Faut-il bombarder le Cumbre Vieja (La Palma)? // Should bombs be dropped on Cumbre Vieja (La Palma)?

Devant l’ampleur de l’éruption du Cumbre Vieja et les dégâts qu’elle cause, le président du Cabildo de La Gomera a suggéré de bombarder le volcan afin de contrôler l’écoulement de la lave. Il a ensuite déclaré que son idée était absurde et que l’on avait déformé la finalité de ses propos.

L’idée de bombarder une coulée de lave n’est pas nouvelle. Elle a été mise en pratique sur plusieurs sites éruptifs. C’est ainsi qu’un largage de bombes par des avions de l’US Army Air Corp sur la coulée de lave Humu’ula du Mauna Loa a eu lieu le 27 décembre 1935. Vous trouverez le descriptif de cet événement dans des notes que j’ai rédigées sur ce blog les 23 et 24 août 2020.

Vue aérienne de l’explosion d’une bombe sur la coulée de 1935 du Mauna Loa; (Photo prise le 27 décembre 1935 par l’armée américaine).

Plus tard, en 1983, une tentative de détournement de la lave a été effectuée sur l’Etna. Ce ne sont pas des avions qui ont largué des bombes. Des explosifs ont été insérés dans les parois d’un chenal de lave afin de l’éventrer et obliger la lave à suivre une trajectoire différente. Cette technique a été utilisée lorsque la lave menaçait certains centres habités situés sur les pentes du volcan. L’événement a suscité de nombreuses critiques, tant de la part d’autres vulcanologues que d’environnementalistes. Haroun Tazieff m’a expliqué un jour qu’il était délicat, d’un point de vue juridique, d’envoyer la lave sur des terres qui auraient été épargnées sans cette intervention de l’homme.

Photo: C. Grandpey

10 ans plus tard, lors de l’éruption de 1991-1993, des explosifs ont été à nouveau utilisés sur l’Etna au cours de l’opération « thrombose ». Dans un premier temps, une tentative a été faite pour modifier la coulée de lave qui menaçait la ville de Zafferana. On a construit des barrages et introduit des blocs de béton dans les tunnels de lave pour essayer de bloquer la lave et la faire refouler. Ensuite,au mois de mai 1992, les explosifs ont été à nouveau utilisés pour forcer la lave à emprunter un nouveau chenal préalablement creusé. L’opération a été un succès, bien aidé par l’éruption qui avait beaucoup baissé d’intensité.

Photo: C. Grandpey

S’agissant du Cumbre Vieja, volcan strombolien lui aussi, l’environnement est très différent de celui de son homologue sicilien. Les bourgades siciliennes sont situées à une distance beaucoup plus grande des bouches éruptives et il faut beaucoup plus de temps à la lave pour les atteindre. En 1991, la lave s’est arrêtée aux portes de Zarfferana Etnea. Hormis quelques vergers, quelques vignes et un bâtiment agricole, il n’y a pas eu de dégâts. Par contre, en 1928, Mascali a été détruite par la lave.

La lave aux portes de Zafferana (Photo: C. Grandpey)

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Faced with the scale of the Cumbre Vieja eruption, the president of Cabildo de La Gomera proposed to bomb the volcano in order to control the flow of lava. He then declared that his idea was absurd and that the purpose of his words had been distorted.
The idea of ​​bombarding a lava flow is not new. It has been put into practice on several eruptive sites. Thus a bomb drop by US Army Air Corp planes on the Humu’ula lava flow of Mauna Loa took place on December 27th, 1935. You will find the description of this event in notes that I wrote on this blog on August 23 and 24, 2020.

Later, in 1983, an attempt to divert lava was made on Mt Etna. It was not planes that dropped bombs. Explosives were inserted into the walls of a lava channel in order to break it open and force the lava to follow a different path. This technique was used when lava threatened populated areas on the slopes of the volcano. The event drew much criticism from both other vulcanologists and environmentalists. Haroun Tazieff explained to me that it was difficult, from a legal point of view, to send lava on land that would have been spared without this human intervention.

10 years later, during the eruption of 1991-1993, explosives were used again on Mt Etna during the « thrombosis » operation. At first, an attempt was made to modify the lava flow that threatened the town of Zafferana Etnea. Dams were built and the army put concrete blocks in the lava tunnels to try to block the lava and push it back. Then, in May 1992, the explosives were again used to force the lava through a new channel previously dug. The operation was a success, much helped by the eruption which had diminished considerably.

Regarding Cumbre Vieja, also a Strombolian volcano, the environment is very different from that of its Sicilian counterpart. The Sicilian villages are located at a much greater distance from the eruptive vents and it takes much longer for the lava to reach them. In 1991, the lava stopped a fewhundred metres from Zarfferana Etnea. Apart from a few orchards, a few vines and a farm building, there was no damage. On the other hand, in 1928, Mascali was destroyed by lava.

