Le Groenland en danger? // Is Greenland in danger?

Je n’aime pas du tout ce qui se passe autour du Groenland en ce moment. Avec la fonte des glaces, de nouvelles voies de navigation sont en train de s’ouvrir et des ressources minérales, autrefois dissimulées par les glaces, sont en train de voir la lumière du jour. Le sol groenlandais contient du nickel, du cuivre, du calcaire, de l’or et de l’uranium … Mais avant tout, on pense que le Groenland dispose des deuxièmes réserves mondiales de minerais rares, notamment du néodyme, du praséodyme, du dysprosium et du terbium, indispensables aux voitures électriques, aux téléphones portables, etc. . Aujourd’hui, 90% de la production de minerais rares est entre les mains de la Chine qui peut à tout moment décider d’ajuster ou de cesser carrément ses exportations. Cette situation inquiète les États-Unis et de nombreuses économies dans le monde. C’est la raison pour laquelle plusieurs pays rêvent d’aller au Groenland exploiter ces nouvelles ressources.
Le Groenland est un territoire autonome au sein du Royaume du Danemark. Bien que le pays fasse géographiquement partie du continent nord-américain, il est politiquement et culturellement associé à l’Europe depuis plus d’un millénaire. Il a acquis son autonomie en 2009, mais le Danemark conserve son autorité en matière de défense et de politique étrangère.
La majorité des habitants sont des Inuits, dont les ancêtres sont venus d’Alaska et ont traversé le Nord du Canada pour venir progressivement s’installer sur l’île au 13ème siècle. De nos jours, la population se concentre essentiellement sur la côte sud-ouest, tandis que le reste de l’île est très peu peuplé.
En 2019, le Danemark a fait du Groenland une priorité absolue en matière de sécurité nationale après que Donald Trump eut exprimé son intérêt pour l’achat du territoire en raison de ses ressources naturelles abondantes et de sa valeur logistique potentielle. Washington s’intéresse depuis longtemps au Groenland. En 1867, les États-Unis voulaient déjà acheter cet immense territoire dont la superficie est quatre fois celle de la France. En 1947, une nouvelle offre a été faite sans succès, mais les États-Unis sont parvenus à établir une base majeure, pouvant accueillir 600 personnes, dans le nord-ouest de l’île. C’est l’installation la plus septentrionale de l’armée américaine.
Beaucoup de gens pensaient que le président américain plaisantait en disant qu’il aimerait acheter le Groenland, mais ce n’était pas le cas et la Première ministre danoise l’a bien compris. Elle a répondu à l’époque que le Groenland n’était pas à vendre, ce qui a provoqué un couac diplomatique et entraîné l’annulation d’un voyage de Trump au Danemark. L’agence de renseignement étrangère et militaire du Danemark a mis en garde contre les tensions croissantes au Groenland, tensions qui impliquent les principales puissances, notamment les États-Unis, la Chine et la Russie.
En dépit de la volonté des pays arctiques de préserver la région des désaccords sur la sécurité, on observe une augmentation de la concentration militaire sur l’Arctique. En août 2019, juste après que l’intérêt de M. Trump soit devenu public, le Danemark a envoyé pour la première fois le plus gros bâtiment de sa marine nationale dans les eaux du Groenland.

Si le Danemark n’a pas envie de voir le Groenland devenir le 51ème État américain, les opinions sont plus partagées sur le territoire nordique qui dépend pour 60% des subventions danoises et serait favorable aux investissements américains.
Ce que les États-Unis imaginent réaliser par la voie diplomatique, la Chine entend le faire de manière économique. Le pays est désireux d’investir dans les infrastructures de transport groenlandaises, notamment les aéroports. La Chine fait déjà partie du capital de la plus grande société minière de la région: « Greenland Minerals ». Ce positionnement fait partie de New Silk Roads, un plan d’investissement majeur à l’échelle mondiale pour établir la domination chinoise.
Source: Presse internationale.

———————————————-

 I do not like what is happening around Greenland these days.With the melting of the ice, new shipping lanes are being opened and mineral resources, once concealed by the ice, are being uncovered. It contains nickel, copper, limestone, gold, uranium … But above all, Greenland would have the second world reserves of rare earths, especially neodymium, praseodymium, dysprosium and terbium which areindispensable materials for electric cars, mobile phones, and so on. Today 90% of the production of rare earths is in the hands of China, which, at any time, can adjust or dry up its exports. This situation worries the United States and many economies around the world. This is the reason why several nations are interested in exploiting the new resources.

