La fonte du Groenland et l’élévation du niveau des océans // Greenland melting and sea-level rise

drapeau-francaisSelon une étude publiée récemment dans la revue Nature Climate Change, la hausse globale des températures a probablement une incidence sur la calotte glaciaire du Groenland – et sur sa contribution à l’élévation du niveau de la mer – plus grande que les scientifiques le pensaient jusqu’à présent. Les changements récents subis par la neige et la glace qui recouvrent l’île semblent avoir affecté la capacité de la calotte glaciaire du Groenland à stocker l’excès d’eau, ce qui signifie qu’une plus grande quantité d’eau de fonte se déverse probablement dans l’océan.
C’est une mauvaise nouvelle car la fragile calotte de glace du Groenland a déjà perdu plus de 9 trillions de tonnes de glace dans le siècle passé. Sa vitesse de fonte ne cesse de s’accélérer avec la hausse des températures. La NASA estime que la calotte glaciaire du Groenland perd environ 287 milliards de tonnes de glace chaque année, en partie à cause de la fonte de surface et en partie en raison de la production d’icebergs.
La nouvelle étude se concentre sur une partie de la calotte glaciaire connue sous le nom anglais de « firn », une couche de neige compacte pas encore transformée en glace. C’est une partie importante de la calotte glaciaire en raison de sa capacité à piéger et à stocker l’excès d’eau avant que cette dernière s’échappe à la surface ; c’est aussi un processus essentiel qui permet de freiner l’élévation du niveau de la mer qui, autrement, serait causé directement par le ruissellement de l’eau de fonte.
Jusqu’à récemment, de nombreux scientifiques pensaient que la plus grande partie du « firn » du Groenland avait toujours la capacité de piéger l’eau de fonte. Mais la dernière étude montre que ce n’est probablement plus le cas. Grâce à des observations sur le terrain, les scientifiques ont montré que la formation récente de couches de glace denses près de la surface de la calotte glaciaire rend plus difficile la pénétration de l’eau liquide dans le « firn », ce qui signifie qu’elle est obligée de s’échapper à la surface.
Les chercheurs ont mené leur étude en examinant les carottes de glace extraites du « firn » de l’ouest du Groenland entre 2009 et 2015. Ils voulaient savoir si les étés particulièrement chauds qui avaient provoqué une fonte importante en 2010 et 2012, pouvaient avoir affecté la calotte glaciaire. En examinant les carottes, les chercheurs ont constaté que la très abondante eau de fonte de ces années s’était écoulée à l’intérieur du « firn » où elle s’était transformée en gros morceaux baptisés «lentilles de glace ».
Les carottes ont montré que les « lentilles » avaient grossi rapidement entre 2009 et 2012. Puis, à partir de 2012, il s’est produit un autre changement. La fonte très intense de l’été 2012 n’a pas entraîné une forte augmentation de la couche de glace. Au lieu de cela, les chercheurs ont pu observer que la couche de glace avait forcé l’eau de fonte à ruisseler à la surface.
Le phénomène n’est pas seulement inquiétant s’agissant de l’élévation du niveau des océans. Les chercheurs indiquent que l’augmentation du ruissellement pourrait conduire à certains processus de rétroaction qui vont entraîner encore plus de fonte à l’avenir. L’eau de ruissellement peut tailler des canaux à la surface de la calotte glaciaire et créer des zones recouvertes de neige fondante, ce qui peut entraîner une réduction de l’albédo – la capacité de surface de la calotte glaciaire à réfléchir la lumière solaire. Si cette surface absorbe plus de lumière solaire au lieu de la réfléchir, les températures de surface augmenteront et provoqueront une accélération de la fonte de la glace.
Ces changements du « firn » sont irréversibles. Sa formation par accumulation d’une nouvelle neige à la surface du Groenland peut prendre des décennies, et pourrait même ne pas avoir lieu dans un contexte de réchauffement climatique.
Cette étude ne concerne que l’ouest du Groenland, de sorte que les scientifiques ne peuvent pas dire avec certitude si leurs conclusions sont applicables à l’ensemble de l’île. Il serait donc intéressant de mener des études similaires ailleurs sur la calotte glaciaire. .
Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisAccording to a new study published in the journal Nature Climate Change, rising global temperatures may be affecting the Greenland ice sheet – and its contribution to sea-level rise – in more serious ways that scientists imagined. Recent changes to the island’s snow and ice cover appear to have affected its ability to store excess water, meaning more melting ice may be running off into the ocean than previously thought.
This is bad news for the precarious Greenland ice sheet, which scientists say has already lost more than 9 trillions tons of ice in the past century, and whose melting rate only continues to increase as temperatures keep warming up. NASA estimates that the Greenland ice sheet is losing about 287 billion tons of ice every year, partly due to surface melting and partly due to the calving of large chunks of ice.
The new study focuses on a part of the ice sheet known as « firn » – a layer of built-up snow that slowly freezes into ice over time. It’s considered an important part of the ice sheet because of its ability to trap and store excess water before it’s able to run off the surface of the glacier, an essential service that helps mitigate the sea-level rise that would otherwise be caused by the runoff water.
Until recently, many scientists have assumed that most of Greenland’s firn space is still available for trapping meltwater. But the new research shows that this is likely no longer the case. Through on-the-ground observations, the scientists have shown that the recent formation of dense ice layers near the ice sheet’s surface are making it more difficult for liquid water to percolate into the firn – meaning it’s forced to run off instead.
The researchers conducted their study by examining ice cores drilled into West Greenland’s firn between 2009 and 2015. They wanted to find out how a series of particularly warm summers, which caused especially significant melting events in 2010 and 2012, might have affected the ice sheet. By examining the cores, the researchers found that the deluge of meltwater in recent years had trickled into the firn and frozen into chunks called « ice lenses. »
The cores suggested that the lenses thickened quickly between 2009 and 2012. Then, starting in 2012, another change took place. The very intense melt of summer 2012 did not result in a strong increase of the ice layer. Instead, the researchers could observe how the ice layer forced the meltwater to run off along the surface.
This is not only a concern on the basis of its possible contribution to sea-level rise. The researchers also suggest that an increase in runoff could lead to certain feedback processes that will cause even more melt to occur in the future. Runoff water can carve channels into the ice sheet’s surface and create slushy areas, which can cause a reduction in albedo – the ability of the ice sheet to reflect sunlight away from its surface. With more sunlight being absorbed, rather than reflected, surface temperatures could become even warmer and cause melt rates to accelerate.
And these changes to the firn are largely irreversible. While new firn can form as more snow falls and accumulates on Greenland’s surface, the process can take decades – and might not be able to occur at all in a warming climate.
This particular study was only conducted in West Greenland, so the scientists can’t say for sure whether their findings apply to the entire island. It would be enlightening to conduct similar studies elsewhere on the ice sheet.
Source: Alaska Dispatch News.

