Askja (Islande) : Un glissement de terrain a-t-il causé la mort de deux géologues allemands en 1907 ? //Did a landslide cause the deaths of two German geologists in 1907?

drapeau francaisLe 10 juillet 1907, deux scientifiques allemands ont mystérieusement disparu alors qu’ils étudiaient l’Öskjuvatn, le lac qui occupe la caldeira de l’Askja. Un groupe de trois hommes – un étudiant en géologie, un géologue professionnel et un peintre – se trouvaient dans la région de l’Askja à l’époque. Selon le journal Morgunbladid publié le jour du 100ème anniversaire de la tragédie, l’étudiant en géologie travaillait quelque part sur les montagnes au nord du lac tandis que le géologue et le peintre naviguaient dans une petite embarcation sur l’Öskjuvatn.
Lorsque l’étudiant de géologie revint au camp, ses partenaires d’expédition et leur bateau avaient disparu. On a alors supposé qu’ils s’étaient noyés dans le lac, mais leurs corps n’ont jamais été retrouvés.
D’autres théories ont prétendu que l’étudiant en géologie avait assassiné ses partenaires, ou bien qu’un glissement de terrain ou un tremblement de terre avait causé leur mort. Certains ont raconté les avoir vus en vie deux semaines après leur disparition, tandis que d’autres ont affirmé que leurs fantômes hantaient la région de l’Askja.
Les recherches organisées l’année suivante ont été infructueuses. La seule trace des deux hommes d’aujourd’hui est un monument au nord-ouest du cratère Víti.
La tragédie est évoquée aujourd’hui car elle pourrait bien avoir un lien avec ce qui s’est passé il y a quelques semaines. Comme je l’ai expliqué dans une note précédente, le 21 juillet, un pan de montagne d’environ un kilomètre de large s’est effondré pendant la nuit et a terminé sa course dans l’Öskjuvatn, soulevant plusieurs vagues de 30 mètres de hauteur qui sont venues s’écraser sur les rochers autour du lac, jusque dans le Víti, après avoir franchi la haute crête qui le sépare de Öskjuvatn. Selon les estimations, 50 millions de mètres cubes de terre se sont séparés de la montagne. Le Met Office islandais fait remarquer que c’est le plus grand glissement de terrain de l’histoire de l’Islande.
Des études indiquent que le sol avait commencé à se déstabiliser bien avant le glissement de terrain, mais le temps chaud qui prévalait dans la région dans les jours précédant l’événement a fait fondre rapidement la glace autour du lac et probablement accéléré le processus. Les couches de roches sur les pentes autour de l’Öskjuvatn sont plus jeunes que les autres parties de la caldeira, ce qui les rend moins stables. Il y a des signes de glissements de terrain antérieurs et d’autres éboulements sont susceptibles de se produire dans les prochaines années, les prochaines décennies ou les prochains siècles.
Les restrictions d’accès aux sentiers autour de l’Öskjuvatn ont été levées, mais la fréquentation du bord du lac implique un certain risque et les gens qui s’y trouvent doivent être conscients que, dans le cas d’un glissement de terrain jusque dans le lac, il suffit d’une ou deux minutes à un raz-de-marée pour le traverser, tandis qu’il faut dix secondes au bruit pour effectuer la même distance.
La mystérieuse disparition en 1907 doit être mis en relation avec les événements récents. En effet, un glissement de terrain provoquant un raz de marée dans l’Öskjuvatn aurait pu facilement renverser la petite embarcation dans laquelle se trouvaient les scientifiques allemands, les noyant dans le même temps.
C’est une théorie probable, mais le mystère de leur disparition ne sera probablement jamais résolu.

Source : Iceland Review.

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drapeau anglaisOn July 10th, 1907, two German scientists mysteriously disappeared while studying Öskjuvatn, the lake in Askja caldera. A party of three men including a geology student, a professional geologist and a painter, were in the Askja region at the time. According to the Morgunbladid newspaper issued on the day of the 100th anniversary of the tragedy, the geology student was studying the mountains to the northeast of the lake while the geologist and the painter were sailing in a small boat on Öskjuvatn.

When the geology student returned to the camp, his expedition partners and their boat were gone. It was assumed that they had drowned in the lake but their bodies have never been found.

Further theories suggested that the geology student had murdered his partners, or that a landslide or an earthquake had caused their death. Some reported to have seen them alive two weeks after the disappearance, while others claimed their ghosts have since haunted Askja.

The research that was organised the following year was fruitless. The only trace of the two men today is a memorial which stands just northwest of the crater Víti.

The tragedy is all the more remembered today as it might be connected to what happened a few weeks ago. As I explained it in a previous note, on July 21st this year, a roughly one-kilometre wide piece of land fell into Öskjuvatn during the night, causing several up to 30-metre tidal waves to crash on the rocks around the lake, spilling into Víti, across the high ridge that separates it from Öskjuvatn. According to estimates, up to 50 million cubic metres of land fell down the mountain, which is the largest rockslide in historical times in Iceland, according to the Icelandic Met Office.

