Kilauea (Hawaii): Le débordement du lac de lave semble imminent! // Lava lake overflow probably imminent!

drapeau anglaisLe gonflement du sommet du Kilauea continue et, en parallèle, le niveau du lac de lave de l’Halema’uma’u n’arrête pas de monter. Il est en ce moment à quelques mètres seulement de la lèvre du pit crater et il ne serait pas surprenant que la lave vienne déborder sur le plancher du cratère principal.

Kilauea-avril

Si l’on observe les courbes révélées par le tiltmètre, on remarque un phénomène assez inhabituel : Le Pu’uO’o ne réagit pas à l’inflation sommitale.

 Kilauea avril

 Pourtant, on sait que les deux secteurs possèdent une alimentation commune.

Kilauea-PuuOo-2

On peut donc se demander s’il n’y aurait pas un certain blocage le long de l’East Rift Zone, en sachant que la lave continue à s’écouler à quelques kilomètres en aval du cratère du Pu’uO’o, avec un débit qui n’a guère varié depuis le début du gonflement du sommet mardi dernier. A noter que la sismicité reste élevée, aussi bien au sommet que le long de toute l’East Rift Zone.

Je pense que les hypothèses que j’évoquais précédemment restent valables :

– Débordement du lac dans les prochains jours si le gonflement persiste et si la pression est suffisante pour permettre cet événement exceptionnel.

– Retour à un épisode de dégonflement sans débordement du lac. C’est à mes yeux l’hypothèse la plus probable. Il semble, en lisant entre les lignes des bulletins, que ce soit l’opinion des scientifiques du HVO.

– Eruption le long de l’East Rift Zone, comme en 2011 par exemple.

– Déblocage de l’alimentation du Pu’uo’o avec retour de coulées plus fournies susceptibles de représenter une nouvelle menace pour le District de Puna.

C’est la foule sur la terrasse du Jaggar Museum pour un superbe spectacle!

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=GkWVJJ1LEfI

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drapeau anglaisThe inflation of the summit of Kilauea continues and, in parallel, the level of the Halema’uma’u lava lake keeps rising. It is currently only a few meters from the rim of the pit crater and it would not come as a surprise if lava spilled on the floor of the main crater.
Looking at the tiltmeter, we can notice an unusual phenomenon: Pu’uO’o does not respond to the summit inflation.

Yet we know that the two sectors have a common lava supply.

We can therefore wonder whether there is not some kind of obstrusion along the East Rift Zone, knowing that lava continues to flow a few kilometers downslope from Pu’uO’o with a rate that has little changed since the beginning of the inflation episode that started Tuesday at the summit. Seismicity remains high, both at the summit and along the whole East Rift Zone.
I think the assumptions I mentioned earlier are still valid:
– Overflow of the lake in the coming days if inflation persists and if the pressure is sufficient to allow this exceptional event.
– Back to an episode of deflation without an overflow of the lake. I personally think it is the most likely hypothesis. It seems, reading between the lines of HVO’s reports,  it is also the conclusion of HVO scientists
– An eruption along the East Rift Zone, as in 2011, for example.
– New lava supply of Pu’uo’o with more lava flows which might represent a new threat to the Puna District.

Great show from the terrace of the Jaggar Museum!

https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=GkWVJJ1LEfI

Réservoir et chambre magmatiques à Yellowstone // Magma reservoir and chamber at Yellowstone

drapeau francaisUne étude récente réalisée par des scientifiques de l’Université de l’Utah et publiée dans la revue Science fournit pour la première fois une vue complète du système d’alimentation du volcan de Yellowstone. L’étude montre qu’il existe un énorme réservoir magmatique sous la chambre magmatique que l’on connaissait déjà.
Le réservoir se situe entre 20 et 45 kilomètres sous le volcan de Yellowstone et il est 4,4 fois plus grand que la chambre magmatique peu profonde que l’on connaît depuis longtemps.
Contrairement à la perception populaire, la chambre et le réservoir magmatiques ne sont pas remplis de roche fondue. Au lieu de cela, la roche chaude est, la plupart du temps solide avec une texture spongieuse, avec des poches de roche en fusion à l’intérieur. La chambre magmatique supérieure  contient environ 9% de la roche en fusion (ce qui correspond aux estimations antérieures de 5% à 15%) tandis que le réservoir inférieur en contient environ 2%.
Les chercheurs soulignent que la chambre magmatique supérieure a été la source directe de trois éruptions cataclysmales de la caldeira de Yellowstone il y a 2.000.000, 1.200.000 et 640 000 ans. Ces chiffres restent valables après la découverte du réservoir sous-jacent qui alimente la chambre supérieure.
Des recherches antérieures ont montré que le panache qui alimente le point chaud de Yellowstone s’élève d’une profondeur d’au moins 710 kilomètres dans le manteau terrestre. Certains chercheurs pensent même qu’il provient d’une profondeur de 2300 km. Le panache s’élève depuis une zone située au nord-ouest de Yellowstone sur une largeur d’environ 80 km. Il s’étale ensuite comme une crêpe lorsqu’il atteint le manteau supérieur à environ 65 km de profondeur. Des études antérieures par les chercheurs de l’Utah ont indiqué que le sommet du panache avait une largeur de 480 km. La nouvelle étude suggère qu’il n’est probablement pas aussi large, mais les données actuelles ne sont pas assez précises pour faire une telle affirmation.

