Après l’éruption dans l’Holuhraun (Islande) // After the eruption in Holuhraun (Iceland)

drapeau francaisLe Conseil consultatif scientifique s’est réuni hier avec des représentants de la Protection Civile islandaise, l’Agence de l’Environnement et la Direction des services sanitaires afin de discuter de la situation sur le site de l’Holuhraun.
Avec la confirmation que l’éruption a pris fin le 27 février, les scientifiques sont en train d’analyser les données et d’examiner le site éruptif afin de réévaluer le niveau de danger pour la région environnante.
L’activité sismique sur le Bárðarbunga continue de diminuer. Un seul séisme supérieur à M 2,0 a été enregistré depuis le 28 février. Au total, une soixantaine de secousses ont été détectées autour de la caldeira durant cette période.
Environ 120 tremblements de terre ont été détectés le long du dyke qui relie le volcan sous-glaciaire à l’Holuhraun pendant la même période. L’événement le plus significatif avait une magnitude de M 1,6 dimanche dernier. On observe une certaine hausse d’activité le long du dyke, probablement en raison d’une diminution de la pression.
Trois séismes ont été détectés autour du glacier Tungnafellsjökul, une trentaine autour du Herðubreið et deux dans le secteur du Grímsfjall. Tous ces événements se situaient en dessous de M 2.0.
La pollution par les gaz volcaniques est toujours présente sur et autour du champ de lave et va probablement se propager dans les zones à proximité du site de l’éruption. Les émissions de gaz seront étroitement surveillées et des bulletins seront émis si nécessaire.
Source: Iceland Review.

 ———————————————-

drapeau anglaisThe Scientific Advisory Board met yesterday with representatives of the Icelandic Civil Protection, the Environmental Agency of Iceland and the Directorate of Health to discuss the situation at the Holuhraun eruption site.

Confirming that the volcanic eruption in Holuhraun came to an end on February 27th, scientists are now analyzing data and examining the eruption site to reassess the hazard assessment for the surrounding area.

Seismic activity in Bárðarbunga volcano continues to diminish. Only one earthquake stronger than M 2.0 was measured since February 28th.  In total around 60 quakes were detected around the caldera in the period.

Around 120 earthquakes were detected in the intrusive dike, connecting the sub-glacial volcano with Holuhraun, during the same period. The strongest measured M 1.6 last Sunday. Slightly high activity is now being measured in the dike, most likely due to decreased pressure.

Three earthquakes were detected around Tungnafellsjökul glacier, about 30 earthquakes around Herðubreið mountain and two at Grímsfjall mountain. All of these earthquakes were Below M 2.0.

Volcanic gas pollution is still being detected over and around the lava field and is expected to be carried to areas in the vicinity of the eruption site. Gas emissions will be monitored closely and forecasts issued if needed.

Source : Iceland Review.

Holuhraun-blog

Holuhraun:  C’était plus beau pendant l’éruption!  (Crédit photo: Met Office / Gísli Gíslason – 27 février 2015).

Prévoir la durée d’une éruption, ça sert à quoi? // What’s the point of predicting the duration of an eruption?

Comme je l’ai écrit précédemment, le volcanologue islandais Haraldur Sigurðsson avait vu juste en prévoyant  la fin de l’éruption dans l’Holuhraun le 4 mars 2015. La lave a cessé de s’écouler le 28 février. La marge d’erreur est donc très faible.

On peut toutefois se poser la question : Prévoir la durée d’une éruption effusive, ça sert à quoi ? A mon avis, à pas grand-chose dans le cas de l’éruption islandaise ! Il n’y avait aucun danger immédiat vu que l’effusion de lave avait lieu en plein désert. Par contre, si le raisonnement de Sigurðsson était valable pour tous les volcans effusifs, on pourrait essayer de prévoir la longueur empruntée par les coulées et voir si la lave menace des zones habitées. Toutefois, une telle prévision exige certaines conditions. Elle suppose de connaître le volume de lave stockée dans le réservoir magmatique ainsi que le débit effusif – en supposant qu’il est constant – comme ce fut le cas avec la source sur le Barðarbunga. Il faudra voir si la prévision de Sigurðsson peut s’appliquer à un autre volcan islandais du même type, le Krafla par exemple.

Si les paramètres ci-dessus avaient été connus lors de l’éruption du Fogo, on aurait pu savoir si d’autres villages étaient sous la menace des coulées. Malheureusement, le Pico do Fogo ne bénéficie pas de la même surveillance que ses homologues islandais.

