La vérité sur l’ours polaire // The truth about polar bears

L’ours, qu’il soit brun, noir ou blanc, reste une créature presque mythique. Nous l’avons vu au cinéma, à la télévision ou au zoo, et le nounours en peluche a souvent bercé notre enfance.
S’agissant des ours polaires (Ursus maritimus), on a entendu tout et n’importe quoi ces dernières années à propos de leur nombre. Certaines voix disent qu’il augmente, tandis que d’autres affirment que l’espèce est au bord de l’extinction.
Cette confusion sur le nombre d’ours polaires est assez normale car certaines populations augmentent, tandis que d’autres diminuent. Il n’existe pas de population uniforme de ces plantigrades. Les chercheurs les ont répertoriés en 19 sous-populations.
On observe une diminution du nombre de populations à proximité de la baie d’Hudson au Canada, car la glace de mer fond rapidement, jusqu’à disparaître, et les ours de la région dépendent de la glace de mer pour leur survie. La population d’ours polaires dans cette zone a diminué de 24% en 30 ans avec 850 animaux aujourd’hui contre 1200 dans le passé. Les ours polaires près de Churchill (Manitoba) sont souvent affamés et doivent se diriger vers le nord pour chasser les phoques qui constituent l’essentiel de leur nourriture. Cependant, les sous-populations les plus septentrionales se maintiennent et certaines voient même leur nombre augmenter.
Un facteur clé de la survie de l’ours polaire est la présence de glace de mer. Les scientifiques ont observé une très forte corrélation entre la disparition de la glace de mer et la densité des ours polaires. Les chercheurs de Polar Bear International signalent une perte de glace moins spectaculaire dans les régions situées au nord de la baie d’Hudson où les populations d’ursidés restent stables ; certaines sont même en augmentation.
En raison du très vaste habitat de l’ours polaire, la précision des données concernant les populations peut varier considérablement. Dans les zones plus proches de la civilisation, comme la baie d’Hudson, les données sont facilement accessibles, mais pour la zone proche de la côte russe, qui est un territoire inhabité, il n’y a presque pas de données. Le comptage des ours polaires s’effectue de plusieurs manières. Des méthodes traditionnelles sont encore utilisées aujourd’hui, avec les relevés aériens et le marquage d’animaux. Une fois que les ours sont repérés par la voie aérienne, les chercheurs au sol immobilisent et marquent les ours individuellement et voient combien sont identifiés sur une certaine période de temps. Une nouvelle technique utilisée est le marquage génétique: grâce à des échantillons de poils ou à une biopsie cutanée obtenus lors de l’immobilisation de l’ours. Les chercheurs peuvent alors identifier génétiquement des ours individuellement. Cela permet d’obtenir des données plus précises.
Les ours polaires sont-ils appelés à disparaître complètement ? La plupart des scientifiques restent optimistes. Alors que la glace de mer fondra probablement dans sa totalité dans les régions les plus au sud, le WWF s’efforce de protéger une vaste zone connue sous le nom de Last Ice Area située entre le Canada et le Groenland et où la glace de mer devrait persister pendant l’été.
Avec environ 22 000 à 31 000 ours polaires encore en vie dans le monde, la survie de ces animaux est un enjeu majeur. Contrairement à ce que prétendent beaucoup de gens, les ours polaires ne vont pas disparaître au cours des prochaines années. Au vu des estimations actuelles il y aura un déclin d’un tiers de leur population d’ici 2050. La survie des ours polaires dépendra des décisions prises pour ralentir le réchauffement climatique d’ici la fin de ce siècle. Une chose est sure : Sans glace de mer, il n’y aura plus d’ours polaires.
Source: Global News.

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The bear, whether brown, black or white, remains an almost mythical creature, with many of us having seen them on a screen or at the zoo, and having cuddled teddy bears as babies.

As far as polar bears (Ursus maritimus) are concerned, there has been confusion in recent years over whether polar bear numbers are increasing, or they are on the brink of extinction.

The confusion over polar bear numbers is justified, as some populations are increasing, while others are declining. There is not a uniform population of these plantigrades. They cannot be viewed as one whole, as researchers have categorized them into 19 subpopulations.

There is a decline in numbers in populations located near Hudson Bay as sea ice completely melts in the summer, and these bears are dependent on sea ice for survival. The polar bear population in this area has declined by 24% in 30 years with 850 animals today versus 1200 in the past. Polar bears near Churchill, Manitoba, are often going hungry or travelling north for a longer seal-hunting season. However, subpopulations farther north are holding steady, with some even reporting an increase in numbers.

One key factor in polar bear survival is the presence of sea ice. Scientists have observed a very strong correlation between sea ice loss and changes in polar bears’ abundance. Researchers at Polar Bear International are reporting less dramatic ice loss at regions north of Hudson Bay, and this is contributing to these populations remaining stable, with some even increasing.