La roche partiellement fondue s’élève sous forme de dykes depuis le sommet du panache à 65 km de profondeur pour atteindre la base du réservoir magmatique d’un volume de 47000 kilomètres cubes, à environ 45 km de profondeur. Le sommet de ce réservoir (qui vient d’être découvert) se trouve à environ 19 km de profondeur. Le réservoir mesure 48 km au nord-ouest au sud-est et 70 km du sud-ouest au nord-est. La chambre supérieure d’un volume de 10 420 kilomètres se trouve sous la caldeira de Yellowstone qui mesure 65 km sur 40. Elle a la forme d’une poêle à frire gigantesque et se trouve entre 5 et 15 km sous la surface, avec le « manche » qui s’élève en direction du nord-est. La chambre mesure environ 30 km du nord-ouest au sud-est et 90 km du sud-ouest au nord-est. Le « manche » est la partie longue et la moins profonde de la chambre ; il s’étire sur 16 km au nord-est de la caldeira. Les scientifiques pensaient autrefois que la chambre magmatique peu profonde avait un volume de 4200 kilomètres cubes. En fait, il est 2,5 fois plus grand.
La découverte d’un réservoir sous la chambre magmatique résout un mystère de longue date: On se demandait pourquoi le sol et les sources géothermales de Yellowstone émettent plus de CO2 que par le seul gaz en provenance de la chambre magmatique. L’hypothèse d’un réservoir profond avait été avancée en raison de cet excès de CO2 émis par la roche en fusion ou partiellement fondue.
Pour effectuer cette nouvelle étude, les chercheurs de l’Utah ont développé une technique qui combine deux types d’informations: des données sismiques locales détectées dans l’Utah, l’Idaho, la Teton Range et Yellowstone par l’Université de l’Utah et les données de stations plus éloignées détectées par le réseau sismique EarthScope (financé par la National Science Foundation) qui a été utilisé pour cartographier la structure souterraine des 48 états situés plus au sud.
Le réseau sismique de l’Utah inclut des sismomètres installés à proximité des uns des autres, ce qui permet d’obtenir de meilleures images de la croûte peu profonde sous Yellowstone, tandis que les sismomètres de EarthScope permettent d’obtenir des images des structures plus profondes.
Source: presse scientifique américaine.

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drapeau anglaisA new University of Utah study in the journal Science provides the first complete view of the plumbing system that supplies hot and partly molten rock from the Yellowstone hotspot to the Yellowstone volcano. The study revealed a gigantic magma reservoir beneath the previously known magma chamber.

The reservoir lies 20 to 45 kilometres beneath the Yellowstone volcano, and it is 4.4 times larger than the shallower, long-known magma chamber.

For the first time, the researchers have imaged the continuous volcanic plumbing system under Yellowstone, which includes the upper magma chamber plus a lower reservoir that had never been imaged before and that connects the upper chamber to the Yellowstone hotspot plume below.

Contrary to popular perception, the magma chamber and magma reservoir are not full of molten rock. Instead, the rock is hot, mostly solid and spongelike, with pockets of molten rock within it. The upper magma chamber averages about 9% molten rock (which corresponds to earlier estimates of 5% to 15%) and the lower magma reservoir includes about 2% molten rock.

The researchers point out that the previously known upper magma chamber was the immediate source of three cataclysmic eruptions of the Yellowstone caldera 2 million, 1.2 million and 640,000 years ago. This is not changed by the discovery of the underlying magma reservoir that supplies the magma chamber.