Greenland is an autonomous territory within the Kingdom of Denmark. Though the country is geographically a part of the continent of North America, Greenland has been politically and culturally associated with Europe for more than a millennium. It gained self-rule in 2009 but Denmark retains authority over its defence and foreign affairs.

The majority of its residents are Inuit, whose ancestors migrated from Alaska through Northern Canada, gradually settling across the island by the 13th century. Nowadays the population is largely concentrated on the southwest coast of the island while the rest of the island is sparsely populated.

In 2019, Denmark has made Greenland a top national security priority after Donald Trump expressed an interest in buying the territory due to its abundant natural resources and potential future logistical value. Washington has long been eyeing Greenland. By 1867, the United States wanted to buy the huge territory, as big as four times France. In 1947, a new offer will be made without success, but the United States will manage to establish a major base, housing 600 personnel, in the north-west of the island. It is the US military’s northernmost installation.

Many people thought the US president was joking when he said he would like to buy Greenland, but he was not and the Danish prime minister responded at the time that it was not for sale, leading to a diplomatic spat in which Mr Trump called her « nasty » and cancelled a trip to Denmark. Denmark’s foreign and military intelligence agency has warned of increasing tensions over Greenland involving major powers, including the US, China and Russia.

Despite the Arctic nations’ shared ambition to keep the region free of security policy disagreements, the military focus on the Arctic is growing. In August 2019, just after Mr Trump’s interest became public, Denmark sent its biggest Navy ship into Greenland waters, the first time it has done so.

If Denmark is reluctant to see Greenland become the 51st US State, opinions are more divided in the northern territory which is 60% dependent on Danish subsidies and would welcome US investments.
What the United States imagines to achieve through the diplomatic channel, China intends to do it economically. The country is eager to invest in Greenlandic transport infrastructure, especially airports. China is already part of the capital of the largest mining company in the region: « Greenland Minerals ». This positioning is part of the New Silk Roads, a major investment plan on a global scale to establish Chinese domination.

Source: Presse internationale.

Source: Geological Survey of Denmark and Greenland

Le Groenland, une caverne d’Ali Baba! // Greenland, an Ali Baba’s Cave !

Tout le monde s’est moqué du Président Trump lorsqu’il a laissé entendre que les États-Unis pourraient être intéressés par l’achat du Groenland. Comme je l’ai déjà écrit, ce n’était pas la première fois qu’un président américain émettait une telle idée. En y réfléchissant, la suggestion de Trump n’était pas aussi stupide qu’elle en a l’air. Alors que la hausse des températures fait reculer la banquise, l’Arctique est en train d’acquérir une nouvelle importance géopolitique et économique et les États-Unis ne sont pas les seuls à vouloir se partager le gâteau. La Russie, la Chine et d’autres pays s’intéressent aux ressources potentielles de la région
Le Groenland est parfois décrit comme une Caverne d’Ali Baba, avec une profusion de pétrole, de gaz naturel et de minéraux rares qui ne demande qu’à être exploitée au fur et à mesure que la glace disparaît. Au moment où la fonte de la glace ouvre des voies de navigation et révèle des richesses incroyables, la région est considérée comme un nouvel atout géopolitique et économique. Un Groenland indépendant pourrait, par exemple, offrir des bases à la Russie et / ou à la Chine. Si l’île devenait un territoire semi-autonome du Danemark, cela aurait des conséquences géostratégiques majeures, en particulier si le passage du Nord-Ouest devenait une voie de transit pour la navigation, comme c’est le cas dans l’Arctique russe.
En avril, le président russe Vladimir Poutine a présenté un ambitieux programme visant à réaffirmer la présence de son pays dans l’Arctique ; il prévoit notamment la construction de ports et d’autres infrastructures et le développement de la flotte de brise-glace. La Russie veut s’implanter dans la région qui détient jusqu’à un quart du pétrole et du gaz naturel non encore exploités sur la planète.
La Chine est intéressée par le Groenland pour ses ressources en minéraux rares et parce que l’île pourrait être une base portuaire permettant des expéditions à travers l’Arctique vers l’est des Etats Unis. L’an dernier, la Chine a déjà encouragé le développement d’une « Route de la soie polaire » dans le cadre de l’Initiative de Beijing pour la construction de voies ferrées, de ports et autres infrastructures dans des dizaines de pays.
Alors que le réchauffement climatique fait reculer la glace et le froid vers le nord un peu plus chaque année, les scientifiques soulignent que la course vers l’Arctique sera un marathon long et difficile, et surtout pas une course de vitesse. La fonte de la calotte glaciaire du Groenland va générer de nombreux obstacles à l’exploitation des ressources pétrolières et gazières en mer, car les plates-formes de forage et les navires seront en permanence sous la menace des icebergs.
En revanche, si l’exploitation minière au Groenland coûtait cher jusqu’à présent à cause de l’environnement, les coûts de développement ont diminué avec la fonte de la glace, ce qui rend l’île beaucoup plus attrayante pour les acheteurs potentiels,
Source: Médias américains.

