La hausse du niveau de la mer responsable de l’effondrement en Floride ? // Sea level rise responsible for the collapse in Florida ?

Lorsque j’ai entendu parler de l’effondrement de l’immeuble à Miami, j’ai tout de suite pensé que la cause de la catastrophe pouvait être la hausse du niveau de la mer causée par le réchauffement climatique, ainsi que la nature du sol dans cette partie des États-Unis.

D’un point de vue géologique, le sol du sud de la Floride et des Keys, le chapelet d’îles qui s’égrènent au sud, est majoritairement composé de calcaire poreux. Au fur et à mesure que l’océan empiète sur les terres avec l’élévation du niveau de la mer, avec en plus l’intensification des « king tides », les grandes marées, les eaux souterraines pénètrent dans le calcaire et provoquent des inondations. Cette eau saumâtre, qui inonde régulièrement les parkings souterrains du sud de la Floride, peut entraîner une détérioration des fondations des bâtiments au fil du temps. L’élévation du niveau de la mer est susceptible de provoquer une corrosion des matériaux. Si tel est le cas à Miami, le sol ainsi corrodé n’aurait plus été en mesure de supporter le poids du bâtiment.

Les experts en bâtiment pensent qu’il est possible que l’élévation du niveau de la mer ait contribué à l’effondrement de l’immeuble de Miami qui a fait au moins quatre morts et 159 disparus.

Bien qu’il soit trop tôt pour dire si le réchauffement climatique a participé à l’effondrement des Champlain Towers South qui ont été construites il y a 40 ans, et si le changement climatique menace des milliers de structures similaires le long du littoral de la Floride, il faut garder à l’esprit que le niveau de la mer a augmenté de près de 10 centimètres entre 2000 et 2017 à proximité de Key West. Si l’on se réfère aux projections du gouvernement américain, la mer pourrait monter d’environ 3 à 4 mètres d’ici la fin du siècle en Floride. Or, il n’y a que 3% du comté de Miami-Dade qui se trouve à plus de 3,50 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les Champlain Towers South, qui avaient été construites sur des remblais rapportés sur des marécages, se sont affaissées d’environ 2 millimètres par an entre 1993 et ​​1999.

Au moment où les autorités fédérales et étatiques tenteront de déterminer la cause de l’effondrement de l’immeuble, il ne fait guère de doute que la montée des eaux et les inondations causées par les grandes marées seront prises en compte comme possible facteur contributif. Même si le réchauffement climatique n’est pas considéré comme un comme un contributeur majeur dans le cas présent de défaillance structurelle, il faudra bien se faire à l’idée que si les mers continuent de monter, l’habitabilité d’une grande partie du sud de la Floride sera remise en question.

Source : Yahoo News.

—————————————

When I heard about the collapse of the building in Miami, my first thought about the cause of the disaster was sea level rise caused by climate change, together with the structure of the ground in that region of the United States.

From a geological standpoint, the base of the Keys, South Florida’s barrier islands is porous limestone. As the oceans encroach on land due to sea level rise and the worsening king tides, groundwater is pushed up through the limestone, causing flooding. That brackish water, which regularly inundates underground parking garages in South Florida, can potentially lead to the deterioration of building foundations over time. 

Building experts are now looking at the possibility that sea level rise may have contributed to the disaster that has left at least four people dead and 159 missing. Sea level rise does cause potential corrosion and if that was happening, it may not have handled the weight of the building.

While it is too early to say whether climate change is to blame for the collapse of the 40-year-old Champlain Towers South, or if it also threatens thousands of similar structures along Florida’s coastline, sea levels rose by nearly 10 centimetres between 2000 and 2017 in nearby Key West.

Just using the U.S. government projections, the sea might rise by about 3 to 4 metres by the end of the century in Florida. There’s only 3 percent of Miami-Dade County that is more tan 3.50 metres above sea level. The Champlain Towers South, which had been built on reclaimed wetlands, was found to have sunk by roughly 2 millimetres per year between 1993 and 1999.

Though federal and state investigators will attempt to pinpoint the cause of the collapse, rising seas and flooding from king tides will certainly be examined as a possible contributing factor.

But even if climate change is ruled out as a significant contributor to this particular instance of structural failure, there is no avoiding the fact that if seas continue to rise, the habitability of much of South Florida will be put in question.

Souurce : Yahoo News.

Prise de conscience de la montée des eaux à Miami (Photo : C. Grandpey)

Risque d’effondrement glaciaire à l’Aiguille du Midi (France) // Risk of glacial collapse at the Aiguille du Midi (France)

Nous ne sommes pas encore en été et des risques d’effondrements de glaciers sont déjà annoncés dans les Alpes.

