Réchauffement climatique : les sclérosponges montrent que l’objectif de + 1,5 °C serait déjà dépassé // Global warming : sclerosponges show that the +1.5°C objective has already been exceeded

Pour reconstruire le climat passé, les scientifiques ont fréquemment recours à des archives naturelles telles que les carottes de glace prélévées sur les glaciers, la banquise ou la calotte glaciaire. En mer, ils analysent les sclérosponges. Au cours de leur longue vie, ces organismes – qui ne vivent que dans les eaux caribéennes et brésiliennes – accumulent du strontium et du calcium dans leur squelette. Le ratio entre ces deux éléments chimiques varie proportionnellement à la température globale moyenne. En conséquence, l’étude de ces organismes permet de capter des variations de température ténues (de l’ordre de 0,1 °C) sur une longue période de temps. Les scientifiques expliquent qu’une éponge de 10 cm de large peut enregistrer 400 ans d’évolution du climat. Les scientifiques ont vérifié la réponse des sclérosponges à des méga éruptions volcaniques tropicales qui ont entraîné un refroidissement temporaire des températures de surface de l’océan. Ainsi, l’éruption du Tambora en Indonésie en 1815 a entraîné « une année sans été »  parfaitement enregistrée par les sclérosponges.

Encore plus intéressant, une nouvelle étude s’appuyant sur le comportement des sclérosponges a révélé que la Terre a commencé à se réchauffer dès 1860. Depuis cette époque, la température globale aurait augmenté de 1,7 °C, et non de 1,2 °C, comme relevé par le GIEC. Rappelons que la COP 21 promettait en décembre 2025 de contenir le réchauffement climatique « nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels », et à « poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C ». Ce dernier objectif serait déjà dépassé, selon les résultats d’une équipe de quatre chercheurs, publiés le 5 février 2024 dans la revue Nature Climate Change.

En étudiant une demi-douzaine de sclérosponges prélevés à Porto Rico, les scientifiques sont parvenus à reconstruire finement l’évolution de la température de l’océan depuis le début des années 1700. L’étude montre que le réchauffement climatique a des racines plus anciennes qu’on le pensait jusque-là. Il a commencé au milieu des années 1860, soit une quarantaine d’années avant les estimations proposées par le GIEC.

Cette différence s’explique par le caractère lacunaire des relevés instrumentaux de la température de l’océan au 19ème siècle. Selon les auteurs de la dernière étude, la « vraie » période préindustrielle est antérieure à celle prise comme référence par le GIEC (1850-1900).

Les chercheurs ont réévalué la température moyenne globale préindustrielle, en combinant leurs données avec des relevés de la température mesurée sur les continents. Au final, depuis les années 1860, le réchauffement global a été supérieur d’un demi-degré aux valeurs estimées par le GIEC. Selon l’étude, en 2020 notre planète était plus chaude d’environ 1,7 °C par rapport à l’époque où nos activités n’avaient pas encore apposé leur empreinte sur le climat. Les 2 °C de réchauffement (par rapport à la même période) devraient être atteints avant 2030.

Très concrètement, si le GIEC adoptait ce nouveau cadre, les conséquences associées dans ses rapports à un réchauffement de 1,5 °C deviendraient associées à un réchauffement de 2 °C. Celles associées à un réchauffement de 2 °C, à 2,5 °C, etc.

Les auteurs de l’étude font remarquer que leurs résultats pourraient donner lieu « à un débat de juristes assez important. » Les seuils de 1,5 et 2 °C de réchauffement évoqués dans l’Accord de Paris ont été fixés en 2015, avant que cette étude ne propose de revisiter notre compréhension de la référence préindustrielle. Si ce nouveau point de départ du réchauffement climatique était adopté, la marge de manœuvre des États signataires pour respecter leurs engagements se trouverait fortement réduite.

Source : Reporterre.

