Nyiragongo ( République Démocratique du Congo) [suite / continued]

drapeau francaisVoici quelques détails supplémentaires sur la nouvelle situation au Nyiragongo. J’ai écrit le dernier message rapidement hier soir avant d’aller au lit. La nouvelle bouche éruptive s’est ouverte dans la partie nord-est de la première terrasse au-dessus du lac de lave, juste en dessous de la paroi du cratère. A en juger d’après les photos publiées par l’Observatoire Volcanologique de Goma, il y a un petit lac de lave dans cette nouvelle bouche, avec un spatter cone qui émet (ou a émis) des coulées de lave qui se sont étalées sur le fond du cratère.
La situation doit être contrôlée attentivement car la nouvelle activité se trouve sur la fracture orientée vers l’est qui relie le cratère du Nyiragongo au cône Baruta sur le flanc nord-est de l’édifice principal, près du village de Kibumba. Cette zone de rift (comme la zone rift sud qui se prolonge vers Goma) a déjà été le siège d’éruptions latérales catastrophiques, comme en 1977 et 2002. Elles ont tué plus de 1000 personnes, détruit des villages, ainsi qu’une grande partie de la ville de Goma en 2002.
Comme je l’ai écrit auparavant, on devrait accorder une plus grande attention aux fractures qui tranchent les flancs du Nyiragongo. Certes, elles sont beaucoup moins spectaculaires et photogéniques que le lac de lave dans le cratère et les images sont moins susceptibles d’être achetées par les chaînes de télévision. Il ne faudrait pas oublier que le but de la volcanologie est avant tout d’observer et d’étudier les volcans afin de protéger les populations qui vivent à proximité.

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drapeau anglaisHere are some more details about the new situation at Nyiragongo. I wrote the latest post rapidly last night before going to bed. The new eruptive vent opened in the northeastern partof the first terrace above the lava lake, just beneath the crater wall. Judging from the photos released by the Goma Volcanological Observatory, there is a small lava lake within the new vent, with a spatter cone emitting lava flows that have pooled onto the crater floor.

The situation needs to be carefully controlled as the new activity is located on the east-trending fracture that connects Nyiragongo crater with the Baruta cone on the NE flank of the main edifice, near the village of Kibumba. This rift zone (just like the southern rift zone that extends towards Goma town) has already been the seat of disastrous flank eruptions, like in 1977 and 2002. They killed more than 1000 people, destroyed villages and a large part of the city of Goma in 2002.
As I put it before, a greater attention should be given to the fractures that slash the flanks of the volcano. Sure, they are far less dramatic than the lava lake in the crater and their images are less likely to be bought by TV channels. However, to my mind, the purpose of volcanology is above all to observe and study volcanoes in order to protect the populations that live close to them.

Nyira mars 2016

Crédit photo: Observatoire Volcanologique de Goma.

 

 

 

Nyiragongo (République Démocratique du Congo): Nouveau lac de lave dans le cratère! // New lava lake within the crater!

drapeau francaisSelon un rapport de l’Observatoire Volcanologique de Goma en date du 2 mars 2016, une modification d’activité est actuellement observée à l’intérieur du cratère du Nyiragongo. Un lac de lave secondaire est apparu dans la partie E de la première terrasse du volcan et a probablement été la source des grondements perçus par la population autour du volcan. Selon les volcanologues locaux, cette nouvelle activité se situe « dans le prolongement de la
fracture qui relie le Nyiragongo à son cône de Baruta dans la direction de Kibumba ».
Vous pourrez lire le rapport – illustré de plusieurs photos – dans son intégralité en cliquant sur ce lien :
http://www.ovggoma.org/wp-content/uploads/2016/03/rapport-pr%C3%A9liminaire.pdf

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drapeau anglaisAccording to a report from the Volcanological Observatory of Goma (March 2nd 2016), a shift in activity is currently observed within the crater of Nyiragongo volcano. A secondary lava lake has appeared in the eastern portion of the first terrace and was probably the cause of the rumblings perceived by the population around the volcano. According to local volcanologists, this new activity lies “in the extension of the fracture between Nyiragongo and the Batura cone, towards Kibumba”.
You can read the whole report – with a few photos – by clicking on this link:
http://www.ovggoma.org/wp-content/uploads/2016/03/rapport-pr%C3%A9liminaire.pdf

Nyiragongo-blog

Le lac de lave du Nyiragongo (Crédit photo: Wikipedia)

Kilauea (Hawaii / Etats Unis)

drapeau-francaisLe niveau de la lave à l’intérieur du pit crater de l’Halema’uma’u varie en fonction des épisodes de gonflement et de dégonflement qui animent le Kilauea. La phase récente de gonflement a fait s’élever la lave qui pouvait être aperçue par moments depuis la terrasse du Jaggar Museum le 29 février. Toutefois, le spectacle ne devrait pas se prolonger car le volcan connaît maintenant une phase de dégonflement. Le lac de lave était déjà visible depuis le Jaggar Museum au mois de mai 2015, après un débordement le 30 avril de la même année. Le spectacle avait attiré la grande foule. Pour le moment, il ne semble pas qu’un débordement soit à l’ordre du jour, mais le comportement du Kilauea est imprévisible !