D’après la Chamoniarde, Société de prévention et de secours en Montagne de Chamonix, la chute de 10.000 à 20.000 mètres cubes de glace est imminente sur la face nord de l’Aiguille du Midi, depuis le front du principal glacier suspendu, entre le Frendo et le Mallory. Le Mallory est déconseillé et l’accès du Frendo est exposé.
Pour accéder au refuge des Grands Mulets, il est préférable de privilégier la traversée du bas (le sentier à l’aval du glacier des Pèlerins) et éviter d’évoluer en pied de pente de l’Aiguille.

Source : La Chamoniarde.

——————————————

We are not yet in summer and the risks of glacier collapses are already announced in the Alps. According to the Chamoniarde, Society for prevention and relief in the mountains of Chamonix, the fall of 10,000 to 20,000 cubic metres of ice is imminent on the north face of the Aiguille du Midi, from the front of the main suspended glacier, between the Frendo and the Mallory. The Mallory is not recommended and access to the Frendo is exposed.

To access the Grands Mulets refuge, it is advisable to take the lower crossing (the path downslope of the Pèlerins glacier) and avoid going down the slope of the Aiguille.

Source: La Chamoniarde.

Image du glacier suspendu (Crédit photo : La Chamoniarde)

 

Effondrement glaciaire en Inde (suite) // Glacial collapse in India (continued)

Alors que les secouristes de l’État de l’Uttarakhand, dans le nord de l’Inde, cherchent toujours des survivants dix jours après l’effondrement glaciaire, on comprend mieux ce qui a provoqué la catastrophe. Dès le lendemain de l’événement, j’ai parlé d’un effet domino ou en cascade, une hypothèse  qui vient d’être confirmée par les scientifiques, avec la responsabilité sous-jacente du réchauffement climatique.

Une image satellite montre que le point de départ est une cicatrice sur le mont Nanda Devi qui marque le point de décrochement du glacier. Il s’agit d’une paroi rocheuse faite de glace et de permafrost.

Une fois décrochée, la masse glaciaire est tombée vers l’aval où se trouvait un lac de fonte du glacier. Il était retenu par une moraine qui n’a pas résisté à la pression. La masse d’eau et de sédiments a alors déferlé tel un tsunami vers l’aval et percuté le barrage hydroélectrique en construction.

Les glaciologues ont baptisé « lave torrentielle » ce phénomène qui mêle glace, eau et matériaux car sa couleur noire rappelle l’écoulement de lave sur un volcan.

Selon les glaciologues indiens, les fortes chutes de neige qui ont eu lieu avant la catastrophe ont pu favoriser le décrochement du glacier. Comme je l’ai indiqué précédemment, un tel événement peut se produire en hiver. En effet, les glaciers réagissent à retardement aux températures qu’ils subissent. La pénétration de la chaleur à l’intérieur d’un glacier peut entraîner la formation de lacs interglaciaires ou sous-glaciaires susceptibles de céder ultérieurement sous la pression de l’eau. C’est ce qui s’est passé en 1892 sur le glacier alpin de Tête Rousse. La libération d’une poche d’eau de fonte a déclenché une lave torrentielle qui a tué 175 personnes dans la ville de St Gervais, située en contrebas

Les lacs de fonte glaciaire sont de plus en plus nombreux avec le réchauffement climatique, dans des zones de très hautes montagnes comme le chaîne himalayenne et la chaîne andine en Amérique du Sud.

Un autre facteur de déstabilisation est le dégel du permafrost de roche, le « ciment » qui assure la cohésion des montagnes. J’ai expliqué que ce dégel avait provoqué de graves effondrements dans les Alpes, comme le pilier Bonatti en juin 2005 et plus récemment l’Arête des Cosmiques, près de l’Aiguille du Midi. Nos Alpes ne sont pas non plus à l’abri des laves torrentielles. En août 2017, l’une d’elles a déferlé sur le village de Bondo, dans les Grisons à la frontière entre la Suisse et l’Italie. Une paroi du Piz Cengalo s’est décrochée à 3 000 m d’altitude sur le glacier. La déferlante de boue de plusieurs kilomètres a emporté huit randonneurs et causé de sérieux dégâts. Toujours en Suisse, le village de Chamoson (Valais) a lui aussi été confronté à une lave torrentielle.

Comme pour les séismes, la prévision des décrochements glaciaires est impossible. La seule solution est de surveiller attentivement les glaciers dont les effondrements peuvent menacer des vallées. On l’a vu au mois d’août 2020 quand la partie frontale du glacier de Planpincieux a menacé de s’effondrer et de mettre en danger des habitations dans le Val d’Aoste. .

