Islande : Querelles de volcanologues à propos de la situation sur la péninsule de Reykjanes // Iceland : Volcanologists quarrel over the situation on the Reykjanes Peninsula

Le 23 mai 2024, un volcanologue islandais a déclaré dans un article sur le site Iceland Monitor qu’il était « très probable qu’il y ait une éruption volcanique au niveau du cratère Sundhnúkagígar, mais il faudra attendre encore deux semaines avant que quelque chose se produise. » Le scientifique rappelle au public qu’environ 17 millions de mètres cubes de magma supplémentaires sont entrés dans la chambre magmatique depuis le début de la dernière éruption sur la chaîne de cratères de Sundhnúkagígar le 16 mars. Il ajoute : « Il n’y a pas de formation de tunnel ou quelque chose comme ça, mais le magma s’accumule dans ce compartiment de stockage peu profond et provoque des tensions dans le toit du réservoir ; ces tensions semblent se relâcher, comme le montrent les secousses sismiques qui suivent le tunnel de Sundhnúkagígar.  » Le scientifique pense que l’éruption ressemblera à celle qui a débuté le 16 mars et s’est terminée le 9 mai.

Dans une interview publiée sur le site Iceland Review le 25 mai 2024, une approche différente de la situation est suggérée par deux autres scientifiques. Selon eux, la série d’éruptions dans le secteur de Sundhnúksgígar pourrait prendre fin en juillet. Ils rappellent au public que la première éruption de la série a commencé le 18 décembre 2023 après une période d’activité sismique qui a provoqué l’évacuation de Grindavík. Trois autres éruptions ont suivi, la plus récente ayant duré du 16 mars au 9 mai. Le volcanologue et le géophysicien expliquent que « le refroidissement et la coagulation du magma réduisent constamment son passage dans le couloir magmatique, ce qui finira par mettre fin à l’activité de Sundhnúksgígar. » Sur la base des données, ils prévoient que la série d’éruptions cessera début juillet.
Ils sont conscients que la Direction de la Protection Civile n’approuve pas leurs conclusions. « C’est dommage et, en fait, inquiétant, que le Département ait une vision aussi négative de la science.  » Ils ajoutent que ce qui se passera sur la péninsule de Reykjanes après la fin de l’éruption est « bien sûr complètement incertain.  »
Ce n’est pas la première fois que des divergences d’opinion apparaissent parmi les scientifiques islandais sur la possibilité d’une nouvelle éruption qui, selon eux, semblait imminente lorsque la dernière s’est arrêtée le 9 mai. Ces querelles entre scientifiques confirment que nous ne sommes pas capables de prévoir les éruptions.

Dernière minute : Ajoutant à la confusion, le scientifique en charge des mesures de déformation au Met Office islandais affirme aujourd’hui que les autorités islandaises s’attendent toujours à une éruption volcanique à tout moment. « L’inflation continue à la même vitesse, l’activité sismique se poursuit et plus de 17 millions de mètres cubes de magma sont entrés dans la chambre magmatique sous Svartsengi. Quelque chose va forcément se produire. La question est plus de savoir quand cela va se produire que si cela va se produire. »
Lorsqu’on lui a demandé s’il pourrait s’écouler encore quelques semaines avant qu’une éruption volcanique se produise, le scientifique a répondu : « Bien sûr, c’est possible, mais je pense que l’événement est plus susceptible de se produire plus tôt. Vu la façon dont le système se comporte, nous nous attendons à ce que quelque chose se produise bientôt. » À son avis, le préavis sera bref, comme cela a été le cas lors des éruptions précédentes.
Source  : Iceland Monitor.

 

Belle image du cratère après la dernière éruption de Sundhnúkagígar Crédit photo : Hörður Kristleifsson)

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On May 23rd, 2024, an Icelandic volcanologist declared on the website Iceland Monitor that it was « most likely­ that there would be a volcanic eruption at the Sund­hnúkagígar crater row, but it might take two more weeks­ before something happened. » The scientist reminds that public that around 17 million cubic metres of magma have been added to the magma chamber since the last eruption on the Sundhnúkagígar crater row started on March 16th.. He added : « There is no tunnel forming or anything like that, but the magma is accumulating in this shallow storage compartment and it causes tension in the roof on top, which seems to be loosening in these tremors following the Sundhnúkagígar tunnel. » He expected the eruption to be similar to the eruption that began on March 16th and ended on May 9th.

