Réchauffement climatique : l’érosion du littoral atlantique

Concentrations de CO2 : 432,38 ppm (12 juin 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,46 ppb (février 2026)

Avec le réchauffement climatique, le trait de côte ne cesse de reculer le long du littoral atlantique. Il y a quelques semaines, j’indiquais qu’il avait reculé brutalement à Biscarrosse (Landes) au mois de février 2026,. Alors qu’il perd habituellement jusqu’à deux mètres par an, une dune s’est effondrée sur une vingtaine de mètres, emportant la promenade du front de mer.

Crédit photo: presse régionale

Il y a quelques jours, après avoir pédalé entre la Pointe de Grave et le Cap Ferret, j’ai fait un saut à Biscarosse pour me rendre compte de la situation. Tout à été fait pour que la saison estivale se passe bien et, si je n’avais pas lu des articles de presse, je ne me serais pas vraiment rendu compte de l’incident du mois de février.

Malgré tout, la ville porte les traces du recul du trait de côte et de ses conséquences. Au sommet de la dune littorale se dresse une maison – La Rafale – construite en 1912 et interdite d’accès suite à deux arrêtés de péril imminent pris par le maire de Biscarosse le 24 juin 2019.

L’autre arrêté concernait la terrasse du Grand Hôtel de la Plage, menacée, elle aussi, d’effondrement par l’érosion. On se trouve dans le même situation qu’à Soulac-sur-Mer (Gironde) où l’immeuble Le Signal a dû être démoli pour les mêmes raisons.

À Biscarrosse, le trait côtier a reculé de 15 mètres depuis les tempêtes successives en 2014. La commune procède à de l’ensablement pour ralentir l’érosion. Des panneaux pédagogiques expliquent aux visiteurs que « cette technique de lutte active souple est la moins coûteuse et surtout la moins nocive par rapport à la dynamique côtière puisqu’elle n’entrave pas la dérive littorale. »

L’objectif est de faire tampon pour protéger la dune, pallier les déficits en sable de la plage, consolider le pied de dune, stopper ou ralentir le retrait du trait de côte et empêcher l’abaissement de la plage. Le coût annuel moyen des rechargements avoisine les 350 000 euros (soit environ 4 euros le mètre cube). Par comparaison, une digue ou des enrochements coûteraient 4 millions d’euros pour protéger 350 mètres. Et le rechargement en sable resterait nécessaire.

Le public est invité à suivre l’évolution du trait de côte et à devenir « acteur du suivi du littoral. »

En observant le littoral depuis le sommet de la dune à Biscarosse, on comprend tout l’intérêt qu’il y a à le protéger. Par grand beau temps, il est splendide et on comprend pourquoi il est le rendez-vous des amateurs de surf.

 Le problème se corse au moment des tempêtes pendant les marées à très fort coefficient, comme lors de la tempête Pedro. C’est le moment où les vagues viennent saper le littoral et souvent réduire à néant le travail de l’homme.

La côte atlantique a connu la houle cyclonique fin août 2025, avec des vagues puissantes héritées de l’ouragan Erin. Puis la tempête Benjamin est arrivée en octobre. De mi-janvier à mi-février 2026, en l’espace de quelques semaines, il y a eu un enchaînement de 8 événements significatifs, sans répit pour le littoral..

Sur le littoral aquitain, La Teste-de-Buch en Gironde, Biscarrosse et Mimizan dans les Landes et la côte nord de la Tremblade en Charente-Maritime ont particulièrement souffert. Il a fallu interdire l’accès à la plage du Petit Nice, non loin de la dune du Pilat le 3 février 2026. En l’espace de 10 jours, la dune a reculé de 5 à 6 mètres. La falaise de sable fragilisée menaçait les promeneurs qui s’aventuraient au pied…

Photos: C. Grandpey

Réchauffement climatique et érosion littorale à la Guadeloupe

Concentrations de CO2 : 432,38 ppm (12 juin 2026)             

Concentrations de CH4 : 1940,46 ppb (février 2026)

Dans des notes publiées le 22 janvier 2021 et le 28 avril 2024, j’attirais l’attention sur l’érosion littorale à la Martinique et à la Guadeloupe. Selon les modélisations du BRGM, le niveau de la mer en Guadeloupe pourrait monter jusqu’à 1,4 m d’ici à 2100, avec des risques de submersions marines et des conséquences sur l’habitat privé et l’activité économique. À Petit-Bourg, par exemple, face à l’avancée de la mer, une trentaine de familles ont déjà dû être relogées.

