Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : le volcan interdit

L’île de la Réunion était en manque d’éruption. Rien à se mettre sous la chaussure depuis le 2 juillet 2023 ! Il n’est donc guère surprenant que le réveil du Piton de la Fournaise le 18 janvier 2023 ait attiré des foules de curieux qui mouraient d’envie de voir la lave jaillir et s’écouler dans l’Enclos Fouqué. Quelque 3500 véhicules ont été comptabilisés sur les routes sur et autour du volcan

Comme d’habitude l’Enclos a été fermé au public dès l’annonce du début de l’éruption.

Jusqu’à présent, quelques passionnés et des journalistes étaient tolérés à s’introduire dans la caldeira – à leurs risques – et les gendarmes ne disaient trop rien.

Depuis quelque temps, la surveillance du site depuis le Pas de Bellecombe s’est intensifiée avec l’installation d’un poste de gendarmerie. Résultat des courses : ceux qui pensaient pouvoir aller voir l’éruption comme autrefois ont été priés de rebrousser chemin et certains ont même été verbalisés. Sacrilège ! Aujourd’hui, ça remue sacrément dans les brancards sur l’île ! Journalistes, passionnés et experts du volcan, comme Alain Bertil, s’insurgent contre cette interdiction totale d’accès décrétée par la préfecture ; ils la jugent abusive. Alain Bertil se dit prêt à aller «jusqu’au tribunal» pour plaider la cause des amoureux du volcan.

Le Quotidien de la Réunion et de l’Océan Indien a fait une très bonne analyse de la situation dans un article publié le 20 janvier 2026. Voici quelques extraits de l’article consacré à ce que l’on peut désormais appeler « le volcan interdit ».
Le Quotidien donne l’exemple d’un ancien enseignant et vidéaste de 69 ans, auteur d’une dizaine de documentaires de référence sur le volcan. Arrivé dimanche soir au Pas de Bellecombe, il a franchi le portail pour descendre dans l’Enclos, malgré sa fermeture notifiée dimanche par arrêté préfectoral. Sur le terrain, il a retrouvé des amis, des scientifiques, «toute la communauté habituelle des passionnés, professionnels ou non».

Au moment de remonter vers 3 heures du matin, il est tombé sur des gendarmes «qui alignaient tout le monde, dans une ambiance tendue. L’un d’eux m’a dit de sortir pour relever mon identité. Comme j’ai fait demi-tour, un autre a sauté le portail et a couru derrière moi pour me dire de remonter. On aurait dit qu’on jouait aux gendarmes et aux voleurs». Après avoir décliné son identité, il s’expose à une contravention. «Si c’est le cas, je ne la paierai pas et je demanderai à être jugé devant le tribunal pour qu’on mette à nouveau les problématiques d’accès au volcan sur le tapis. »

Cette dernière déclaration résume bien le problème d’accès aux éruptions du Piton de la Fournaise, un problème qui existe depuis de nombreuses années. Alain Bertil demande qu’on réfléchisse à un système qui puisse fonctionner, comme en Islande, par exemple.
La question de l’accès au volcan est particulièrement sensible pour la presse locale. Pour la profession, l’interdiction de se rendre dans l’Enclos constitue «une atteinte à la liberté d’informer.» C’est l’opinion de François Martel-Asselin, journaliste spécialiste du volcan au Journal de l’Ile entre 1981 et son départ à la retraite en 2014, qui continue à suivre les éruptions en «freelance».

François fait remarquer que «pendant longtemps, les journalistes ont eu librement accès aux éruptions, en prenant leurs précautions et leurs responsabilités. Mais depuis juillet 2017, en raison d’une décision de la préfecture non écrite et prise sans explications, sans concertation préalable, les médias ne peuvent plus accéder à l’Enclos. De ce fait, ils en sont réduits à proposer des informations de seconde main, limitées à des considérations d’ordre scientifique, livrées par l’OVPF, ou aux enjeux de sécurité civile, émanant des services de l’État». Or, pour lui, «les attentes du public dépassent ces simples dimensions». Au nom du lien profond entre la population et son volcan, il demande l’ouverture d’une véritable concertation.

Source : Le Quotidien de la Réunion et de l’Océan Indien.

Photo de l’éruption prise depuis les airs – donc en toute légalité – par l’ami Thierry Sluys.

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Les restrictions d’accès à un volcan actif sont en train de devenir à la mode. Certes, elles existent depuis longtemps aux États Unis où il n’est pas question d’entrer librement dans le Parc des Volcans, ni ailleurs sur la Grande Île d’Hawaï, pendant une éruption, comme on a pu s’en rendre compte pendant l’éruption de 2018. Tout le site éruptif a été verrouillé et la plate-forme d’observation promise par les autorités a joué l’arlésienne en permanence et n’a jamais existé.

Même punition sur l’Etna (Sicile) ces dernières semaines. Les maires de Milo et Fornazzo ont crû bon de promulguer des ordonnances interdisant l’accès au site éruptif, alors que l’éruption en question était loin d’être majeure et ne présentait donc pas de danger particulier. Là encore, la Guardia di Finanza a verbalisé les personnes qui avaient osé s’approcher de la coulée de lave.J’ai publié les 5, 8 et 9 janvier 2026 plusieurs notes pour expliquer la situation.