Previous research has shown the Yellowstone hotspot plume rises from a depth of at least 710 km in the Earth’s mantle. Some researchers suspect it originates 2,300 km deep. The plume rises from the depths northwest of Yellowstone. The plume conduit is roughly 80 km wide as it rises through Earth’s mantle and then spreads out like a pancake as it hits the uppermost mantle about 65 km deep. Earlier Utah studies indicated the plume head was 480 km wide. The new study suggests it may be smaller, but the data aren’t good enough to know for sure. Hot and partly molten rock rises in dikes from the top of the plume 65 km deep up to the bottom of the 47,000 cubic-kilometre magma reservoir, about 45 km deep. The top of this newly discovered magma reservoir is about 19 km deep. The reservoir measures 48 km northwest to southeast and 70 km southwest to northeast. The 10,420 cubic-kilometre upper magma chamber sits beneath Yellowstone’s 65-by-40 km caldera. It is shaped like a gigantic frying pan about 5 to 15 km beneath the surface, with a « handle » rising to the northeast. The chamber is about 30 km from northwest to southeast and 90 km southwest to northeast. The handle is the shallowest, long part of the chamber that extends 16 km northeast of the caldera.

Scientists once thought the shallow magma chamber was 4,200 cubic kilometres. Actually, it is 2.5 times bigger than previously thought.

Discovery of the magma reservoir below the magma chamber solves a longstanding mystery: Why Yellowstone’s soil and geothermal features emit more CO2 than can be explained by gases from the magma chamber. A deeper magma reservoir had been hypothesized because of the excess carbon dioxide, which comes from molten and partly molten rock.

For the new study, the Utah researchers developed a technique to combine two kinds of seismic information: Data from local quakes detected in Utah, Idaho, the Teton Range and Yellowstone by the University of Utah Seismograph Stations and data from more distant quakes detected by the EarthScope (funded by the National Science Foundation) array of seismometers, which was used to map the underground structure of the lower 48 states.

The Utah seismic network has closely spaced seismometers that are better at making images of the shallower crust beneath Yellowstone, while EarthScope’s seismometers are better at making images of deeper structures.

Source : American scientific press.

Yellowstone-reservoir

Cette coupe sud-ouest / nord-est sous Yellowstone a été obtenue grâce à l’imagerie sismique.

(Source: University of Utah)

La guerre des volcans

L’éruption du Calbuco (Chili) aura eu au moins un mérite, celui d’occulter quelque peu le documentaire « Tazieff / Allègre, la guerre des volcans », réalisé par Éric Beauducel et diffusé le jeudi 23 avril à 21h35 sur France 5, dans le cadre de la collection Duels présentée par Annick Cojean.

Comme l’explique la chaîne de télévision dans sa présentation du documentaire, en 1976, l’antagonisme entre Haroun Tazieff et Claude Allègre faisait irruption dans les médias français. D’un côté, un volcanologue déjà connu du grand public, de l’autre un chercheur récemment promu directeur de l’Institut de Physique du Globe de Paris. Cet affrontement individuel naquit de la menace d’éruption, en Guadeloupe, du volcan de la Soufrière et du choix de faire évacuer ou non les 70 000 personnes potentiellement en danger. Deux conceptions de la volcanologie et de la gestion du risque naturel s’affrontèrent alors. Cette crise changera à jamais les deux hommes : Allègre puisera dans cet épisode le désir ardent d’égaler – sans jamais y parvenir – son adversaire dans la vulgarisation scientifique et dans les médias. Le volcanologue, lui, en gardera une rancoeur persistante. Un jour que je reconduisais Haroun Tazieff  à l’aéroport de Limoges et que je m’osais à aborder le sujet, sa réponse fut brève et sèche : « Ne me parlez pas de cet homme ; c’est un escroc et un menteur ». C’est tout dire !

A mes yeux, faire réapparaître cette querelle est inutile. Aujourd’hui, il n’y a plus grand monde pour s’y intéresser et on peut se demander quel intérêt Eric Beauducel a trouvé en réalisant ce documentaire. Plusieurs parmi les principaux protagonistes ne sont plus là pour donner leur point de vue : Tazieff et Brousse ne sont plus de ce monde ; Allègre est malade ; Rose-Marie Chevrier et François Le Guern, fidèles lieutenants de Tazieff à la Guadeloupe, nous ont quittés.

Personnellement, je regarderai le documentaire en essayant de comprendre le but recherché par Eric (et François ?) Beauducel. S’agissant de la crise de la Soufrière, je préfère m’attarder sur les pages du livre « La Soufrière, à qui la faute ? » paru aux Presses de la Cité en 1977. Bernard Loubat et Anne Pistolesi, documents à l’appui à la fin de l’ouvrage, montrent parfaitement le déroulement des événements.

