Les fluctuations de la Courbe de Keeling // The fluctuations of the Keeling Curve

Je fais très souvent référence à la courbe de Keeling pour justifier la hausse des concentrations de CO2 dans l’atmosphère. Ces mesures sont effectuées sur le volcan Mauna Loa qui culmine à 4200 mètres sur la Grande Ile d’Hawaii.

On m’a demandé à plusieurs reprises pourquoi la courbe de Keeling prend des allures de montagnes russes quand on observe son évolution au cours de l’année. L’explication est relativement simple et logique.

Pour comprendre ces variations, il faut commencer au printemps qui représente pour les plantes terrestres la transition entre les branches dénudées de l’hiver et les feuillages abondants de l’été.

Après la chute des feuilles à l’automne, la litière formée par les feuilles et d’autres matières végétales mortes se décompose tout au long de l’hiver sous l’effet des microbes et bactéries. Au cours de cette décomposition, il y a production de CO2 et donc une hausse de ce gaz dans l’atmosphère au cours de l’hiver. Cela se traduit par une hausse de la courbe de Keeking.

Au printemps, les feuilles reviennent sur les arbres et la photosynthèse s’opère, ce qui entraîne une diminution du CO2 dans l’atmosphère et donc une décroissance de la courbe qui se poursuit en été..

Ce décalage entre les mois d’automne et d’hiver d’une part, le printemps et l’été d’autre part, se traduit par le tracé en dents de scie de la courbe de Keeling. Chaque année, il y a une diminution du CO2 pendant les mois de photosynthèse des plantes terrestres et une augmentation du CO2 pendant les mois sans photosynthèse et avec une décomposition importante.

Ma référence à la courbe de Keeling concerne avant tout les très importantes concentrations de CO2 que l’on observe actuellement dans l’atmosphère (environ 415,51 ppm le 26 mars 2020 !) Ce sont bien sûr les activités humaines qui sont responsables de ce niveau très élevé et très inquiétant pour notre planète.

Comme je l’ai fait remarquer précédemment, les concentrations de CO2 enregistrées sur le Mauna Loa n’ont pas varié ces derniers temps, en dépit de la baisse des émissions de gaz polluants par les industries chinoises à cause du coronavirus. Cela confirme bien ce je ne cesse de le répéter : à supposer que nous arrêtions – comme par un coup de baguette magique – nos émissions de gaz à effet de serre, il faudra des décennies avant que l’atmosphère commence à retrouver un semblant d’équilibre.

Source : NOAA.

Avec l’épidémie de coronavirus et les mesures de confinement, les médias ne cessent de nous répéter que la qualité de l’air n’a jamais été aussi bonne, en particulier en Ile-de-France. C’est bien et on ne peut que s’en réjouir. La forte réduction du trafic aérien et routier y est sûrement pour beaucoup.

Il faut toutefois pousser l’observation un peu plus loin. En effet, si les émissions de CO2 (entre autres) sont en baisse, les concentrations de ce gaz dans l’atmosphère restent à un niveau très élevé. Il ne faudrait pas oublier que des usines polluantes continuent à fonctionner dans des pays comme l’Inde, la Chine et les Etats Unis. Les concentrations de CO2 dans l’atmosphère atteignent en ce moment plus de 415 pp, ce qui est considérable et la Courbe de Keeling ne cesse de grimper.

IL faudrait plusieurs épidémies de coronavirus (je ne le souhaite pas, bien sûr !) et de gros efforts des gouvernements à la tête des pays pollueurs pour que les concentrations de CO2 montrent un certain fléchissement. Comme me le faisait remarque Jean-Louis Etienne il y a quelque temps, même si on arrêtait par un coup de baguette magique les émissions de gaz à effet de serre, il y aurait un effet de latence et il faudrait plusieurs décennies avant que l’on observe une amélioration dans l’atmosphère.

