Les bouches hydrothermales de Basiluzzo (Iles Eoliennes / Sicile) // The hydrothermal vents of Basiluzzo (Aeolian Islands / Sicily)

Panarea est l’une des Iles Eoliennes, au nord de la Sicile. Les navires et aliscaphes y font étape avant d’atteindre Stromboli, la plus septentrionale. A quelques encablures de Panarea, un petit archipel volcanique émerge des flots de la Mer Tyrrhénienne ; c’est Basiluzzo. Il s’étend sur la surface de 300 mètres carrés, ce qui représente la plus grande île inhabitée des Eoliennes. L’origine volcanique du lieu est évidente lorsque l’on observe les stratifications de lave qui atteignent 170 mètres au-dessus du niveau de la mer. L’île est principalement constituée de rhyolite dont la couleur claire contraste avec la couleur noire de l’obsidienne et la couleur blanche de la pierre ponce.

La formation de Basiluzzo remonte à 50 000 ans; elle est donc beaucoup plus récente que Panarea, apparue il y a entre 150 000 et 300 000 ans. La partie réellement émergée de Basiluzzo est le reste d’un neck volcanique. L’île a probablement été fréquentée depuis l’ère néolithique. On y a également trouvé les restes d’un sol en mosaïque d’une villa probablement construite par un propriétaire romain tombé amoureux du lieu. Au cours des derniers siècles, Basiluzzo a connu des activités agricoles et de pâturage. Enfin, en 1991, dans le but de préserver l’écosystème, une réserve naturelle intégrale, comprenant tous les autres îlots, a été établie.

Les scientifiques s’intéressent aux fonds marins entre Panarea et Basiluzzo parce qu’ils sont parsemés de plus de 200 cheminées volcaniques. C’est un véritable site hydrothermal qui a été découvert par une équipe composée, entre autres, de chercheurs du CNR, de l’ISPRA et de l’INGV en collaboration avec la Marine et les universités de Messine et Gênes. L’étude qui a été publiée dans Plos One contient également d’importantes informations sur les caractéristiques minérales, géochimiques et biologiques des systèmes hydrothermaux peu profonds en Méditerranée.
Le site entre Panarea et Basiluzzo, baptisé « Terre Fumante » par les scientifiques, est constitué de dizaines de structures de forme conique, constituées principalement d’oxydes de fer ; elles ont des hauteurs variant de 1 à 4 mètres et une base d’un diamètre moyen d’environ 3,80 mètres. Certaines de ces bouches émettent des fluides acides, riches en gaz, principalement en dioxyde de carbone. Selon les chercheurs, une structure aussi vaste et complexe n’a jamais été observée dans toute la Méditerranée et il n’en existe que quelques exemples dans certaines zones océaniques.
La découverte est la suite d’un travail de recherche de John Borthwick, océanographe à l’Ismar-CNR, récemment décédé, qui avait cherché à comprendre la nature d’une activité spectaculaire qui avait commencé à se manifester parmi les îlots à proximité de Panarea en novembre 2002. Depuis cette époque, de nombreuses campagnes océanographiques ont été menées par les navires Astrea de l’ISPRA et Urania du CNR et de Marine nationale, pour étudier la zone concernée et identifier d’autres zones de dégazage. En 2015, au cours d’une de ces campagnes, un robot télécommandé, équipé d’une caméra vidéo, d’un appareil photo et d’un bras mécanique, a identifié au fond de la mer, au sud de Basiluzzo, plusieurs cheminées fortement colonisées par les algues et les organismes benthiques. Certaines d’entre elles émettaient de toute évidence des fluides hydrothermaux et des bulles de gaz. (voir la vidéo ci-dessous)
Les premières données recueillies ont permis aux chercheurs italiens de supposer que cette zone de cheminées hydrothermales et ses voisines sont dues à une remontée de gaz profonds qui déclenche une circulation d’eau de mer dans le substrat et favorise leur ascension le long de voies préférentielles, en l’occurrence les plans de failles, et leur évacuation par les cheminées volcaniques et les zones adjacentes.

Il est pas exclu que ces zones de fonds marins affectés par une forte activité de dégazage connaissent de nouvelles émissions de gaz ou une situation semblable à celle de 2002, d’où la nécessité de nouvelles études pour comprendre non seulement la genèse du phénomène, mais aussi l’évolution de ces structures sous-marines.