Source: HVO.

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drapeau anglaisThe lava lake within Halema’uma’u crater varies according to the episodes of inflation and deflation of Kilauea volcano. A recent significant inflation episode caused lava to rise so that it could be intermittently seen from the terrace of the Jaggar Museum on February 29th. However, the show should not be long as deformation has switched over to a deflationary tilt. The last (and only) time the summit lava lake was high enough to be seen from the Museum was May 2015, with huge crowds that came to watch the show. For the moment, nothing indicated that lava is about to overflow on the crater floor as it did on April 30th 2015.

Source: HVO.

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Vue de la déformation du Kilauea (Source: USGS / HVO)

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Lueur habituelle du lac de lave depuis la terrasse du Jaggar Museum

(Photo: C. Grandpey)

Les lacs de lave et leur comportement // Lava lakes and how they behave

drapeau-francaisCertains volcans ont le privilège d’héberger un lac de lave permanent: l’Erta Ale en Ethiopie, le Nyiragongo en République Démocratique du Congo, le Kilauea à Haiwaii, l’Erebus en Antarctique. Le Villarrica au Chili montre un lac de lave intermittent au fond de son cratère. Au Vanuatu, la lave est brassée par les gaz du Marum et du Benbow, mais il s’agit plus de chaudrons de lave bouillonnante que de véritables lacs de lave.
Les scientifiques se posent beaucoup de questions sur le fonctionnement des lacs de lave. La projection récente d’un documentaire sur le Nyiragongo a réanimé le débat et plusieurs hypothèses ont été avancées. Comme le faisait remarquer l’ami Robin Campion dans les commentaires, tous les lacs de lave ne présentent pas les mêmes caractéristiques. Ainsi, le comportement du lac de lave à l’intérieur du cratère de l’Halema’uma’u à Hawaii est géré par les phénomènes de gonflement et de dégonflement auxquels est soumis le Kilauea. Un gonflement signale une montée de magma depuis les profondeurs, tandis que le dégonflement trahit un reflux de l’alimentation. On remarquera par ailleurs que la surface du lac de lave est animée d’un mouvement de convection avec, de temps en temps, de petites fontaines de lave lorsque les gaz ont envie de s’échapper à la surface.
A Hawaii a également été observé un phénomène intéressant baptisé « gas pistoning » par les scientifiques en poste au HVO. Ce « gas pistoning » fait référence aux fluctuations du niveau de la lave à l’intérieur d’une bouche ou d’un lac de lave, souvent de manière cyclique. Il est bien connu à Hawaii où il a été observé pour la première fois dans les années 1970 lors de l’éruption du Mauna Ulu. Il se caractérise par une montée relativement lente de la surface de la lave recouverte d’une croûte, suivie de la chute brutale de son niveau avec projection de lambeaux de lave sous l’effet des gaz.
Le site web du HVO montre une vidéo avec une série de trois épisodes de « gas pistons » dans la bouche ‘Drainhole’ du Pu’u o’o le 3 juin 2006. Cette bouche mesure environ 8 mètres de diamètre et se situe à l’intérieur d’une bouche plus grande d’environ 25 mètres de diamètre.
https://www.youtube.com/watch?v=3ll5p8pfI5Q

Quatre explications ont été fournies dans un rapport écrit en 2012 par les scientifiques hawaiiens pour expliquer le phénomène du « gas pistoning » (http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs00445-012-0667-0#/page-1) :
1) Les gaz sont piégés sous la surface croûtée de la lave ou sous une couche de lave visqueuse qui surmonte la colonne de lave plus fluide avant d’être libérés de façon épisodique.
2) Des bulles de gaz discrètes se forment épisodiquement et montent lentement dans la lave qui se trouve dans le conduit avant d’éclater à la surface
3) Une montée régulière des gaz réduit temporairement la densité globale de la colonne de lave et la fait s’élever dans le conduit. L’ensemble devient instable ; la surface de la lave chute et le système se remet en place pour un nouveau cycle.
4) La dernière théorie – celle privilégiée par Robin Campion dans son commentaire à propos du Nyiragongo – évoque la possibilité de la formation, puis de la chute, d’une couche d’écume de lave au sommet de la colonne, même si celle-ci est recouverte d’une croûte. Pour reprendre l’explication de Robin, « la rétention et l’accumulation progressive en profondeur d’une phase gazeuse libre formerait une sorte de mousse qui se ferait piéger dans les sinuosités du conduit. Cette étape correspondrait à la montée progressive du niveau de la lave […] Quand cette mousse atteint un volume critique, elle se libère de son « piège », remonte dans le conduit du fait de sa faible densité, et, quand elle arrive proche de la surface, elle dégaze en quelques dizaine de minutes (phase de fontaines intenses et de baisse de niveau) ».
Ce ne sont que des hypothèses qui demandent à être approfondies. D’ailleurs, le rapport fourni par les scientifiques hawaiiens en 2012 ne tirait pas de conclusion définitive de ces quatre hypothèses. Les observations avaient été faites essentiellement à partir des images fournies par les webcams du Pu’uO’o en 2006.