——————————————-

 I very often refer to the Keeling Curve to justify the increase in CO2 concentrations in the atmosphere. These measurements are made on the Mauna Loa volcano, which rises 4,200 metres on Hawaii Big Island.
I have been asked several times why the Keeling Curve looks like a roller coaster over the year. The explanation is relatively simple and logical.
To understand these variations, it is necessary to start in spring, which represents for terrestrial plants the transition between the bare branches of winter and the abundant foliage of summer.
After the leaves fall in autumn, the litter formed by the dead leaves and other plant matter breaks down throughout the winter as a result of microbes and bacteria. During this decomposition, there is production of CO2 and therefore an increase of this gas in the atmosphere during the winter. This results in an increase in the Keeking Curve.
In spring, the leaves return to the trees and photosynthesis takes place, which results in a reduction of CO2 in the atmosphere and therefore a drop in the curve that goes on in summer.
This shift between the autumn and winter months on the one hand, and spring and summer on the other, is reflected in the jagged shape of the Keeling curve. Each year, there is a decrease in CO2 during the months of photosynthesis of terrestrial plants and an increase in CO2 during the months without photosynthesis and with significant decomposition.
My reference to the Keeling Curve concerns above all the very large concentrations of CO2 that we currently observe in the atmosphere (around 415,51 ppm at the beginning of March 26th, 2020!) Human activities are responsible for this very high and very worrying level for our planet.
As I pointed out earlier, the CO2 concentrations recorded on Mauna Loa have not changed in recent times, despite the reduction in the emission of polluting gases by Chinese industries due to the coronavirus. This confirms what I keep repeating: assuming that we stop – as if by a magic wand – our greenhouse gas emissions, it will take  the atmosphere decades to begin to regain a semblance of balance.
Source: NOAA.

With the coronavirus epidemic and the curret lockdown, the media keep telling us that air quality has never been so good, especially in Ile-de-France. It’s good and we can only be pleased. The sharp reduction in air and road traffic is surely a big factor.
However, we must take the observation a little further. Indeed, if CO2 emissions (among others) are dropping, the concentrations of this gas in the atmosphere remain at a very high level. It should not be forgotten that polluting factories continue to operate in countries such as India, China and the United States. CO2 concentrations in the atmosphere currently reach more than 415 pp, which is considerable and the Keeling Curve keeps climbing.
It would take several coronavirus epidemics (I do not wish it, of course!) And great efforts of governments at the head of the polluting countries for the CO2 concentrations to show some decline. As Jean-Louis Etienne pointed out to me some time ago, even if we stopped greenhouse gas emissions with a magic wand, there would be a latency effect and it would take several  decades before an improvement in the atmosphere can be observed.

Courbe de Keeling sur un an (Source: Scripps / NOAA)

3 réflexions au sujet de « Les fluctuations de la Courbe de Keeling // The fluctuations of the Keeling Curve »

  1. Bonjour Claude !

    Je saisis l’occasion de la publication de ce post pour vous poser une question à laquelle je ne suis pas sûr d’avoir la bonne réponse : la courbe de Keeling (basée sur les mesures effectuées sur le Mauna Loa, donc dans l’hémisphère nord) reflète-t-elle l’état de l’atmosphère de la planète dans son ensemble (c’est la réponse que je choisis) ou « seulement » dans l’hémisphère boréal ? Les « terres émergées » étant majoritairement situées dans l’hémisphère nord (très largement), il me semble « logique » que les saisons boréales aient effectivement plus d’influence que les saisons australes sur la courbe de Keeling…

    Je souhaitais également formuler quelques remarques :

    La baisse de la pollution atmosphérique dans les zones industrielles et les zones voisines situées « sous le vent » de celles-ci, bien que remarquable, reste négligeable à l’échelle de la planète : c’est un peu ce que l’on observe en voulant réchauffer l’eau de son bain avec une casserole d’eau bouillante: pendant quelques secondes, l’eau est agréablement chaude autour du point de déversement, mais très vite la diffusion rend l’amélioration imperceptible ! Il a en effet « fallu » des décennies pour remplir l’atmosphère-poubelle de polluants ; une diminution partielle et très temporaire de nos émissions polluantes restera donc incapable de faire baisser de façon perceptible les taux de pollution de l’atmosphère dans son ensemble ; comme vous le dites, « il faudra des décennies [d’arrêt des émissions polluantes] avant que l’atmosphère commence à retrouver un semblant d’équilibre ».