Vous trouverez la vidéo à cette adresse : https://youtu.be/TkMosdEAA8Y

Source : Presse italienne.

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Panarea is one of the Aeolian Islands, north of Sicily. Ships and aliscaphs make a stop there before reaching Stromboli, the northernmost island. A short distance from Panarea, a small volcanic archipelago emerges from the waves of the Tyrrhenian Sea; it’s Basiluzzo. It extends over the area of ​​300 square metres, which is the largest uninhabited island of Aeolian. The volcanic origin of the site is evident when one observes the lava stratifications that reach 170 metres above sea level. The island consists mainly of light-colored rhyolite that contrasts with the black colour of obsidian and the white colour of pumice.
The formation of Basiluzzo goes back 50,000 years ago; thus, it is much more recent than Panarea which appeared between 150,000 and 300,000 years ago. The really emerged part of Basiluzzo is the rest of a volcanic neck. The island has probably been frequented since the Neolithic era. One also found the remains of the mosaic floor of a villa probably built by a Roman owner who fell in love with the place. In recent centuries, Basiluzzo experienced agricultural and pasture activities. Finally, in 1991, in order to preserve the ecosystem, an integral nature reserve, including all the other islets, was established.
Scientists are interested in the seabed between Panarea and Basiluzzo because it is dotted with more than 200 volcanic chimneys. It is a real hydrothermal site that was discovered by a team composed, among others, of researchers from CNR, ISPRA and INGV in collaboration with the Navy and the universities of Messina and Genoa. The study, published in Plos One, also provides important information on the mineral, geochemical and biological characteristics of shallow hydrothermal systems in the Mediterranean.
The site between Panarea and Basiluzzo, called « Smoking Land » by scientists, consists of dozens of structures of conical shape, consisting mainly of iron oxides; they have heights ranging from 1 to 4 metres and a base with an average diameter of about 3.80 metres. Some of these vents emit acidic fluids, rich in gas, mainly carbon dioxide. According to the researchers, such a large and complex structure has never been observed throughout the Mediterranean and there are only a few examples in some ocean areas.
The discovery is the result of research by the late John Borthwick, an oceanographer at ISMAR-CNR, who had sought to understand the nature of a spectacular activity that had been observed among the islets near Panarea in November 2002. Since that time, many oceanographic surveys have been conducted by ISPRA’s Astrea and CNR’s Urania and the Navy, to study the area and identify other degassing zones. In 2015, during one of these campaigns, a remotely controlled robot, equipped with a video camera, a camera and a mechanical arm, identified at the bottom of the sea, south of Basiluzzo, several chimneys heavily colonized by algae and benthic organisms. Some of them were obviously emitting hydrothermal fluids and gas bubbles. (see the video below)
The first data collected allowed Italian researchers to assume that this area of ​​hydrothermal vents and its neighbours were due to the ascent of deep hydrothermal gases that trigger a circulation of seawater in the substrate and promotes their rise along preferential routes and their evacuation through volcanic chimneys and adjacent areas.
It is not excluded that these seabed areas affected by a strong degassing activity might experience new gas emissions or a situation similar to that of 2002, hence the need for further studies to understand not only the genesis of the phenomenon, but also the evolution of these underwater structures.

The video can be found at this address: https://youtu.be/TkMosdEAA8Y

Source: Italian newspapers.

Vue de Basiluzzo depuis Panarea (Photo: C. Grandpey)

Vue d’une cheminée hydrothermale (Image extraite de la vidéo)

Cleveland (Iles Aléoutiennes – Alaska // Aleutian Islands – Alaska)

Comme cela arrive de temps en temps, le Cleveland, volcan des Iles Aléoutiennes, a connu un épisode éruptif mineur dans la matinée du 2 mars 2018, avec un petit nuage de cendres qui est monté jusqu’à environ 5 km dans l’atmosphère.
L’AVO n’a pas diffusé d’alerte pour l’aviation, mais le niveau d’alerte a été relevé de Jaune à Orange.
Les éruptions du Cleveland produisent généralement des nuages de cendre relativement  modestes qui se dissipent en quelques heures. Cependant, des émissions de cendre plus significatives sont également possibles.
La dernière éruption a été observée en décembre 2017.
Source: AVO.
Le Cleveland a été escaladé par Nicolas Hulot en 2003 mais il n’a pas pu atteindre le sommet car le temps commençait à se dégrader. L’émission en question s’intitule « La dernière Frontière – Alaska » et montre de superbes images de l’Etat et des Aléoutiennes. Vous pourrez la regarder aujourd’hui sur la chaîne Ushuaia TV à 13h25 et le 19 mars à 9h20.

