Champs Phlégréens : Dernières nouvelles // Phlegrean Fields : Latest news

On a beaucoup parlé des Champs Phlégréens ces derniers temps car des articles de presse agitaient la possibilité d’une éruption à court terme. Lé région est surveillée par les scientifiques de l’INGV (section de Naples) qui publient un bulletin hebdomadaire. Voici une synthèse du dernier rapport d’activité diffusé le 11 avril 2017.

S’agissant de la sismicité, les instruments n’ont pas enregistré de séismes au cours de la semaine écoulée. Le dernier événement de M 0,1 a été observé le 25 mars 2017.

L’INGV n’a pas, non plus, relevé de déformation significative du sol. Comme je l’ai indiqué précédemment, la région est soumise à l’activité bradysismique avec des mouvements de soulèvement et d’affaissement du sol. L’un des meilleurs témoins de ce phénomène est le temple dit de Sérapis à Pouzzoles. L’Institut indique que la station inclinométrique de Pouzzoles enregistre un soulèvement du sol de 20 cm depuis janvier 2014, avec 7 centimètres depuis janvier 2016 (voir courbes ci-dessous).

Les émissions de CO2 sur le site la fumerolle de Pisciarelli (versant externe NE de la Solfatara) marquaient une tendance à la hausse avant une réparation effectuée sur le poste de mesures. Depuis la réparation, la tendance semble s’inverser. Il faudra donc attendre quelque temps pour avoir une idée définitive de l’évolution de ces émissions.

La température de la fumerolle de Pisciarelli atteint actuellement 114,2°C, soit une hausse d’environ 3°C depuis le 30 mars 2017.

La situation est donc relativement stable mais demande une surveillance permanente. On sait qu’il existe un réservoir magmatique de quelque 4 km de diamètre à environ 3 km de profondeur sous la région des Champs Phlégréens. Il y a 39 000 ans, une éruption avec un VEI de 7 a propulsé la cendre jusqu’au Groenland et contribué à l’extinction  de Néanderthaliens.

La surveillance se fait sur le terrain et grâce aux satellites qui analysent les moindres déformations du sol.

—————————————–

There has been much talk about the Phlegrean Fields in recent times as newspaper articles were wielding the possibility of a short-term eruption. The region is monitored by INGV (section of Naples) which publish a weekly bulletin. Here is a summary of the last one issued on April 11th, 2017.
Regarding seismicity, the instruments did not record any earthquakes during the past week. The last event (M 0.1) was observed on March 25th, 2017.
INGV did not detect any significant deformation of the soil. As I put it earlier, the region is subject to bradyseismic activity with movements of uplift and subsidence of the soil. One of the best evidence of this phenomenon is the so-called Serapis temple at Pozzuoli. The Institute reports that the tiltmeter station in Pozzuoli has recorded a 20 cm uplift since January 2014, with 7 cm since January 2016 (see graphs below).
CO2 emissions at the Pisciarelli fumarole site (Solfatara NE outer slope) showed an upward trend before repairs were carried out on the measurement station. Since the repair, the trend seems to be reversing. It will therefore be necessary to wait some time to get a definitive idea of ​​the evolution of these emissions.
The temperature of the Pisciarelli fumarole currently reaches 114.2°C, an increase of about 3°C since 30 March 2017.

The situation is therefore fairly stable but requires continuous monitoring. It is known that there is a magma storage some 4 km in diameter and about 3 km deep under the Phlegraean Fields. 39,000 years ago, an eruption with an VEI 7 propelled the ash as far as Greenland and contributed to the extinction of Neanderthals.

Monitoring is performed on the field and thanks to satellites that analyze the slightest deformations of the ground.

Source: INGV Napoli.

 

Champs Phlégréens (Italie)

Le Journal Télévisé de France 2 a consacré ce midi une rubrique aux Champs Phlégréens, site volcanique actif près de Naples. La séquence commençait mal car la présentatrice a indiqué qu’il s’agissait d’un super volcan, ce qui est inexact. Un super volcan a un VEI – Indice d’Explosivité Volcanique – de 8 (sur une échelle de 8 niveaux). Seuls des volcans comme le Yellowstone et le Toba ont accompli cet exploit. On estime – sans en être sûr – qu’une éruption des Campi Flegrei atteindrait au mieux le niveau 7 de l’Indice.