In an interview published on the website Iceland Review on May 25th, 2024, a different approach to the situation is suggested. According to two other scientists, the string of volcanic eruptions in the Sundhnúksgígar area could come to an end in July.

They remind the public that the first eruption in the last series began on December 18th, 2023 after a period of seismic activity which triggered the evacuation of Grindavík. Three more eruptions followed, with the most recent one lasting from March 16th through May 9th. The volcanologist and the geophysicist explain that « the cooling and coagulation of magma in the magma corridor is constantly narrowing the magma’s path and will eventually end the activity under Sundhnúksgígar. » Based on the data, they predict that the series of eruptions will cease at the start of July.

They are conscious that the Department of Civil Protection does not support their findings. « It’s a shame and, in fact, worrisome, that the Department has such a negative view of the science. » They add that what happens in Reykjanes after the end of the eruption is « of course completely uncertain. »

This is not the first time that differences of opinion have appeared among Icelandic scientists about the possibility on another eruption which, they said, looked imminent when the last one stopped on May 9th. These quabbles among scientists confirm that we are not yet able to predict eruptions.

Last minute : Adding to the confusion, the Icelandic Met Office’s deformation measurement director says today that the Icelandic authorities are still expecting a volcanic eruption at any time. “The inflation continues at the same speed, the seismic activity is ongoing, and more than 17 million cubic meters of magma have been collected in the magma chamber under Svartsengi, Something is expected to happen. It is more a question of when it is going to happen than if it will happen. ”

When asked if it could be a few more weeks before a volcanic eruption occurs, he answered : “Of course it is possible, but I think it is more likely to happen sooner. The way the system is behaving we’re expecting something to happen soon.” In his opinion, it is assumed that the notice of an eruption will be short as it has been in previous eruptions.

Source : Iceland monitor.

Compréhension en profondeur des éruptions // Deep understanding of eruptions

Les derniers événements en Islande ont montré que les scientifiques savent qu’une éruption est susceptible de se produire, mais ils ne peuvent pas prédire le moment précis où elle débutera. Lorsqu’ils sont sur le point d’entrer en éruption, les volcans montrent des signes qui sont enregistrés par des instruments tels que des sismomètres, des inclinomètres ou même par les satellite. Ces paramètres concernent les couches les plus superficielles de la croûte terrestre.
De nouvelles recherches, menées par des équipes de l’Imperial College de Londres et de l’Université de Bristol, révèlent que nous devrions observer ce qui se passe plus profondément, jusqu’à 20 km sous terre. Certains indices annonciateurs d’éruptions pourraient nous aider à améliorer nos prévisions.

Les auteurs de l’étude se sont concentrés sur la compréhension des réservoirs magmatiques, là où une chaleur extrême fait fondre les roches solides et les transforme en magma à des profondeurs d’environ 10 à 20 kilomètres.
Après avoir collecté des données sur cette zone, l’équipe scientifique les a intégrées dans des modèles informatiques. Les chercheurs ont découvert que certaines conditions au sein des réservoirs magmatiques profonds pouvaient donner des indications sur la taille, la composition et la fréquence des éruptions volcaniques. En d’autres termes, en étudiant ce qui se passe en bas, nous pouvons mieux prévoir ce qui pourrait se passer en haut.
La flottabilité du magma est peut-être l’un des indicateurs les plus surprenants d’une éruption. Contrairement aux théories émises jusqu’à présent, la nouvelle étude montre que c’est la flottabilité du magma, plus que la proportion de roches solides et fondues, qui déclenche les éruptions. Une fois que la densité du magma lui permet de flotter, donc de s’élever, il crée des fractures dans la roche solide sus-jacente. ; il s’engouffre alors très rapidement dans ces fractures et provoque une éruption.
Un autre facteur est la taille du réservoir magmatique proprement dit. Un réservoir magmatique de grande taille ne signifie pas forcément que l’éruption sera plus importante. En effet, plus le réservoir est grand, plus la chaleur est dispersée, ce qui réduit la vitesse de fusion des roches et leur transformation en magma. De plus, plus le magma reste longtemps sous terre, plus l’éruption sera réduite.
Un auteur de l’étude affirme qu' »en améliorant notre compréhension des processus à l’origine de l’activité volcanique et en fournissant des modèles qui mettent en lumière les facteurs contrôlant les éruptions, la nouvelle étude constitue une étape cruciale vers une meilleure surveillance et prévision de ces puissants événements géologiques ».
Source : Science Advances.