Avis de démolition à la Guadeloupe (Source : Agence des 50 Pas Géométriques)

En mai 2026, la terre qui bordait la RD6, le long du quartier de Grand’Anse, à Trois-Rivières, s’est effondrée le long de la falaise. Le site est très fragilisé. Au fil du temps, des voûtes se sont formées jusque sous des habitations. Les riverains sont très inquiets. L’image de drone ci-dessous permet de comprendre l’ampleur des dégâts et de mesurer le risque d’une aggravation de la situation.

Source : RTVBT

Le littoral de la Guadeloupe est particulièrement exposé à l’aléa recul du trait de côte et en lien avec le transport des sédiments dans la zone côtière et le passage des cyclones qui peuvent provoquer des reculs brutaux. Les études réalisées par l’Observatoire du Littoral des Îles de Guadeloupe (OLIG) indiquent qu’environ 1/3 des côtes basses sableuses du littoral de l’île présentent une tendance à l’érosion depuis les années 1950.

Parmi les facteurs intervenants dans l’érosion des côtes basses sableuses on peut citer la fréquence et intensité des évènements extrêmes, l’évolution des conditions climatiques à l’échelle saisonnière ou interannuelle, ou encore l’élévation du niveau de la mer en lien avec le réchauffement climatique. Il faudrait aussi ajouter les prélèvements de sédiments dans la zone côtière pour la construction ou la collecte des algues sargasses échouées sur les plages.

Photo: C. Grandpey

Les écosystèmes côtiers de récif corallien, les herbiers marins, les mangroves, les cordons littoraux et la végétation littorale associée, jouent un rôle de protection important en Guadeloupe. Les pressions humaines (urbanisation, par exemple) ou naturelles (cyclone et effets du réchauffement climatique) contribuent à fragiliser et dégrader ces écosystèmes, avec une aggravation de l’érosion dans certains secteurs et une augmentation du risque de submersion en conditions extrêmes.

Photo: C. Grandpey

Une étude réalisée par la DEAL en 2021 estime qu’environ 42 500 personnes sont exposées au risque de submersion marine en Guadeloupe, soit 10% de la population. Les zones les plus exposées au risque de submersion se situent dans l’agglomération du Pointe-à-Pitre, le sud de la Grande-Terre et la côte sous le vent de la Basse-Terre.

Le littoral de la Guadeloupe est également exposé au phénomène de tsunami d’origine sismique, volcanique ou de mouvements de terrain. Toutefois, les connaissances historiques des évènements ayant pu affecter les Antilles restent encore très rares et le recours à la modélisation est indispensable pour caractériser l’aléa.

Aujourd’hui, les effets potentiels du réchauffement climatique sur les risques côtiers sont multiples. L’OLIG explique que l’augmentation du niveau moyen de la mer est un des éléments qui aura le plus d’impacts sur les zones côtières. Il y a un risque de submersion chronique et permanente des zones basses situées sous le niveau de la mer. Ce type de phénomène de submersion par la marée, hors perturbations atmosphériques, est déjà observé dans certains quartiers de Pointe-à-Pitre.

Les effets de l’élévation du niveau de la mer sur le trait de côte sont encore difficilement quantifiables, mais le phénomène aura un effet sur l’adaptation des cordons littoraux et des écosystèmes côtiers sur le long terme. La hausse du niveau de l’océan provoquera inévitablement des intrusions salines dans les eaux souterraines côtières.