Bédiaire

Bédière au Groenland: rivière alimentée par les eaux de fonte (Photo: Wikipedia)

Les grottes de glace du Mauna Loa (Hawaii) et de l’Etna (Sicile) // Ice caves on Mauna Loa (Hawaii) and Mt Etna (Sicily)

drapeau-francaisSelon plusieurs scientifiques, on observe une baisse de la quantité de glace à l’intérieur des tunnels de lave qui se trouvent dans la partie supérieure du versant nord du Mauna Loa. Le phénomène est probablement à mettre en relation avec le réchauffement climatique.
Il existe deux tunnels de lave avec de la glace à l’intérieur toute l’année sur le Mauna Loa. Une récente étude fait état des changements observés depuis les premières observations effectuées en 1978. Le rapport explique que la perte de glace pourrait s’accélérer.
Une importante plaque de glace occupe encore une extrémité de la Mauna Loa Ice Cave, mais une grande partie de la glace qui recouvrait le sol à l’intérieur a disparu, laissant derrière elle des dépôts de minéraux. La grotte se trouve au-dessus de 3500 mètres au dessus du niveau de la mer. En 1978, la couche de glace, baptisée «La Patinoire», avait une épaisseur d’environ 45 centimètres et couvrait environ 260 mètres carrés. Aujourd’hui, on ne trouve plus que quelques plaques de glace éparses de quelques centimètres d’épaisseur. Les chercheurs ont constaté que la température moyenne de l’air dans la grotte était d’environ 0,1°C entre novembre 2011 et novembre 2013. Elle n’a été inférieure à zéro que pendant 37% de cette période. En plus de la température, le niveau de glace dans la grotte est également influencé par les précipitations et le débit d’air, de sorte que la sécheresse récente qui a affecté la Grande Ile pourrait avoir joué un rôle dans la disparition de la glace.
La Mauna Loa Ice Cave s’est formée il a 750 à 1500 ans, ce qui signifie qu’une partie de la glace s’est formée il y a plusieurs siècles et peut donner des indications intéressantes sur les conditions environnementales du passé. Les échantillons de vie microbienne actuellement à l’étude pourraient aider à comprendre le développement de micro-organismes sur la planète Mars qui recèle également de nombreux tunnels de lave.
La fonte de la glace a également été observée dans Arsia Cave, l’autre tunnel de lave sur le Mauna Loa, mais comme il a été découvert seulement en 2009, il est difficile de tirer des conclusions sur les changements observés au cours de la même période que la Mauna Loa Ice Cave.
Il n’y a pas de grottes de glace connues sur le Mauna Kea, qui possède moins de tunnels de lave.
Source : West Hawaii Today.
Voici plusieurs photos de la Mauna Loa Ice Cave. Leur auteur ne précise pas la date des prises de vues :
http://www.cavepics.com/html/ARSF.html