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As this happens from time to time, Cleveland Volcano in the Aleutian Islands went through a minor eruption on March 2nd 2018 in the morning and sent a small ash cloud about 5 km into the atmosphere.

There were no aviation warning associated with the eruption, but AVO raised the alert level from Yellow to Orange.

Explosions from Cleveland typically produce relatively small volcanic ash clouds that dissipate within hours. However, bigger ash emissions are possible.

The volcano last erupted in December 2017.

Source: AVO.

Cleveland was climbed by Nicolas Hulot in 2003 but he could not reach the summit because the weather was starting to change. The programme is entitled “La dernière Frontière – Alaska” and shows great images of the State and the Aleutians. You can watch it today on Ushuaia TV at 13:25 and on March 19th at 9:20.

Source: Alaska Volcano Observatory

Antarctique : Les manchots royaux menacés d’extinction // Antarctica : King penguins on the brink of extinction

Selon une nouvelle étude publiée dans la revue Nature Climate Change, le réchauffement de la planète et la surpêche pourraient provoquer en Antarctique la quasi extinction des populations de manchots royaux d’ici la fin du siècle. L’étude a montré qu’avec les transformations de l’environnement induites par le réchauffement de la planète, 70% des manchots royaux – soit 1,1 million de couples – pourraient disparaître ou être contraints de trouver de nouveaux sites de reproduction.
Les résultats de cette étude interviennent alors que le monde scientifique est de plus en plus inquiet sur l’avenir de l’Antarctique. En février, une étude parallèle a révélé que le changement climatique et la pêche industrielle menacent la population de krill dans les eaux antarctiques, avec un impact potentiellement désastreux sur les baleines, les phoques et les manchots. Plus globalement, la dernière étude montre de manière irréfutable l’impact dévastateur du changement climatique et de l’exploitation humaine sur les écosystèmes fragiles de l’Antarctique.
Les manchots royaux ne se reproduisent que sur des îles isolées de l’Océan Austral où il n’y a pas de couverture de glace et où ils disposent d’un accès facile à la mer. Au fur et à mesure que l’océan se réchauffe, la convergence antarctique – zone riche en éléments nutritifs qui abrite une abondante vie marine – est repoussée plus au sud. Cela signifie que les manchots royaux, qui se nourrissent de poisson et de krill dans cette zone, doivent parcourir une plus longue distance pour atteindre leurs aires d’alimentation et ils sont contraints de laisser leurs poussins plus longtemps derrière eux. Comme la distance entre les aires de reproduction et de nourriture s’allonge, les scientifiques redoutent que des colonies entières disparaissent.
Les auteurs de l’étude affirment que la situation du manchot royal devrait servir d’avertissement sur l’avenir de tout l’environnement marin de l’Antarctique. En effet, les manchots, comme les autres oiseaux de mer et les mammifères marins, occupent des niveaux trophiques supérieurs dans les écosystèmes dont ils sont des bio-indicateurs. Les manchots, en tant qu’indicateurs sensibles des changements dans les écosystèmes marins, sont des espèces clés pour comprendre et prévoir les impacts du changement climatique sur le biome marin, mais aussi sur les régions polaires pour les espèces vivant dans les zones subantarctiques et antarctiques.
L’étude a révélé que, bien que certains manchots royaux soient capables de migrer vers de nouveaux sites de reproduction pas trop éloignés de leur source de nourriture, les nouveaux habitats seront rares. En effet, il n’y a qu’une poignée d’îles dans l’Océan Austral et toutes ne sont pas en mesure de servir de sites de reproduction. Il y a bien quelques îles plus au sud où les manchots royaux peuvent se retirer, mais la compétition pour les sites de reproduction et la nourriture sera farouche, en particulier avec d’autres espèces comme le manchot à jugulaire, le manchot papou ou le manchot Adélie.
Les scientifiques et les écologistes militent pour la création d’une grande zone de protection marine en Antarctique. En cas de succès de ce projet, cette zone de 1,8 million de kilomètres carrés où la pêche serait interdite servirait de refuge à des espèces telles que les manchots, les phoques et les baleines. Les biologistes marins affirment que cela contribuerait également à atténuer les effets du changement climatique en absorbant d’énormes quantités de dioxyde de carbone de l’atmosphère et en l’enfermant dans des sédiments en eau profonde.
La proposition, qui est soutenue par un grand nombre de gouvernements et défendue par Greenpeace, sera soumise à la Convention sur la Conservation de la Faune et de la Flore Marines de l’Antarctique (CCAMLR) dans le courant de l’année 2018.
Source: Presse internationale.