Vous pourrez lire l’étude (en anglais) et découvrir les illustrations en plus grande taille en cliquant sur ce lien :

https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.add1595

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The recent events in Iceland have shown that scientissts know that an eruption is likely to erupt. However, they cannot predict the precise moment an eruption will begin. When tey are bout to erupt,volcanoes often show signs that are recorded by instruments suchas seismometers, tiltmetersor even satellite images. These parameters concern the topmost layers of Earth’s crust.

New research, led by teams from Imperial College London and the University of Bristol, suggests we should look deeper, down to 20 km underground, at different eruption clues that might help us improve our predictions.

The authors of the study focused on understanding magma source reservoirs deep beneath our feet, where extreme heat melts solid rocks into magma at depths of around 10 to 20 kilometers.

After collecting data from this part of the Earth’s crust, the team fed that data into computer models. What they found was that certain conditions within deep magma reservoirs could indicate the size, composition and frequency of volcanic eruptions. In other words, by studying what is going on below, we can better predict what might happen above.

Magma buoyancy is perhaps one of the most surprising indicators of an eruption. Contrary to previous beliefs, the new study suggests that the buoyancy of the magma, rather than the proportion of solid and molten rock, is what drives eruptions, Once the magma becomes buoyant enough to float, it rises and creates fractures in the overlying solid rock ; it then flows through these fractures very rapidly, causing an eruption.

Another factor is the size of the reservoir itself. While it is true that larger reservoirs hold more magma, that doesn’t always mean the eruption will be greater. The larger the reservoir, the more heat is dispersed, reducing the rate of melting rock into magma. Plus, the longer magma sits underground, the smaller the eruption will be.

One author of the study says that « by improving our understanding of the processes behind volcanic activity and providing models that shed light on the factors controlling eruptions, the new research is a crucial step towards better monitoring and forecasting of these powerful geological events. »

Source : Science Advances.

You can read the whole  study and discover the full-scale  illustrations by clicking on this link :

https://www.science.org/doi/10.1126/sciadv.add1595

C’est demain !

Cette année, les Rencontres du Livre sont placées sous le signe des VOLCANS. Je présenterai le dernier ouvrage « Histoires de Volcans – Chroniques d’éruptions ». « Terres de Feu », « Mémoires Volcaniques » et « Dans les Pas de l’Ours » seront également proposés, ainsi que des CD d’images de volcans et de glaciers.

A demain !

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde :

Aucune augmentation significative de l’activité volcanique n’a été observée ces derniers jours. L’événement principal a été l’essaim sismique dans les Champs Phlégréens (Italie). Une note spéciale est dédiée aujourd’hui à cet événement.

Pouzzoles et le temple de Serapis sont au coeur de l’activité bradysismique dans la région (Photo: C. Grandpey)

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Les Islandais pensent toujours qu’une éruption est susceptible de se produire sur la péninsule de Reykjanes. L’accumulation de magma et le soulèvement du sol qui l’accompagne se poursuivent dans le secteur de Svartsengi. Après l’intrusion du 10 novembre 2023, l’accumulation de magma n’avait jamais été supérieure à 13 millions de mètres cubes. Environ 17 millions de mètres cubes de magma sont entrés dans la chambre magmatique depuis le début de la dernière éruption sur la chaîne de cratères de Sundhnúkagígar le 16 mars 2024. Il s’agit de la deuxième plus grande quantité de magma accumulée sous Svartsengi. La quantité la plus importante était de 19 millions de mètres cubes avant l’éruption du 18 décembre 2023.

