Le méthane, le poison de l’Arctique // Methane, the Arctic poison

Une expédition scientifique internationale a passé 40 jours à bord du navire de recherche Akademik Keldysh et parcouru une distance de près de 6 000 milles marins dans les mers de Laptev et de Sibérie orientale. Pour la première fois, les scientifiques ont réussi à prélever des échantillons de sédiments de fond dans un champ de percolation de méthane près du delta de la Lena, l’un des grands fleuves de Sibérie. La région représente le plus grand gisement mondial de pergélisol sous-marin et d’hydrates de méthane à faible profondeur.

Les zones d’émission de méthane occupent de plus en plus de surface le long de la plateforme océanique arctique de Sibérie orientale, avec une concentration atmosphérique de méthane qui atteint 16 à 32 ppm, ce qui est jusqu’à 15 fois supérieur à la moyenne planétaire de 1,85 ppm.

L’équipe de 69 scientifiques en provenance de dix pays a observé et analysé des ensembles ​​de bulles remontant d’une profondeur d’environ 300 mètres le long d’une pente sous-marine de 150 km dans la Mer de Laptev. Les centaines d’analyses chimiques effectuées à bord du navire de recherche ont confirmé des concentrations élevées de méthane.

L’expédition scientifique a aussi permis de découvrir des petites cavités et des cratères enfouis profondément dans les sédiments de la plateforme qui borde les mers de Laptev et de Sibérie orientale. Ces cratères émettent en abondance des bulles et de forts signaux de méthane. Les chercheurs ont en particulier découvert un champ de cratères dans le plancher de la partie peu profonde de la mer de Laptev. Certains d’entre eux présentent un diamètre d’une trentaine de mètres. Ils ont l’apparence de trous dans le pergélisol et ils ont été formés par de puissantes émissions de méthane. Deux autres zones de percolation intense de méthane ont été découvertes en mer de Sibérie orientale dans les sillons tracés par les icebergs en se déplaçant.

L’expédition a cartographié plus de 1000 grands champs de percolation de méthane. Les chercheurs pensent que les émissions de gaz à ce stade n’ont pas encore d’impact important sur le méthane atmosphérique et le climat de la planète, mais ces énormes sources de carbone et autres gaz à effet de serre sont bien actives.

Dans la conclusion de leur rapport d’observation, les scientifiques expliquent qu’ils doivent maintenant déterminer exactement dans quelles proportions évoluent ces champs d’émission de méthane.

Source: The Siberian Times.

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An international scientific expedition spent 40 days on board the Akademik Keldysh research vessel, covering a distance of nearly 6,000 nautical miles in the Laptev and the East Siberian seas.. For the first time the scientists managed to take samples of bottom sediments in a methane seep near the delta of River Lena, one of Siberia’s giant waterways. The region is the world’s largest deposit of subsea permafrost and shallow methane hydrates.

Fields of methane discharge continue to grow all along the East Siberian Arctic Ocean Shelf, with concentration of atmospheric methane above the fields reaching 16-32 ppm. This is up to 15 times above the planetary average of 1.85 ppm.

The team of 69 scientists from ten countries documented bubble clouds rising from a depth of around 300 metres along a 150-km undersea slope in the Laptev Sea, and confirmed high methane concentrations by hundreds of onboard chemical analysis.

A second discovery included pockmarks and craters sunk deep in shelf sediments of both the Laptev and East Siberian seas, actively venting bubbles and strong methane signals.

One of the new discoveries was a field of sea bottom craters in the shallow part of the Laptev Sea, some of them 30 metres in diameter. They look like holes in the permafrost and they were formed by massive methane discharge. Two more powerful seeps emitting methane through iceberg furrows were discovered in the East Siberian Sea.’

The expedition mapped over 1,000 large seep fields. The researchers think these emissions at this stage have not yet any large impact on global atmospheric methane and climate, yet these huge carbon/greenhouse gas capacitors are clearly active.

In the conclusion of their observation report, the scientists explain that they need to figure out exactly how much the fields of methane discharge are growing.

Source: The Siberian Times.

Zone explorée par la mission scientifique (Source : Tomsk Polytechnic University)

Emission de méthane dans la mer de Laptev (Source : TPU)

Arctique, la guerre du pôle

Il y a quelques jours, j’attirais l’attention sur l’excellent documentaire présenté par la chaîne de télévision France 5 à propos d’Herculanum, l’une des cités romaines détruites par l’éruption du Vésuve en l’an 79 de notre ère.