    Quand on voit comment l’humanité traite ses déchets solides, liquides et gazeux, on peut en conclure que l’humanité a toujours considéré la planète Terre comme sa poubelle (ses sols et sous-sols, ses cours d’eau, lacs, mers et océans, ainsi que son atmosphère, et même son espace !!)… Si les terriens ont pu croire pendant les dernières décennies que les dimensions de cette poubelle étaient infinies, ils s’aperçoivent maintenant que la poubelle-Terre est pleine ! Tellement pleine que nous nous empoisonnons (ainsi que tous les êtres vivant sur la planète, animaux et végétaux) en absorbant nos propres (!?) déchets, par l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons et la nourriture que nous mangeons ! Tellement pleine que certaines conditions météorologiques sont maintenant considérées comme « responsables » de la pollution atmosphérique, alors qu’elles sont simplement révélatrices d’une pollution permanente imperceptible le reste du temps ! Si l’air est pollué, c’est la faute à l’anticyclone ! Un comble !

    Merci Claude de continuer à nous sensibiliser !
    Bien cordialement,
    Phil.

    J'aime

    1. Bonjour Phil,
      Merci beaucoup pour ces réflexions qui rejoignent les miennes. Je ne suis pas certain que la majorité de la population ait pris conscience de la gravité de la situation. La pandémie de coronavirus fait apparaître un trait détestable du tempérament humain: son égoïsme. On l’a vu avec la ruée vers les grandes surfaces pour se procurer pâtes, riz, farine et…papier toilette! Hier soir, je voyais un reportage de France 3 Nouvelle Aquitaine qui faisait état de l’obstruction des canalisations de tout à l’égout par…les lingettes que les gens ne sont pas fichus de mettre dans une poubelle!!! L’état des plages à l’issue de la saison estivale confirme ces comportements désolants.
      S’agissant de la courbe de Keeling, j’ignore si elle a son équivalent dans l’hémisphère sud. La majorité des terres donc des industries polluantes se trouvent dans l’hémisphère nord mais il ne faudrait pas oublier des pays comme l’Australie, le Brésil ou l’Inde qui s’en donnent à coeur joie en matière de pollution. Tout compte fait, je pense que la courbe de Keeling est un bon révélateur global de l’état de l’atmosphère planétaire. Au train où vont les choses, je pense que vous comme moi, nous ne verrons pas la courbe s’infléchir. J’aurai fait ce que j’ai pu en lançant régulièrement des alertes.
      Très cordialement,
      Claude Grandpey

      J'aime

      1. Hé bien hé bien ? Le site du SCRIPPS ! 🙂
        https://scrippsco2.ucsd.edu/ => https://scrippsco2.ucsd.edu/graphics_gallery/other_stations/global_stations_co2_concentration_trends.html

        Quant aux pollutions, nous en aurons de nouvelles qu’elles soient affublés du sigle ☣ ou pas. Ainsi il en est avec la civilisation industrielle: à tout instant, des problèmes à son échelle avec des solutions produits de manière industrielles, des discours industrieux sur la nécessité de l’urgence et l’industrialisation de la gestion de ses déchets.
        https://reporterre.net/En-2e-ligne-les-forcats-des-dechets-infectieux-sont-submerges

        Les drogués de l’aseptisation que les autorités sont en train de façonner (marché porteur, à coupler avec nos menottes numérique, un cauchemar d’aliénation) laisserons bien pire que quelque seringues sur les plages et du cannabis dans les égouts.

        Bon courage à ceux qui veulent continuer dans cette voie !
        Les autres ne veulent plus compter.

        J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.