Les températures à la surface de la mer en 2016 // Sea surface temperatures in 2016

Au cours des derniers mois, on a beaucoup parlé d’El Niño et de son influence sur le climat de la planète. Une scientifique d’EUMETSAT – organisation européenne pour l’exploitation des satellites météorologiques – décrit à travers une animation les variations de température à la surface de la mer pendant l’année 2016. L’animation combine des données satellitaires fournies par le réseau géostationnaire de satellites et par les satellites en orbite polaire, ce qui couvre l’Europe, l’Amérique et le Japon.
L’animation montre l’évolution au cours de chaque mois de l’année, mettant en évidence des événements météorologiques spécifiques, les courants et les changements de températures dans différentes zones de la Terre, en particulier l’oscillation australe (ENSO) entre El Niño et La Niña.

https://youtu.be/thhFs8WYBrE

Comme je l’ai écrit précédemment, El Niño est un cycle naturel qui affecte les températures, les vents et la couverture nuageuse ​​de l’Océan Pacifique et qui influence le climat de la planète. Il se compose d’une bande d’eau chaude qui s’étend dans le Pacifique équatorial central et oriental. De son côté, La Niña est la phase froide qui fait suite à El Niño et génère des températures plus basses.
L’animation montre les changements de température et la façon dont l’énergie est répartie autour de notre globe, ce qui affecte le climat, les écosystèmes et toute notre vie quotidienne.
Source : EUMETSAT.

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There has been a lot of talk in recent months about El Niño and its influence on the world’s climate. A scientist at EUMETSAT – a European Organisation that processes weather satellite data – describes through an animation a year of sea surface temperature in 2016. The animation combines satellite data from both the geostationary ring of satellites and polar orbiting data including Europe, America, and Japan.

The animation goes through each month of the year, highlighting specific weather events, currents and changes in temperatures in different zones of the Earth focussing especially on El Niño–Southern Oscillation (ENSO) and La Niña.

https://youtu.be/thhFs8WYBrE

As I put it previously, El Niño is a natural cycle in Pacific Ocean temperatures, winds, and cloud that influences climate all around the planet. It consists of a band of warm water developing in the central and east-central equatorial Pacific. On the other hand, La Niña is the cool phase that follows El Niño, bringing colder temperatures.

The animation shows the changes in temperature and how energy is distributed and spreads around our globe, affecting the climate, ecosystem and all our daily lives.

Source : EUMETSAT.