On trouve des tunnels de lave sur de nombreux autres volcans dans le monde. Plus près de nous, l’Etna recèle plusieurs d’entre eux. Un de mes meilleurs souvenirs est la visite de la Grotta del Gelo sur le flanc nord du volcan dans les années 1990. J’y suis entré avec mon fils et un ami sicilien. A cette époque il fallait être très prudent car le sol en légère pente était couvert de glace et donc très glissant. Nous avons dû utiliser une corde pour ne pas tomber et glisser vers le fond de la grotte. Il y avait un petit réseau de galeries orné de magnifiques stalactites et de stalagmites de glace. Une fois les lampes éteintes, le spectacle était magnifique, avec la transparence bleutée de la glace qui était éclairée par la lumière de l’extérieur.
Je me souviens que la Grotta del Gelo a été vandalisée quelques mois après notre visite et que son accès avait alors été interdit. Je ne sais pas quelle est la situation aujourd’hui. D’après ce que j’ai pu lire, il semble que les guides de l’Etna conduisent les touristes vers cette merveille de la Nature.
D’autres tunnels de lave (sans glace à l’intérieur) méritent une visite sur le flanc nord de l’Etna, comme la Grotta dei Lamponi, la Grotte des Framboises.

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drapeau-anglaisScientists say they are noticing a decline in the ice supply in lava tubes high up on Mauna Loa’s north flank, with climate change likely a factor.
There are two lava tubes known to have ice year-round on Mauna Loa, and a recently published study documented the changes in one first surveyed in 1978. The report warns that additional ice loss could occur rapidly. The perennial ice still largely blocks one end of the lava tube, simply called the Mauna Loa Ice Cave, but a large ice floor has disappeared, leaving behind mineral deposits.
The cave sits above 3,500 metres above sea level. In 1978, the ice sheet, known as the “Skating Rink,” was about 45 centimetres thick and covered about 260 square metres. Sporadic spots of ice a few centimetres thick are now found instead. The researchers found air temperatures in the cave to average about 0,1°C from November 2011 to November 2013. Temperatures dropped below freezing 37% of the time.
In addition to temperature, ice levels in the caves also are influenced by precipitation and airflow, so that a recent drought on the island could have played a role in the sheet’s demise.
The lava tube is between 750 and 1,500 years old, which means that some of the ice could have formed centuries ago and hold clues to past environmental conditions. The samples of microbial life in the ice cave which are being studied could shed light on the development of microorganisms on Mars, which also is known to have many lava tubes.
Ice melting also has been observed in the Arsia Cave on Mauna Loa, but since that tube was discovered in 2009, it’s not clear how much the supply might have changed over the same time frame.
There are no known ice caves on Mauna Kea, which has fewer lava tubes.
Source: West Hawaii Today.
Here are a few photos of the Mauna Loa Ice Cave. Their author did not indicate the date of the shots:
http://www.cavepics.com/html/ARSF.html

Lava tubes can be found on many other volcanoes in the world. Closer to us, Mount Etna conceals several of them. One of my best memories is the visit of the Grotta del Gelo on the northern flank of the volcano in the 1990s. I got into it with my son and a Sicilian friend. By that time, you needed to be very careful as the slopy ice-covered ground was slippery. We had to use ropes in order not to fall and slide down to the bottom of the cave. There was a small network of galleries inside the cave which was full of stalactites and stalagmites of ice. Once you turned off your torchlights, the show was great, with the blue colour of the ice illuminated by the light from the outside.
I can remember the Grotta del Gelo was vandalised a few months after our visit and that its access had been forbidden. I don’t know what the situation is like today. From what I read; it seems Etna guides are leading people to that natural wonder.
Other lava tubes (with no ice in them) are worth a visit on Mt Etna’s northern flank, like the Grotta dei Lamponi.

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Etna: Stalactites de glace et Grotta dei Lamponi  (Photos: C. Grandpey)

Vous avez dit COP 21?