Sources : France Info, médias d’information indiens.

———————————————

As rescuers in northern India’s Uttarakhand continue to search for survivors ten days after the glacial collapse, the cause of the disaster has become clear. Immediately after the event, I explained there was a domino or cascade effect, a hypothesis which has just been confirmed by scientists, with the underlying responsibility for global warming.

A satellite image shows that the starting point is a scar on Mount Nanda Devi which marks the point where the glacier let go. It is a rock face made of ice and permafrost.

Once set free, the ice mass fell downslope where a glacier melt lake was located. It was held back by a moraine that could not withstand the pressure as the mass of ice fell. The mass of water and sediment then surged downstream like a tsunami and slammed into the hydroelectric dam under construction.

Glaciologists have called this phenomenon, which mixes ice, water and materials, « torrential lava. » because its black colour is reminiscent of the lava flow on a volcano. According to Indian glaciologists, the heavy snowfall that took place before the disaster may have favored the glacier’s collapse. As I indicated earlier, such an event can occur in winter. In fact, glaciers react slowly to the temperatures they experience. The penetration of heat into the interior of a glacier can lead to the formation of interglacial or subglacial lakes that can give way later under water pressure. This is what aheppned in 1892 when a pocket of melt warer beneath the Tête Rousse Glacier triggered a torrential lava that killed 175 persons in Saint Gervais.

Glacial melt lakes are increasingly numerous with global warming, in areas of very high mountains such as the Himalayan and Andes in South America. Another factor of destabilization is the thawing of rock permafrost, the “cement” that keeps mountains together. I explained that this thaw caused significant collapses in the Alps, like the Bonatti pillar in June 2005 or, more recently, the Arête des Cosmiques, near the Aiguille du Midi. Our Alps are not immune to debris flow either. In August 2017, one of them swept through the village of Bondo, in Graubünden on the border between Switzerland and Italy. A wall of Piz Cengalo fell at an altitude of 3000 m on the glacier. The mile-long mud surge swept away eight hikers and caused serious damage. Also in Switzerland, the village of Chamoson (Valais) was also confronted with torrential lava.

As with earthquakes, predicting glacial collapse is impossible. The only solution is to carefully monitor glaciers whose collapses can threaten valleys. We saw it in August 2020 when the frontal part of the Planpincieux Glacier threatened to collapse and threaten homes in the Aosta Valley.

Sources: France Info, Indian news media.

Zone de décrochement du glacier indien

 Trace de lave torrentielle à Chamoson (Photo : C. Grandpey)

Le réchauffement climatique à l’origine de la catastrophe glaciaire en Inde // Climate change caused the glacial disaster in India

Le bilan de la catastrophe qui vient de se produire dans l’état d’Uttarakhanda est terrible, avec 19 morts recensés à ce jour et plus de 200 disparus. La cause de ce désastre a été immédiatement montrée du doigt : le réchauffement climatique qui fait fondre et s’effondrer les glaciers dans la chaîne de l’Himalaya.

Dans une note publiée le  27 juin 2019, j’avais, une nouvelle fois, attiré l’attention sur l’inquiétante situation glaciaire dans cette région de l’Inde. A l’époque un rapport venait d’être publié dans la revue Science Advances. Il indiquait qu’en quarante ans, la chaîne de l’Himalaya avait perdu un quart de sa glace qui avait fondu deux fois plus vite que sur la période 1975-2000. Les auteurs du rapport adressaient une sérieuse mise en garde. Ils précisaient que ce phénomène alarmant lié au réchauffement climatique allait s’aggraver et avoir un impact direct et dangereux sur les populations vivant à proximité de la chaîne himalayenne.
En 40 ans, les températures dans l’Himalaya ont augmenté d’un degré Celsius par rapport à celles enregistrées entre 1975 et 2000. L’équipe de chercheurs qui a rédigé le rapport a analysé quarante années d’observations satellites de l’Inde, de la Chine et du Bouthan. Les scientifiques ont ensuite pu comparer les données de la première période avec les données plus récentes récoltées via les satellites de la NASA.
Cette fonte accélérée des glaciers himalayens n’est pas sans conséquences sur les populations locales, réparties de part et d’autre des 2000 kilomètres de la chaîne de montagnes. Quelque 800 millions de personnes dépendent directement des eaux de ruissellement pour l’irrigation, l’hydroélectricité ou l’eau potable. On se retrouve exactement dans la même situation qu’au Pérou où la population dépend directement de l’eau des glaciers.
Comme je le fais remarquer pendant ma conférence « Glaciers en péril », lorsque la glace fond, elle forme de grands lacs glaciaires retenus souvent par des moraines fragiles qui menacent de se rompre en provoquant d’énormes inondations.  C’est ce qui vient de se passer en Inde. Les journaux indiens expliquent l’effet domino – ou en cascade – suivi par les événements. 1) Un énorme volume de glace s’est détaché d’un glacier du massif de Nanda Devi et 2) a fini sa course dans un lac de fonte qui s’était formé à sa base, en raison du réchauffement climatique. 3) La moraine qui retenait ce lac s’est éventrée sous la pression de l’eau et 4) une déferlante s’est abattue dans le lit de la rivière Rishi Ganga.