Source: EUMETSAT

Les fureurs de l’Alaska // Alaska’s fury

drapeau-francaisJ’aime l’Alaska, peut-être parce c’est le plus grand État de l’Union. J’adore les immenses espaces, la taïga et la toundra, les montagnes et leurs glaciers, les volcans qui peuvent être destructeurs. J’aime aussi la faune, avec les ours qui chassent le saumon ou les élans que l’on peut rencontrer sur des routes où les voitures se font rares. Je me sens bien quand je randonne au milieu de la Nature de l’Alaska. J’ai l’impression de me ressourcer. Mes pensées sont occupées par les histoires d’aventuriers et de chercheurs d’or que j’aimais lire quand j’étais adolescent. Comme dans tous les pays très étendus, les événements météorologiques prennent parfois des proportions incroyables, au-delà de l’entendement humain. La Nature nous rappelle que nous ne sommes pas grand-chose, de simples êtres vivants qui ont reçu la permission de passer 80 ou 90 ans sur une planète qu’ils sont en train de détruire.
Il y a quelques semaines, l’Alaska Dispatch News, le quotidien local, a fait un inventaire des événements météorologiques les plus impressionnants qui ont frappé l’Alaska au cours des dernières décennies. Voici quelques spécimens:
Il y a les mers monstrueuses. Décembre 2015 a vu l’une des tempêtes les plus effroyables jamais observées dans la mer de Béring, avec des vagues de 12 à 15 mètres de hauteur. L’un des endroits les plus durement touchés fut Adak, dans les Iles Aléoutiennes, qui a connu des vents de 195 km/h pendant toute la soirée du 12 décembre. La pression atmosphérique a chuté à 929,8 millibars au niveau d’une balise entre Adak et Shemya.
La cendre volcanique représente une autre menace. Poussé par le vent, le panache de cendre émis lors d’une éruption du Mont Redoubt a traversé Cook Inlet en décembre 1989, en plein sur la trajectoire du vol 867 de la KLM, un Boeing 747 qui se dirigeait vers l’aéroport d’Anchorage. Les quatre moteurs de l’avion se sont arrêtés et l’avion a fait une chute de plus de 3 km, jusqu’à 3900 mètres d’altitude, avant que les pilotes réussissent à redémarrer les moteurs et atterrir. Le coût des dégâts causés à l’avion s’est élevé à environ 80 millions de dollars.
Les courses de chiens de traîneaux font partie de la culture de l’Alaska et du Canada. Les deux grands événements sont la Yukon Quest et l’Iditarod. Ils vous plongent inévitablement dans l’univers si bien raconté par Jack London. La météo peut influencer les résultats de ces courses. Le classement d’au moins trois éditions de l’Iditarod a été modifié par le vent. En 2014, le leader de l’Iditarod se trouvait à 120 km de l’arrivée de cette course de 1600 km, avec plus d’une heure d’avance sur ses poursuivants. C’est alors qu’il a essuyé une tempête de vent  qui l’a fait sortir de la course. La même tempête a obligé le deuxième de la compétition à chercher un abri, ce qui a permis au troisième concurrent de mettre tout le monde d’accord et de remporter la victoire.
Il existe aussi d’innombrables récits d’alpinistes alaskiens ayant dû affronter des vents violents. L’un des plus mémorables est décrit dans un ouvrage d’Art Davidson « Minus 148 » où l’auteur raconte l’ascension du Denali – autrefois appelé McKinley – au cours de l’hiver 1967. Une violente tempête a bloqué Davidson et deux autres grimpeurs, Dave Johnston et Ray Genet, dans un col à 5.460 mètres d’altitude. Voici un extrait du livre:
…. « Le bruit infernal remplissait nos têtes. Le vent est sans pitié, me suis-je dit. Il est diabolique. Tandis que je le maudissais en silence, il devenait en fait un passe-temps. J’essayais de trouver tous les mots qui pourraient décrire sa mauvaise nature -. abominable, méchant, pervers. Je l’ai qualifié de vampire suçant notre vie jusqu’à la mort… Mais le vent ne m’entendait pas, et je savais que mes paroles ne servaient à rien, de toute façon. Le vent n’était pas malveillant. Il n’avait rien contre nous. Il n’avait pas de mauvaises intentions. C’était juste un morceau de ciel qui se déplaçait, un épisode météorologique, une zone de pression qui pénétrait dans une autre. Pourtant, il était plus satisfaisant, en quelque sorte plus réconfortant, de personnifier le vent, d’en faire quelque chose que je pouvais haïr ou respecter, une chose après laquelle je pouvais crier. J’aurais aimé être un vieux shaman eskimo, capable de voir les diables et les démons dans la tempête et de comprendre les mauvais esprits qui vivaient dans les montagnes. »

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drapeau-anglaisI love Alaska, maybe because it is the biggest state in the Union. I love the immense open spaces, the taiga and the tundra, the mountains and their glaciers, the volcanoes that may be destructive. I also love the fauna, with the bears chasing salmon or the moose you may encounter while driving along the roads where the cars are rare. I do feel well when I am walking amidst the Alaskan nature. My thoughts are then filled with the stories of adventurers and gold diggers I enjoyed reading when I was an adolescent. Besides, as in all the very large countries, the events spurred by the weather are large too, often beyond what we humans can imagine. Nature then proves us we are nothing, just beings that were given the opportunity to be alive 80 or 90 years on a planet they are destroying.