Cartographie de l’aléa recul du trait de côte à échéance 100 ans sur la commune de Sainte-Anne (Source: BRGM)

Il est également reconnu que le réchauffement climatique induira probablement des cyclones plus intenses dans le bassin de l’Atlantique nord. Ces évènements seront associés à des phénomènes de submersion marine et d’érosion côtière plus intenses et plus fréquents en lien avec l’élévation du niveau de la mer.

Enfin, l’OLIG prévient que certains changements dans les conditions environnementales pourront affecter les écosystèmes côtiers, tels que les récifs coralliens, en lien avec l’augmentation de la température de surface de la mer et l’acidification des océans.

Source : OLIG.

Érosion littorale en France (suite)

Avec le réchauffement climatique et la hausse de niveau des océans, de plus en plus de littoraux dans le monde subissent des effondrements et le trait de côte recule année après année. J’ai déjà publié plusieurs notes signalant des effondrements en France métropolitaine, en particulier sur la côte atlantique, ou en outre-mer. Voici l’une de ces notes :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2024/04/06/erosion-littorale-en-france-500-communes-menacees/

Photo: C. Grandpey

Bien sûr, ce n’est pas au cœur de l’été, quand la mer est parfaitement étale, que l’on se rend compte le mieux des dégâts occasionnés par la montée des eaux. C’est au moment des marées à fort coefficient, lorsque sévit une tempête et que la houle est puissante que se produit l’érosion littorale. C’est ce qui vient de se passer à Biscarosse (16 000 habitants), station balnéaire des Landes, pendant la nuit du 31 janvier au 1er février 2026. Suite aux intempéries de cet hiver, symptômes du réchauffement climatique, une partie de la promenade de Biscarrosse Plage n’a pas résisté. Les vagues ont causé de gros dégâts et ont fait reculer la dune qui borde la plage. Tout un pan du rivage s’est effondré et la dune a reculé de 20 mètres. Les autorités expliquent que la houle puissante et le vent ont eu raison d’une partie de la promenade en béton, emportant avec elle quelques bancs publics. Fort heureusement, aucune victime n’est à déplorer. Certains accès à la plage et à la dune avaient été interdits depuis décembre 2025. La région connaît ces derniers mois de gros épisodes tempétueux et pluvieux qui accélèrent l’érosion du trait de côte.

Le Groupement d’intérêt public Littoral, qui regroupe les collectivités locales touchées par l’érosion depuis la Charente-Maritime jusqu’aux Pyrénées-Atlantiques, indique que Biscarrosse est l’une des stations des Landes les plus concernées par l’érosion. Le recul moyen se situe entre 1,70 m et 2 m par an. Lors d’hivers tempétueux, il peut atteindre 15, 20 ou 25 mètres. Selon le Groupement, plusieurs milliers de logements et commerces sont menacés par ce recul d’ici 2050, si rien n’est fait.

Depuis plusieurs années, Biscarosse s’est dotée d’un plan de lutte contre l’érosion. Au cœur de cette stratégie, il y a un nouvel ensablement de la dune, mais la tâche ressemble souvent au tonneau des Danaïdes et doit être recommencée régulièrement. Durant l’hiver 2023-2024, l’impact érosif avait nécessité un rechargement avoisinant 122 000 m³ de sable.

Vue de la dune effondrée. Les bulldozers semblent bien petits devant la tâche de ré-ensablement à effectuer (Crédit photo: presse régionale)

Pour prévenir tout accident lié au risque érosif et aux intempéries inhérentes, la ville de Biscarrosse avait prolongé certaines mesures de sécurité le 30 janvier, alors que le département avait été placé en vigilance Orange pluie inondations.

L’érosion littorale s’accélère sur tout le littoral aquitain. Le 30 janvier 2026, un peu plus au nord, à Lège-Cap-Ferret (Gironde), un immense blockhaus de béton de plusieurs tonnes a glissé une vingtaine de mètres plus bas. Initialement édifié au sommet de la dune, il se retrouve désormais les pieds dans l’eau.