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2026/01/09/polemique-sur-letna-sicile-quelques-precisions/

En Europe, il n’y a guère que l’Islande qui – comme l’a fait remarquer Alain Bertil – permet un accès libre et souvent bien organisé à un site éruptif. Moins bornés que les autorités siciliennes et réunionnaises, les Islandais ont vite compris le profit touristique et donc économique qu’ils pouvaient tirer d’une éruption. Un exemple à suivre, mais dans combien de temps ?

Voici un petit comparatif des modalités d’accès aux sites éruptifs en Islande, à Hawaï et sur l’Etna :

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2026/01/11/islande-hawai-etna-3-approches-de-lactivite-eruptive/

Glissement de terrain à Ginostra (Stromboli – Sicile)

Tous ceux qui se rendent régulièrement à Stromboli connaissent Ginostra qui prétend posséder le plus petit port du monde. Pour y accéder depuis l’un des navires qui font la liaison avec Milazzo, il faut emprunter une barque car les gros bateaux ne peuvent pas jeter l’ancre à Ginostra.

Le 30 septembre 2025, les habitants de Ginostra ont vécu une matinée d’angoisse. Un important glissement de terrain s’est détaché de la paroi rocheuse près de la zone de débarquement de Pertuso. Heureusement, les matériaux n’ont pas envahi le passage des embarcations, et sont restés contenus par un filet de protection. Le problème est que ce filet métallique est très vieux ; il est corrodé et déchiré à plusieurs endroits et risque de s’effondrer à tout moment.
Les habitants de Ginostra lancent un appel urgent aux autorités compétentes pour une intervention rapide. En effet, la seule voie d’accès au port de Ginostra passe sous la falaise où s’est produit le glissement de terrain. Cette artère constitue non seulement le seul accès et la seule sortie pour les habitants et les véhicules, mais aussi « la seule voie de secours en cas d’urgence ».

Source : La Sicilia.

Crédit photo : Gianluca Giuffrè : La Sicilia.

Piton de la Fournaise (Île de la Réunion) : réouverture de l’Enclos Fouqué

Suite au glissement de terrain survenu le 6 août 2025,  plusieurs journées de travaux dont des purges de la falaise ont été réalisés. L’accès au sentier de l’Enclos Fouqué a pu rouvrir dès 10h00 le mercredi 13 août.
Pour garantir la sécurité du public, une ligne de vie a été installée dans le prolongement de la barrière qui a été arrachée.

Source: Réunion la 1ère.

Photo: C. Grandpey

La polémique autour de l’éruption de l’Etna le 2 juin 2025

Dans un bulletin diffusé à 4h20 du matin (heure locale) le 2 juin 2020, l’INGV indiquait que vers minuit le 1er juin, l’amplitude moyenne du tremor volcanique avait augmenté progressivement pour atteindre des valeurs élevées. vers 2h50 le 2 juin. Ces valeurs sont restées élevées les heures suivantes, avec une tendance à la hausse. « Dès 3h50 environ, les images des caméras de surveillance ont montré une activité strombolienne au Cratère Sud-Est. »

Source: réseaux sociaux

Au vu de ce bulletin, une polémique est née car il est reproché aux agences et à leurs guides d’avoir conduit leurs clients sur le volcan alors que les paramètres de l’INGV annonçaient un possible événement éruptif. Le maire de Belpasso a déclaré : « Nous avons couru un risque sérieux et je regrette qu’on n’en parle pas beaucoup. » Il a tenu à souligner l’efficacité du système Etna, un outil précieux vivement souhaité par le directeur de la Protection civile. Il a déploré le manque flagrant d’actions suite à l’alerte. Selon lui, les autorités compétentes doivent adopter des mesures plus strictes pour garantir la sécurité de la population et des visiteurs, en privilégiant la protection des vies humaines. Il portera personnellement la situation à l’attention du nouveau préfet,

En fait, c’est le propriétaire de Funivia dell’Etna, qui a déclenché la polémique en contestant la présence de randonneurs au moment de l’éruption. Il a déclaré : « À l’Etna Sud, nous avons respecté les interdictions et annulé les excursions en haute altitude. Respectueux et consciencieux, nous avons affirmé notre professionnalisme, fruit de 72 ans d’histoire. À l’Etna Nord, en revanche, la panique a éclaté : les touristes ont fui, abandonnés par des guides improvisés. »

La réponse des guides volcanologues de l’Etna Nord ne s’est pas fait attendre. On peut lire dans une publication Facebook : « Nos groupes se trouvaient à distance de sécurité, dans des endroits idéaux pour observer l’événement en toute tranquillité, toujours sous la conduite d’experts. Certaines images peuvent être choquantes, mais souvent la perspective est trompeuse et la réaction émotionnelle est naturelle. Notre mission est de protéger et de guider avec professionnalisme. »

Comme souvent dans une telle situation, tout le monde prétend avoir raison. Dans une note précédente, je prévoyais un durcissement des conditions d’accès au volcan. Il est bien évident que la sécurité des gens doit passer avant l’appât du gain. Si un drame se produit, on cherchera les responsables. Les autorités locales, les maires en tête, n’ont pas envie de se retrouver en prison.

Attendons la suite.

Source : La Sicilia.