Nouvelle crise éruptive sur l’Etna (Sicile) // New eruptive crisis on Mt Etna (Sicily)

L’éruption du Cumbre Vieja et ses coulées de lave dévastatrices aurait tendance à nous faire oublier que d’autres volcans restent actifs. C’est ainsi que l’Etna a connu une nouvelle crise éruptive au cours de la matinée du 23 octobre. Elle a suivi le processus habituel avec une activité strombolienne dans le Cratère SE qui a évolué en fontaines de lave. Dans le même temps, une coulée de lave s’est écoulée vers l’E du cratère en direction de la Valle del Bove. Le paroxysme a cessé vers 12h20 (heure locale). Le tremor éruptif rend compte de cet événement:

Source: INGV.

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The eruption of Cumbre Vieja and its devastating lava flows tends to make us forget that other volcanoes remain active. Mt Etna experienced a new eruptive crisis during the morning of October 23rd. It followed the usual process with Strombolian activity in the SE Crater which evolved into lava fountains. At the same time, a lava flow flowed east of the crater towards the Valle del Bove. The paroxysmv ceased around 12:20 p.m. (local time). The eruptive tremorshows this event:
Source: INGV.

Source : INGV

Etna (Sicile) : 60 millions de mètres cubes de lave émis en 4 mois ! // Mt Etna (Sicily) : 60 million cubic metres of lava emitted in 4 months !

Un article publié dans le journal La Sicilia nous apprend qu’en quatre mois, l’Etna a vomi 60 millions de mètres cubes de lave. C’est ce que l’on peut lire dans une étude de l’Institut National de Géophysique et de Volcanologie (INGV) couvrant la période entre décembre 2020 et mars 2021. L’étude, intitulée Magma Migration at Shallower Levels and Lava Fountains Sequence as Revealed by Borehole Dilatometers on Etna Volcano a été publiée dans la revue ‘Frontiers in Earth Sciences’.
Le très important volume de lave a essentiellement été émis par de puissantes fontaines. Si l’on observe le volume de matériaux volcaniques accumulé au fil du temps et celui émis au cours des quatre mois, on se rend compte que les fontaines de lave représentent pour le volcan un moyen très efficace d’émission de lave qui est susceptible de se substituer aux traditionnelles coulées de lave, souvent plus dangereuses sur ses flancs.
Selon les scientifiques de l’Institut, la détection de micro déformations de l’édifice volcanique a permis d’identifier des signaux précurseurs annonçant le déclenchement d’une séquence éruptive. On peut lire dans l’étude que « dans les volcans à conduits ouverts tels que l’Etna, un défi important est de détecter et d’interpréter les moindres variations d’énergie associées à des événements mineurs mais critiques tels que les fontaines de lave. Cet objectif peut être atteint grâce à des enregistrements extrêmement précis de déformations induites à l’intérieur de l’édifice volcanique. Ces déformations peuvent être également détectées à des distances de plusieurs kilomètres de la zone du cratère par des dilatomètres installés dans des forages de plusieurs centaines de mètres de profondeur. Au cours des quatre mois pris en compte, le réseau de dilatomètres INGV installé sur l’Etna a été en mesure d’enregistrer des variations précises. En particulier, des micro variations observées en relation avec les essaims sismiques survenus en décembre 2020 ont permis de mettre en évidence la migration du magma vers la surface juste avant le début de la séquence éruptive »

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An article published in the newspaper La Sicilia informs us that in four months, Mt Etna has vomited 60 million cubic meters of lava. This can be read in a study by the National Institute of Geophysics and Volcanology (INGV) covering the period between December 2020 and March 2021. The study, entitled Magma Migration at Shallower Levels and Lava Fountains Sequence as Revealed by Borehole Dilatometers on Etna Volcano has been published in the journal ‘Frontiers in Earth Sciences’.
The very large volume of lava was mainly emitted through powerful fountains. If we observe the volume of volcanic material accumulated over time and the one emitted during the four months, we realize that the lava fountains represent for the volcano a very efficient means of lava emission which may replace the traditional lava flows, often more dangerous on its flanks
According to scientists at the Institute, the detection of micro deformations of the volcanic edifice made it possible to identify precursor signals announcing the triggering of an eruptive sequence. One can read in the study that « in open duct volcanoes such as Mt Etna, an important challenge is to detect and interpret the slightest variations in energy associated with minor but critical events such as lava fountains. This objective can be achieved thanks to extremely precise recordings of deformations induced inside the volcanic edifice. These deformations can also be detected at distances of several kilometers from the crater area by dilatometers installed in boreholes several hundred meters deep. During the four months taken into account, the network of INGV dilatometers installed on Mt Etna was able to record precise variations. In particular, micro variations observed in relation to the seismic swarms that occurred in December 2020 made it possible to highlight the migration of magma towards the surface just before the start of the eruptive sequence « 

