Merapi (Indonésie)

Suite à l’apaisement du Merapi, les autorités indonésiennes ont décidé le 22 mai de réduire la taille du périmètre de sécurité. Seuls les villages les plus proches du volcan restent évacués. Les habitants des autres villages ont été autorisés à regagner leurs habitations. Il leur est cependant demandé de rester vigilants et d’être prêts à une nouvelle évacuation en cas d’intensification de l’activité.
Le tourisme local – en particulier à Yogjakarta – est victime de la situation. De nombreux touristes volcanophiles (français en particulier) ont décidé de ne pas séjourner dans la ville dans la mesure où l’approche du Merapi est interdite.

Following Mount Merapi’s declining activity, Indonesian officials decided – on May 22nd – to reduce the size of the security zone. The villages lying close to the volcano are now the only ones to be evacuated. The other villagers have been allowed to get back to their homes. However, they are asked to be watchful and ready to evacuate again if the volcano becomes more active.
Local tourism (especially in Yogyakarta) is suffering from the situation. Because the access to the volcano is forbidden, many volcano-loving tourists (above all from France) have decided not to stay in the town.

Merapi (Indonésie)

Le 18 mai, le Merapi semble s’être apaisé car les nuages de cendres sont moins nombreux. Les nuées ardentes sont moins spectaculaires et leur longueur maximale est de 3 km. Suite à cette évolution de la situation, les paysans sont revenus cultiver leurs terres qui sont leur seule source de revenus. A mon avis, ce comportement est risqué. Il ne s’agit probablement que d’une phase de repos provisoire du volcan. La pression qui s’est accumulée sous l’édifice au cours des dernières semaines ne s’est pas évacuée. Les quelques coulées de lave et autres nuées ardentes n’ont pas suffi à libérer l’énorme pression qui a entrainé la très importante extrusion du dôme sommital dont le volume était estimé le 20 mai à 2,4 millions de mètres cubes. Il est fort à parier qu’une nouvelle phase d’activité va se déclencher au cours des prochaines heures ou des prochains jours. Gare aux imprudents qui se trouveront sur le passage des nuées ardentes!…

It looks as if Mount Merapi has calmed down. Ash clouds are less numerous; pyroclastic flows are less dramatic and do not exceed 3 km. Owing to this evolution, villagers have come back to cultivate their lands which are their only sources of money. In my opinion, this behaviour is very risky. Indeed, the volcano is probably just having a rest. The pressure that has accumulared under the mountain has not been evacuated yet. The few lava and pyroclastic flows have not allowed to release the enormous pressure that has caused the extrusion of the dome whose volume was 2.4 million cubic metres on May 20th. The odds are that the volcano will start erupting anew in the next hours or the next days. Being on the path of pyroclastic flows is not recommended!

Ci-dessous le dôme du Merapi tel que je l’ai observé en 1996.

Evacuer ou ne pas évacuer ?

Evacuer ou ne pas évacuer? C’est bien la question essentielle qui se pose tant en Colombie qu’en Indonésie. Ces deux situations montrent les limites actuelles de la volcanologie: NOUS NE SAVONS PAS PREVOIR UNE ERUPTION VOLCANIQUE! S’agissant du Mérapi, la situation est encore plus préoccupante car des milliers de gens vivent à proximité. Certes, on a prévu d’évacuer les populations en cas d’éruption, mais il est fort à craindre que s’il s’agit d’un phénomène majeur avec d’importantes nuées ardentes, on ait tout de même à déplorer un nombre important de victimes. Une fois déclenchées, ces avalanches pyroclastiques avancent à très grande vitesse et parcourent plusieurs kilomètres en quelques minutes! J’ai eu l’occasion d’assister au phénomène lors d’une visite à l’observatoire de Babadan sur les pentes du volcan. On voyait apparaître les nuages de cendres des avalanches quelques secondes après leur apparition sur les sismographes!

To evacuate or not to evacuate? This is an essential question either in Colombia or in Indonesia. These two situations show the current limits of volcanology: WE DO NOT KNOW HOW TO PREDICT AN ERUPTION! As far as mount Merapi is concerned, the situation is all the more worrying as thousands of people are living in the vicinity. It’s true that the evacuation of the population has been planned, but it is likely that a major eruption with dramatic pyroclastic flows will kill many people. Indeed, such flows are moving at very high speeds down the mountain. I had the opportunity to see some of them when I visited the Babadan observatory on Mount Merapi a few years ago. One could observe these ash clouds just a few seconds after the seismometres indicated they had started!
Ci-dessous tracé sismique de nuées ardentes en 1993 (Observatoire de Babadan):

Merapi (Indonésie)

Après avoir laissé échapper une coulée de lave sur son versant ouest, le Merapi a libéré les premières nuées ardentes, autrement dit des avalanches de cendres portées à plusieurs centaines de degrés et qui peuvent dévaler la pente raide du volcan à plusieurs centaines de kilomètres / heure. Dimanche 14 mai, elles s’étiraient sur 2,5 km de longueur et lundi 15 mai sur 4 km. La cendre recouvrait les maisons des villages situés entre 3 et 5 km du cratère.
Au vu de la pression qui s’est accumulée sous le dôme, on peut penser que ce phénomène va s’amplifier dans les prochains jours et l’évacuation me semble pleinement justifiée. On peut raisonnablement penser que ces avalanches de cendres sont accompagnées d’une libération d’énergie par l’évacuation des gaz et qu’une éruption cataclysmale sera ainsi évitée.
Il ne faut cependant pas exclure un effondrement du dôme sommital qui a atteint un volume impressionnant. Un tel effondrement pourrait générer des coulées pyroclastiques susceptibles de détruire toute une région.