—————————————————-

Everybody laughed at President Trump when he suggested the United States might be interested in buying Greenland. As I put it before, this was not the first time a US president had emitted such an idea. Thinking about it, Trump’s suggestion was not as stupid as it seems. As warmer temperatures cause the ice to retreat, the Arctic region is taking on new geopolitical and economic importance, and not just the United States hopes to stake a claim; Russia, China and other nations are eyeing the Arctic’s potential resources.

Greenland is sometimes described as an Aladdin’s Cave of oil, natural gas and rare earth minerals just waiting to be tapped as the ice recedes. As melting ice opens shipping lanes and reveals incredible riches, the region is seen as a new geopolitical and economic asset. An independent Greenland could, for example, offer basing rights to either Russia or China or both. Should the island become a semi-autonomous territory of Denmark, it would have major geostrategic implications, especially if the Northwest Passage becomes a transit route for shipping, which is what is happening in the Russian Arctic.

In April, Russian President Vladimir Putin put forward an ambitious program to reaffirm his country’s presence in the Arctic, including efforts to build ports and other infrastructure and expand its icebreaker fleet. Russia wants to stake its claim in the region that is believed to hold up to one-fourth of the Earth’s undiscovered oil and gas.

China sees Greenland as a possible source of rare earths and other minerals and a port for shipping through the Arctic to the eastern U.S. It called last year for joint development of a « Polar Silk Road » as part of Beijing’s Belt and Road Initiative to build railways, ports and other facilities in dozens of countries.

But while global warming pushes the cold and ice farther north each year, experts caution that the race to the Arctic is an incredibly challenging marathon, not a sprint. The melting of the Greenland ice sheet creates uncertainty and danger for offshore oil and gas developers, threatening rigs and ships with all the icebergs they have to navigate around.

On the other hand, while mining in Greenland has been expensive due to the environment, development costs have fallen as the ice has melted, making it more attractive to potential buyers,

Source: US news media.

Les ressources énergétiques et minières du Groenland en 2014 (Source : La documentation française)

A l’assaut de l’Arctique ! // Storming the Arctic !

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’explique que la fonte de la glace dans l’Arctique est une aubaine pour les pays riverains qui n’hésiteront pas à aller y puise des ressources minérales et pétrolières jusqu’à présent inaccessibles. J’explique aussi que la fonte de la glace arctique va ouvrir les passages du nord-est et du nord-ouest. Des pays comme les Etats Unis, la Russie, la Chine ou le Japon vont se précipiter vers ces nouvelles voies de navigation, avec toute la pollution que ce trafic maritime va forcément générer.

Mes propos viennent d’être confirmés par la conférence « Arctic Frontiers » qui se tient cette semaine en Norvège. On y apprend que les géants du pétrole et du gaz ont bien l’intention de profiter de la fonte de la glace arctique qui libère l’accès à d’immenses ressources énergétiques: 13% des réserves mondiales de pétrole et 30% de celles de gaz se trouvent au-delà du cercle polaire.

Les représentants du norvégien Statoil, notamment, ont été très clairs lors de cette conférence. Ils prennent bien note du message de la COP 21, mais expliquent qu’il n’est pas question pour autant d’arrêter leurs activités en mer de Barents ou autour de l’Océan Arctique. Les réserves de pétrole diminuent partout dans le monde, c’est donc en Arctique selon eux qu’il faut aller chercher les derniers gisements.

Les écologistes dénoncent ce raisonnement car ces nouvelles explorations vont renforcer encore davantage le réchauffement global de la planète. Les ONG environnementales craignent aussi une marée noire dans la région. Elle serait désastreuse pour un écosystème déjà très fragilisée par le changement climatique.