Cette fois-ci, c’est un sujet d’actualité que France 5 aborde dans le cadre de son programme « Le monde en face ». Le documentaire – que vous pourrez regarder sur le site de la chaîne jusqu’au 31 décembre 2020 (voir le lien ci-dessous – nous présente « Arctique, la guerre du pôle. »  On retrouve les différents aspects de la lutte pour cette région du monde, tels que je les ai présentés sur ce blog : la hausse incroyable des températures et la fonte irrémédiable de la banquise ; l’accessibilité aux ressources du sous-sol (pétrole, gaz, terres rares) ; l’ouverture du passage maritime du nord-est, sans oublier les intérêts stratégiques et l’approche militaire qui y est liée …

Les grandes puissances ont bien compris l’intérêt à établir une présence dans l’Arctique qui est en train de devenir l’enjeu du siècle, entre stratégie militaire, économie et climat. Le pôle Nord est le champ de bataille d’une nouvelle guerre froide entre la Russie, les États-Unis et la Chine.

Le documentaire pose la bonne question : Qui deviendra le maître de l’Océan Arctique ?

https://www.france.tv/france-5/le-monde-en-face/2095283-arctique-la-guerre-du-pole.html

Photo : C. Grandpey

La course aux brise-glaces dans l’Arctique // The icebreaker race in the Arctic

Avec l’ouverture de nouvelles voies de navigation dans l’Arctique, les États-Unis envisagent d’agrandir leur flotte de brise-glaces, à l’image d’un certain nombre d’autres pays – dont la Russie – qui voient des avantages économiques potentiels dans cette région du monde avec la fonte de la glace. Malheureusement, un incendie à bord du navire garde-côte américain Healy en août 2020 a laissé aux États-Unis un seul brise-glace opérationnel, le Polar Star, âgé de 44 ans, pour assurer la sécurité dans la région. Alors que les États-Unis se concentrent de plus en plus sur l’Arctique, l’écart entre leur flotte de brise-glaces et celle de la Russie est devenu une préoccupation pour le gouvernement américain.

Jusqu’à présent, le Polar Star effectuait chaque année des missions de réapprovisionnement de la station McMurdo en Antarctique, mais la dernière mission a été annulée en raison de la pandémie de COVID-19. Comme le Healy est hors service, c’est le Polar Star qui sera envoyé dans l’Arctique pour contribuer à la protection de la souveraineté maritime et à la sécurité des intérêts américains dans la région. Ce sera la première fois depuis 1994 qu’un brise-glace de classe polaire se rendra dans l’Arctique pour y effectuer une mission non scientifique.

Quelques jours après la décision d’envoyer le Polar Star dans l’Arctique, le président russe Vladimir Poutine a vanté le rôle que joueront les brise-glaces dans les ambitieux projets de son gouvernement dans la région. La Russie possède le plus long littoral arctique du monde et mise sur la Route maritime du Nord pour permettre le transport de marchandises et favoriser l’extraction des ressources naturelles. Les brise-glaces seront au cœur de cette activité commerciale. La Russie compte une cinquantaine de brise-glaces, dont le plus récent est, selon les autorités, le plus grand et le plus puissant au monde. D’autres navires du même genre sont en construction.

Au cours des dernières années, les Etats-Unis se sont détournés de l’Arctique tandis la Russie investissait de plus en plus dans les brise-glaces et les navires capables d’affronter la glace.

Les garde-côtes américains prévoient de construire au moins trois nouveaux puissants brise-glaces. Une adjudication a déjà eu lieu, de sorte que la conception et la construction du premier navire devraient lui permettre d’être opérationnel en 2024. Dans un mémorandum, le président Donald Trump a appelé à «une flotte disponible et entièrement opérationnelle» d’ici 2029.

Les États-Unis ne sont pas les seuls à vouloir disposer de davantage de navires pour opérer dans les eaux de l’Arctique. On a récemment livré à la marine canadienne le premier de six navires capables de briser la glace jusqu’à un mètre d’épaisseur, ce qui permettra de passer plus de temps dans les eaux arctiques.

Le nouveau navire de recherche polaire britannique, conçu pour opérer dans une glace jusqu’à un mètre d’épaisseur lui aussi, a effectué ses premiers essais en mer. (Le Polar Star peut briser jusqu’à 6 mètres de glace et le Healy jusqu’à 1,30 mètre.)

