Prévoir la durée d’une éruption, ça sert à quoi? // What’s the point of predicting the duration of an eruption?

Comme je l’ai écrit précédemment, le volcanologue islandais Haraldur Sigurðsson avait vu juste en prévoyant  la fin de l’éruption dans l’Holuhraun le 4 mars 2015. La lave a cessé de s’écouler le 28 février. La marge d’erreur est donc très faible.

On peut toutefois se poser la question : Prévoir la durée d’une éruption effusive, ça sert à quoi ? A mon avis, à pas grand-chose dans le cas de l’éruption islandaise ! Il n’y avait aucun danger immédiat vu que l’effusion de lave avait lieu en plein désert. Par contre, si le raisonnement de Sigurðsson était valable pour tous les volcans effusifs, on pourrait essayer de prévoir la longueur empruntée par les coulées et voir si la lave menace des zones habitées. Toutefois, une telle prévision exige certaines conditions. Elle suppose de connaître le volume de lave stockée dans le réservoir magmatique ainsi que le débit effusif – en supposant qu’il est constant – comme ce fut le cas avec la source sur le Barðarbunga. Il faudra voir si la prévision de Sigurðsson peut s’appliquer à un autre volcan islandais du même type, le Krafla par exemple.

Si les paramètres ci-dessus avaient été connus lors de l’éruption du Fogo, on aurait pu savoir si d’autres villages étaient sous la menace des coulées. Malheureusement, le Pico do Fogo ne bénéficie pas de la même surveillance que ses homologues islandais.

Je pense que la prévision de Sigurðsson ne peut s’appliquer qu’à des volcans dont la chambre magmatique est de taille modeste. Il n’est pas certain qu’en 1983 les scientifiques américains auraient pu prévoir que l’éruption du Kilauea durerait plus de 30 ans !

La prévision de Sigurðsson peut-elle être tentée sur l’Etna ? A voir ! Dans le cas du volcan sicilien, des villages sont susceptibles d’être menacés par la lave, comme Zafferana Etnea en 1991-1993. Connaître la durée possible de l’éruption pourrait permettre de prendre les mesures nécessaires, mais l’Etna est un volcan assez complexe qui a déjà déjoué à plusieurs reprises les pronostics des scientifiques de l’INGV et d’ailleurs. En plus, sa morphologie n’a rien à voir avec celle des volcans islandais.

Plus que la durée de l’éruption, il serait utile de savoir où, quand et comment elle va débuter, ce que n’ont pas su faire les volcanologues islandais. La sortie de lave dans l’Holuhraun ne faisait pas partie des hypothèses les plus probables à la fin du mois d’août 2014.

Etna-coulee-blog

Pourrait-on prévoir la durée d’une émission de lave sur l’Etna?  (Photo:  C.  Grandpey)

Une réflexion au sujet de « Prévoir la durée d’une éruption, ça sert à quoi? // What’s the point of predicting the duration of an eruption? »

  1. Bonjour,

    A mon sens, la prévision en volcanologie reste un doux rêve. Celle concernant le Bardarbunga par Mr Sigurðsson n’est pas un coup de chance au sens strict car elle découle d’une extrapolation de la vitesse d’affaissement caldérique qui, quand elle devient nulle, veut dire que le piston n’agit plus…l’éruption se termine alors. Il est clair que pour cette éruption, le phénomène de piston (en fin d’éruption) était le seul mécanisme responsable de la poussée magmatique mais par définition, une éruption est rarement monotone car elle dépend de nombreux facteurs. Deux exemples pour appuyer mon argument : l’éruption du Fogo et celle du Kilauea (en cours).
    Fogo : tout au long de l’éruption, le débit n’a cessé de varier, tout comme la quantité de gaz et ces deux facteurs, on ne peut les prévoir. Nous avons bien vu qu’une forte diminution du débit pendant ne serait-ce qu’une journée permet à la lave active de commencer à refroidir et donc de former une masse « inerte ». A la hausse du débit, cette masse ne permet pas une reprise de son avancée.
    Kilauea : le 14 novembre, la « rupture » du tunnel de lave alimentant les fronts actifs à Pahoa a permis à une grande quantité de lave de s’épancher en amont, évitant d’ailleurs la destruction d’une partie du village. On ne peut prévoir ce type d’évènements. De plus, du fait de leur dynamique, il est quasi-impossible de prédire comment avancera une coulée pahoehoe (variation de vitesse, différents fronts actifs…).

    Néanmoins, je pense que l’on progresse au niveau des simulations. Il suffit de voir le simulateur d’éruption à la Cité du Volcan pour comprendre que dans quelques années, ce genre d’outils pourra être très intéressant pour l’évacuation en cas de crise volcanique. De là à avoir un simulateur pour le Fogo, malheureusement…

    Bonne journée,

    Ludovic Leduc

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    1. Bonjour,
      Tout à fait d’accord avec votre commentaire. Comme je le faisais remarquer, la prévision de la durée de l’éruption en Islande a été relativement juste car elle s’appuyait sur l’effet de piston et l’évacuation très régulière de la lave dans le dyke. Ce phénomène est malheureusement rare et il est très difficile de prévoir la durée d’une éruption, comme ce fut la cas au Fogo. De plus, cela suppose que le volcan soit bien équipé en instruments de mesure, ce qui n’est pas le cas partout dans le monde, loin de là. Même sur un volcan comme le Piton de la Fournaise, les scientifiques de l’Observatoire se font parfois piéger et surprendre par le comportement de la bête! Certes, de gros progrès ont été réalisés en volcanologie, mais il nous reste beaucoup à apprendre!

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