Il existe une grande incertitude quant au lieu où un tel événement pourrait se produire, même si ce serait probablement dans des zones semblables à celles des éruptions précédentes.
Source : MetOffice.

On attend une éruption dans le secteur de Sundhnukagigar (Source: IMO)

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En raison de la poursuite de l’activité sismique sur l’Asosan (Japon) et des émissions élevées de SO2, le niveau d’alerte a été porté à 2 (sur une échelle de 1 à 5) et le public a été invité à rester au moins à 1 km du cratère.
Source : JMA.

Crédit photo: F. Gueffier

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L’éruption de l’Ibu (Indonésie) se poursuit et s’est intensifiée ces derniers jours. Comme je l’ai écrit dans une note précédente, le 16 mai 2024, le niveau d’alerte a été relevé à 4 (le maximum sur une échelle de quatre niveaux) et il a été demandé au public de rester à 4 km du cratère actif et à 7 km de la bouche active dans la paroi nord du cratère. 263 habitants ont été évacués de trois villages.
Source : PVMBG.

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Toujours en Indonésie, l’activité éruptive se poursuit sur le Marapi (Sumatra) avec des panaches de gaz et de vapeur qui s’élèvent jusqu’à 200 à 300 m au-dessus du sommet. J’ai indiqué dans une note précédente que les lahars du 11 mai ont causé plusieurs morts, des évacuations et des dégâts considérables. Le bilan s’élève à 67 morts, 20 personnes sont toujours portées disparues et 40 à 44 personnes ont été blessées. Au total, 989 familles ont été touchées par les lahars. Le niveau d’alerte reste à 3 (sur une échelle de 1 à 4),
Source : PVMBG.

Les coulées de boue sont des phénomènes récurrents en Indonésie (Crédit photo: Wikipedia)

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L’activité reste globalement stable sur les autres volcans mentionnés dans les bulletins précédents « Volcans du monde ». .
Ces informations ne sont pas exhaustives. Vous pourrez en obtenir d’autres en lisant le rapport hebdomadaire de la Smithsonian Institution :
https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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Here is some news of volcanic activity around the world :

No significant increase in activity has been observed in the past days. The main event was the seismic swarm in the Phlegrean Fieelds (Italy). A special post is dedicated today to this event.

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Icelanders still think an eruption is likely to occur on the Reykjanes Peninsula. Magma accumulation and the accompanying ground uplift continue in the Svartsengi area. After the intrusion on November 10th, 2023, magma accumulation has never been greater than 13 million cubic meters, until now.  Around 17 million cubic metres of magma have been added to the magma chamber since the last eruption on the Sundhnúkagígar crater row started on March 16th, 2024 and this is the second highest amount of magma that has accumulated under Svartsengi. The highest amount was 19 million cubic metres before the eruption on December 18th, 2023.

There is a high uncertainty about the place where the event might occur, although it is expected to occur in similar areas as the previous eruptions.

Source : Met Office.

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Due to continuing seismic unrest at Asosan (Japan) and elevated SO2 emissions, the Alert Level was raised to 2 (on a scale of 1-5) and the public was asked to stay at least 1 km away from the crater.

Source : JMA.

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The eruption at Ibu (Indonesia) continues and intensified in the past days. As I put it in a previous post, on May 16th, 2024, the Alert Level was raised to 4 (the highest level on a four-level scale) and the public was asked to stay 4 km away from the active crater and 7 km away from the vent in the N crater wall. 263 residents evacuated from three villages.

Source : PVMBG.

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Still in Indonesia, eruptive activity continues at Marapi (Sumatra) with gas-and-steam plumes that rise 200-300 m above the summit. I indicated in a previous post that the 11 May lahars caused several fatalities, evacuations, and widespread damage. The death toll reached 67 people, while 20 remain missing and 40-44 were injured. In all, 989 families were impacted by the lahars. The Alert Level remains at 3 (on a scale of 1-4),

Source : PVMBG.

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Activity remains globally stable on other volcanoes mentioned in the previous bulletins « Volcanoes of the world ». .

This information is not exhaustive. You can find more by reading the Smithsonian Institution’s weekly report:

https://volcano.si.edu/reports_weekly.cfm

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