A votre avis, qui du climat et des intérêts économiques va gagner la partie?

Source : France Info.

———————————————–

During my conference « Glaciers at Risk », I explain that the melting of the ice in the Arctic is a boon for the neighbouring countries that will not hesitate to go and exploit mineral and oil resources that have been inaccessible until now . I also explain that the melting of Arctic ice will open the northeastern and northwestern passages. Countries such as the United States, Russia, China or Japan will rush to these new shipping routes, with all the pollution that maritime traffic will inevitably generate.
My words have just been confirmed by the conference « Arctic Frontiers » being held this week in Norway. We learn learned that the oil and gas giants are intent on taking advantage of the melting of Arctic ice, which frees access to immense energy resources: 13% of world oil reserves and 30% of gas are beyond the Arctic Circle.
Statoil’s representatives from Norway were very clear at the conference. They take note of the message of COP 21, but explain that there is no question of stopping their activities in the Barents Sea or around the Arctic Ocean. Oil reserves are decreasing all over the world, so it is in the Arctic that we should exploit the last deposits.
Environmentalists denounce this reasoning because these new explorations will further strengthen global warming. Environmental NGOs also fear an oil spill in the region. It would be disastrous for an ecosystem already weakened by climate change.

In your opinion, who will win the game? Climate and economic interests?
Source: France Info.

La fonte de la glace arctique va ouvrir de nouvelles voies maritimes (Source: Wikipedia)

Le Groenland inquiète à nouveau! // Greenland worries again!

Alors que le mois de mai 2019 a été le troisième mois le plus chaud après mai 2016 et mai 2017 (archives de la NASA), un événement climatique inquiétant et inhabituel, mais pas inédit, vient d’être observé au Groenland. L’île nordique a perdu plus de deux milliards de tonnes – soit 2 kilomètres cubes – de glace le jeudi 13 juin 2019. Cela signifie que plus de 40% du territoire groenlandais a perdu de la glace. Cette fonte extrêmement rapide et spectaculaire est très rare dans le courant du mois de juin. En général, la fonte s’étale du mois de juin au mois d’août, et a surtout lieu dans le courant du mois de juillet. Pour autant, une telle perte de glace n’est pas inédite. Elle est comparable à des pics de fonte observés en juin 2012. Le National Snow and Ice Data Center (NSIDC), centre américain de données sur la neige et la glace basé dans le Colorado rappelle qu’en 2012 quasiment l’intégralité de la calotte glaciaire du Groenland avait fondu dans le courant de l’été.
Selon des glaciologues américains, cette fonte du 13 juin en 24 heures seulement est le signe que 2019 pourrait bien être une nouvelle année record en matière de fonte des glaces au Groenland. Une perte de glace aussi précoce présage d’une fonte supplémentaire, plus tard cet été. L’événement qui s’est produit le 13 juin modifie l’albedo, le pouvoir réfléchissant de la surface de la calotte glaciaire qui absorbe ainsi davantage de chaleur issue des rayons du soleil. Avec moins de neige et de glace sur cette surface, davantage de glace devrait fondre. Tous les signes indiquent que l’été 2019 sera une saison d’importante fonte.
Source: CNN, NSIDC.

——————————

While May 2019 was the third warmest month after May 2016 and May 2017 (NASA archives), a disturbing and unusual climatic event, but not new, has just been observed in Greenland. The Nordic island lost more than two billion tonnes – or 2 cubic kilometres – of ice on Thursday, June 13th, 2019. This means that over 40% of the Greenland territory has lost ice. This extremely fast and spectacular melting is very rare during the month of June. In general, it occurs from June to August, and mostly takes place during the month of July. However, such a loss of ice is not new. It is comparable to melt peaks observed in June 2012. The Colorado-based National Snow and Ice Data Center (NSIDC) recalls that in 2012, almost the entire icecap of Greenland had melted in the course of the summer.
According to American glaciologists, this melting of June 13th in just 24 hours is a sign that 2019 could be a new record year for melting ice in Greenland. Such early ice loss is a sign of further melting later this summer. The event that occurred June 13th changes the albedo, the reflective power of the ice surface that absorbs more heat from the sun’s rays. With less snow and ice on this surface, more ice should melt. All signs indicate that the summer of 2019 will be a season of significant melting.
Source: CNN, NSIDC.


Etendue de la fonte de la glace à la surface du Groenland (Source: NSIDC)

Photo: C. Grandpey