Due to the large area that the polar bear region covers, data accuracy can vary immensely. In areas closer to civilisation, like Hudson Bay, the data is easily accessible, but for the area near coastal Russia, which is uninhabitable territory for humans, there is almost no data. Polar bear counts are conducted in several ways. Several traditional methods still employed today are aerial surveys and mark-and-recapture, where researchers on the ground tag individual bears and see how many are recaptured over a period of time. A newer method that is used is genetic mark-and-capture: Through hair samples or skin biopsy you can genetically identify individual bears. This allows for more accurate data.

As for whether or not polar bears will go completely extinct, most scientists remain optimistic. While sea ice may completely melt in southern regions, WWF is working on an initiative to protect an area known as the Last Ice Area. This is a large northern area between Canada and Greenland where summer sea ice is expected to persist.

With an estimated 22,000 to 31,000 polar bears left around the world, the survival of these animals is critical. Polar bears are not going to be extinct in the next few years, as many people say. According to the current estimate, by 2050 there will be a one-third decline in the population. What needs to be remembered is the decisions that we make right now are very important, as we are making decisions about the climate for the rest of the century. With no polar ice, there will not be polar bears.

Source: Global News.

Ours polaire dans le Manitoba (Photo: C. Grandpey)

Une histoire d’ours blancs et oies des neiges // A story of snow geese and polar bears

drapeau francaisAu Centre International de Conservation des Ours Blancs à Winnipeg, on peut lire: « La glace gèle plus tard. Les ours affamés attendent plus longtemps ».
Le réchauffement climatique a pour conséquence une réduction de la taille de la banquise sur les mers arctiques, ce qui laisse moins de temps et d’espace aux ours blancs pour chasser les phoques dont ils dépendent pour leur survie. Pourtant, les ours polaires ont découvert une nouvelle option alimentaire : les oies des neiges.
Comme la glace fond plus tôt, les ours atteignent ​​le rivage plus tôt. Cette nouvelle situation présente toutefois un avantage. Les ours débarquent au beau milieu de l’espace de reproduction estivale des oies des neiges avant que les œufs soient éclos et que les oisillons aient pris leur envol. Avec 75 000 couples d’oies sur la péninsule du Cap Churchill – résultat d’une explosion continue de la population – il y a abondance de nourriture pour les ours.
Cependant, ce qui est bon pour les ours représente un désastre pour les plantes et le paysage car les oies transforment de vastes étendues de toundra en champs de boue stérile. Cela ne signifie pas non plus que tout ira pour le mieux pour les ours dans le long terme.
Pour bien apprécier la manière dont s’effectue la réaction en chaîne autour de la Baie d’Hudson, il faut en étudier les différents maillons : les oies, les ours, les plantes et la terre qu’ils fréquentent.
Le nombre d’oies des neiges a explosé, passant d’environ 1,5 millions dans les années 1960 à 15 millions aujourd’hui. Beaucoup d’entre elles nichent dans la région de la baie d’Hudson ou y font une pause avant de poursuivre leur route vers le nord.
La population d’oies était autrefois limitée par la pauvreté de son alimentation hivernale dans les États du Sud. Après l’assèchement d’un grand nombre de marais pour divers types de développement, les oies des neiges ont trouvé les rizières plus au nord de la Louisiane et ensuite continué à explorer et élargir leur aire d’hivernage en découvrant les vastes champs agricoles du Midwest. Ainsi, une espèce qui était autrefois limitée par son habitat hivernal dispose désormais d’une offre infinie de nourriture. Certaines oies des neiges passent même maintenant l’hiver dans le Nebraska et l’Iowa où ces cultures sont pratiquées. Elles continuent toutefois à fréquenter les régions sub-arctique et arctique pendant l’été, fidèles à de vieilles habitudes. La colonie d’oies est passée de 2500 couples dans les années 1960 à 75000 aujourd’hui, et on trouve les oiseaux jusqu’à 35 kilomètres à l’intérieur des terres, dévastant les zones près de la côte en raison de leurs habitudes alimentaires. En effet, les oies des neiges paissent, broutent la tête des plantes ou les tirent en arrachant les racines. Elles ont un bec dentelé et un cou puissant, ce qui signifie qu’il leur est plus facile de saisir et de déchirer que leurs cousines ​​bernaches du Canada.
Les oies mangent mais elles sont aussi mangées ! De nombreuses espèces de l’Arctique apprécient les oeufs et les oisillons : les renards arctiques, des grues, les mouettes, mais aussi les ours polaires.
Depuis les années 2000, il est clair que la banquise fond plus tôt et en été les ours blancs arrivent souvent à temps pour récolter les oeufs d’un grand nombre d’oies et autres oiseaux.
Des caméras installées autour de la Baie de La Pérouse depuis plusieurs années afin d’observer les nids ont pris les ours la main dans le sac, ou plutôt dans le nid. Les images montrent que les grues, les loups, les aigles et les renards participent également au festin.
Les ours polaires se goinfrent. Un seul ours peut manger jusqu’à 1200 oeufs en quatre jours. Une couvée de quatre œufs est censée représenter 825 calories, soit l’équivalent d’un demi Big Mac ! Trois cents nids de quatre œufs correspondent en théorie à 247 500 calories, soit environ 10 pour cent des besoins alimentaires annuels d’un ours.
Cependant, il faut être très prudent dans l’interprétation de ces chiffres; ils ne veulent pas forcément dire que les ours se portent bien. Des études ont montré que l’état des ours polaires à l’ouest de la Baie d’Hudson se détériorait, quel que soit leur régime alimentaire. Le problème pour les ours se situe dans le long terme et dans la globalité de l’espèce. A l’avenir, avec la réduction de la banquise, rien ne dit que les populations actuelles d’ours polaires pourront trouver suffisamment de nourriture pour survivre.

