Ouverture de l’Océan Arctique: La crainte des marées noires // Opening of the Arctic Ocean: The fear of oil spills

Au moment où la fonte de la glace ouvre de nouvelles voies de navigation et de nouveaux gisements dans l’Océan Arctique, on craint que cette nouvelle situation provoque une pollution à grande échelle, notamment par une marée noire ou des fuites de gaz naturel. Des tests sont actuellement en cours pour anticiper une telle situation qui serait sans aucun doute une catastrophe environnementale.

À la fin du mois de juillet, un robot – l’Aqua-Guard Triton RotoX – a été testé dans la Mer de Beaufort au moment de la débâcle. Le but était de voir s’il pourrait nettoyer le pétrole lors d’une marée noire dans l’Arctique. Cet « écumeur de pétrole », commandé à distance depuis le pont d’un brise-glace, est l’une des nombreuses technologies testées dans le cadre d’un programme de recherche et de développement de la Garde côtière des États-Unis. Le RotoX, fabriqué au Canada, a été conçu pour récupérer le pétrole à la surface de l’eau de l’Arctique au moment de la débâcle, c’est à dire au moment où la mer est jonchée de morceaux de glace. Selon les écologistes,  une telle situation est susceptible d’être causée par l’exploitation du pétrole au large des côtes de l’Alaska. Deux scénarios potentiels de marées noires sont envisageables: un événement catastrophique provoqué par un tanker comme l’Exxon Valdez, ou plus probablement, une marée noire provoquée par un petit navire suite à un déversement involontaire ou un accident.

À l’heure actuelle, il existe une technologie qui permet d’éliminer le pétrole dans les eaux libres de glace et sur la banquise. Le problème reste insoluble quand la surface de la mer est recouverte de morceaux de glace. Le RotoX est équipé de multiples «dents» de couleur orange qui dépassent légèrement de l’avant de l’appareil. Après l’avoir dirigé vers des plaques de glace et des nappes de pétrole, il découpe la glace en morceaux plus petits qui peuvent ensuite être récupérés. Le fait qu’il soit télécommandé depuis un navire est un avantage comparé aux récupérateurs de pétrole traditionnellement traînés par de gros navires. Le RotoX est plus maniable et pourrait en théorie se déplacer entre les morceaux de glace pour atteindre les nappes de pétrole. La pratique est toutefois décevante.

Après avoir fait fonctionner « l’écumeur de pétrole » dans un environnement dépourvu de glace, l’équipe scientifique l’a testé dans une eau couverte de plaques de glace d’épaisseur variable. Les résultats n’ont pas été convaincants. Bien que le RotoX ait réussi à se déplacer au sein des plaques de glace, ses dents étaient si puissantes qu’elles sont devenues un handicap pour atteindre les nappes de pétrole.

Pendant que le RotoX était testé dans les eaux de l’Arctique, un responsable de la Garde Côtière a froidement déclaré que les États-Unis n’avaient pas les moyens de nettoyer une marée noire dans l’Arctique. Déjà en 2014, le National Research Council (NRC) avait publié une étude qui mettait en évidence les obstacles naturels que les équipes de nettoyage devraient rencontrer lors d’une marée noire dans l’Arctique et formulait des recommandations pour améliorer la capacité des États-Unis à faire face à un tel événement. Le NRC a également précisé que le personnel, les équipements et les ressources de sécurité capables de répondre à une marée noire de grande ampleur dans l’Arctique n’étaient pas suffisants.

Trois ans plus tard, le président de la commission du NRC qui a rédigé le rapport et un professeur de l’université Le Moyne de Syracuse (Etat de New York), ont déclaré qu’il fallait investir davantage dans les infrastructures et la logistique, mais aussi développer les relations entre les gouvernements fédéral et étatique et les autorités locales. En ce qui concerne la nouvelle technologie, l’intégration de systèmes de capteurs devrait également être améliorée.

En conclusion, on peut dire que le test du nouvel « écumeur de pétrole » est un élément important du puzzle créé par la gestion de l’augmentation du trafic maritime dans les eaux de l’Arctique, mais il y a encore de nombreux problèmes à résoudre pour faire face à une marée noire. De toute évidence, les États-Unis n’ont toujours pas les moyens d’affronter une telle catastrophe environnementale.

Source: Alaska Dispatch News.

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As shipping lanes open with the melting of the ice in Arctic, together with the discovery of new mineral deposits, there are fears that this new situationmay some day cause a large-scale pollution, especially through an oil spill and natural gas leaks. Tests are currently being made to anticipate such a situation which would undoubtedly be an environmental disaster.

In late July, a robot – the Aqua-Guard Triton RotoX – dipped into the icy Beaufort Sea. The goal was to test whether the prototype could clean up an oil spill in the Arctic. The oil skimmer, which was remotely controlled from the deck of an icebreaker, is one of many technologies being examined by the U.S. Coast Guard’s research and development program. The Canadian-designed RotoX was made to skim oil off Arctic water littered by broken sea ice, the very problem that environmental groups say should preclude oil development in offshore Alaska. Two potential oil spill scenarios are said to be a cause for concern: a catastrophic oil spill from a tanker like the Exxon Valdez, or more likely, a spill from a small ship through an unintentional release or accident.