Je pense que la prévision de Sigurðsson ne peut s’appliquer qu’à des volcans dont la chambre magmatique est de taille modeste. Il n’est pas certain qu’en 1983 les scientifiques américains auraient pu prévoir que l’éruption du Kilauea durerait plus de 30 ans !

La prévision de Sigurðsson peut-elle être tentée sur l’Etna ? A voir ! Dans le cas du volcan sicilien, des villages sont susceptibles d’être menacés par la lave, comme Zafferana Etnea en 1991-1993. Connaître la durée possible de l’éruption pourrait permettre de prendre les mesures nécessaires, mais l’Etna est un volcan assez complexe qui a déjà déjoué à plusieurs reprises les pronostics des scientifiques de l’INGV et d’ailleurs. En plus, sa morphologie n’a rien à voir avec celle des volcans islandais.

Plus que la durée de l’éruption, il serait utile de savoir où, quand et comment elle va débuter, ce que n’ont pas su faire les volcanologues islandais. La sortie de lave dans l’Holuhraun ne faisait pas partie des hypothèses les plus probables à la fin du mois d’août 2014.

Etna-coulee-blog

Pourrait-on prévoir la durée d’une émission de lave sur l’Etna?  (Photo:  C.  Grandpey)

Islande et prévision volcanique

4 mars 2015 !! Voici une date que j’attendais avec impatience puisque c’est aujourd’hui même que devait prendre fin l’éruption dans l’Holuhraun ! C’est du moins ce qu’affirmait le  volcanologue islandais Haraldur Sigurðsson au mois d’octobre 2014 (voir ma note du 14 de ce même mois). Son pronostic s’appuyait sur l’évolution de l’affaissement de la caldeira du Bárðarbunga. Il expliquait que l’affaissement répondait à une évolution en ligne, pas en courbe, ce qui voulait dire que l’affaissement de la caldeira allait progressivement ralentir. Son petit-fils, Gabriel Sölvi, avait utilisé une formule prédisant que l’éruption dans l’Holuhraun prendrait fin 173 jours après le 12 septembre.

Aujourd’hui 4 mars, l’éruption est officiellement terminée depuis le 28 février.  La prévision du volcanologue islandais est donc relativement exacte.

Lorsque Haraldur Sigurðsson a fait part de sa prévision au mois d’octobre, je l’ai accueillie avec beaucoup de scepticisme car une éruption n’est pas une science exacte et de nombreux facteurs peuvent intervenir pour perturber son déroulement. Dans le cas présent, il semble que la poche magmatique qui a alimenté l’éruption se soit vidée très progressivement et très régulièrement, de sorte que la théorie de l’« évolution en ligne » de l’affaissement de la caldeira du Barðarbunga a bien fonctionné. La prévision de Haraldur Sigurðsson pourrait être utilisée à l’avenir pour essayer de déterminer la durée d’une éruption du même type en Islande, sur le Krafla, par exemple, en sachant qu’aucune éruption ne ressemble vraiment à une autre. .

Il faut tout de même relativiser la prévision de Haraldur Sigurðsson qui concerne la durée d’écoulement de la lave et non la prévision éruptive. Il ne faudrait pas oublier les tergiversations (auxquelles a participé Sigurðsson) dont elle a fait l’objet à partir du moment où les instruments ont commencé à s’affoler. Personne ne savait ce qui allait se passer : Eruption du Barðarbunga semblable à celle de l’Eyjafjallajökull en 2010 ? Sortie de lave à la limite du glacier ? Eruption avortée sans émission de lave ? Contact de la lave avec celle de l’Askja ? Au final, les scientifiques n’ont pu que constater la sortie de la lave dans la plaine désertique de l’Holuhraun !

Tant que nous sommes en Islande, remontons au 18 mars 2014. Ce jour-là, j’écrivais dans mon blog que selon Páll Einarsson, professeur de géophysique à l’Université d’Islande, la chambre magmatique sous l’Hekla était maintenant presque remplie, ce qui signifiait que le volcan «pourrait bientôt entrer en éruption» et qu’il était fortement déconseillé d’escalader la montagne car une éruption avait pour habitude de démarrer rapidement. La police avait même recommandé aux personnes ayant l’intention de grimper sur l’Hekla de ne pas oublier leurs téléphones portables afin de pouvoir être contactées rapidement en cas d’urgence volcanique. Pour le moment, comme aurait dit le regretté Robert Lamourueux, « le canard est toujours vivant » et aucune éruption n’est venue le plumer !

Plaisanterie à part, l’Holuhraun et l’Hekla montrent que nous sommes encore démunis en matière de prévision volcanique. Ces volcans sont truffés d’équipements et ne figurent pas parmi les plus dangereux de la planète. Notre capacité à prévoir est encore plus faible pour les volcans gris comme est venue nous le rappeler l’éruption du Mont Ontake et sa soixantaine de victimes.