Des chercheurs de l’Université de Porto Rico ont tenté de calculer le réchauffement climatique en étudiant des sclérosponges entre 2007 et 2017. (Crédit photo : Istock/Reinhard Dirscherl)

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To reconstruct the past climate, scientists frequently use natural archives such as ice cores taken from glaciers, sea ice or ice caps. At sea, they analyze sclerosponges. During their long lives, these organisms – which only live in Caribbean and Brazilian waters – accumulate strontium and calcium in their skeleton. The ratio between these two chemical elements varies in proportion to the average global temperature. Consequently, the study of these organisms makes it possible to capture slight temperature variations (of the order of 0.1°C) over a long period of time. Scientists say a 10cm-wide sponge can record 400 years of climate change. Scientists tested the response of sclerosponges to tropical volcanic megaeruptions that led to a temporary cooling of ocean surface temperatures. Thus, the eruption of Tambora in Indonesia in 1815 resulted in “a year without summer”  perfectly recorded by sclerosponges.

Even more interesting, a new study based on the behaviour of sclerosponges has revealed that the Earth began to warm as early as 1860. Since that time, the global temperature probably increased by 1.7°C, not 1.2 °C, as noted by the IPCC. Let us recall that COP 21 promised in December 2025 to contain global warming “well below 2°C compared to pre-industrial levels”, and to “continue the action taken to limit the rise in temperatures to 1.5°C « . This last objective has probably been exceeded, according to the results of a team of four researchers, published on February 5th, 2024 in the journal Nature Climate Change.
By studying half a dozen sclerosponges collected in Puerto Rico, scientists managed to finely reconstruct the evolution of ocean temperature since the early 1700s. The study shows that global warming has older roots that we thought until then. It began in the mid-1860s, about forty years before the estimates proposed by the IPCC.
This difference is explained by the incomplete nature of instrumental records of ocean temperature in the 19th century. According to the authors of the latest study, the “real” pre-industrial period is prior to that taken as a reference by the IPCC (1850-1900).
The researchers reassessed the pre-industrial global average temperature, combining their data with temperature records measured on the continents. In the end, since the 1860s, global warming has been half a degree higher than the values estimated by the IPCC. According to the study, in 2020 our planet was around 1.7°C warmer compared to when our activities had not yet left their mark on the climate. The 2°C of warming (compared to the same period) should be reached before 2030.
Very concretely, if the IPCC adopted this new framework, the consequences associated in its reports with a warming of 1.5°C would become associated with a warming of 2°C. Those associated with warming of 2°C, 2.5°C, etc.
The authors of the study note that their results could give rise to “a fairly significant legal debate. » The thresholds of 1.5 and 2°C of warming mentioned in the Paris Agreement were set in 2015, before this study proposed to revisit our understanding of the pre-industrial reference. If this new starting point for global warming were adopted, the room for maneuver of the signatory States to respect their commitments would be greatly reduced.
Source: Reporterre.

La planète va mal ; il y a de quoi s’inquiéter (2ème partie) // The planet is in bad shape ; there is something to worry about (Part 2)