La Chine possède maintenant deux brise-glaces opérationnels et le plus récent a vient d’effectuer sa première expédition dans l’Arctique. La Chine a clairement exprimé ses ambitions pour le Grand Nord, se décrivant comme une « puissance proche de l’Arctique ».

Il n’y a pas vraiment de tensions dans l’Arctique actuellement, mais les retombées d’un conflit ailleurs dans le monde pourraient y être la cause d’un affrontement. Les responsables américains s’inquiètent de l’activité militaire dans l’Arctique, en particulier en Russie, et ont attiré l’attention sur le projet de Moscou d’armer les brise-glaces. La Garde côtière américaine indique que son prochain brise-glace « ne sera probablement pas armé », mais il y aura certainement la possibilité d’ajouter tout ce dont le pays a besoin pour exécuter des missions de maintien de l’ordre et des missions militaires.

Source: Business Insider.

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With the opening of new shipping routes in the Arctic, the US is scrambling to expand its icebreaker fleet, as are a number of other countries, including Russia, who all see potential economic benefits in the region with the melting of the sea ice. Unfortunately, a fire aboard US Coast Guard cutter Healy in August 2020 left the US with only one operational icebreaker, the 44-year-old Polar Star, to protect security in the region. As the US intensifies its focus on the Arctic, the gap between its icebreaker fleet and Russia’s has become a concern.

The Polar Star typically makes an annual resupply run to Antarctica’s McMurdo Station, but the mission was canceled this year due to COVID-19. With Healy out of operation, the Polar Star is being dispatched to the Arctic to help protect the nation’s maritime sovereignty and security in the region. It will be the first time a Polar Class icebreaker has gone to the Arctic for a non-scientific mission since 1994.

A few days after the U.S. Coast Guard announced Polar Star‘s trip north, Russian President Vladimir Putin touted the role of icebreakers in his government’s ambitious Arctic plans.

Russia has the world’s longest Arctic coastline and is betting on the nearby Northern Sea Route to support cargo shipping and natural-resource extraction. Icebreakers will be central to that activity. Russia has some 50 icebreakers, the most recent of which officials say is the world’s largest and most powerful, and more are on the way.

The US’s focus elsewhere for the past two decades has meant less emphasis on the Arctic, whereas Russia’s plans for the region have led to more investment in icebreakers and ice-hardened ships.

The U.S. Coast Guard plans to build at least three more heavy icebreakers, and a contract has already been awarded to begin the design and construction of the first one, with a hoped-for arrival in 2024. In a memorandum, President Donald Trump called for « a ready, capable, and available fleet » that is « fully deployable » by 2029.

The US is not the only one seeking more ships to operate in icy Arctic waters.

Canada’s navy recently received the first of six Arctic offshore patrol ships, which can break ice up to one metre thick and will allow the service to spend more time in the Arctic.

Britain’s new polar research ship, designed to operate in ice up to one metre thick too, also recently sailed for its sea trials. (Polar Star can break up to 6 metres of ice and Healy up to 1.30 metres.)

China now has two operational icebreakers, the newest of which recently completed its first Arctic expedition. China has made clear its ambitions for the high north, describing itself as a « near-Arctic power. »

Tensions in the Arctic are currently low, but spillover from conflict somewhere else is seen as the most likely cause of a clash there. US officials remain worried about military activity in the Arctic, particularly Russia’s, and have pointed to Moscow’s plans to arm icebreakers as a sign of a broader trend. The U.S. Coast Guard indicates that its next icebreaker « most likely won’t » be armed, « but it certainly will have the capacity and the ability to add in whatever the country needs to execute its law-enforcement and military missions.

Source : Business Insider.

Le Polar Star, le brise-glace américain (Crédit photo : Wikipedia)

Le passage du Nord-Est et le gaz naturel russe // The Northeast passage and Russian natural gas

Comme je l’ai écrit dans ma note précédente sur l’Arctique, grâce au réchauffement climatique le trafic le long du passage du Nord-Est s’intensifie, en particulier le transport du gaz naturel liquéfié (GNL).

L’Arctique est la région du globe qui se réchauffe le plus vite. Entre les années 1980 et 2010, le nombre de jours où la glace de mer couvrait moins de la moitié du passage du Nord-Est est passé chaque année de 84 chaque année à près de 150, ce qui rend la route plus accessible au trafic maritime. C’est en 2015 qu’un navire chinois a effectué le premier voyage sans escale en empruntant le passage. Depuis cette époque, les navires ont effectué des milliers de voyages, avec un record de 2700 trajets en 2019.

