Les glaciers du Mont Baker (Etats-Unis) // Mt Baker’s glaciers (United States)

Le Mont Baker (3285 m) dans l’État de Washington est l’un des volcans de la Chaîne des Cascades. Il est toujours actif et pourrait devenir une menace pour les localités environnantes. Malgré la chaleur qui règne sous la montagne, le Mont Baker est le deuxième sommet des États-Unis – après le mont Rainier – au vu du nombre de glaciers sur ses pentes. Ils ont de bonnes zones d’accumulation grâce aux fortes et fréquentes chutes de neige dans la région. Après l’Alaska, le Mont Baker détient le deuxième plus grand système glaciaire des États-Unis sur un seul sommet. Après une augmentation de leur taille entre 1950 et 1975, les glaciers reculent actuellement sous les coups de boutoir du réchauffement climatique.
Le Boulder est l’un des glaciers du mont Baker. Il s’étale sur le versant est du stratovolcan. Ce glacier très pentu réagit rapidement aux variations climatiques. Après avoir reculé de plus de deux kilomètres par rapport à sa taille maximale atteinte au cours du Petit Age glaciaire, il a commencé à progresser dans les années 1950. Toutefois, la progression du glacier a cessé en 1979 et il a reculé dans les années suivantes, jusqu’à aujourd’hui.
En 1988, le glacier avait reculé de seulement 25 mètres par rapport à sa position la plus avancée de la période 1950-1979.
En 1993, le glacier avait reculé de 100 mètres par rapport à sa position de 1988. A cette époque, les 500 derniers mètres du glacier étaient de toute évidence immobiles.
En 2003, le glacier avait reculé de 300 mètres supplémentaires.
En 2008, le glacier avait reculé de 490 mètres par rapport à sa position de 1980, à raison de 16 mètres par an. .
Le recul de 1980 à 2018 a été en moyenne de 730 mètres, à une vitesse relativement constante. Le recul représente 20% de la longueur totale du glacier et le front du glacier s’est élevé d’environ 175 mètres. Après près de 40 ans de recul, ce glacier n’est toujours pas à l’équilibre et il continuera de reculer.
Au cours de la période 2013-2018, la ligne de neige de fin d’été a été particulièrement élevée, en moyenne à environ 2100 mètres d’altitude. Le glacier Boulder réagit rapidement au changement climatique. Cependant, les climatologues locaux pensent que le glacier a une zone d’accumulation stable et suffisante pour survivre au climat actuel.

Le glacier Boulder sur le Mont Baker me rappelle Athabaska qui recule de la même manière dans les Rocheuses canadiennes. Chaque été, il perd entre 10 et 25 mètres de longueur. Il a perdu environ 2 kilomètres depuis 1844, époque du Petit Age Glaciaire. Il mesure 6 kilomètres aujourd’hui, contre 8 kilomètres au milieu du 19ème siècle. Des bornes montrent à quelle vitesse le glacier recule.
Source: AGU 100 Blogosphère.

———————————————-

Mount Baker (3285 m) in Washington State is one of the volcanoes of the Cascade Range. It is still active and might become a menace to the surrounding municipalities. Despite the heat beneath the mountain, Mt Baker is the second summit of the U.S. –after Mount Rainier – for the number of glaciers on its slopes. They have good accumulation zones thanks to the frequent heavy snowfalls in the region. Mount Baker holds the second glacial system of the U.S. on a single summit, after Alaska. After an increase in their size between 1950 and 1975, the glaciers are now retreating because of climate change. .

Boulder Glacier is one of the glaciers on Mt Baker. It flows down the east side of the strato volcano. This steep glacier responds quickly to climate change and after retreating more than two kilometres from its Little Ice Age Maximum, it began to advance in the 1950s. The glacier advance ceased by 1979 and it retreated in the following years up to now.

In 1988, the glacier had retreated only 25 meters from its furthest advance of the 1950-1979 period.

By 1993, the glacier had retreated 100 metres from this position. At this time the lower 500 metres of the glacier was clearly stagnant.

By 2003, the glacier had retreated an additional 300 metres.

In 2008, the glacier had retreated 490 metres from its 1980 advance position, at a rate of 16 metres per year.  .

Retreat from 1980-2018 has averaged 730 metres, with the rate being relatively consistent.  The retreat amounts to 20% of the total glacier length lost and the terminus elevation has increased by about 175 metres. This glacier after nearly 40 years of retreat is still not approaching equilibrium and will continue to retreat.