Turrialba (Costa Rica): Vers une évolution phréatomagmatique? // Toward a phreatomagmatic phase?

drapeau francaisLes derniers échantillons de lave recueillis par les scientifiques du RSN (Costa Rica’s Seismological Network) tendent à prouver que de la lave juvénile a été émise par le Turrialba, ce qui pourrait indiquer que le volcan est entré dans une phase plus active. Cependant, d’autres chercheurs disent qu’il est encore trop tôt pour faire une telle affirmation.
Lors d’une visite sur le terrain vendredi dernier, les scientifiques du RSN ont découvert près du cratère ce qu’ils croient être de gros blocs de lave juvénile en phase de refroidissement. Ils pensent que ces blocs ont été éjectés lors de l’éruption du 7 avril à 02h07, quand la webcam a montré des matériaux incandescents et des panaches de cendre qui montaient jusqu’à deux kilomètres dans le ciel.
Jusqu’à présent, les scientifiques n’ont vu que des photos des échantillons de lave. Un géochimiste a déclaré: « Certes, ces fragments peuvent être de la lave juvénile, mais ils peuvent également être quelque chose d’autre. Ils peuvent avoir subi un processus de refroidissement chimique en profondeur et atteint la surface sous forme de roche solide.
Une autre possibilité est qu’un ancien morceau de lave refroidi à l’intérieur du volcan ait été arraché au cours de la dernière explosion, qu’il ait fondu et qu’il se soit refroidi de nouveau. Dans ces deux cas, les fragments ne seraient pas considérés comme de la lave juvénile ».
Que les échantillons soient de la lave juvénile ou non, les scientifiques de l’OVSICORI pensent que l’éruption du 7 avril a marqué une étape importante dans l’activité volcanique du Turrialba. Au cours des visites sur le terrain après l’éruption, ils ont utilisé une caméra thermique et ils ont remarqué que certaines roches éjectées lors de l’éruption étaient encore anormalement chaudes. Cela pourrait signifier le magma à l’intérieur du Turrialba est stocké beaucoup plus près du cratère qu’on le supposait initialement. Depuis 2010, le RSN et l’OVSICORI estiment que le magma se trouve à environ trois kilomètres sous la surface de la terre. A présent, les roches très chaudes observées avec la caméra thermique laissent supposer qu’il est peut-être à moins d’un kilomètre de profondeur.

Si les roches recueillies par le RSN sont effectivement de la lave juvénile, cela indiquerait le Turrialba est passé à une phase d’activité plus sérieuse. Le volcan se trouve dans une phase d’éruption phréatique depuis 2010. La présence de lave fraîche signifierait qu’il est désormais dans une phase phréatomagmatique. Si c’est le cas, les éruptions deviendront plus fréquentes et plus violentes. Il faudra que les autorités envisagent de prendre de nouvelles mesures de protection envers les populations vivant à proximité du volcan.
Source: The Tico Times.

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drapeau anglaisThe latest samples of lava collected by University of Costa Rica’s National Seismological Network (RSN) scientists tend to prove that juvenile lava was ejected by Turrialba, which may indicate that the volcano has moved into a more active phase. However, other researchers say it’s too soon to tell.

During a field inspection Friday morning, RSN scientists found what they believe to be large blocks of fresh, cooled lava near the crater of the volcano. They think that the lava was ejected during the eruption that occurred on April 7th at 2:07 a.m., when the volcano was observed ejecting incandescent material and ash two kilometres into the sky.

So far, the scientists have only seen photos of the lava samples. Said a geochemist: “While these fragments could be fresh lava, they could also be something else.” They may have undergone a chemical cooling process underground, and reached the surface as solid rock.

Another possibility is that a chunk of old cooled magma inside the volcano was dislodged during the last explosion, melted down and re-cooled. In both of these cases, the fragments would not be considered as juvenile.

Regardless of whether or not the fragments are juvenile lava, OVSICORI said that the April 7 eruption marked a significant step forward in volcanic activity at Turrialba. During field inspections more than a day after the eruption, scientists used a thermal imaging camera to study the volcano and noticed that some of the rocks ejected during the eruption were unusually hot. This might mean the magma inside Turrialba could be much closer to the crater than scientists originally thought. Since 2010, both RSN and OVSICORI have estimated the magma to be around three kilometres below the earth’s surface. But the hot rocks reveal that it may be closer to one kilometre below the surface.

If the rocks recovered by RSN are juvenile lava, this would indicate the volcano has passed on to a more serious phase of activity. Turrialba has been in a phreatic eruption phase since 2010. The presence of fresh lava would mean it is in a phreatomagmatic phase. If this is the case, eruptions will become more frequent and violent, and will require the country to begin considering taking more protective measures toward the populations living close to the volcano.

Source: The Tico Times.

Turrialba-02

Les émissions de cendre du Turrialba le 5 avril 2015 vues par la webcam de l’OVSICORI.