Avec plusieurs semaines de retard, le passage du Nord-Est vient enfin d’être recouvert par la glace pour l’hiver après être resté ouvert pendant 112 jours, ce qui constitue un nouveau record. De leur côté, les exportations russes de gaz naturel liquéfié via le passage vers les ports d’Asie constituent un autre record.

Le gaz naturel est de plus en plus demandé de nos jours car le réseau électrique mondial abandonne le charbon qui est plus polluant. C’est particulièrement vrai en Asie et dans d’autres pays comme le Qatar, la Russie et les États-Unis qui sont en concurrence pour dominer le marché d’exportation du gaz naturel liquéfié. La Chine en particulier est un client clé. Les ambitieux objectifs climatiques récemment annoncés par le pays devraient entraîner le doublement de sa consommation de gaz au cours des 15 prochaines années.

La majeure partie du gaz utilisé en Chine provient par gazoduc d’autres pays d’Asie et du sud de la Russie. Toutefois, l’Arctique qui, selon les géologues, détiendrait un cinquième du pétrole et du gaz encore inexploités du monde, pourrait bouleverser le marché mondial si les gisements continuent à devenir plus accessibles et donc moins chers via le passage du Nord-Est.

Pour la Russie, l’ouverture du passage du Nord-Est présente plus d’avantages qu’un gazoduc car elle permet d’approvisionner plusieurs clients dans différents ports. En particulier, cette ouverture à la navigation permet un transit moins cher entre les vastes réserves de gaz de l’ouest de la Russie et les ports chinois.

L’absence de glace dans le passage du Nord-Est était une condition préalable pour l’établissement du terminal méthanier de Yamal qui a ouvert ses portes en 2017 et a presque triplé la capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié. Il est situé à proximité immédiate de la vaste réserve de gaz naturel de la péninsule de Yamal, au nord-ouest de la Russie, beaucoup trop loin de la Chine pour construire un gazoduc. Le terminal de Yamal permettra à la Russie de contester directement les ambitions américaines sur le marché gazier asiatique. En septembre 2020, le terminal a expédié 700 000 tonnes de GNL vers l’Asie, le plus gros transit mensuel à ce jour.

Source: Quartz.

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As I put it in my previous post about the Arctic, thanks to climate change, traffic along the Northeast passage is heating up, especially the transit of liquefied natural gas (LNG)

The Arctic is the fastest-warming place on Earth. Between the 1980s and 2010s, days when sea ice covered less than half of the Northeast Passage rose from 84 per year on average, to nearly 150, making the route more viable for ship traffic. A Chinese vessel made the first non-stop voyage through the passage in 2015. Since then, vessels have made thousands of trips, including a record of 2,700 journeys in 2019.

At last, several weeks late, the passage has iced over for the winter after remaining open for a record 112 days, with another record in Russian exports of liquefied natural gas through the passage to ports in Asia.

Natural gas is in increasing demand these days as the global electricity system moves away from dirtier coal. This is especially true in Asia, and other countries like Qatar, Russia, and the US that are eagerly competing to dominate the liquified natural gas export market. China in particular is a key customer. The country’s recently-announced ambitious climate goals are expected to double its gas consumption in the next 15 years.

Most of China’s gas comes via pipelines from other Asian countries and southern Russia. But the Arctic, which geologists estimate to hold one-fifth of the world’s untapped oil and gas, could upend the global market if it continues to become more accessible and cheaper through the Northeast Passage.

For Russia, the opening of the passage is more flexible than a pipeline, allowing the country to supply multiple customers in different ports. In particular, the opening forges cheaper transit between vast gas reserves in western Russia and ports in China.

An ice-free passage was a prerequisite for the country’s Yamal LNG Terminal, which opened in 2017 and nearly tripled the country’s LNG export capacity. It is located on a vast natural gas reserve on the Yamal Peninsula, in Russia’s northwest, much too far from China for a pipeline. The Yamal Terminal would allow the country to directly challenge US ambitions in the Asian gas market. In September 2020, the terminal shipped 700,000 tons of LNG to Asia, its biggest month yet.

Source : Quartz.

Source : NSIDC

Gazoduc dans la péninsule de Yamal (Source : Wikipedia)