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According to a new study published in the journal Nature Climate Change, global warming and overfishing could push the region’s king penguin populations to the brink of extinction by the end of the century. The study found that as global warming transforms the environment in Antarctica, 70% of king penguins – 1.1 million breeding pairs – could either disappear or be forced to find new breeding grounds.

The findings come amid growing concern over the future of the Antarctic. In February, a separate study found that a combination of climate change and industrial fishing is threatening the krill population in Antarctic waters, with a potentially disastrous impact on whales, seals and penguins. The latest study is the starkest warning yet of the potentially devastating impact of climate change and human exploitation on the Antarctic’s delicate eco-systems.

King penguins only breed on specific isolated islands in the Southern Ocean where there is no ice cover and easy access to the sea. As the ocean warms, the Antarctic polar front – an upwelling of nutrient rich sea that supports huge abundance of marine life – is being pushed further south. This means that king penguins, that feed on fish and krill in this body of water, have to travel further to their feeding grounds, leaving their hungry chicks for longer. And as the distance between their breeding grounds and their food grows, scientists predict entire colonies will be wiped out.

The authors of the study say that the plight of the king penguin should serve as a warning about the future of the entire marine environment in the Antarctic. Indeed, penguins, like other seabirds and marine mammals, occupy higher trophic levels in the ecosystems; they are bio-indicators of their ecosystems. Penguins, as sensitive indicators of changes in marine ecosystems, are key species for understanding and predicting impacts of global change on the marine biome, and on polar regions for species living in sub-Antarctic and Antarctic areas.

The study found that, although some king penguins may be able to relocate to new breeding grounds closer to their retreating food source, suitable new habitats would be scarce. Indeed, there are only a handful of islands in the Southern Ocean and not all of them are suitable to sustain large breeding colonies. There are still some islands further south where king penguins may retreat but the competition for breeding sites and food will be harsh, especially with other species like the chinstrap, gentoo or Adélie penguins.

Scientists and environmental campaigners are pushing for the creation of the world’s biggest marine protection area in the Antarctic. If successful, the 1.8million-square- kilometre fishing-free zone would protect species, such as penguins, leopard seals and whales. Experts say it would also help mitigate the effects of climate change, soaking up huge amounts of carbon dioxide from the atmosphere and locking it away in deep-sea sediments.

The proposal, which is backed by a range of governments and being championed by Greenpeace, will go before the Convention for the Conservation of Antarctic Marine Living Resources (CCAMLR) later this year.

Source: International news media.

Cartes montrant l’évolution des zones de reproduction des manchots royaux (Source : Nature Climate Change)

Manchots royaux (Crédit photo: Wikipedia)

Les volcans à Ruelle-sur-Touvre (Charente) le 7 mars !

Je présenterai le mercredi 7 mars 2018 une conférence intitulée « Volcans et risques volcaniques » dans le cadre de l’Université Populaire de Ruelle-sur-Touvre (Charente). Elle aura lieu à 20h30 au Centre Culturel, Place du Champ de Mars.
Le but de cette conférence est de faire le point sur la situation en volcanologie. Les statistiques montrent que les volcans ont souvent été meurtriers dans le passé. Les techniques modernes permettent-elles d’en savoir plus sur les humeurs des monstres de feu ? Sommes-nous capables aujourd’hui d’éviter que les volcans tuent ? Ce sont quelques unes des questions auxquelles j’essaierai de répondre.

Mon exposé se poursuivra avec deux diaporamas (une vingtaine de minutes chacun) en fondu-enchaîné sonorisé destinés à illustrer deux grands types de volcans. « La Java des Volcans » conduira le public auprès des volcans gris d’Indonésie tandis que « Hawaii le Feu de la Terre » fera côtoyer les coulées de lave rouge du Kilauea.

A l’issue de la séance, les spectateurs pourront se procurer les ouvrages Terres de Feu et Mémoires Volcaniques. Pour rappel, Volcanecdotes et Killer Volcanoes sont épuisés.

Séquence éruptive sur le Krakatau (Indonésie) – Photo: C. Grandpey