Les élections régionales ont largement occulté la COP 21 ces dernières heures. A se demander si elle existe toujours. La totalité de la presse fait ses gros titres sur des élections dont la moitié de la population se fiche éperdument vu que 50% des Français ne se sont pas déplacés pour aller voter, sans compter ceux qui ont préféré la couleur blanche de leur bulletin à celle des partis politiques. .
Il faut faire de gros efforts pour trouver un article ou une rubrique consacrée à la COP21, donc à notre environnement et à celui de nos enfants, ce qui me semble au moins aussi important que les sempiternels débats politiques qui animent les chaînes de radio et de télévision dans une indifférence qui a tendance à se généraliser. Les invités y brassent du vent sans produire la moindre énergie renouvelable.
Le site web de la radio France Info est l’un des rares à s’attarder sur la COP 21 et la rubrique d’Anne-Laure Barral n’incite pas vraiment à l’optimisme : « De nombreuses interrogations persistent ». « De nombreux points cruciaux restent encore sur la table ». « Il est difficile de prévoir les contours de l’accord de Paris ». « Finalement, la question qui se pose à Paris est la suivante : le monde est-il prêt à basculer vers la fin des énergies fossiles, alors que les scientifiques nous disent que le temps presse ? Toutes ces questions restent en suspens ».
J’ai toujours été très sceptique, voire pessimiste devant cette grand’ messe de l’environnement dont l’organisation va coûter très cher aux contribuables français pour des résultats qui seront de toute évidence très modestes. Il ne faut pas compter sur des mesures contraignantes quand on connaît les positions des grandes puissances, ne serait-ce qu’au niveau de l’Arctique. La banquise et les glaciers vont continuer à fondre. Les ours polaires et les morses peuvent se lamenter et continuer à pleurer !
J’ai toujours en tête ce vieux proverbe amérindien plein de sagesse : « Nous n’héritons pas de la terre de nos parents, nous l’empruntons à nos enfants. »

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Banquise et ours polaires sont en grand danger (Photos: C. Grandpey)

Le trafic maritime dans l’Arctique // Shipping in the Arctic

drapeau-francaisDire que l’Arctique est en train de fondre n’est pas un scoop. L’étendue de glace de mer en Octobre 2015 a été l’une des plus faibles jamais enregistrées. On le sait depuis longtemps : La situation actuelle suscite un regain d’intérêt pour le transport maritime dans l’Arctique. Il a augmenté de façon constante au cours des dernières années, jusqu’à l’an dernier où il a connu une forte baisse. Les chiffres pour 2015 ne sont pas encore disponibles, mais l’Arctique a probablement enregistré de nouveau une augmentation du nombre de navires opérant dans la région. Cosco, la plus grande compagnie maritime de Chine, vient d’annoncer qu’elle va mettre en place un service de transport régulier sur la voie maritime qui longe le nord de la Russie.
La Corée du Sud et l’Islande sont parmi les autres nations qui lorgnent sur cette voie maritime. Au cours d’une réunion qui a eu lieu en Corée début novembre, les présidents des deux pays se sont mis d’accord pour établir conjointement une route maritime dans l’Océan Arctique. Elle pourrait être disponible pendant toute l’année en 2030, et raccourcirait d’une dizaine de jours le temps de navigation pour des cargos coréens.
Mais tout n’est pas rose pour la navigation dans l’Arctique. Jusqu’à maintenant, l’essentiel du trafic maritime au nord de la Russie concernait le transport de combustibles fossiles. Le problème, c’est que la production de pétrole russe dans l’Arctique est en chute libre, en raison d’un manque d’infrastructures. Dans le même temps, un chantier naval de Louisiane a annulé la construction de deux brise-glace suite à la décision de Shell de cesser ses opérations de forage au large des côtes de l’Alaska dans le proche avenir (voir ma note du 29 septembre 2015).
Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisSaying the Arctic is melting has become commonplace. The extent of Arctic sea ice this October has been one of the lowest on record. The current situation has fuelled renewed interest in Arctic shipping, which has grown steadily in recent years, until last year, when it suffered a sharp one-year decline. Figures for 2015 aren’t yet available, but the Arctic will likely see an increase in the number of ships operating in the region. China’s largest shipping company, Cosco, has just announced that it will launch regularly scheduled shipping services along Russia’s Northern Sea Route.
South Korea and Iceland are among other nations eyeing such a route. Presidents of both countries agreed at a meeting in Korea to establish an Arctic Ocean shipping route together. It could be available year-round by 2030, and would shave sailing time for Korean cargo vessels by about 10 days.
But not all signs point to an immediate spike in Arctic shipping. Up to now, most traffic on Russia’s Northern Sea Route consisted of fossil fuel shipments. However, Russia’s Arctic oil output is declining, due to a lack of infrastructure. Meanwhile, a Louisiana shipbuilder cancelled work a pair of polar class icebreakers, a move that comes in the wake of Shell’s decision to halt its operations offshore Alaska for the foreseeable future (see my note of 29 September 2015).
Source: Alaska Dispatch News.

Groenland-blog

Photo: C. Grandpey