Islande et prévision volcanique

4 mars 2015 !! Voici une date que j’attendais avec impatience puisque c’est aujourd’hui même que devait prendre fin l’éruption dans l’Holuhraun ! C’est du moins ce qu’affirmait le  volcanologue islandais Haraldur Sigurðsson au mois d’octobre 2014 (voir ma note du 14 de ce même mois). Son pronostic s’appuyait sur l’évolution de l’affaissement de la caldeira du Bárðarbunga. Il expliquait que l’affaissement répondait à une évolution en ligne, pas en courbe, ce qui voulait dire que l’affaissement de la caldeira allait progressivement ralentir. Son petit-fils, Gabriel Sölvi, avait utilisé une formule prédisant que l’éruption dans l’Holuhraun prendrait fin 173 jours après le 12 septembre.

Aujourd’hui 4 mars, l’éruption est officiellement terminée depuis le 28 février.  La prévision du volcanologue islandais est donc relativement exacte.

Lorsque Haraldur Sigurðsson a fait part de sa prévision au mois d’octobre, je l’ai accueillie avec beaucoup de scepticisme car une éruption n’est pas une science exacte et de nombreux facteurs peuvent intervenir pour perturber son déroulement. Dans le cas présent, il semble que la poche magmatique qui a alimenté l’éruption se soit vidée très progressivement et très régulièrement, de sorte que la théorie de l’« évolution en ligne » de l’affaissement de la caldeira du Barðarbunga a bien fonctionné. La prévision de Haraldur Sigurðsson pourrait être utilisée à l’avenir pour essayer de déterminer la durée d’une éruption du même type en Islande, sur le Krafla, par exemple, en sachant qu’aucune éruption ne ressemble vraiment à une autre. .

Il faut tout de même relativiser la prévision de Haraldur Sigurðsson qui concerne la durée d’écoulement de la lave et non la prévision éruptive. Il ne faudrait pas oublier les tergiversations (auxquelles a participé Sigurðsson) dont elle a fait l’objet à partir du moment où les instruments ont commencé à s’affoler. Personne ne savait ce qui allait se passer : Eruption du Barðarbunga semblable à celle de l’Eyjafjallajökull en 2010 ? Sortie de lave à la limite du glacier ? Eruption avortée sans émission de lave ? Contact de la lave avec celle de l’Askja ? Au final, les scientifiques n’ont pu que constater la sortie de la lave dans la plaine désertique de l’Holuhraun !

Tant que nous sommes en Islande, remontons au 18 mars 2014. Ce jour-là, j’écrivais dans mon blog que selon Páll Einarsson, professeur de géophysique à l’Université d’Islande, la chambre magmatique sous l’Hekla était maintenant presque remplie, ce qui signifiait que le volcan «pourrait bientôt entrer en éruption» et qu’il était fortement déconseillé d’escalader la montagne car une éruption avait pour habitude de démarrer rapidement. La police avait même recommandé aux personnes ayant l’intention de grimper sur l’Hekla de ne pas oublier leurs téléphones portables afin de pouvoir être contactées rapidement en cas d’urgence volcanique. Pour le moment, comme aurait dit le regretté Robert Lamourueux, « le canard est toujours vivant » et aucune éruption n’est venue le plumer !

Plaisanterie à part, l’Holuhraun et l’Hekla montrent que nous sommes encore démunis en matière de prévision volcanique. Ces volcans sont truffés d’équipements et ne figurent pas parmi les plus dangereux de la planète. Notre capacité à prévoir est encore plus faible pour les volcans gris comme est venue nous le rappeler l’éruption du Mont Ontake et sa soixantaine de victimes.

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L’Hekla en 2014  (Crédit photo:  Wikipedia)

Réchauffement climatique, glaciers et volcans islandais // Global warming, Icelandic glaciers and volcanoes

drapeau francaisC’est un phénomène bien connu: avec le réchauffement climatique et la fonte des glaciers, la croûte terrestre a tendance à se soulever. Ce phénomène a été confirmé par une équipe de chercheurs de l’Université de l’Arizona dans une étude financée par la National Science Foundation et le Centre Islandais pour la Recherche. Les chercheurs ont découvert que la croûte sous l’Islande se soulève au fur et à mesure que le réchauffement climatique fait fondre les vastes calottes glaciaires de l’île.
Quelque 300 glaciers couvrent environ 10% de la surface de l’Islande et ces glaciers perdent environ 11 milliards de tonnes de glace par an. Avec cette perte de poids, la terre sous-jacente décompresse peu à peu. Les résultats de l’étude, à paraître dans un prochain numéro de la Geophysical Research Letter, montrent pour la première fois que « le rapide soulèvement actuel de la croûte islandaise est le résultat de la fonte accélérée des glaciers de l’île. »
Selon les chercheurs, le soulèvement coïncide avec le début de réchauffement climatique il y a une trentaine d’années. Ils ont d’abord utilisé la technologie GPS pour mesurer le soulèvement en 2006. Ils ont ensuite installé 62 stations GPS à travers l’Islande et ont regardé à quelle vitesse ces stations GPS se soulevaient à travers le temps. Ils ont été vraiment surpris par la vitesse à laquelle certains sites islandais se soulevaient. Non seulement les sites en Islande centrale et méridionale se soulevaient très rapidement, mais le déplacement s’accélérait d’année en année. Certains sites connaissaient une hausse atteignant 3,5 centimètres par an.
Le résultat de cette étude est important car des recherches précédentes ont montré une correspondance directe en Islande entre ce soulèvement de la croûte et l’activité volcanique. En effet, au fur et à mesure que les glaciers fondent, la pression exercée sur les roches sous-jacentes diminue. Des roches à très hautes températures peuvent demeurer dans leur phase solide si la pression est suffisamment élevée. Quand la pression diminue, leur température de fusion fait de même. La charge qui pèse sur le réservoir magmatique se trouve alors allégée et les forces qui s’exercent sur lui se relâchent, provoquant des éruptions. Cependant, rien ne prouve qu’il existe un lien entre l’éruption de l’Eyjafjallajökull en 2010 ou l’éruption dans Holuhraun et le soulèvement de la croûte terrestre en Islande.
Sources: Fox News & Daily Kos.