Hekla-blog

L’Hekla en 2014  (Crédit photo:  Wikipedia)

Réchauffement climatique, glaciers et volcans islandais // Global warming, Icelandic glaciers and volcanoes

drapeau francaisC’est un phénomène bien connu: avec le réchauffement climatique et la fonte des glaciers, la croûte terrestre a tendance à se soulever. Ce phénomène a été confirmé par une équipe de chercheurs de l’Université de l’Arizona dans une étude financée par la National Science Foundation et le Centre Islandais pour la Recherche. Les chercheurs ont découvert que la croûte sous l’Islande se soulève au fur et à mesure que le réchauffement climatique fait fondre les vastes calottes glaciaires de l’île.
Quelque 300 glaciers couvrent environ 10% de la surface de l’Islande et ces glaciers perdent environ 11 milliards de tonnes de glace par an. Avec cette perte de poids, la terre sous-jacente décompresse peu à peu. Les résultats de l’étude, à paraître dans un prochain numéro de la Geophysical Research Letter, montrent pour la première fois que « le rapide soulèvement actuel de la croûte islandaise est le résultat de la fonte accélérée des glaciers de l’île. »
Selon les chercheurs, le soulèvement coïncide avec le début de réchauffement climatique il y a une trentaine d’années. Ils ont d’abord utilisé la technologie GPS pour mesurer le soulèvement en 2006. Ils ont ensuite installé 62 stations GPS à travers l’Islande et ont regardé à quelle vitesse ces stations GPS se soulevaient à travers le temps. Ils ont été vraiment surpris par la vitesse à laquelle certains sites islandais se soulevaient. Non seulement les sites en Islande centrale et méridionale se soulevaient très rapidement, mais le déplacement s’accélérait d’année en année. Certains sites connaissaient une hausse atteignant 3,5 centimètres par an.
Le résultat de cette étude est important car des recherches précédentes ont montré une correspondance directe en Islande entre ce soulèvement de la croûte et l’activité volcanique. En effet, au fur et à mesure que les glaciers fondent, la pression exercée sur les roches sous-jacentes diminue. Des roches à très hautes températures peuvent demeurer dans leur phase solide si la pression est suffisamment élevée. Quand la pression diminue, leur température de fusion fait de même. La charge qui pèse sur le réservoir magmatique se trouve alors allégée et les forces qui s’exercent sur lui se relâchent, provoquant des éruptions. Cependant, rien ne prouve qu’il existe un lien entre l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010 ou l’éruption dans Holuhraun et le soulèvement de la croûte terrestre en Islande.
Sources: Fox News & Daily Kos.

 —————————————

drapeau anglaisIt is a well-known story : with global warming and the melting of glaciers, the Earth’s crust is rising. This phenomenon has been confirmed by a University of Arizona research team in a study financed by the National Science Foundation and the Icelandic Center for Research. The researchers discovered that the crust under Iceland is rebounding as global warming melts the island’s great ice caps.

About 10% of Iceland’s surface area is covered by about 300 different glaciers which are losing an estimated 11 billion tons of ice per year. As that weight flows away, the underlying land decompresses a bit. The team’s paper, which can be found in an upcoming issue of Geophysical Research Letter, is the first to show “the current fast uplift of the Icelandic crust is a result of the accelerated melting of the island’s glaciers.”

According to the research, the rising coincides with the onset of warming that began about 30 years ago. The scientists first began using GPS technology to measure the uplift in 2006. They used 62 GPS stations located all across Iceland and looked at how fast those GPS stations were moving upward through time. What really surprised them was the speed at which some sites in Iceland were rising. They were not only moving upward very rapidly in the central and southern part of the island, but they were moving faster and faster each year. Some sites were rising as much as 3.5 centimetres a year.

This is important because previous research has shown a direct correspondence in Iceland between this motion upward and volcanic activity. Indeed, as the glaciers melt, the pressure on the underlying rocks decreases. Rocks at very high temperatures may stay in their solid phase if the pressure is high enough. As you reduce the pressure, you effectively lower the melting temperature. The pressure on the magma chamber decreases and causes eruptions. However, there is nothing to prove there exists a link between the 2010 Eyjafjallajökull eruption and the Holuhraun eruption, and the uplift of the Earth’s crust in Iceland.

Sources: Fox News & Daily Kos.

Vatna-blog_modifié-1

Vue du Vatnajökull  (Photo:  C. Grandpey)