Studies indicate that the ground had started to destabilize long before the rockslide occurred but warm weather in the area in the days preceding the event, caused ice around the lake to melt quickly and likely sped up the process.

The layers of rock in the slopes around Öskjuvatn are younger than other parts of the caldera, which makes them less stable. There are signs of previous rockslides and further rockslides are likely to occur in future years, decades or centuries.

The restrictions on walking paths around Öskjuvatn have now been lifted but being down by the lake involves a certain risk and people who go there should be aware that in the case of a rockslide falling into the lake, it only takes a tidal wave one or two minutes to cross it, while the sound of a rockslide takes ten seconds to be carried the same distance.

The mysterious disappearance in 1907 must be put into context with the recent events. Indeed, a landslide causing a tidal wave in Öskjuvatn could easily have toppled the German scientists’ small sailboat, drowning them in the process.

It is a likely theory, although the old mystery will probably never be solved.

Iceland Review.

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(Photo:  C.  Grandpey)

Hawaii: La peur du tsunami // Hawaii: the fear of tsunamis

drapeau francaisMême si les volcans sont très actifs sur la Grande Ile d’Hawaii, ils ne sont pas le principal danger pour l’ensemble de l’archipel qui se trouve aussi sous la menace de tsunamis. Les événements passés ont montré que le risque doit être pris très au sérieux. C’est la raison pour laquelle le Pacific Tsunami Warning Center (PTWC), Centre d’alerte aux tsunamis dans le Pacifique, a été créé en 1949, à la suite du séisme qui a frappé les Iles Aléoutiennes en 1946 et généré un tsunami qui a tué 165 personnes à Hawaï et en Alaska. Aujourd’hui, si nous ne sommes pas en mesure de prévoir les tremblements de terre (pas plus que les éruptions volcaniques), nous sommes capables de suivre la trajectoire des vagues énormes générées par les grands tremblements de terre et d’avertir les populations. Bien sûr, cela dépend de la localisation de l’épicentre du séisme. Si l’événement se produit près de la côte – ce qui est souvent le cas en Amérique du Sud –  il sera très difficile de prendre des mesures et d’empêcher les populations d’être frappées par un tsunami.

Avril 2014 est de nouveau un mois de sensibilisation dans l’État d’Hawaï. Comme les années précédentes, des exercices et autres activités sont menés à travers tout l’Etat afin de sensibiliser et de préparer la population à d’éventuels tsunamis.
Ainsi, le 1er avril, un service a eu lieu au mémorial de Wailoa Park en souvenir des victimes du tsunami de mai 1960. Le 1er avril a également marqué le 68ème anniversaire du tsunami de 1946 qui a frappé Laupahoehoe et coûté la vie à 159 personnes à Hawaii.

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Dégâts causés à Hilo par le tsunami de 1946  (Source:  Pacific Tsunami Museum)

Ce même 1er avril, les sirènes de la Protection Civile ont été activées dans le cadre de leur test mensuel. Deux heures à peine après ce test, une alerte était déclenchée au Pacific Tsunami Warning Center  – « Séisme en Amérique du Sud ! » – venant confirmer l’importance de la campagne de sensibilisation.

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Sirènes sur la côte sud de la Grande Ile  (Photo:  C. Crandpey)

L’alerte au séisme du PTWC a été suivie de la diffusion d’une foule d’e-mails, sms, tweets, et autres pages Web dédiées à ce tremblement de terre de M 8.2 qui a frappé la côte nord du Chili, au large de la ville d’Iquique le 1er avril. Grâce aux données recueillies, le PTWC a pu déterminer la localisation préliminaire et l’ampleur du séisme moins de trois minutes après la secousse initiale.
Du fait de la localisation de l’archipel, la population d’Hawaii a besoin d’être informée sur les séismes susceptibles de déclencher des tsunamis dans l’Océan Pacifique. Les expériences tragiques du passé à Hawaï, les puissants séismes le long des îles Aléoutiennes (où un séisme a provoqué un tsunami en 1946) ou au Chili (où un séisme de magnitude 9,6 a déclenché un tsunami en1960) ont fait naître un sentiment d’inquiétude dans l’archipel hawaiien. Le séisme de 1960 au Chili a développé 30 fois plus d’énergie que celui enregistré le 1er avril de cette année.

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Effets du séisme de 1960 au Chili sur l’ensemble de la zone Pacifique (Source:  USGS)

Moins d’une demi-heure après le séisme du 1er avril de cette année, un tsunami a frappé la ville d’Iquique au Chili, et d’autres régions proches. Pour le PTWC, il fallait savoir rapidement comment les vagues allaient évoluer.

L’analyse des événements historiques offre des indices précieux pour interpréter les observations et les données du moment. Un séisme avait déjà frappé Iquique en 1877 et généré un tsunami qui avait détruit des dizaines de maisons à Hilo, tuant 5 personnes. De l’autre côté du Pacifique, des centaines de personnes avaient été tuées au Japon par ce même tsunami.
Il est difficile de comparer les deux tremblements de terre d’Iquique dans le détail. Le séisme de cette année a eu lieu essentiellement dans la même région qu’en 1877, mais l’événement de 1877 était un peu plus puissant. Le fait que la région de la source du séisme de 2014 avait déjà produit un tsunami dévastateur se devait d’être pris en compte par le PTWC pour formuler les bulletins d’alerte.