La situation n’est pas meilleure dans les océans. Chaque jour, au cours des 12 derniers mois, la température à la surface de la mer dans le monde a battu des records. Les océanographes sont de plus en plus inquiets.
La température moyenne à la surface de la mer est aujourd’hui d’environ 0,70 °C plus élevée qu’elle ne l’était entre 1982 et 2011. Il s’agit d’une énorme anomalie qui pourrait avoir des conséquences importantes sur la météo et les écosystèmes.
Le réchauffement climatique d’origine humaine joue probablement un rôle, mais ce n’est certainement pas le seul facteur. Les modèles climatiques prévoient une augmentation constante des températures à la surface de la mer, mais pas aussi rapidement qu’en ce moment, et les températures à la surface des océans peuvent être affectées par la variabilité naturelle du climat, notamment par des phénomènes tels qu’El Niño et La Niña.
Si les températures des océans continuent de battre des records, cela pourrait blanchir les coraux, générer des ouragans plus intenses et à développement plus rapide, faire monter les températures côtières et rendre plus probables les précipitations extrêmes, des événements que les scientifiques ont déjà observés en 2023.
Les températures ont atteint des niveaux record pour la première fois à la mi-mars 2023. La température moyenne de l’air est aujourd’hui d’environ 1,0 °C plus élevée qu’elle ne l’était entre 1979 et 2000, mais l’eau a une plus grande capacité à absorber et à stocker la chaleur ; l’océan a absorbé environ 90 % de la chaleur générée par le réchauffement climatique. On ne s’attendait donc pas à ce que les mers se réchauffent autant.
En 2023, certains scientifiques ont accusé El Niño, qui affecte les eaux chaudes de l’océan Pacifique tropical, de faire augmenter la température moyenne de la surface de la mer. Maintenant qu’El Niño se dissipe, ils pensent que quelque chose d’autre est en jeu. En effet, les températures à la surface de la mer sont très élevées dans des endroits très éloignés de la zone El Niño.
D’autres dynamiques pourraient jouer un petit rôle, notamment l’affaiblissement des alizés dans l’Atlantique Nord, ce qui réduit la quantité de poussière en provenance du Sahara vers l’Amérique du Nord. La poussière absorbe l’énergie du soleil au-dessus de l’océan Atlantique ; il est donc possible qu’une plus grande quantité de rayonnement soit absorbée par l’océan. Certains chercheurs pensent également que les modifications apportées aux réglementations sur le transport maritime pourraient avoir réduit la pollution par le soufre présent dans les gaz d’échappement des navires,. Cela réduirait la couverture nuageuse et permettrait aux océans d’absorber davantage d’énergie. Quelle qu’en soit la raison, la hausse de la température à la surface de la mer peut devenir une grave menace. Une eau plus chaude fournit plus d’énergie aux tempêtes, de sorte que celles qui se forment deviennent souvent plus violentes. Les eaux plus chaudes augmentent également le risque d’intensification rapide des ouragans.
Certaines des plus grandes anomalies thermiques à la surface de la mer se trouvent dans l’Atlantique et au large de la Corne de l’Afrique, là où naissent souvent les ouragans qui secouent la côte Est des États-Unis. De plus, le Centre de prévision climatique du Service météorologique national affirme qu’il y a 62 % de chances qu’un épisode La Niña – associé à des saisons d’ouragans actives et dévastatrices – se développe à la fin du printemps.
Source : NBC Actualités.

Anomalies thermiques à la surface des océans en 2023 (Source: NASA)

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The situation is by no means better on the oceans. 12 months of record ocean heat has scientists puzzled and concerned. Every day for the last 12 months, the world’s sea surface temperatures have broken records. Ocean scientists are growing increasingly concerned. Average sea surface temperatures today are roughly 0.70 degrees Celsius higher than they were from 1982-2011. It’s a huge anomaly that could have significant effects on weather and ecosystems.

Human-caused global warming is likely playing a role, but is probably not the only factor. Climate models predict a steady rise in sea surface temperatures, but not this quickly, and ocean surface temperatures also fluctuate and can be affected by natural climate variability, including patterns such as El Niño and La Niña.

If ocean temperatures continue to break records, that could bleach corals, generate more intense and fast-developing hurricanes, drive coastal temperatures up and make extreme precipitation more likely — events scientists already observed in 2023.

Temperatures first soared to record levels in mid-March 2023. Average air temperatures are roughly 1.0 °C higher today than they were from 1979-2000, but water has a greater capacity to absorb and store heat ; the ocean has absorbed about 90% of the heat created by global warming. So, seas were not expected to warm this much already.

In 2023, some scientists pointed to El Niño which involves warm ocean water in the tropical Pacific Ocean, as a factor driving average sea surface temperatures up. But now El Niño is dissipating, so they suspect something else is at play. Sea surface temperatures are higher elsewhere and very far from El Niño locations.

Other dynamics may play a small role, including the weakening of trade winds in the North Atlantic, which has reduced the amount of dust blowing from Africa’s Sahara Desert toward North America. Dust absorbs the sun’s energy over the Atlantic Ocean, so it’s possible that more radiation is being absorbed into the ocean. Some researchers have also suggested that changes to maritime shipping regulations may have reduced sulfur pollution in ship exhaust, ultimately reducing cloud cover and allowing the oceans to absorb more energy. Whatever the reason, higher sea surface temperatures can pose dire threats. Warmer water provides more energy for storms to feed on, so the ones that form often become stronger,. Warmer waters also increase the risk of rapid intensification of hurricanes.

Some of the largest sea surface temperature anomalies are in the Atlantic and off the Horn of Africa, where the hurricanes that rattle the East Coast of the United States often start. What’s more, the National Weather Service’s Climate Prediction Center says that there is a 62% chance of a La Niña — which is associated with active and damaging hurricane seasons — developing in late spring.

Source : NBC News.

