Imagination volcanique!

Comme je l’ai indiqué au moment de l’événement, l’Assemblée Générale de L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) se tenait cette année à Mayen, petite ville au cœur de la région volcanique de l’Eifel.

Peu de gens le savent, mais l’Allemagne possède bel et bien son « Auvergne jolie » à l’ouest de la ville de Coblence. Il suffit de regarder les maisons et les escaliers de Mayen ou de Mendig pour se rendre compte que beaucoup d’édifices ont été érigés avec le basalte extrait dans la région. A ce sujet, la visite des carrières souterraines – Lavakeller – de Mendig est fort intéressante.

Fleuron de l’Eifel, le Laacher See est un magnifique maar, cratère plus ou moins circulaire résultat de la rencontre explosive du magma et d’une nappe d’eau souterraine. Il a été formé après l’éruption du volcan Laacher, entre 12 900 et 11 200 ans, donc relativement récemment à l’échelle géologique. On estime que cette éruption a été 250 fois plus importante que l’éruption du Mont St Helens aux Etats-Unis en 1980.

Le Laacher See est toujours considéré comme un volcan actif. On le constate au travers de nombreuses activités sismiques (la dernière en date a eu lieu le 11 avril 2010 avec une secousse de 3,2 sur l’échelle de Richter) et de fortes anomalies thermiques sous le lac. Des bulles de gaz sont encore visibles à la rive sud, et les scientifiques pensent qu’une nouvelle éruption peut survenir à tout moment, ce qui, aujourd’hui, serait une véritable catastrophe  

C’est cette dernière menace qui sert de support à une vidéo que l’on peut voir au Lava-dome, petit musée construit au coeur de la ville de Mendig, par ailleurs célèbre pour sa Vulcan Bier produite par la brasserie locale… Alors qu’à Hawaii ou sur l’Etna on vend aux touristes des cassettes vidéo rappelant les éruptions passées, à Mendig on essaye d’imaginer ce que pourrait être une prochaine colère du Laacher See, tout en sachant qu’il n’est pas du tout  certain qu’un tel événement se produise un jour ! Quand on ne dispose que de volcans éteints ou en sommeil, il faut bien trouver quelque chose qui puisse frapper l’imagination du touriste de passage. Le film-catastrophe ‘à l’américaine’ étant à la mode de nos jours, les Allemands ont sauté sur l’occasion… Les réalisateurs ont tout de même pris la précaution d’écrire à l’issue du générique de fin que les événements présentés étaient fictifs ! Des fois qu’on aurait eu peur ! Un tel rappel a au moins le mérite de faire rire et de détendre l’atmosphère.

Vous l’aurez compris, mon point de vue sur ce genre de pseudo documentaire est assez mitigé. Je n’en vois pas trop l’intérêt, même si les scènes présentées sont assez réalistes. Projeter un film sur une activité éruptive bien réelle du passé, oui ; imaginer ce qui n’est pas du tout certain d’arriver, bof ! Mais ce n’est qu’un point de vue personnel !  J’ai préféré l’animation qui précédait la projection de cette vidéo et qui avait pour but de reconstituer l’éruption du volcan il y a des milliers d’années.

Cela fait pas mal de temps que je n’ai pas visité notre Vulcania national, mais je ne serais pas surpris qu’un tel film y soit projeté un jour ou l’autre. Il y a quelques semaines, deux géologues auvergnats ont essayé de montrer que le Lac Pavin – un maar lui aussi – était entré en éruption plus récemment qu’on le suppose habituellement, mais leur tentative n’a pas rencontré le succès escompté ! On a l’impression que les scientifiques locaux voudraient bien allumer la mèche qui déclencherait une éruption, mais qu’ils ne réussissent pas à trouver la flamme pour allumer ladite mèche !

Il y a quelques années, Haroun Tazieff pensait que si une éruption devait avoir lieu en Auvergne, ce serait probablement dans le secteur où se trouve actuellement Vulcania. C’est peut être par crainte d’une auto-destruction qu’un tel film n’a jamais été projeté au cœur du Parc des Volcans !

Allemagne-5.jpg
Les bulles du Laacher See (Photo: C. Grandpey)

Une réflexion au sujet de « Imagination volcanique! »

  1. Le « faire savoir » est devenu aussi important que le « savoir faire » pour obtenir un financement. Donc avoir une image de « science utile qui peut nous protéger d’une Gross Katastroph » au lieu d’une image de « chercheur qui s’intéresse à des trucs vieux de 12000 ans qui sont devenu de paisibles lac et collines » peut aider pour avoir un budget.

    Après « vendre son âme au diable » pour un volcanologue, c’est pas le plus désagréables :-))) (« l’enfer ça doit être beau comme volcan », disait M. Krafft)

    Les compagnies aériennes pourraient aussi subventionner la volcanologie, ça leur couterait moins cher que de tout laisser au sol (c’est déjà en partie le cas avec la surveillance des panaches).

    En tout cas, je pense que les films catastrophes ont de beaux jours devant eux, vu les restrictions budgétaires…

    J’aime

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.