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drapeau anglaisIt is a well-known story : with global warming and the melting of glaciers, the Earth’s crust is rising. This phenomenon has been confirmed by a University of Arizona research team in a study financed by the National Science Foundation and the Icelandic Center for Research. The researchers discovered that the crust under Iceland is rebounding as global warming melts the island’s great ice caps.

About 10% of Iceland’s surface area is covered by about 300 different glaciers which are losing an estimated 11 billion tons of ice per year. As that weight flows away, the underlying land decompresses a bit. The team’s paper, which can be found in an upcoming issue of Geophysical Research Letter, is the first to show “the current fast uplift of the Icelandic crust is a result of the accelerated melting of the island’s glaciers.”

According to the research, the rising coincides with the onset of warming that began about 30 years ago. The scientists first began using GPS technology to measure the uplift in 2006. They used 62 GPS stations located all across Iceland and looked at how fast those GPS stations were moving upward through time. What really surprised them was the speed at which some sites in Iceland were rising. They were not only moving upward very rapidly in the central and southern part of the island, but they were moving faster and faster each year. Some sites were rising as much as 3.5 centimetres a year.

This is important because previous research has shown a direct correspondence in Iceland between this motion upward and volcanic activity. Indeed, as the glaciers melt, the pressure on the underlying rocks decreases. Rocks at very high temperatures may stay in their solid phase if the pressure is high enough. As you reduce the pressure, you effectively lower the melting temperature. The pressure on the magma chamber decreases and causes eruptions. However, there is nothing to prove there exists a link between the 2010 Eyjafjallajökull eruption and the Holuhraun eruption, and the uplift of the Earth’s crust in Iceland.

Sources: Fox News & Daily Kos.

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Vue du Vatnajökull  (Photo:  C. Grandpey)

Holuhraun (Islande): L’éruption est terminée // The eruption is over

drapeau francaisL’éruption qui se déroulait dans l’Holuhraun depuis le 31 août 2014 vient de se terminer. Toutefois, on observe toujours une pollution gazeuse autour du site et les restrictions restent en vigueur au nord du Vatnajokull.

La couleur de l’alerte aérienne est passée de l’Orange au Jaune.

Finalement, la prévision de Haraldur Sigurdsson qui affirmait que l’éruption se terminerait le 4 mars n’était pas si mauvaise que ça !

Source: Met Office islandais.

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drapeau anglaisThe vol­canic erup­tion in Holuhraun, which be­gan on Au­gust 31st 2014, has come to an end.  Gas pol­lu­tion is still de­tected around the erup­tion site. No changes have been made to the re­stricted area north of Vat­na­jökull

The Avi­a­tion Colour Code for Bárðar­bunga has been down­graded from or­ange to Yel­low.

Haraldur Sigurdsson’s prediction (the eruption would end on March 4th) was good!

Source: Icelandic Met Office.

Holuhraun (Islande): L’éruption tire à sa fin // The eruption is coming to an end

drapeau francaisIl semble que l’éruption dans l’Holuhraun soit en phase terminale. La sismicité est en baisse régulière. Par exemple, le 22 février, on n’a enregistré qu’une dizaine de secousses sur le Bárðarbunga, avec une magnitude maximale de M2. Le long du dyke, on n’a détecté qu’une vingtaine d’événements, tous inférieurs à M1.5.
L’activité a tellement baissé que des excursions en hélicoptère sont annulées. Les réservations de vols ont affiché complet pendant des mois, avec de longues listes d’attente, mais tout cela ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Un couple mécontent du spectacle offert par le volcan a demandé un remboursement parce que l’éruption n’était pas aussi majestueuse que prévu. Sa demande a bien sûr été refusée.
Une agence de voyage vient de publier la note suivante: « Nous sommes allés sur le site de l’éruption hier et il n’y a presque plus de magma. Nous vous conseillons de pas réserver une visite, sauf si vous êtes prêt à accepter de ne pas voir le magma s’écouler sur le site de l’éruption et à ne pas être remboursé pour cette excursion ».
Source: Iceland Review.

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drapeau anglaisIt seems the eruption in Holuhraun is slowly coming to an end. Seismicity is steadily decreasing. For instance, on February 22nd, just over 10 earthquakes were detected in Bárðarbunga, the largest ones with a maximum magnitude of M2. In the dyke intrusion about 20 earthquakes were detected, all of them smaller than M1.5.

Activity has so much dropped that helicopter tours are being cancelled. Flights to see the erup­tion have been fully booked for months with long wait­ing lists but this will soon be a thing of the past. One cou­ple were un­happy with what they saw and wanted a re­fund be­cause the erup­tion was­n’t as ma­jes­tic as they ex­pected. This was refused by the company.

A helicopter company has just released the following note: “We went to the erup­tion yes­ter­day and there is al­most no magma there any­more. We do not rec­om­mend book­ing a tour un­less you are will­ing to ac­cept that if the magma flow has com­pletely stopped once we get to the erup­tion site – we can­not give a re­fund for the tour”.

Source: Iceland Review.

Holuhraun-blog

Image thermique de l’éruption transmise le 21 février 2015 par le satellite Landsat 8.

L’activité se limite essentiellement au cratère sud.  (Source: NASA / USGS)