La planète va mal ; il y a de quoi s’inquiéter (1ère partie) // The planet is in bad shape ; there is something to worry about (Part 1)

Notre planète va mal, que ce soit sur terre ou dans les océans. C’est ce que rappellent plusieurs articles parus ces derniers jours dans la presse scientifique.

Sur terre, les températures hivernales, beaucoup trop chaudes, ont battu des records. De fortes pluies ont inondé et déplacé des populations. On a enregistré une faible couverture neigeuse en Amérique du Nord et une faiblesse record de la banquise antarctique. Février 2024 a été le mois de février le plus chaud jamais enregistré sur la planète. C’est aussi le neuvième mois consécutif où un record mensuel a été battu.

Afin d’illustrer cette situation inquiétante, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) a publié une carte qui montre toutes les conséquences de la chaleur extrême dans le monde. La carte ci-dessous montre les « anomalies climatiques » les plus importantes, autrement dit les événements météorologiques anormaux à cette période de l’année.
En Antarctique, l’un des endroits les plus froids de la planète, la surface de la glace de mer a été la deuxième plus basse jamais enregistrée, à égalité avec 2022. Les scientifiques craignent que la crise climatique ait un impact encore plus fort sur cette région isolée du monde.
L’hémisphère Nord a également connu un hiver exceptionnellement chaud. Non seulement la couverture de glace des Grands Lacs a atteint un minimum historique en février (voir ma note du 21 février 2024), mais ce fut également le mois de février le plus chaud jamais enregistré en Amérique du Nord et en Europe, ce qui a perturbé les économies locales qui dépendent des activités hivernales, comme le ski.
Dans le même temps, certaines parties de la planète ont également connu des catastrophes liées à l’eau aux deux extrémités du spectre : sécheresse et humidité. Alors que l’Équateur et Madagascar étaient confrontés à de fortes pluies et à des inondations destructrices, certaines parties de l’Afrique australe ont connu l’un des mois de février les plus secs depuis 40 ans.

Source: NBC Actualités.

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On land : Soaring winter temperatures. Heavy rainfall drenching and displacing communities. Low snow cover in North America and record low levels of Antarctic sea ice. February 2024 was the planet’s hottest February, the ninth month in a row that a monthly record tumbled. In order to illustrate this worrying situation, the National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) has relaeased a map (see above) that shows all the ways the extreme warmth translated to impacts around the world. It shows the world’s most significant “climate anomalies,” or weather events that were unexpected for this time of year.

In Antarctica, one of the coldest places on Earth, sea ice was second-lowest on record, tied for 2022, as scientists worry the climate crisis is having a stronger impact on this isolated region.

The Northern Hemisphere also experienced an unusually warm winter. Not only did Great Lakes ice cover reach historic lows in February, it was also the warmest February on record for North America and Europe, disrupting local economies that rely on winter recreational activities such as skiing.

Meanwhile, parts of the planet also saw water-related disasters on both ends of the spectrum — dry and wet. As Ecuador and Madagascar faced heavy rainfall and destructive flooding, parts of southern Africa saw one of the driest Februarys in 40 years.

Source: NBC News.

2023 a bien été l’année la plus chaude // 2023 was definitely the hottest year

On le savait déjà, mais l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) vient de confirmer que 2023 a officiellement été l’année la plus chaude de tous les temps.
L’OMM utilise six ensembles de données provenant de différents pays pour contrôler les températures sur Terre. Ces données révèlent que la température annuelle moyenne a été supérieure de 1,45°C à l’ère préindustrielle (1850-1900). Chaque mois entre juin et décembre 2023 a établi de nouveaux records. Juillet et août ont été les deux mois les plus chauds jamais enregistrés.
Depuis les années 1980, chaque décennie a été plus chaude que la précédente et les neuf dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées.

Toutes les agences climatiques confirment que 2023 a bien été l’année la plus chaude (Source: OMM)

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We already knew it, but the World Meteorological Organization (WMO) is confirming that 2023 officially smashed the global temperature record.
WMO uses six leading international datasets from across the globe to monitor global temperatures. They reveal a new annual temperature average of 1.45°C set against the pre-industrial era (1850-1900). Every month between June and December 2023 set new records. July and August were the two hottest months ever recorded.

Since the 1980s, each decade has been warmer than the previous one and the past nine years have been the warmest on record.