During he 2013-2018 period the end of summer snowline has been particularly high averaging about 2100 metres a.s.l. Boulder Glacier does respond fast to climate change. However, local climatologists think the glacier has a consistent accumulation zone and can survive current climate.

 

Boulder Glacier on Mt Baker reminds me of Athabaska  in the Canadian Rockies which is retreating in the same way. Every summer it loses between 10 and 25 metres in length. It has lost about 2 kilometres since 1844, the Little Ice Age period. It measures 6 kilometres today, versus 8 kilometres in the mid 19th century. Landmarks show how fast the glacier is retreating.

Source: AGU 100 Blogosphère.

Vues du Mont Baker (Photos: C. Grandpey)

Recul du glacier Boulder entre 1985 et 2003 (Source: AGU 100)

Recul du glacier Athabasca (Photos: C. Grandpey)

Février 2019 encore trop chaud // February 2019 was still too hot

Les chiffres viennent de tomber. Selon la NASA, le mois de février 2019 a été le troisième plus chaud depuis le début des relevés en 1880. Avec 0,92°C au-dessus de la moyenne 1951-1980, l’anomalie relevée en février 2019 est en hausse par rapport celle de janvier qui était de 0,87°C.  Depuis 1880, seuls les mois de février 2016 et 2017 ont été plus chauds.

Pour l’année en cours (avec les seuls mois de janvier et février), 2019 est à +0,895°C, quasiment au même niveau que 2017 et juste derrière le record de 2016.

La suite dépendra de l’évolution du phénomène El Niño qui présente encore des incertitudes. Plusieurs modèles climatiques tablent sur la poursuite des conditions El Niño dans la seconde partie de 2019 tandis que d’autres anticipent un retour à des conditions neutres. Il est néanmoins probable que les conditions plutôt chaudes actuelles dans le Pacifique conduiront à un pic de la température globale dans les prochains mois.

Au niveau régional, des anomalies de 8 à 12°C supérieures à la période 1951-1980 ont été observées dans certaines régions du nord de l’Eurasie, en Alaska et dans l’Arctique. Il a fait très chaud également en Antarctique.

Les chiffres publiés par la NASA sont relatifs à la période 1951-1980 mais on peut aussi calculer les anomalies par rapport à la période 1880-1899 où les émissions de gaz à effet de serre anthropiques n’avaient pas encore profondément modifié le climat. Par rapport à la période 1880-1899, l’anomalie a été de +1,19°C en février 2019. Lors de la COP21 de Paris, il a été prévu de contenir le réchauffement sous les 2°C, voire 1,5°C si possible. Ce dernier niveau avait été dépassé en février 2016 avec +1,6°C.

Source : NASA, global-climat.

——————————————

The latest fiigures have just been released. According to NASA, February 2019 was the third warmest since records began in 1880. At 0.92°C above the 1951-1980 average, the anomaly recorded in February 2019 is higher than that of January (0.87°C). Since 1880, only the months of February 2016 and 2017 have been warmer.
For the current year (with the only months of January and February), 2019 is + 0.895°C, almost at the same level as 2017 and just behind the record of 2016.
The rest of the year will depend on the evolution of the El Niño phenomenon which still presents uncertainties. Several climate models rely on the continuation of El Niño conditions in the second half of 2019 while others anticipate a return to neutral conditions. Nevertheless, it is likely that the current rather warm conditions in the Pacific will lead to a spike in global temperatures in the coming months.
At the regional level, anomalies of 8 to 12°C above 1951-1980 have been observed in parts of northern Eurasia, Alaska and the Arctic. It was very hot in Antarctica as well.
The figures published by NASA are relative to the period 1951-1980 but one can also calculate the anomalies compared to the period 1880-1899 when the emissions of anthropogenic greenhouse gases had not yet deeply modified the climate. Compared to the period 1880-1899, the anomaly was + 1.19°C in February 2019. At COP21 in Paris, it was planned to contain warming below 2°C, or 1.5°C if possible. This last level was exceeded in February 2016 with + 1.6°C.
Source: NASA, global-climat.

Source: NASA

…sans oublier la Courbe de Keeling qui montre des concentrations de CO2 en hausse permanente dans l’atmosphère, avec 414 ppm à l’heure actuelle, ce qui est considérable et inquiétant pour le climat de la Terre.

Source: Scripps Institution of Oceanography

La fonte du Glacier Grey (Patagonie / Chili) // The melting of Grey Glacier (Patagonia / Chile)

Les glaciers qui terminent leur course dans la mer ou dans un lac ont une aptitude à donner naissance à des icebergs, phénomène appelé vêlage. En Islande, le Vatnajökull fait partie de ces glaciers et le Jokulsarlon est l’une des attractions touristiques les plus populaires du pays.