Les spécialistes ont mis en garde à plusieurs reprises contre la construction de barrages, de tunnels et de routes mal planifiées dans le haut Himalaya. Un comité nommé par la Cour suprême indienne après la catastrophe de 2013 a recommandé qu’aucun barrage ne soit construit au-dessus d’une altitude de 2 000 mètres. En fondant et reculant, les glaciers laissent derrière eux un mélange instable de terre et de roches pouvant représenter un danger pour les barrages et les tunnels. Le comité a spécifiquement déconseillé la construction de six barrages sur la Rishi Ganga. Le deuxième et plus grand barrage noyé par la dernière crue glaciaire était en cours de construction malgré cette recommandation.

Source : Journaux indiens.

Affirmer, comme l’a fait un glaciologue grenoblois, que le réchauffement climatique ne serait pas la cause principale de cet effondrement glaciaire est assez surprenant et va à l’encontre des conclusions de ses collègues qui ont étudié cette région de l’Himalaya. D’une part, on sait que l’eau de fonte des glaciers joue un rôle de lubrifiant qui accélère leur glissement sur le substrat rocheux et favorise leur effondrement. D’autre part, la fonte du permafrost de roche favorise elle aussi les glissements de terrain. Il se peut que ce soit la conjugaison de ces deux phénomènes – résultat du réchauffement climatique – qui ait provoqué les événements en cascade mentionnés précédemment.

———————————————-

The death toll of the disaster that has just occurred in the state of Uttarakhanda is terrible, with 19 dead to date and more than 200 missing. The cause of this disaster was immediately pointed out: global warming which is melting and collapsing glaciers in the Himalayan range.

In a post published on June 27th, 2019, I once again drew attention to the worrying ice situation in this region of India. At the time, a report had just been published in the journal Science Advances. It indicated that in forty years, the Himalayan range had lost a quarter of its ice which had melted twice as fast as in the period 1975-2000. The authors of the report sent a serious warning. They specified that this alarming phenomenon linked to global warming was going to worsen and have a direct and dangerous impact on the populations living near the Himalayan range.

In 40 years, temperatures in the Himalayas have risen by one degree Celsius from those recorded between 1975 and 2000. The team of researchers who wrote the report analyzed forty years of satellite observations of India, China and Bhutan. Scientists were then able to compare the data from the first period with the more recent data collected via NASA satellites.

This accelerated melting of the Himalayan glaciers is not without consequences for the local populations living along the 2,000 kilometres of the mountain range. Some 800 million people depend directly on runoff for irrigation, hydroelectricity or drinking water. It is exactly the same situation as in Peru where the population depends directly on the water from the glaciers. As I point out during my « Glaciers in Danger » lecture, when the ice melts it forms large glacial lakes often held back by fragile moraines that threaten to break open and cause massive flooding. This is what just happened in India. The Indian newspapers explain the domino – or cascade – effect of he events. 1) A massive chunk of ice and frozen mud broke away from a Nanda Devi glacier and 2) fell into a melt lake that had formed at its snout, due to climate change. 3) The moraine around the lake collapsed and 4) a flash flood came roaring down the Rishi Ganga river.

Experts have been repeatedly warning against building dams, tunnels and poorly-planned roads in the high Himalayas. A committee appointed by India’s Supreme Court after the 2013 disaster had recommended that no dam be built above an altitude of 2,000 metres. While retreating, the glaciers have left behind an unstable mix of earth and rocks unsuitable for dams and tunnels. The committee had specifically said that six dams proposed on the Rishi Ganga should not be built. The second and larger project inundated by the latest glacial flood was being built despite this recommendation.

Source : Indian newspapers.

Ces deux images satellites de la NASA montrent l’extension d’un lac de fonte glaciaire dans l’Himalaya entre 1990 et 2018