 

Fontaine de lave vue par la caméra thermique de l’INGV

Webcams volcaniques // Webcams on volcanoes

En 30 ans, l’approche visuelle du phénomène volcanique a été bouleversée par les nouvelles technologies. Dans les années 1990, les information sur l’activité volcanique étaient diffusées au compte-gouttes, au gré des bulletins fournis par la presse et par les voyageurs qui se rendaient sur le terrain. A l’époque, l’approche d’un volcan était beaucoup moins verrouillée qu’aujourd’hui et le principe de précaution était beaucoup moins présent. On pouvait déambuler librement sur la zone sommitale de l’Etna et bivouaquer dans des nids faits de blocs de basalte au sommet du Stromboli. Les images étaient réalisées sur pellicule et on déclenchait avec parcimonie. Cette époque est malheureusement révolue.

Aujourd’hui, tout a changé. Ceux qui vont sur les volcans mitraillent à tour de bras avec les inévitables smartphones et, dans le tas, certains clichés sont de bonne, voire très bonne qualité. En revanche, l’accès aux zones les plus chaudes est devenu beaucoup plus compliqué sur des volcans comme l’Etna ou le Stromboli. A La Palma un périmètres de 2 km a été mis en place autour de la zone éruptive. Certains font fi de ces interdictions d’accès, mais c’est à leurs risques et périls. C’est particulièrement vrai à Hawaii où les rangers ne badinent pas avec la loi.

Les webcams fournissent de superbes images des éruptions, parfois en haute définition comme on a pu le constater avec l’éruption islandaise et en ce moment avec l’éruption à La Palma. Ces caméras sont en général judicieusement placées, parfois dans les lieux difficiles d’accès. Il leur arrive de se faire détruire par une coulée de lave. De plus en plus souvent, ce ne sont pas des clichés ponctuels, à intervalle régulier, qui sont diffusés, mais des images en streaming qui permettent de suivre les événements en direct. Les fontaines de lave et les panaches de cendre de l’Etna apparaissent dans toute leur splendeur, parfois illuminés par les rayons du soleil.A La Palma en ce moment, on perçoit même les grondements des explosions.

Certaines captures d’écran réalisées à partir de ces images ont quasiment la qualité photo. De plus, avec Internet, les paramètres qui permettent de contrôler l’activité volcanique sont souvent en ligne et figurent parfois – comme à La Palma – au bas des images des webcams.

On peut donc, depuis son fauteuil visualiser la sismicité et le tremor des éruptions en Islande, sur l’Etna, à La Palma ou à Hawaii. Certes, il manque l’ambiance et surtout les odeurs qui envahissent un site éruptif, mais le cerveau de ceux qui ont fréquenté ces lieux peut facilement les imaginer….

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Over 30 years, the visual approach to volcanic phenomena has been deeply changed by new technologies. In the 1990s, information on volcanic activity was disseminated in small quantities, according to occasional reports provided by the press and by travellers who went to the field. At the time, the approach to a volcano was much easier than today and the precautionary principle was much less present. You could wander freely on the summit area of Mt Etna and leep in stone nests at the summit of Stromboli. The images were on films and the photos were taken sparingly. Those days are unfortunately over.
Today everything has changed. Those who visit volcanoes take innumbrable photos with their smartphones and some pictures are of good, even very good quality. On the other hand, access to the hottest areas has become much more complicated on volcanoes such as Mt Etna or Stromboli. In La Palma, a perimeter of 2 km has been set up around the eruptive zone. Some ignore these access bans, but it is at their own risk. This is especially true in Hawaii where rangers don’t mess around with the law.
The webcams provide great images of the eruptions, sometimes in high definition as with the Icelandic eruption and now with the eruption in La Palma. These cameras are generally judiciously placed, sometimes in spots that are difficult to access. Sometimes they get destroyed by a lava flow. More and more often, they do not provide one-off snapshots, at regular intervals, but streaming images that make it possible to follow events live. Mt Etna’s lava fountains and ash plumes appear in all their splendor, sometimes illuminated by the rays of the sun, and in La Palma right now, you can even hear the roar of the explosions.
Some screenshots taken from these images are almost photo quality. In addition, with the Internet, the parameters that control volcanic activity are often online and sometimes appear – as in La Palma – at the bottom of webcam images.
One can therefore, from one’s armchair, get information about the seismicity and the tremor of the eruptions in Iceland, on Mt Etna, in La Palma or in Hawaii. Sure, these documents lack the atmosphere and especially the odours that pervade an eruptive site, but the brains of those who have visited these places can easily imagine them …

Voici quelques captures d’écrans // Here are a few screenshots of Mt Etna,Fagradalsfjall and Cumbre Vieja: