Mauvaises nouvelles de l’Arctique // Bad news from the Arctic

Nous sommes à la fin octobre et deux phénomènes inquiètent les scientifiques dans l’Arctique.

En raison des températures élevées qui ont régné sur l’Arctique ces derniers mois, la glace de mer est en train d’enregistrer sa surface la plus réduite pour la saison depuis 1978, début de la surveillance satellitaire. Selon le National Snow and Ice Data Center (NSIDC), le 24 octobre 2020, la banquise s’étalait sur seulement 5,685 millions de kilomètres carrés.

La situation, qui empire chaque année, ne surprend pas vraiment les climatologues. Les quatorze dernières années ont été, sans exception, les pires années enregistrées parmi les quarante-trois années de données à la disposition des scientifiques.

Autre mauvaise nouvelle : pour la première fois depuis le début des relevés, la mer de Laptev en Sibérie n’a pas encore commencé à geler fin octobre. Ce retard du gel a été causé par une période de chaleur anormalement longue dans le nord de la Russie et par l’intrusion d’eaux plus chaudes en provenance de l’Atlantique, ce qui rompt la stratification habituelle entre les eaux profondes chaudes et la surface fraîche Les climatologues mettent en garde contre d’éventuels effets d’entraînement dans la région polaire.

La température de l’océan dans la région a récemment grimpé à plus de 5°C au-dessus de la moyenne, à la suite d’une vague de chaleur record et de la réduction inhabituellement précoce de la glace de mer de l’hiver dernier. Il y a en ce moment 4 millions de kilomètres carrés de glace de mer de moins que prévu par rapport aux années 1980. Il manque une superficie de glace équivalente à dix fois la taille de l’Allemagne.

Ce manque de glace de mer arctique va forcément avoir des conséquences pour le bilan énergétique de la Terre. Quand la région arctique est couverte de neige, elle devient la surface naturelle la plus brillante de la planète. Par effet albédo, elle renvoie vers l’espace environ 80 % du rayonnement solaire. En revanche, l’océan situé en dessous représente la surface la plus sombre de la planète et il absorbe 90 % du rayonnement solaire. En conséquence, les changements qui interviennent dans la couverture de glace de mer ont un impact important sur la quantité de lumière solaire absorbée par la planète et sur la vitesse à laquelle elle se réchauffe. Les scientifiques craignent que le retard du gel de la glace de mer amplifie la boucle de rétroaction qui accélère le déclin de la glace de mer.

Source : Presse scientifique.

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We are at the end of October and two phenomena are worrying scientists in the Arctic.
Due to the high temperatures that prevailed over the Arctic in recent months, the sea ice is registering its smallest surface area for the season since 1978, when satellite monitoring began. According to the National Snow and Ice Data Center (NSIDC), on October 24th, 2020, the sea ice spread over just 5.685 million square kilometres.
The situation, which gets worse every year, does not really come as a surprise to climatologists. The last fourteen years have been, without exception, the worst years on record of the forty-three years of data available to scientists.

More bad news: For the first time since surveys began, the Laptev Sea in Siberia has yet to start freezing in late October. The delay in freezing was caused by an unusually long period of heat in northern Russia and the intrusion of warmer Atlantic waters. Climatologists warn of possible ripple effects in the polar region.
Ocean temperatures in the region recently climbed more than 5 ° C above average, following a record-breaking heat wave and the unusually early decline in sea ice last winter . Global warming is also pushing milder Atlantic currents towards the Arctic and breaking the usual stratification between warm deep water and the cool surface, making it difficult for ice to form. There is currently 4 million square kilometers of sea ice less than expected compared to the 1980s. An area of ​​ice ten times the size of Germany is missing.

This lack of arctic sea ice will inevitably have consequences with the energy balance of the Earth. When the Arctic region is covered in snow, it becomes the brightest natural surface on the planet. By albedo effect, it reflects back to space about 80% of solar radiation. In contrast, the ocean below is the darkest surface on the planet and absorbs 90% of solar radiation. As a result, changes in sea ice cover have a significant impact on the amount of sunlight absorbed by the planet and the rate at which it heats up. Scientists fear that the delay in freezing sea ice amplifies the feedback loop that accelerates the decline of sea ice.
Source: Scientific press.

Océan Arctique et Mer de Laptev (Source : Wikipedia)

Photo : C. Grandpey

5 réflexions au sujet de « Mauvaises nouvelles de l’Arctique // Bad news from the Arctic »

  1. Bonjour,
    Je me questionne : la fonte de la glace en arctique augmente l’absorption du rayonnement solaire par l’océan. Mais à cette période, le soleil est très rasant voir couché. S’il y a un retard à la formation de la glace, est ce que, au contraire, ça ne permet pas à une plus grande quantité d’énergie de s’évacuer vers l’espace, la glace ne jouant plus le rôle de couverture ?
    Autre chose que je ne sais pas , sans doute facile à répondre : est ce qu’un océan sombre rayonne plus d’énergie Vers l’espace qu’un océan glacé ?
    Merci

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    1. Bonjour Guillaume,
      Ce qui fout tout en l’air en ce moment, c’est la température de l’océan suite à la période très chaude qui a prévalu dans l’Arctique ces derniers mois. A cela vient s’ajouter une remontée d’eaux océaniques plus chaudes depuis l’Atlantique. Le tout fait que la glace ne peut pas se former convenablement, même si, comme vous le dites, l’ensoleillement devient très faible dans la région en cette saison.
      S’agissant de l’énergie rayonnée par un océan sombre, je n’ai pas la réponse à votre question. S’agissant de l’océan recouvert ou non de glace, c’est l’albédo qui prévaut et la faculté de la blancheur de la glace à réfléchir la lumière du soleil. Dans le cas contraire, c’est lo’océan qui l’absorbe et qui se réchauffe.
      Très cordialement,
      Claude Grandpey

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  2. Bonjour Claude et Guillaume

    La cause du réchauffement n’est pas autant le soleil que la chaleur (rayonnement infrarouge) qui ne peut pas fuir la Terre à cause des gaz à effet de serre.

    L’été vient de se terminer dans l’hémisphère nord, mais à cause du surplus de GES, l’excès de chaleur demeure.

    Non seulement les pôles se réchauffent ils plus rapidement, comme prévu, mais c’est en Automne que le réchauffement moyen Arctique est le plus marqué. (Si vous comprenez l’Anglais, je vous recommande les vidéos de la Dre. Jennifer Francis, spécialiste de l’Arctique et du courant-Jet.)

    J’ai eu ceci dans ma liste de suivi ce matin, ça concerne l’Arctique et le méthane… https://www.goodplanet.info/2020/10/28/sous-leffet-du-rechauffement-climatique-du-methane-emprisonne-dans-les-glaces-arctiques-libere/

    Amicalement

    Jack -> auteur du Climatoblogue

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    1. Bonjour Jack,
      Merci pour ces précisions. c’est vrai que les GES sont un obstacle à l’élimination de la chaleur, mais le réchauffement des eaux océaniques à cause des courants qui apportent de l’eau plus chaude est en train de devenir un autre problème. On le rencontre également en Antarctique où l’eau plus chaude de l’Océan Austral a creusé une sacrée caverne sous le glacier Thwaites.
      S’agissant du méthane, je connais cet article. J’en ai trouvé un autre où des scientifiques tempèrent l’influence que pourrait jouer le méthane dans le réchauffement de la planète.
      https://us.yahoo.com/news/climate-scientists-throw-cold-water-213900012.html
      Très cordialement,
      Claude Grandpey

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      1. Merci Claude

        Ça inquiète bien des gens le méthane de l’Arctique, et depuis bien longtemps.
        Je me demande si des « think-tank » n’en font pas une campagne de peur. Facile d’être parano dans ce monde 🙂 En tous les cas, ça fait vendre des copies…

        J’ai entendu un climatologue émérite, David Archer, dire que la bombe méthane était semblable a une théorie conspirationniste…

        Il y a bien un truc qui a causé un réchauffement important et abrupte au PETM et plusieurs livres et sites, tel Wikipédia, stipulent encore que c’était du a un important et soudain relâchement de méthane. Ça été la seule explication plausible pendant longtemps.

        Mais nous avons désormais que la disparition d’une partie des stratus pourrait expliquer ce réchauffement abrupte une fois 1200 ppm de CO2 atteint.
        https://phys.org/news/2019-02-high-co2-destabilize-marine-layer.html

        Désolé si je t’ai déjà partagé cet article 🙂

        Jack

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