En Amérique du Sud, dans la Patagonie chilienne, le Glacier Grey libère lui aussi de temps en temps des icebergs dans le lac du même nom. Il présente une superficie de 270 km2, dans la partie ouest du parc national de Torres del Paine, une importante attraction touristique. C’est l’un des 24.100 glaciers du Chili.

On a noté ces derniers temps une accélération du phénomène, de toute évidence sous l’effet du réchauffement climatique. En effet, en l’espace de quinze jours, deux impressionnants icebergs viennent de se détacher du glacier.

Le 20 février 2019, un iceberg géant de 8,8 hectares (l’équivalent de six terrains de football) a rompu ses amarres et s’est séparé de l’une des parois du glacier Grey.

Peu de temps après, le 7 mars, un deuxième bloc d’environ 6 hectares s’est détaché à son tour du glacier. Le laps de temps entre de tels évènements n’a jamais été aussi court.

Ces deux fractures ont provoqué un recul de 500 mètres du Glacier Grey, soit plus de la moitié de ce qui a été enregistré au cours de la dernière décennie. Un plus petit iceberg s’était également détaché en 20l7. Selon un glaciologue chilien, « il est certain que la perte de masse au cours des années précédentes était moins importante que cette année ».

Les scientifiques qui suivent l’évolution du Glacier Grey affirment qu’au cours des 30 dernières années il a perdu environ deux kilomètres. Selon une étude des Nations Unies publiée en 2018, 95 % des glaciers chiliens ont reculé. Les scientifiques affirment que les températures inhabituelles de l’été austral cette année avec jusqu’à 31°C en Patagonie, ont affaibli les parois du glacier. Selon eux, le recul des glaciers coïncide avec la hausse de la température observée dans la région. De plus, l’augmentation des précipitations amplifie la fonte de la glace, et fait monter le niveau de l’eau du Lac Grey. La perte de glace a également réduit la capacité du glacier à réfléchir les rayons du soleil, ce qui influe sur le réchauffement climatique.

Source : Presse internationale.

En cliquant sur ce lien, vous verrez ne vidéo montrant le glacier et le lac Grey, ainsi que les deux icebergs mentionnés dans l’article.

https://fr.euronews.com/2019/03/13/au-chili-deux-morceaux-du-glacier-grey-se-separent-a-quelques-semaines-d-intervalle

———————————————

Glaciers that end their course in the sea or in a lake have the ability to give birth to icebergs, a phenomenon called calving. In Iceland, Vatnajökull is one of these glaciers and Jokulsarlon is one of the post popular tourist attractions of the country.
In South America, in Chilean Patagonia, Grey Glacier releases icebergs in the lake of the same name from time to time. It has an area of ​​270 square kilometres and is located in the western part of Torres del Paine National Park, another major tourist attraction. It is one of the 24,100 glaciers of Chile.
Recently, there has been an acceleration of the phenomenon, obviously as a result of global warming. Indeed, in the space of fifteen days, two impressive icebergs have just come off the glacier.
On February 20th, 2019, a giant 8.8-hectare iceberg (the equivalent of six football fields) broke off and separated from one of the walls of Grey Glacier.
Shortly thereafter, on March 7th, a second block of about 6 hectares broke off from the glacier. The lapse of time between such events has never been so short.
These two events caused a 500-metre rtreat of Grey Glacier, more than half of what has been recorded over the past decade. A smaller iceberg also broke off from the glacier in 20l7. According to a Chilean glaciologist, « it is certain that the loss of mass in previous years was less significant than this year. »
Scientists who follow the evolution of Grey Glacier say that over the past 30 years it has retreated about two kilometres. According to a United Nations study published in 2018, 95% of Chilean glaciers have retreated. Scientists say that the unusual temperatures of the current austral summer, with temperatures as high as 31°C in Patagonia, have made the walls of the glacier more fragile. They think the retreat of the glaciers coincides with the increase of the temperatures observed in the region. In addition, the increase in precipitation amplifies the melting of the ice and the water level of Grey Lake. The loss of ice has also reduced the glacier’s ability to reflect sunlight, affecting global warming.

Source: International Press.