Comme je l’ai écrit dans les commentaires, s’agissant du Nyiragongo, le plus important reste la prévision et la prévention volcaniques. Comme le fait très justement remarquer le documentaire, la ville de Goma est sous la menace du volcan. Que ce soit en 1977 (probablement 600 morts) ou en 2002 (45 victimes), la lave s’est écoulée suite à un éventrement du volcan car les fractures qui parcourent ses flancs n’ont pas pu résister à la pression de la lave fluide qui a très vite atteint Goma. Les prochaines éruptions du Nyiragongo nous diront si des progrès ont été réalisés. Il faudrait aussi que la population prenne conscience de ce danger et que cessent les actes de vandalisme qui font disparaître des instruments de mesures extrêmement précieux.

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drapeau anglaisSome volcanoes host a permanent lava lake! Erta Ale in Ethiopia, Nyiragongo in the Democratic Republic of Congo, Kilauea in Haiwaii or Erebus in Antarctica. Villarrica in Chile shows an intermittent lava lake at the bottom of the crater. In Vanuatu, the lava is brewed by gases in Marum and Benbow, but they are more bubbling cauldrons that real lava lakes.
Scientists have asked many questions about the functioning of lava lakes. The recent screening of a documentary showing Nyiragongo revived the debate and several hypotheses have been advanced. As was noted by Robin Campion in the comments, all lava lakes do not have the same characteristics. Thus, the behaviour of the lava lake inside Halema’uma’u Crater in Hawaii is managed by the phenomena of inflation and deflation which affect Kilauea volcano. Inflation indicates magma rising from deep, while deflation betrays a reflux in the feeding system. We can also notice that the surface of the lava lake is animated by a convective movement with, at times, small lava fountains when gases escape to the surface.
In Hawaii, an interesting phenomenon called “gas pistoning” by HVO scientists was also observed. This “gas pistoning” refers to the level fluctuations of lava inside a vent or a lake, often cyclically. It is well known in Hawaii, where it was observed for the first time in the 1970s during the eruption of Mauna Ulu. It is characterized by a relatively slow rise of the lava surface covered with a crust, followed by the sudden collapse with lava ejections under the pressure of the gases.
The HVO’s website shows a video with a series of three episodes of “gas piston” in the Drainhole Vent within Pu’u o’o on June 3rd 2006. The vent is approximately 8 metres in diameter and is located within a larger vent about 25 metres in diameter.
https://www.youtube.com/watch?v=3ll5p8pfI5Q

Four explanations were provided in a report written in 2012 by Hawaiian about the “gas pistoning” phenomenon (http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs00445-012-0667-0#/page-1 )
1) The gases atre trapped beneath the crusty surface of lava or a viscous layer at the top of the lava column or lake before being released episodically.
2) Discrete gas slugs form episodically and then rise slowly in the conduit before bursting through the surface
3) A steady streaming of gas temporarily reduces the bulk density of the lava column, causing ot to rise in the duct. The whole system becomes unstable; the lava surface falls and the system is reset for a new cycle.
4) The last theory – the one referred to by Robin Campion in his commentary – raises the possibility of the formation and collapse of a foam layer on top of the column, even if the latter is covered with a crust. To mention again Robin’s explanation, “the retention and deep progressive accumulation of a free gas phase would form a kind of foam that would be trapped in the windings of the conduit. This stage corresponds to the gradual rise in the level of the lava […] When the foam reaches a critical volume, it becomes free of its « trap », goes up in the conduit thanks to its low density, and when it comes near the surface, it degasses within ten minutes (intense lava fountaining and drop of the level).”
These are only hypotheses. The report provided by the Hawaiian scientists in 2012 did not draw definitive conclusions from these four assumptions. The observations were made mainly from images provided by the Pu’uO’o webcams in 2006.

As I put it in the comments, regarding Nyiragongo, what really matters is volcanic prediction and prevention. Indeed, Goma is under the threat of the volcano. Whether in 1977 (probably 600 deaths) or 2002 (45 victims), lava rushed into the town because the fractures along the sides of the volcano could not withstand the pressure of the fluid lava which quickly reached Goma. The next eruption of Nyiragongo will tell us whether progress has been made. The population should become aware of this danger and it would be great if acts of vandalism stopped, with the robbery of extremely valuable measuring instruments.

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Lac de lave dans le cratère du Pu’uO’o à Hawaii (Photos: C. Grandpey)