L’Etna et la faille de Pernicana

Comme je l’ai indiqué précédemment, un séisme de magnitude M 3,9 a secoué la région de Linguaglossa (Sicile) le 15 août 2026 à 12h24, avec l’épicentre à 7 km de la localité et à 2.8 km au nord de Piano Pernicana, et l’hypocentre à une profondeur de 1.2 km ± 0.3 km.

Selon l’INGV, l’événement correspond à une réactivation de la faille de Pernicana qui, on le sait, est l’une des plus actives sur le versant est de l’Etna. L’Institut a ajouté que la faille est « une structure volcano-tectonique qui absorbe les mouvements du flanc nord-est de l’Etna. Elle se réactive souvent lorsque la masse magmatique se retire par les conduits. » Un séisme identique à celui du 15 août s’est produit en 2015, lorsque la Voragine et le Cratère sud-est ont cessé leur activité.

Longue de 18 à 20 kilomètres, la faille de Pernicana constitue la limite structurelle septentrionale du flanc oriental du volcan, qui glisse continuellement vers la mer Ionienne. Elle présente un risque majeur de séismes superficiels fréquents et de déstabilisation du flanc du volcan, menaçant les infrastructures locales et provoquant des déplacements de terrain continus.

Source: INGV

Contrairement aux volcans de la Grande Ile d’Hawaï qui – comme le Mauna Loa – reposent sur une croûte océanique rigide*, l’Etna est construit sur un substratum sédimentaire fragile. Sous le poids colossal de l’édifice (plus de 500 milliards de tonnes de roche), ce substratum argileux se déforme et flue. L’Etna s’étale donc sous son propre poids, mais cet étalement n’est pas symétrique.

À l’ouest et au nord, le volcan vient butter contre les Monti Nebrodi et Peloritani. À l’est, en revanche, il n’y a rien pour le retenir et il bascule librement vers la mer Ionienne, avec un glissement de l’ordre de plusieurs centimètres par an.

Ce glissement est accommodé par deux systèmes de failles majeurs. D’une part, la Faille de Pernicana délimite le flanc nord mobile. C’est une faille très active, siège de séismes fréquents et superficiels, comme le dernier dont l’hypocentre se situait à environ 1,5 km de profondeur seulement.

D’autre part, il y a le Système des Timpe, situé sur le flanc est. Il se compose d’une série de failles en échelons (Timpa di Acireale, Timpa di Moscarello) qui découpe le versant. Ces failles sont les cicatrices de l’extension gravitationnelle et tectonique. Elles facilitent l’intrusion de dykes magmatiques qui, à leur tour, poussent le flanc est vers la mer. Lors d’éruptions comme celles de 2001 et 2002-2003, les dykes ont agi comme des coins mécaniques, écartelant le volcan et déclenchant des glissements sur les failles du flanc est.

L’histoire de la Valle del Bove nous rappelle que ce processus peut aboutir à des catastrophes. La dépression actuelle est le résultat de l’effondrement de flancs entiers de l’ancien volcan Trifoglietto et des premiers stades de l’Ellittico.

Source : Etna 3340.

Bien que le risque d’un effondrement total immédiat soit faible, l’instabilité du flanc reste le principal risque géologique à long terme pour la côte ionienne densément peuplée. En traversant en voiture des localités comme Giarre ou Riposto sur les basses pentes orientales de l’Etna, je me suis souvent dit que je n’y habiterais jamais !

* Aussi rigide qu’elle soit, la croûe océanique à Hawai ‘travaille’ sous le poids du Mauna Loa qui a tendance à la faire basculer vers le sud en générant des séismes, souvent d’une magnitude autour de M 4,0. Plus globalement, le poids considérable des îles volcaniques fait ployer la croûte terrestre.

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S’agissant de l’activité volcanique de l’Etna, le dernier bulletin émis par l’INGV dans la soirée du 16 août 2026 indique que l’activité effusive se poursuit au niveau des bouches éruptives situés à 2 750 m et 1 990 m d’altitude. Le front le plus avancé des coulées de lave se trouve à une altitude de 1 395 m, entre Rocca delle Palombe et Rocca Musarra.
Le cratère Nord-Est a connu une série d’explosions dans la matinée du 16 août, avec un panache de cendres qui s’est dispersé en direction du sud-est. Vers 18 h 20, l’activité strombolienne a repris au niveau de la Voragine. Par la suite, les émissions de cendres se sont intensifiées au niveau du cratère Nord-Est.