By clicking on this link, you will see a video showing grey Glacier and the lake, as well as the two icebergs mentioned in the article.

https://fr.euronews.com/2019/03/13/au-chili-deux-morceaux-du-glacier-grey-se-separent-a-quelques-semaines-d-intervalle

Le Glacier Grey en 2006 (Crédit photo : Wikipedia)

Toujours plus de CO2 dans l’atmosphère // More and more carbone dioxide in the atmosphere

Un article publié dans la rubrique Environnement du site web de la chaîne de radio France Info aborde un sujet que j’ai développé à maintes reprises sur ce blog en essayant d’alerter les visiteurs sur la gravité de la situation.

L’article de France Info explique que la concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère terrestre a atteint un pic en février. En effet, on a enregistré 411,66 parties par million (ppm) de CO2 sur le Mauna Loa à Hawaii, là où a été élaborée la Courbe de Keeling à laquelle je fais si souvent référence dans mes notes et au cours de mes conférences sur la fonte des glaciers. Cette courbe doit son nom à Charles Keeling, climatologue américain qui a commencé à mesurer le CO2 atmosphérique en 1958 à Big Sur en Californie avant d’installer un spectroscope infrarouge à l’observatoire du Mauna Loa à Hawaii  La courbe est publiée sur le site de la Scripps Institution of Oceanography :

https://scripps.ucsd.edu/programs/keelingcurve/

En février 2019, la station avait mesuré une concentration moyenne de 411,66 ppm, un taux mensuel jamais atteint. Le record vient à nouveau d’être battu le 9 mars 2019 avec 413,45 ppm. Du jamais vu, et surtout pas au mois de mars.

Cette succession de nouveaux records était prévisible. En effet, les émissions de CO2 étaient déjà en hausse de 2,7% en 2018. Ce qui inquiète les scientifiques avec ce nouveau record, c’est sa soudaineté. En général, les précédents maximums étaient dépassés en mars ou en avril, pas en février. Le record de 2018, à 411,31 ppm, avait été battu en mai. En principe, on observe le pic de CO2 au début du printemps, puis la concentration baisse quand les forêts vastes d’Amérique du Nord et d’Asie commencent à verdir.

Les climatologues américains de la Scripps Institution expliquent que « la récente hausse n’est pas surprenante face à des émissions sans précédent provenant des combustibles fossiles. »

Ce nouveau record va dans le sens d’une accélération plus générale annoncée. Selon le Met Office britannique, « la moyenne annuelle de concentration du CO2 sur le Mauna Loa sera plus haute de 2,75 ppm (± 0,58) en 2019 par rapport à 2018, selon nos prévisions. » Pour rappel, la teneur en CO2 était de 405,5 ppm en 2017.

De toute évidence, comme l’a démontré la dernière COP 24 en Pologne, tous les gouvernements s’en fichent.

————————————————-

An article published in the Environment section of the France Info radio website tackles a topic I have repeatedly developed on this blog, trying to alert visitors to the seriousness of the situation.
The France Info article explains that the concentration of carbon dioxide in the Earth’s atmosphere reached a peak in February. In fact, scientists recorded 411.66 parts per million (ppm) of CO2 on Mauna Loa in Hawaii, where the Keeling Curve was developed. Ioften refer to this curve in my posts and during my conferencess on the melting of glaciers. This curve owes its name to Charles Keeling, an American climatologist who began measuring atmospheric CO2 in 1958 in Big Sur, California, before installing an infrared spectroscope at the Mauna Loa Observatory in Hawaii. The curve is published on the site of Scripps Institution of Oceanography:

https://scripps.ucsd.edu/programs/keelingcurve/

In February 2019, the station measured an average concentration of 411.66 ppm, a monthly rate never reached before. The record was again beaten on March 9th, 2019 with 413.45 ppm. This was never seen, especially in March.
This succession of new records was predictable. Indeed, CO2 emissions were already up 2.7% in 2018. What worries scientists with this new record is its suddenness. In general, the previous maximums were exceeded in March or April, not in February. The record of 2018, at 411.31 ppm, was beaten in May. Usually, the CO2 peak is observed in the early spring, then the concentration drops as the vast forests of North America and Asia begin to green.
Scripps Institution’s climatologists explain that « the recent rise is not surprising in the face of unprecedented emissions of fossil fuels. »
This new record goes in the direction of a more general acceleration that has been announced. According to the British Met Office, « the average annual concentration of CO2 on Mauna Loa will be higher by 2.75 ppm (± 0.58) in 2019 compared to 2018, according to our forecasts.” As a reminder, the CO2 rate was 405.5 ppm in 2017.
It seems quite clear, as the last COP 24 in Poland demonstrated, that the world’s governments don’t care a straw.

Vue de la Courbe de Keeling sur les six derniers mois