Baisse à long terme des émissions des CO2 ? Surement pas ! // Long-term decrease in CO2 emissions ? Surely not!

Il y a quelques semaines, les médias ont annoncé que les émissions de CO2 en Chine avaient diminué de manière significative en raison d’une baisse de l’activité industrielle provoquée par la propagation du coronavirus dans le pays. La consommation de charbon dans les centrales électriques chinoises avait diminué de 36% et l’utilisation du pétrole dans les raffineries de presque autant.
J’ai immédiatement réagi et expliqué que, même si les émissions de CO2 diminuaient en Chine, les concentrations de ce gaz dans l’atmosphère restaient les mêmes et se maintenaient à des niveaux très élevés.
Les économistes confirment mes craintes et affirment que l’espoir de voir le climat bénéficier du ralentissement industriel en Chine et ailleurs dans le monde risque d’être rapidement déçu. Alors que les gouvernements se préparent déjà à sortir de la crise du coronavirus, souvent avec de grands projets d’infrastructures, le réchauffement climatique ne sera qu’une réflexion annexe, éclipsée par la volonté de relancer l’économie mondiale.
Les préparatifs du sommet de Glasgow sur le climat en novembre sont déjà mis de côté. La Grande-Bretagne qui est en charge de l’organisation de cet événement se concentre avant tout sur les modalités du Brexit et la capacité de son système de santé à faire face à l’extension de l’épidémie de coronavirus.
Il ne fait aucun doute que les réductions d’émissions de gaz à effet de serre que nous observons actuellement en raison de l’épidémie sont temporaires. Il y a déjà des signes que Pékin – impatient de redémarrer l’économie chinoise – fera pleuvoir des liquidités sur des projets d’infrastructures où le carbone aura une place prépondérante, comme cela s’est produit après la récession mondiale de 2008, et à nouveau en 2015.
Les retombées du coronavirus montrent à quel point il sera difficile d’atteindre les objectifs de température de l’Accord de Paris qui promettait de limiter le réchauffement climatique à moins de deux degrés Celsius – si possible 1,5°C – par rapport aux niveaux préindustriels. L’ONU a déclaré que les émissions de CO2 devraient baisser de 8% par an au cours de la prochaine décennie pour atteindre l’objectif de 1,5°C de la COP 21, et d’environ 3% par an pour maintenir la ligne à 2°C. Or, la surface de la Terre s’est déjà réchauffée de plus d’un degré.
Les spécialistes estiment que seul un ralentissement de l’économie mondiale ou une véritable volonté de mettre en place au niveau international une économie neutre en carbone pourrait permettre de réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre. Ce sont là des rêves qui ont peu de chance de devenir réalité.

En ce qui concerne le prochain sommet climatique (COP26) de Glasgow, la diplomatie à tout va pratiquée par la France pendant les deux ans qui ont précédé la COP 21 ne porte pas ses fruits. La Chine – le plus grand émetteur de carbone au monde avec 29% des émissions mondiales – aurait, elle aussi, un rôle crucial à jouer, mais risque d’avoir d’autres chats à fouetter. Pour Pékin, le principal objectif risque d’être la résolution de sa crise sanitaire. D’ailleurs, les réunions préliminaires des Nations Unies sur le climat à Bonn et à Kampala ont été annulées ou reportées.
Source: Agence France Presse.

Cette situation à propos des émissions de gaz à effet de serre prend une tournure encore plus inquiétante aujourd’hui car la capacité des forêts tropicales à absorber les gaz à effet de serre est en nette diminution. Actuellement, ces forêts représentent 50% des capacités mondiales de séquestration de carbone, mais elles atteignent rapidement la saturation. Début mars 2020, des chercheurs ont même averti que bientôt (dans 15 ans environ pour la forêt amazonienne), les forêts tropicales produiraient plus de carbone qu’elles n’en captent. Une étude publiée dans la revue Nature, estime que la capacité des forêts africaines à absorber le carbone va décliner de 14% d’ici à 2030, et que celle de l’Amazonie va atteindre zéro avant 2035. Les chercheurs expliquent que cette baisse est en avance de dizaines d’années sur les prédictions les plus pessimistes.