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Les séismes les plus puissants en Amérique du sud  (Source:  USGS)

Depuis le tsunami de l’océan Indien en 2004, les progrès des instruments et des moyens d’observation ont permis d’élaborer des modèles plus détaillés permettant de mieux comprendre le comportement des tsunamis. C’est ainsi qu’en contrôlant la trajectoire du tsunami du 1er avril pendant les heures qui ont suivi le séisme, le PTWC a pu établir des modèles informatiques montrant le mode de propagation des vagues à travers l’Océan Pacifique. A l’aide des données fournies par les sondes placées au fond de l’océan et de ses propres modélisations, le PTWC a pu conclure que la probabilité d’un tsunami dévastateur à Hawai’i était faible et qu’un ordre d’évacuation était inutile. Toutefois, dans le même temps, il a été recommandé à la population de ne pas fréquenter les rivages de l’île pendant plusieurs heures après l’arrivée des premières vagues. Les sirènes n’ont pas retenti.

Source : Presse hawaiienne.

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En cas de tsunami, suivez la flèche  (Photo:  C. Grandpey)

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drapeau anglaisEven if volcanoes are quite active on Hawaii Big Island, they are not the main danger to the whole archipelago which is under the threat of tsunamis. Past events have shown that the risk needs to be taken very seriously. This is the reason why a Pacific Tsunami Warning Center (PTWC) was established in 1949, following the 1946 Aleutian Island Earthquake and a tsunami that resulted in 165 casualties in Hawaii and Alaska. Today, if we are not able to predict earthquakes (and volcanic eruptions either) we are able to track the huge waves generated by major earthquakes and warn the populations. Of course, this depends on the location of the earthquake’s epicentre. If the quake occurs close to the coast – which is often the case in South America – it will be very difficult to take measures and prevent the populations from being struck by a tsunami.

April 2014 is again Tsunami Awareness Month in the State of Hawaii. As in previous years, groups across the state are conducting exercises and other activities to increase awareness of, and preparedness for, tsunami hazards.

On April 1st, at the Wailoa Park memorial, a service was held in memory of the May 1960 tsunami casualties. April 1st also marked the 68th anniversary of the 1946 tsunami that struck Laupahoehoe and claimed a total of 159 lives in Hawaii.

On that same day, the Civil Defense warning sirens were sounded as part of their monthly test. Just two hours after the siren test, however, an ominous alert flashed at the Pacific Tsunami Warning Center – “Earthquake: South America” – underscoring the importance of recognition and preparedness efforts.

The earthquake alert at PTWC was followed by the creation and dissemination of a stream of emails, text messages, tweets, and web pages relating to this M 8.2 earthquake that struck the northern coast of Chile, offshore from the city of Iquique, on April 1st. Owing to the availability of data collected in the vicinity of the earthquake, PTWC determined preliminary location and magnitude of the earthquake in less than three minutes following the initial shaking.

In Hawai‘i, people need to be informed about potential tsunami-triggering earthquakes occurring anywhere in the Pacific basin; however, because of past tragic experiences in Hawai‘i, large earthquakes along the Aleutian Islands to the north (where the earthquake occurred and produced the 1946 tsunami) or in Chile (where a magnitude 9.6 earthquake caused the 1960 tsunami) might create a little more anxiety here. The 1960 Chile earthquake released more than 30 times the energy released by this year’s April 1st earthquake.

Within half an hour of this year’s April 1st earthquake, a tsunami wave was reported to have struck Iquique, Chile, and other nearby areas. Concerns quickly shifted to how the tsunami would proceed.

Historical experience offers important clues to go along with modern observations and data. An earthquake struck Iquique in 1877 and sent a tsunami that destroyed dozens of homes in Hilo and killed 5 people. On the other side of the Pacific Ocean, hundreds of people were killed in Japan by this tsunami.

It is difficult to compare the two Iquique earthquakes in detail. This year’s earthquake occurred in essentially the same source region as the 1877 earthquake, but the 1877 earthquake was somewhat stronger. The fact that the source region of the 2014 earthquake had previously produced a devastating tsunami was also of concern to PTWC with regard to their advisories and warnings.

Since the Indian Ocean tsunami disaster in 2004, along with advances in instrumental monitoring and observation, considerable effort has been dedicated to developing more detailed and improved models of tsunami behaviour.

While monitoring the progress of the tsunami through the hours following the earthquake, PTWC also ran computer models of how the tsunami would spread across the ocean. Armed with data from deep-ocean water gauges and their model calculations, PTWC became confident that the likelihood of a devastating tsunami hitting Hawai‘i was low and decided to hold back orders to evacuate. At the same time, because they were still tracking the waves, they stood by their advisory for people to keep out of the ocean for hours after the first tsunami wave arrivals. No sirens were sounded.

Source : Hawaiian press.