Sur tout le littoral aquitain, les blockhaus qui trônaient autrefois en haut des dunes sont désormais soumis aux assauts des vagues (Photo: C. Grandpey)

Plus au nord, sur l’île d’Oléron (Charente-Maritime), la communauté de communes a choisi d’édifier un rempart « innovant » pour lutter contre l’érosion du littoral. Une lagune est menacée d’infiltration des eaux traitées par une station d’épuration de l’île. Un recul significatif du trait de côte était attendu pour 2030 mais les effets conjugués des tempêtes récentes et de la montée des eaux ont déjà rogné l’endroit sur 25 mètres, devançant les prévisions.

Oléron n’est pas seule à subir l’érosion du littoral atlantique. En 2023, à Soulac-sur-Mer (Gironde), le recul du trait de côte a nécessité la démolition de l’immeuble ‘Le Signal’, emblématique du phénomène.

Photo: C. Grandpey

Plus au sud, l’ancien institut hélio-marin de Labenne (Landes), construit en 1930 à 65 mètres de l’océan, est, lui aussi, en cours de démolition depuis octobre 2025.

Suite au recul du trait de côte, la démolition du phare de la Coubre, à une vingtaine de kilomètres de Royan (Charente-Maritime), a été actée en 2025.

Photo: C. Grandpey

Source : presse nationale et régionale.

Le réchauffement climatique menace la tombe de Chateaubriand

Tout comme son homologue atlantique, le littoral de la Manche est exposé à l’érosion et au recul du trait de côte. La ville de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) est en première ligne des conséquences du réchauffement climatique. Le niveau de la mer monte de quatre millimètres par an.

Photo: C. Grandpey

Situé à flan de falaise, sur la pointe occidentale de l’ilot du Grand-Bé à Saint-Malo, le tombeau de l’écrivain français François-René de Chateaubriand, mort en 1848, est de plus en plus menacé par l’érosion. Certaines associations craignent de le voir s’effondrer.

Photo: C. Grandpey

Devant la tombe, un panneau indique aux passants qu’un « grand écrivain français a voulu reposer ici pour n’y entendre que la mer et le vent ».

Photo: C. Grandpey

Désormais, une rambarde est installée pour empêcher les curieux de s’approcher. Bien sûr, certains font fi de l’interdiction et semblent ne pas de rendre compte à quel point la falaise est friable et menace de s’effondrer.

Photo: C. Grandpey

Les Malouins ont remarqué ce recul de la falaise. L’érosion s’est accélérée de manière spectaculaire au cours des dernières décennies. Pour s’en rendre compte, il suffit de regarder des photos du début du 20ème siècle. On y voit des personnes debout autour de la grille qui protège le tombeau. On estime qu’il y avait encore une marge d’au moins deux mètres avant le vide.

Aujourd’hui, la menace d’effondrement du tombeau est évidente. Cette crainte de l’effondrement semble aussi ancienne que la mort de Chateaubriand. Il se dit qu’en 1848, au moment de son enterrement, « il y avait déjà des textes qui disaient ‘attention elle va tomber’ ! »

Photo: C. Grandpey

La mairie de Saint-Malo a commandé une étude géologique pour « prendre la meilleure décision possible. » Selon l’adjointe au maire, il n’y a pas de « péril imminent » et « il n’est pas question de déplacer le tombeau à ce stade », comme le demandent certaines associations. Selon ces dernières, la seule solution viable serait de remonter la tombe en haut du Grand-Bé pour l’éloigner de l’érosion. Ce serait « un événement national » commente la mairie de Saint-Malo, qui espère trouver une autre solution.

Source : France Inter.

De passage à Saint-Malo ces derniers jours, j’ai profité de la marée basse pour me rendre sur le Grand Bé. Je n’ai pu que constater la fragilité de la falaise qui héberge les restes de l’auteur des Mémoires d’outre-tombe. Il faut espérer qu’une solution sera trouvée rapidement avant que la mer soit la dernière demeure de l’écrivain.

Photo: C. Grandpey