Source : France Info.

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 A few weeks ago, the media announced that CO2 emissions in China were strongly decreasing due to a drop in industrial activity caused by the spreading of the coronavirus in the country. Indeed, coal consumption at power plants in China declined by 36 percent, and the use of oil at refineries by nearly as much.

I immediately reacted and explained that, even though CO2 emissions were declining in China, the concentrations of this gas in the atmosphere remained the same, at very high levels.

Experts confirm my fears and say that hopes for climate benefits from the industrial slowdown in China and elsewhere are likely to be dashed quickly. As governments prepare to spend their way out of the crisis, including with large infrastructure projects, global warming concerns will be little more than an afterthought, dwarfed by a drive to prop up a stuttering world economy.

Preparations for the Glasgow climate summit in November are already off track, with host Britain focused on its Brexit transition, and the challenge to its health system of the gathering epidemic.

There is little doubt that the reduction of greenhouse gas emissions we see now because of the epidemic are temporary. There are already signs that Beijing — impatient to reboot China’s economy — will rain down cash on carbon-intensive infrastructure projects, as happened after the global recession in 2008, and again in 2015.

The coronavirus fallout highlights how hard it will be to reach the Paris Agreement temperature targets of capping global warming at under two degrees Celsius from pre-industrial levels, and 1.5°C if feasible. The UN said that CO2 emissions must drop eight percent annually over the next decade to meet the 1.5°C Paris goal, and by about three percent per year to hold the line at 2°C. The Earth’s surface has already warmed more than one degree.

Experts say only a sustained global economic meltdown, or an internationally coordinated, war-footing transition to a carbon neutral economy, could come close to slashing carbon pollution that quickly. One is as unpalatable as the other is unlikely.

As for the upcoming COP26 climate summit in Glasgow, the kind of non-stop shuttle diplomacy carried out by France for nearly two years ahead of the successful 2015 Paris talks is not happening. China – the world’s largest carbon polluter with 29 percent of global emissions – also has a crucial role to play, but is likely to be distracted. There is a risk that the main objective for Beijing will be the resolution of its health crisis.The preliminary UN climate meetings in Bonn and Kampala were cancelled or postponed.

Source: Agence France Presse.

This situation with regard to greenhouse gas emissions is taking an even more worrying turn today because the capacity of tropical forests to absorb greenhouse gases is considerably reduced. Currently, these forests represent 50% of the world’s carbon sequestration capacities, but they quickly reach saturation. At the beginning of March 2020, researchers even warned that soon (in around 15 years for the Amazon forest), tropical forests will produce more carbon than they capture. A study published in the journal Nature estimates that the capacity of African forests to absorb carbon will decline by 14% by 2030, and that of the Amazon will reach zero before 2035. The researchers explain that this decline is decades ahead of the most pessimistic predictions.
Source: France Info.

Photo: C. Grandpey

La Mer de Glace n’a pas fini de fondre ! // The Mer de Glace will keep on melting!

Les statistiques de température mondiale que vient de publier la NASA sont toujours aussi alarmantes. On savait que l’année 2019 avait été la 2ème année la plus chaude des annales mais 2020 démarre encore plus fort. La température globale en janvier 2020 a atteint son niveau le plus élevé en 141 années d’archives, devançant le précédent maximum observé lors de l’épisode El Niño extrême de 2016.

Avec +1,18°C au-dessus de la moyenne 1951-1980, la température observée en 2020 est la plus élevée pour un mois de janvier depuis le début des mesures de la NASA en 1880. L’anomalie est en hausse par rapport à décembre 2019 (+1,10°C).

