle l’eau autour de l’Alaska a tendance à être plus froide qu’en Scandinavie, même si on se trouve à la même latitude.
L’AMOC pourrait cesser de fonctionner si trop d’eau douce était ajoutée à l’océan, réduisant sa salinité. Dans ce genre de situation, les eaux océaniques deviendraient moins lourdes, ce qui provoquerait l’arrêt des courants de l’AMOC. Cette arrivée d’eau douce pourrait provenir de la fonte des calottes glaciaires, de l’augmentation du ruissellement des rivières et de l’augmentation des précipitations, ensemble de phénomènes provoqués par le réchauffement climatique.
Les auteurs de l’étude ont passé au peigne fin les données de température de surface de la mer dans l’Atlantique Nord en remontant jusqu’en 1870, ce qui permet de comprendre la stabilité historique de l’AMOC. Après avoir effectué de nouvelles analyses, les chercheurs sont arrivés à la conclusion que l’AMOC devient de plus en plus instable avec le temps. Les mécanismes qui maintiennent cette stabilité sont en train de disparaître.

Les analyses effectuées par les auteurs de l’étude tendent à montrer que l’AMOC cessera de fonctionner entre 2025 et 2095, probablement au milieu du siècle, mais ils préviennent que cet arrêt pourrait se produire plus tôt. Un tel événement entraînerait à coup sûr une élévation rapide du niveau de la mer et une forte baisse des températures dans l’hémisphère nord.
Il y a un certain scepticisme dans le monde scientifique quant aux conclusions de la nouvelle étude. Certains chercheurs rappellent que selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) il est peu probable que l’AMOC s’arrête si l’on se réfère aux modèles climatiques actuels. Plusieurs autres chercheurs ont mis en évidence les incertitudes rendant difficile la détermination du moment où le point de basculement de l’AMOC se produira. Cependant, il convient de noter que le GIEC a été maintes fois critiqué pour avoir été trop modéré dans ses conclusions face aux pressions politiques. La plupart des scientifiques font également remarquer que le réchauffement climatique s’accélère plus vite que la plupart des prévisions faites dans le passé.
Comme d’habitude, les scientifiques expliquent que la situation est tout à fait réversible, à condition de réagir assez rapidement et de réduire dans de larges proportions nos émissions de gaz à effet de serre. Ils ajoutent qu’une fois que nous aurons franchi le point de basculement – avec irréversibilité de la situation – il faudra plusieurs décennies avant que débute un arrêt complet de l’AMOCc ce qui laisse le temps de faire baisser les concentrations de gaz à effet de serre.

Désolé, mais c’est refuser de voir la vérité en face et laisser le problème aux prochaines générations ! Parfaitement stupide et honteux.
Source : Yahoo Actualités.

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One of the most feared consequences of the current global warming is the collapse of AMOC, short for Atlantic meridional overturning circulation. A new study published on July 25th, 2023 in Nature Communications predicts the collapse could occur by the middle of the century, possibly even as early as 2025.

It is worth reminding the public that the ocean currents that comprise AMOC work like conveyor belts to carry warm water from the southern latitudes into the North Atlantic. Heat from the south causes colder, saltier water in the north (which is heavier) to sink. The Pacific Ocean lacks the same kind of salinity, and it’s the reason water around Alaska tends to be colder than in Scandinavia, even though they share the same latitude.

AMOC can be shut down if too much fresh water is added to the ocean, which reduces its salinity. In this kind of situation, ocean waters become less heavy, which basically causes the AMOC currents to stop. That infusion of freshwater could come from the melting of ice sheets, increased river runoff, and increased precipitation, all phenomena that are driven by global warming..

The authors of the study looked at sea surface temperature data of the North Atlantic stretching back to 1870, which can help tunderstand the historical stability of AMOC. After running new analyses, the researchers came to conclude that AMOC is getting more unstable over time. Mechanisms that maintain regularity are falling apart.

The authors’ analyses suggest AMOC will collapse sometime between 2025 and 2095—likely in the middle of the century, but they warn it may happen sooner. Such an event would likely lead to rapid rises in sea levels, and a sharp decrease in temperatures across the Northern Hemisphere.

There is some skepticism among other scientists about the new study’s conclusions. They point out that the latest report from the U.N.’s Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC) said it was unlikely that AMOC would collapse based on current climate models. Several other researchers have cautioned that uncertainties make it difficult to pinpoint when the AMOC tipping point will occur. However, it should be noted that the IPCC has been criticized again and again for moderating its conclusions in the face of political pressure. Most experts have also underlined that global warming has blown past most predictions made in the past.

As usual, scientists say the situation is all reversible, provided we react quickly enough ans reduce in large proportions the emissions of greenhouse gases. They add that once we cross the tipping point, it will be several decades before a full collapse of AMOC begins, which gives time to bring down greenhouse gas concentrations.

Sorry, but this is refusing to see the problem to day and leaving it for the next generations ! Definitely stupid and shameful.

Source : Yahoo News.

Vue de la circulation océanique dans le monde (Source: NOAA)