A few weeks ago, the Alaska Dispatch News, the local daily, made a list of the ten most impressive, awe-inspiring, weather events that struck Alaska in the last decades. Here are three of the most dramatic ones:

There are the monster seas. December 2015 saw one of the most intense storms ever recorded in the Bering Sea, creating monster waves of 12 – 15 metres. The hardest places hit were Adak, in the Aleutians, that had several instances of 195 km/h winds throughout the evening of December 12th.  The powerful low reached 929.8 millibars at a buoy between Adak and Shemya.

Then comes volcanic ash. Pushed by wind, the ash plume from a Mount Redoubt eruption moved across Cook Inlet in December 1989, intersecting with the flight path of KLM flight 867, a Boeing 747 headed for Anchorage’s airport. All four of the aircraft’s engines died, and the plane plunged more than 3 km to 3900 metres before pilots were able to restart the engines and land. The cost of damage to the plane was about 80 million dollars.

Sled dog races are part of the culture of Alaska and Canada. The two great events are the Yukon Quest and the Iditarod. They inevitably plunge you in the stories told by Jack London. The weather may influence the results of these races. At least three Iditarod Trail Sled Dog Races were decided by the wind. In 2014, the leader of the Iditarod was 120 km from the finish of the 1,600-kilometre race, more than an hour ahead of the other racers. Before long, he encountered a fierce windstorm that eventually knocked him from the race. The same storm forced the second-place musher to seek cover, allowing the third competitor to come from behind for victory.

There are innumerable accounts of Alaska mountaineers encountering fierce winds. One of the most memorable comes from Art Davidson’s classic book « Minus 148, » an account of the 1967 winter climb up Denali, which was then called Mount McKinley. A severe storm pinned Davidson and fellow climbers Dave Johnston and Ray Genet down in Denali Pass at 5,460 metres a.s.l. Here is an excerpt from the book:

« The infernal noise filled our heads. The wind’s vicious, I told myself. It’s diabolical. Silently cursing it became a pastime. I tried to think of all the words that described its evil nature — fiendish, wicked, malicious. I called it a vampire sucking the life out of us… But the wind didn’t hear me, and I knew my words were irrelevant anyway. The wind wasn’t malevolent; it wasn’t out to get us; it had no evil intentions at all. It was simply a chunk of sky moving about. It was a weather pattern, one pressure area moving into another. Still, it was more satisfying, somehow more comforting, to personify the wind, make it something I could hate or respect, something I could shout at. I wished I were an old Eskimo shaman, seeing devils and demons in the storm and understanding the evil spirits that lived in the mountains. »

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Le Mont Redoubt

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Le Denali

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Les chiens de traîneau

(Photos: C. Grandpey)

La lave dans la mer // Lava in the sea

drapeau-francaisCela fait pas mal de temps que la lave n’est pas entrée dans l’océan à Hawaï. La dernière fois, c’était à l’automne 2013. Toutefois, il est intéressant de savoir comment se comporte la lave une fois qu’elle a pénétré dans la mer. C’est le thème d’un article récent publié par l’Observatoire Volcanologique d’Hawaii, le HVO.
L’auteur de l’article indique que la bathymétrie haute résolution au large des côtes hawaïennes permet d’observer les coulées qui ont continué à progresser sous l’eau.

L’eau peut refroidir la surface d’une coulée de lave de manière plus efficace que l’air, de sorte que les coulées dans l’eau développent une carapace qui se solidifie très rapidement. Cependant, lorsque cette croûte atteint une certaine épaisseur, elle isole l’intérieur de la coulée de lave aussi efficacement que l’air. Cela se solde par un arrêt des coulées qui cessent d’avancer après avoir parcouru de courtes distances en dessous de la zone parcourue par les vagues. Elles sont alors soumises à des pressions qui les font gonfler et avancer encore un peu en formant plusieurs lobes encore actifs.