D’après la NASA, le record de 2016 a été battu de justesse, mais il ne faudrait pas oublier que début 2016 avait été marqué par un phénomène El Niño exceptionnel, peut-être le plus important jamais observé, avec celui de 1997-1998. En revanche, les conditions sont actuellement neutres dans la Pacifique, ce qui rend le record de janvier 2020 encore plus inquiétant. Le record n’est pas dû non plus à l’activité solaire puisque le cycle est en ce moment à son minimum. J’ai d’ailleurs personnellement annulé un déplacement dans le nord de la Norvège car les aurores boréales sont très rares et de faible intensité en ce moment.

Pour le mois de janvier, sur les 100 dernières années, le rythme du réchauffement est de +0,105°C par décennie. Depuis l’an 2000, on note une accélération à +0,257°C par décennie.

Source : global-climat.

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The global temperature statistics just released by NASA are as alarming as before. We knew that 2019 had been the second hottest year in the archives, but 2020 did even better. Global temperature in January 2020 reached its highest level in 141 archive years, ahead of the previous maximum observed in the 2016 during an extreme El Niño episode.
With + 1.18°C above the 1951-1980 average, the temperature observed in 2020 has been the highest for January since the start of NASA measurements in 1880. The anomaly is up from December 2019 (+ 1.10°C).
According to NASA, the 2016 record was barely broken, but it should not be forgotten that early 2016 had been marked by an exceptional El Niño phenomenon, perhaps the most significant ever, with that of 1997-1998. On the other hand, conditions are currently neutral in the Pacific, which makes the January 2020 record even more worrying. The record was also not due to solar activity since the cycle is currently at its minimum. I personally cancelled a trip to northern Norway because the northern lights are very rare and weak at the moment.
For the month of January, over the last 100 years, the rate of warming is + 0.105°C per decade. Since 2000, there has been an acceleration to + 0.257°C per decade.
Source: global-climat.

Les 10 mois de janvier les plus chauds (Source : NASA / global-climat)

Températures : Ça commence très fort en 2020 ! // A dramatic start in 2020

L’année 2020 commence très fort au niveau des températures ! Avec +0,597°C au-dessus de la moyenne 1981-2010, le mois de janvier 2020 a été le 2ème plus chaud des archives NCEP-NCAR.

Le record de chaleur a été battu dans l’hémisphère sud en janvier 2020 avec une anomalie de +0,377°C, battant les deux précédents pics (favorisés par El Niño) en 1983 et 2016. Pour l’hémisphère nord, l’anomalie en janvier 2020 se situe au 2ème rang avec +0,826°C, derrière le maximum de 2016.

Comme je l’ai indiqué précédemment, on a enregistré des anomalies particulièrement positives en Scandinavie et en Russie. Pour la première fois de l’histoire des relevés, Oslo, Stockholm, Helsinki et Copenhague ont connu des températures au-dessus du point de congélation (0°C) tous les jours du mois de janvier. A Helsinki (Finlande), la température a atteint une moyenne de 3°C, battant le précédent record de 1,6°C. A Moscou (Russie), c’est la première fois en 200 années de mesures que la température moyenne d’un mois de janvier n’est pas négative.

La France n’est pas en reste et connaît un début de mois de février exceptionnellement doux, voire chaud !  On a enregistré 25°C à Saint-Jean-de-Luz le 2 février dans l’après-midi. On a également relevé 24°C à Biarritz. Du jamais vu ! On a aussi battu des records à Agen, à Auch, à Carcassonne, Béziers, Montauban.

Selon Météo France, la douceur va se prolonger au cours du prochain trimestre, même si il peut y avoir quelques périodes temporairement plus fraîches.

Dans le même temps, la Courbe de Keeling, révélatrice des émissions de CO2 dans l’atmosphère, affiche 414 ppm, soit une hausse de 4 ppm par rapport à la même période en 2019. On remarquera que les gouvernements ne s’attardent jamais sur ce parallélisme entre la hausse des températures et les émissions de CO2 d’origine anthropique…

Source : global-climat.