After vomiting a lava flow on its eastern slope, Mount Merapi released the first pyroclastic flows, i.e. ash avalanches, several hundred degrees hot, which rush down the slope at several hundred kilometres an hour. On May 14th, they were 2.5 km long and 4 km long on May 15th. Ash was falling on the houses lying up to 5 km from the crater.
Owing to the pressure that has been accumulating under the dome, one may think that this phenomenon will increase in the next days and the evacuation that has just started seems to be fully justified.
One may also think that these pyroclastic flows mean a release of energy and that a major eruption will thus be avoided.
However, the possibility of a collapse of the summit dome has to be taken into account. Should it happen, it would generate dramatic pyroclastic flows that might destroy a whole region.

Merapi (Indonésie)

En Indonésie, le Mérapi se montre de plus en plus menaçant. Depuis le samedi 13 mai, le niveau d’alerte est maximum, ce qui implique une EVACUATION OBLIGATOIRE de la population vivant dans la zone menacée, soit un rayon de 7 km autour du volcan. Quelque 17000 personnes sont concernées, 17000 autres ayant déjà rejoint des centres d’hébergement mis en place dans des zones sures. Beaucoup de villageois avaient jusqu’à présent refusé de quitter leurs terres et leurs animaux qui sont leurs seules richesses et leurs seules sources de revenus. Ils craignaient de ne plus les retrouver à leur retour, comme ce fut le cas en 1994, où des pillards les avaient précédés. Le comportement du volcan au cours des derniers jours les a finalement convaincus de partir.

In Indonesia, Mount Merapi is more and more threatening. The alert level has been set at the maximum since May 13th, which means a COMPULSORY EVACUATION of the population living in a radius of 7 km around the volcano. Some 17,000 people are concerned; 17,000 others are already living in refugee camps that have been set up in a safe zone. Up to now, many villagers had refused to leave their lands and cattle which are their only sources of money. They were afraid of not finding them when coming back home, as this happened in 1994 when pillagers had preceded them. However, the behaviour of the volcano finally incited them to leave.

Le sommet du Merapi en 1996.

Galeras (Colombie)

En Colombie, le Galeras est très actif. Les gaz s’accumulent sous le bouchon de lave qui obstrue le cratère. La sismicité est élevée. Il n’est pas impossible que les villages sur les pentes du volcan soient évacués dans les prochains jours.
Le Galeras peut être très méchant. En 1993, il a connu une violente crise éruptive alors qu’une équipe scientifique se trouvait dans son cratère et sur ses flancs. On dénombra plusieurs morts et blessés. Dans un livre intitulé Les cris du volcan (Ed. Guérin), Stanley Williams et Fen Montaigne font un récit poignant de cet épisode dramatique.

In Colombia, Galeras is very active. Gases have been accumulating under a mass of lava in the crater. Seismicity is high. Villages on the slopes of the volcano may have to be evacuated in the next days.
Galeras can be very dangerous. In 1993, it killed and injured several scientists who were in the crater and on the slopes during an eruptive crisis. In a book entitled « Surviving Galeras », Stanley Williams and Fen Montaigne are describing this terrible experience.

Actualité en France

L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) a tenu son Assemblée Générale les 6, 7 et 8 mai au Mont Dore et a fêté dans le même temps les 20 ans de son existence. Cet événement fut également un hommage à Haroun Tazieff qui a suscité de nombreuses vocations parmi les adhérents. Le film « Les rendez-vous du diable », projeté dimanche après-midi dans un cinéma du Mont Dore, a fait vibrer les spectateurs. Plusieurs scientifiques (F. Le Guern, P. Allard, J.C. Sabroux) sont venus rendre compte de leurs expériences aux côtés du célèbre volcanologue.
J’ai toujours considéré Tazieff comme mon père spirituel en matière de volcanologie. A travers des échanges de courriers réguliers, il m’a toujours encouragé dans mon travail d’observation sur le terrain. Contrairement aux scientifiques actuels qui passent une (trop) grande partie de leur temps en laboratoire à faire de la simulation devant des ordinateurs, « Garouk » allait directement au chevet des volcans. Il est le premier à avoir compris que les gaz constituaient le moteur éruptif et que leur analyse était essentielle. C’est grâce à des hommes de terrain comme Haroun Tazieff et Maurice Krafft que la volcanologie a pu progresser. Aujourd’hui, ils nous manquent terriblement. Personne ne les a vraiment remplacés.

L’Association Volcanologique Européenne (L.A.V.E.) held its General Assembly on May 6,7 and 8th in Le Mont Dore ( France) and also celebrated its 20th anniversary. This event was also a homage to Haroun Tazieff who aroused many vocations among the members of the association. The film « Les rendez-vous du diable » (« Appointments with the devil ») was shown in a cinema of the town and sent a thrill through the audience. Several scientists (among whom P. Allard, J.C. Sabroux and F. Le Guern) explained their field work with the famous volcanologist.
I have always considered Tazieff as my spiritual father in volcanology. Through an exchange of letters, he always encouraged me with my observations on the field. Unlike today’s scientists who spend most of their time making simulations on their computers, « Garouk » went to work directly on the volcanoes. He was the first to understand that gases were the eruptive ‘engine’ and that their analysis was essential. Volcanology made progress thanks to men like Haroun Tazieff and Maurice Krafft. We terribly miss them today. Nobody has ever replaced them.