Sous l’eau, les coulées de lave ont tendance à vouloir flotter. Elles ne le font pourtant pas car leur densité reste supérieure à la densité de l’eau de mer, mais elles coulent plus lentement. C’est parce que les forces de flottabilité qui les tirent vers le haut sont contrebalancées par les forces gravitationnelles qui les attirent vers le bas. La combinaison de la flottabilité et du refroidissement accéléré ralentit l’avancée des coulées de lave sur le plancher océanique, avec une hausse de la pression interne qui provoque leur épaississement.

La bathymétrie haute résolution a permis d’observer des coulées de lave en provenance du Hualailai dans l’océan au nord de Kailua-Kona, sur la côte ouest de Big Island. Malgré le fait que ces coulées présentent des longueurs de plusieurs dizaines de kilomètres de longueur sur terre, leur longueur sous la mer est de moins de 6 km. Tout comme sur terre, la pente du terrain sur lequel se déplace la lave affecte sa vitesse, avec des coulées plus rapides sur des pentes raides.
En 1919 et 1950, les coulées de lave du Mauna Loa au sud de Kona ont dévalé les pentes du volcan sur une vingtaine de kilomètres avant d’atteindre l’océan dans lequel elles ont continué à avancer pendant plusieurs semaines. Alors que les entrées océaniques étaient actives, on a observé la vapeur à la surface de l’océan entre 800 mètres et 5 km du rivage, avec l’apparition de nombreux poissons morts. Les ichtyologistes pensent qu’ils venaient d’un millier de mètres de profondeur, ce qui laisse supposer que la lave a progressé  dans l’océan sur une distance de 2 à 4 km et a atteint une telle profondeur.
Le ralentissement des coulées quand elles entrent dans l’océan peut aider à expliquer certains aspects de la mise en place des deltas de lave et la croissance d’une île volcanique. Lorsque la lave entrera la prochaine fois dans l’océan à Hawaii, le HVO sera peut être en mesure d’utiliser ces informations pour évaluer les dangers que les deltas de lave et les coulées de lave sous-marines peuvent présenter pour les visiteurs et pour les bateaux qui naviguent à proximité de la côte.

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drapeau anglaisLava has not entered the ocean for quite a long time at Hawaii. The last time was in autumn 2013. However, it is interesting to know how lava behaves once it has got into the sea. This was the topic of a recent article released by the Hawaiian Volcano Observatory.

The author of the article indicates that high-resolution bathymetry off the Hawaiian shores allows us to have a look at flows that have continued to advance under water. Water can cool the surface of a lava flow more efficiently than the air, so lava flowing into the water develops a solidified skin very rapidly. However, when the crust reaches moderate thickness, it insulates the lava flow interior just as well as it does in air. This results in flows stalling after advancing short distances below the surf zone, pressurizing and advancing farther through multiple breakouts.

Lava flows also become buoyant underwater. The flows don’t float because their density is still greater than the density of seawater, but they flow more slowly. This is because upward buoyancy forces partly counteract the downslope pull by gravitational forces.

The combination of buoyancy and enhanced cooling slows lava flows moving offshore along the sea bed, thereby causing them to pressurize and thicken.

High-resolution bathymetry allowed to observe lava flows from Hualailai volcano  that entered the ocean north of Kailua-Kona on the west side of Hawai‘i. Despite the fact that these flows are tens of kilometres long on land, their submarine lengths are less than 6 km.

Just like on land, the slope of the ground over which lava moves affects its speed, with lava flowing faster over steeper slopes.

In 1919 and 1950, Mauna Loa lava flows in South Kona rushed downslope about 20 km to the ocean and continued to flow into the ocean for weeks. While the ocean entries were active, steam was observed rising from the ocean surface 0.8 to 5 km offshore, with many fish killed in the vicinity. They were creatures probably coming from depths of about 1,000 metres, suggesting that the flow may have advanced 2–4 km offshore to reach those depths.

The slowing of lava flows as they enter the ocean may help explain some aspects of lava delta development and volcanic island development. When lava next enters the ocean in Hawaii, HVO may be able to use this information to better assess the extent of any hazards the lava delta and underwater lava flow pose to visitors and near-shore boat traffic.

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(Photos:  C.  Grandpey)