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Temperatures in early 2020 are showing dramatically high values! With +0.597°C above the 1981-2010 average, January 2020 was the 2nd hottest month in the NCEP-NCAR archives.
The heat record was broken in the southern hemisphere in January 2020 with an anomaly of +0.377°C, beating the two previous peaks (favoured by El Niño) in 1983 and 2016. For the northern hemisphere, the anomaly in January 2020 is in 2nd place with +0.826°C, behind the maximum of 2016.
As I mentioned earlier, there have been positive anomalies in Scandinavia and Russia. For the first time in the history of the surveys, Oslo, Stockholm, Helsinki and Copenhagen experienced temperatures above freezing (0°C) every day in January. In Helsinki (Finland), the temperature reached an average of 3°C, breaking the previous record of 1.6°C. In Moscow (Russia), it is the first time in 200 years of measurements that the average temperature in January has not been negative.
France is not to far behind and is experiencing an exceptionally mild, even hot start to February! 25°C were recorded in Saint-Jean-de-Luz on February 2nd in the afternoon.  24°C in Biarritz. Never seen before ! Records were also broken in Agen, Auch, Carcassonne, Béziers, Montauban.
According to Météo France, the mild weather will continue during the next 3 months, although there may be some temporarily cooler periods.
At the same time, the Keeling Curve, revealing CO2 emissions into the atmosphere, shows 414 ppm, an increase of 4 ppm compared to the same period in 2019. It should be noted that governments never dwell on this parallelism between rising temperatures and anthropogenic CO2 emissions …
Source: global-climat.

Source: NOAA

Coup de chaud à Chamonix (Haute Savoie)

Vous avez des doutes sur le réchauffement climatique ? Vous faites partie des climato-sceptiques ? Alors, un conseil : allez à Chamonix, au pied du Mont Blanc, et vos doutes seront levés. La douceur de l’hiver est en train de devenir exceptionnelle et elle commence à inquiéter les scientifiques. Un record a de nouveau été atteint cette année. Un météorologue de Météo France indique qu’au plus froid de l’hiver la température minimale a été de seulement -8.3°C. Sur novembre, décembre, janvier, le mercure n’est jamais descendu sous la barre des -10°C, une situation jamais observée auparavant.

Le graphique publié par Météo France (voir ci-dessous) est très révélateur. Depuis 1944, Météo France mesure le nombre de jours avec des températures inférieures ou égales à -10°C. Pour l’instant, en 2019-2020, il n’y en a aucun. Le précèdent record était détenu par l’hiver 1995-1996 ; entre le 1er octobre et le 31 janvier, les -10°C avaient alors été atteints à quatre reprises.

Par ailleurs, on comptait 42 journées avec des températures inférieures à -10°C entre octobre 1962 et janvier 1963. En moyenne, entre 1981 et 2010, la température chutait sous -10°C 19 jours par an. Depuis 2011, aucun hiver n’a dépassé cette moyenne. La tendance est clairement au réchauffement !

Il ne faudrait pas oublier que Chamonix se trouve à quelques encablures de glaciers comme les Bossons et le Taconnaz. La Mer de Glace n’est pas très loin. Il est facile d’imaginer les effets de ces températures anormales sur les rivières de glace.

Chamonix est aussi le point de départ du téléphérique pour accéder à l’Aiguille du Midi où la fonte du permafrost de roche a récemment fait s’écrouler un pan entier de l’Arête des Cosmiques. 300 à 400 m3 de roches sont partis dans le vide le 22 août 2018. Les assises des pylônes qui supportent les câbles du téléphériques sont contrôlées très régulièrement et tout s’arrêterait à la moindre alerte.

Graphique montrant le nombre de jours où la température a été inférieure ou égale à -10°C entre le 1er octobre et le 31 janvier à Chamonix sur la période 1944-2020 (Source : Météo France)