Les habitudes alimentaires des ours ne constituent pas une menace pour la population d’oies polaires. Pour que la population d’oies reste constante, il suffit qu’un couple d’oies ait deux oisillons survivants. Les oies des neiges ont en général 4 ou 5 œufs pendant cinq ou six saisons. Le maintien d’une population stable est donc quasiment assuré.
La situation est plus préoccupante pour les plantes de la toundra qui doivent faire face à la fois aux oies et au réchauffement. Les oies, les autres oiseaux, les caribous et d’autres animaux se nourrissent des plantes dans la région de la baie d’Hudson. Ces plantes sont confrontées à l’assaut des oies, à une augmentation de la population de caribous et aux sautes de température qui accompagnent le changement climatique.

Il est clair que la physionomie globale de l’Arctique, tant animale que végétale, subira de profondes transformations dans les années à venir.

Source : Alaska Dispatch News.

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drapeau anglaisAt the International Polar Bear Conservation Centre of Winnipeg, one can read: “Ice freezes later”. “Hungry bears wait longer”.

A warming planet means less ice coverage of the Arctic Sea, leaving the bears with less time and less ice for hunting seals. They depend on seals for their survival. But the polar bears have discovered a new menu option. They eat snow geese.

Because the ice is melting earlier, the bears come on shore earlier, and the timing turns out to be fortunate for them. Indeed, they now often arrive in the midst of a large snow goose summer breeding ground before the geese have hatched and fledged. And with 75,000 pairs of snow geese on the Cape Churchill Peninsula – the result of a continuing goose population explosion – there is an abundant new supply of food for the bears.

What’s good for the bears, however, has been devastating to the plants and the landscape, with the geese turning large swaths of tundra into barren mud. Nor does it mean the bears are going to be OK in the long run.

To fully appreciate how the chain reaction plays out around Hudson Bay requires studying the individual links in the chain – the geese, the bears, and the plants and the land beneath them.

The number of snow geese that live and migrate in the continent’s central flyway exploded from about 1.5 million in the 1960s to about 15 million now, and many of them nest in the Hudson Bay area or stop by on their way farther north.

The goose population was once limited in size by its sparse winter food supply in Southern states. After many of the marshes were drained for various kinds of development, the snow geese found the rice prairies farther north in Louisiana and then continued to explore and expand their winter range, finding the vast agricultural fields of the Midwest. So a species that was once in part limited by winter habitat now has an infinite winter supply of food

Some snow geese now winter in Nebraska and Iowa where these crops are grown. But they keep coming to the sub-Arctic and the Arctic in the summer, following ancient habit. The colony increased from 2,500 pairs in the 1960s to 75,000 today, and the birds moved as far as 35 kilometres inland as they ruined areas near the coast because of their eating habits. Snow geese graze, eating the tops of plants, and grub, pulling out plants by the roots. They have a serrated beak and a powerful neck, which means they are better able to grip and rip than their Canada geese cousins.

But geese not only eat. They are eaten. Many creatures love the eggs and goslings in particular – arctic foxes, cranes, gulls and, as it happens, polar bears.

After the year 2000, it was clear that the sea ice was melting earlier and the polar bears were often coming on shore in time to harvest the eggs from vast numbers of geese and other birds.

Cameras set up around La Perouse Bay for several years to observe goose nests caught the bears in the act of eating the eggs and the birds. The images show that cranes, wolves, eagles and foxes are eating them as well.

Polar bears are gluttons. A single bear may eat as many as 1,200 eggs in four days. A clutch of four eggs would amount to 825 calories, the equivalent of 1 1/2 Big Macs. Three hundred four-egg clutches would be 247,500 calories, or about 10 percent of a bear’s yearly nutritional needs.

However, one should be very careful in interpreting these figures ; they may not mean that the bears are doing well. Studies have shown the condition of polar bears in the western Hudson Bay is deteriorating, whatever their diet. The concern for the bears is long-term and global. In the future, as sea ice declines, there’s no evidence that anything like current polar bear populations can be supported.

The bears’eating habits will not put a real dent in the goose population. For the geese population to remain constant, a pair of geese needs to have only two surviving offspring in a lifetime of breeding. Snow geese have many chances, typically with five or six seasons of four or five eggs each. Those are good odds for maintaining a stable population.

However, that puts the plants of the tundra in an uncomfortable place, between a goose and a warming trend. The geese, birds, caribou and many other animals live on plants in the Hudson Bay area. Those plants are facing the goose onslaught, an increase in the caribou population and swings in temperature that accompany the changing climate.

Source : Alaska Dispatch News.

Oies polaires

Ours blanc

(Photos:  C.  Grandpey)