Currently, technology can clean up oil in open water and in pack ice. But water with broken ice still remains a problem. The RotoX is outfitted with multiple orange « teeth » slightly protruding from the front of the device. After maneuvering the oil skimmer to pockets of ice and oil, it chops up the ice into smaller pieces, which could be pumped through the skimmer or slide underneath. Being able to remotely guide the skimmer from a larger ship also gives it an advantage in ice-filled water. Compared to skimmers that are traditionally dragged along by large ships, RotoX is more nimble and could maneuver around the ice to reach oil spots.

After first deploying the skimmer in non-ice-filled water, the team tested it in waters filled with ice of varying thickness. The results were not really successful. Although the RotoX did well propelling itself through ice floes, the teeth were so powerful that they actually became a detriment in reaching potential oil.

While the oil skimmer was tested in Arctic waters, a Coast Guard official said that the United States was not prepared to clean up an oil spill in the Arctic. In 2014, the National Research Council released a study which acknowledged the natural obstacles that response crews might encounter during an Arctic oil spill, and laid out recommendations to improve the U.S. capability to respond to an oil spill. It also said the number of personnel, equipment and safety resources able to respond to a large Arctic oil spill was not adequate.

Three years later, the chairman of the committee that produced the report and a professor at Le Moyne College in Syracuse, New York, said more investment in infrastructure and logistics is needed, as well as more baseline information and relationships between federal, state and local players. Looking at new technology, and how sensor systems can be integrated into the devices, is also an area for improvement.

In conclusion, we can say that the test of the new oil skimmer was an important piece of the puzzle to gear up for more traffic sailing through Arctic waters, but there are still some limitations in preparing for a large oil spill and the U.S. is not ready to cope with such an environmental catastrophe.

Source: Alaska Dispatch News.

Le nettoyage d’une pollution provoquée par une marée noire au moment de la débâcle reste un problème insoluble (Photo: C. Grandpey)

 

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4 réflexions au sujet de « Ouverture de l’Océan Arctique: La crainte des marées noires // Opening of the Arctic Ocean: The fear of oil spills »

  1. Bonjour Claude,

    Et il m’est aussi avis qu’on oublie probablement une conséquence sur cette ouverture et l’augmentation du traffic de ces eaux : la faune marine qui a tendance à remonter en latitude pour chercher un peu plus de fraîcheur va subir en plus une terrible pollution acoustique. Quand on sait qu’il est un facteur de stress et réduit l’espérance de vie chez les humains/citadins, il n’y a pas de raison que les impacts soient différents pour d’autres êtres vivant. Encore une réduction d’un habitat décent pour la vie non-humaine… 😦

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  2. Bonjour Claude,
    « Vent debout » !
    Effectivement, à force de focaliser sur nos émissions de CO2 qui provoquent une augmentation de l’effet de serre et réchauffe l’atmosphère qui réchauffe l’océan et réchauffe le climat puis réchauffe les esprits, phénomène universellement reconnu par, nous dit-on, tout le monde scientifique, nous omettons copieusement une autre universalité qui est la pollution sonore. Il n’y a qu’a faire un petit tour de montgolfière silencieuse pour ce rendre compte de l’effet du bruit intense de tous nos moteurs (thermiques), véhicules, tondeuses à gazon, moulin à café ou ventilateurs, barbecues festifs, et autres tintamarres qui couvrent à souhait le chant de la grive ou la mélodie du vent dans les bouleaux. Sans même évoquer l’horrible hurlement collectif d’une cours d’école à la récrée, on dirait que le bruit est une constante dans les déploiements de l’activité humaine, qui ne semble pas être une gêne aussi importante puisque systématiquement oubliée dans les complaintes modélisées du monde scientifique, ou même du cœur les conversations quotidiennes. On dirait presque que faire du bruit est un plus, une démonstration de puissance et de supériorité, un réel besoin vital dont l’utilisation est normale et même souhaitable. Dans ces conditions il n’y a rien d’étonnant que cette belle condition d’existence pénètre les océans par le biais de nos merveilleux navires tellement sûrs et « propres », histoire d’avertir les poissons que nous sommes bien là et prêt à les bouffer jusqu’au dernier.
    Puisque définitivement il semble que l’humanité est optée pour la fin du monde, il serait préférable comme l’exprime Patrick Viveret dans son livre : « La cause Humaine », que nous en fassions un bon usage, « la seule cause qui vaille, la seule qui ne soit pas destructrice ou justificatrice de crimes, de domination, ou d’exploitation d’autres humains, c’est la cause même de l’humanité ».
    Il est fort regrettable que nos cries l’alertes n’aient très souvent d’autre effet que de faire du bruit, mais il est par ailleurs a remarquer que s’ils n’en faisaient pas c’est du vent qu‘ils produiraient, et ce dernier souffle prendrait alors une allure de soupir. Ne pensez-vous pas ?
    Amitiés
    Pierre Chabat

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    1. Bonjour Pierre,
      Tout à fait d’accord! S’agissant de la pollution sonore de la vie quotidienne, j’habite à la campagne et il y a de plus en plus de gens qui tondent leurs pelouses avec une tondeuse autoportée. J’enrage quand je vois ces gens perchés sur leur engin avec un casque anti-bruit sur les oreilles alors qu’ils font profiter tout le voisinage du vacarme de leur tondeuse. Un de ces jours, il y en a un qui va prendre pour les autres; je vais lui demander quel jour il fournit les mêmes casques au voisinage!
      Bonne soirée.
      Claude Grandpey

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