D’un point de vue sismique, l’amplitude du trémor éruptif montre des variations, mais une tendance à la hausse. Au cours des dernières heures, elle est passée d’un valeur moyenne à élevée. La source reste localisée dans la même zone, entre 2 800 et 3 000 m d’altitude.

L’activité infrasonore est en hausse elle aussi.

Dans une note précédente, j’invitais à la prudence avant de parler de déclin de l’éruption car des reprises d’activité sont toujours possibles.

Voici une image webcam de l’Etna hier soir, avec une activité soutenue de la Voragine :

Source : INGV.

La réduction de l’activité explosive de la Voragine ces dernières heures a pour conséquence un retour très progressif à la normale à l’aéroport Fontanarossa de Catane. De nombreux vols sont malgré tout encore annulés ou déroutés vers d’autres aéroports siciliens. Il faut espérer que la nouvelle hausse de l’activité sommitale ne viendra pas tout gâcher.

Comme je l’ai indiqué dans ma note du 15 août, le séisme a provoqué des fissures sur la route de Mareneve, reliant Linguaglossa à Piano Provenzana.

Crédit photo: presse régionale

Ces derniers jours, des arrêtés municipaux de Milo et Sant’Alfio avaient bloqué la circulation sur la Mareneve, côté Fornazzo, ainsi qu’aux abords de la petite église de Magazzeni. Ces restrictions étaient dues à l’afflux massif de véhicules. Leurs passagers se rendaient svoulaient observer les coulées de lave dans la Valle del Bove.

Suite à la fermeture côté Linguaglossa, toutes les routes d’accès à l’Etna Nord ont été fermées à la circulation automobile. Seuls les véhicules autorisés peuvent y circuler.

Éruption de l’Etna : nouvelles restrictions d’accès !

Le maire de Milo, par l’arrêté n° 41 du 13 août 2026, a ordonné la fermeture immédiate de la Via Mareneve, route départementale reliant Fornazzo au refuge Citelli. Cette mesure, valable jusqu’à nouvel ordre, a été prise afin de limiter l’accès aux zones affectées par l’activité éruptive de l’Etna. L’arrêté fait suite à l’ouverture, survenue le 8 août à 11h30, d’une nouvelle fissure éruptive dans la zone située entre le Monte Rittmann et le Monte Simone.
Une interdiction formelle de s’approcher de la coulée de lave à moins de 200 mètres a également été instaurée.
Cette décision a été rendue nécessaire par l’afflux de nombreux curieux et visiteurs, souvent sans préparation ni équipement adéquats. Cette situation pourrait mettre en danger la sécurité des personnes et des secouristes, et entraver le passage des véhicules d’urgence.

L’une des coulées vue par un drone

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Dernière minute : Des changements dans les restrictions mais toujours la pagaille !

Hier, deux nouvelles mesures ont été mises en place en relation avec l’éruption : l’interdiction de s’approcher à moins de 200 mètres de la coulée de lave et la fermeture de la route de Mareneve, qui mène au refuge Citelli et au sentier de Serracozzo, près du village de Fornazzo, 14 kilomètres en contrebas. Cette fermeture, intervenue du jour au lendemain, a perturbé la tranquillité habituelle du petit hameau de Milo, envahi par les voitures.

En fin de matinée, une réunion technique s’est tenue à la préfecture de Catane afin d’aborder la question de la sécurité sur le volcan. Il en a résulté un assouplissement de l’interdiction d’approcher les coulées de lave et un renforcement des fermetures de routes, notamment celles des versants de Linguaglossa et de Piano Provenzana, qui étaient restées ouvertes jusqu’à présent. Les véhicules seront arrêtés bien avant la bifurcation pour le refuge Citelli. Les barrières des deux côtés seront gardées 24h/24 et 7j/7.
Les nouvelles mesures ne semblent guère concluantes. Hier soir, premier soir d’application des nouvelles règles, le hameau de Fornazzo était saturé de voitures. Le barrage routier au début de la Mareneve a contraint de nombreux automobilistes à se garer sur le bas-côté de la route départementale Milo-Linguaglossa qui traverse le village. Au final, la Sicile sera toujours la Sicile !

La situation concernant l’interdiction d’approcher la coulée de lave a été modifiée elle aussi. La distance de 200 mètres mentionnée dans l’arrêté municipal de Milo semble être une erreur, héritée d’arrêtés antérieurs datant de janvier et non validée par des organismes scientifiques tels que l’INGV. Elle sera supprimée ou, plus probablement, revue à la baisse (on parle de 50 mètres) dans les prochaines heures.

Source : presse régionale.