Cela dit, il est vrai, comme l’a fait remarquer Lucia Palppalardo, que certains indices tendent à montrer une certaine élévation de l’activité de la Solfatara au cours des derniers mois. Rien de très alarmant cependant. Il est dit dans le reportage que la température du sol a été mesurée à 40°C, ce qui n’est pas excessif et ne veut pas dire grand-chose. Cela dépend de l’endroit où la mesure a été effectuée et une seule mesure en un seul lieu n’est pas significative. En 1992, je l’avais mesurée à 120°C au niveau de la Bocca Grande.

Le sol de la région a tendance à se soulever, mais ce n’est pas un scoop. La région de Pouzzoles (Pozzuoli) connaît des épisodes récurrents de bradyséisme, avec le sol qui se soulève et s’abaisse en fonction des humeurs de la chambre magmatique sous le volcan. Il suffit de regarder les incrustations de coquillages sur les colonnes du temple de Serapis pour s’en rendre compte.

Le reportage attire l’attention sur le manque d’information dont est victime la population. Ce n’est pas nouveau et c’est la même chose à propos du Vésuve. Des plans d’évacuation existent mais leur mise en place dans l’Italie du Sud n’est pas chose facile. Nous ne sommes pas au Japon et le mot « discipline » ne revêt pas la même valeur !

En conclusion, il ne faut pas nier le risque éruptif des Champs Phlégréens mais la situation actuelle ne justifie pas un mouvement de panique. En cliquant sur ce lien, vous trouverez les dernières informations techniques sur l’activité de ce site dont la visite ne manque pas d’intérêt.

http://www.ov.ingv.it/ov/bollettini-campi-flegrei/Bollettino_Flegrei_2017_02_28.pdf

Source: NASA

 

La presse britannique réveille les Champs Phlégréens ! // The British press wakes up the Phlegrean Fields !

drapeau-francaisDepuis quelques jours, des articles fleurissent dans la presse britannique, annonçant que le volcan des Champs Phlégréens – près de Naples – montre des signes de réveil. Par exemple, le titre de The Week était « Le grand frère du Vésuve commence à se réveiller ».
En fait, en lisant les articles, on se rend compte qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer. D’accord, le volcan est actif et les scientifiques ont prévenu qu’une éruption pourrait se produire tôt ou tard, mais l’activité ne s’est pas vraiment intensifiée au cours des dernières semaines. Dans les articles, on relève abondance de «pourrait», «probable» et d’autres termes montrant que nous ne savons rien sur le comportement futur des Champs Phlégréens. Les journaux font référence à une nouvelle étude selon laquelle «la pression créée par la montée du magma pourrait atteindre un point critique». On nous rappelle qu’en 2012, les autorités italiennes ont fait passer le niveau d’alerte du vert au jaune, avec un suivi scientifique plus intense. Les articles font l’amalgame avec le Vésuve « qui a détruit Pompéi et les villes environnantes il y a plus de 2000 ans ». On nous dit qu’ »une éruption des Champs Phlégréens pourrait être bien pire. » Il est fait référence à l’éruption qui a eu lieu il y a 39 000 ans, « quand une explosion a expulsé des centaines de kilomètres de lave et de roche dans l’air [ce qui ne veut strictement rien dire !], ce qui peut avoir contribué à la disparition du continent des derniers Néandertaliens. » On nous apprend aussi que le volcan a tellement effrayé les Romains qu’ils considéraient le Lac Averne – à quelques kilomètres des Champs Phlégréens – comme l’entrée des Enfers.

Après avoir lu les articles, on se rend compte qu’ils n’ont aucune valeur scientifique. Ils entrent dans la sphère du sensationnalisme qui anime beaucoup de journaux outre-Manche. Il ne fait guère de doute que les Champs Phlégréens sont une menace pour les 500 000 habitants qui vivent à proximité mais, pour le moment, ces articles alarmistes restent sans fondement.

—————————————

drapeau-anglaisStarting a few days ago, articles have appeared in the British newspapers saying that the Campi Flegrei volcano near Naples was showing signs of reawakening. For instance, The Week’s headline was “Vesuvius’s big brother is starting to wake”.

Actually, when reading the articles, one realises that no such event is happening. Ok, the volcano is active and scientists have warned that an eruption might happen sooner or later, but activity has not increased during the past weeks. Along the lines, there is an abundance of “could”, “likely” and other terms showing we do not know anything about the future behaviour of the Phlegrean Fields. The newspapers refer to a new study that says “pressure created by rising magma could be reaching a critical point.” We are reminded that in 2012, Italian authorities raised the threat level from green to yellow, with more scientific monitoring. A mixture is made with Mt Vesuvius “which destroyed Pompeii and its surrounding cities more than 2,000 years ago”. We are told “an eruption by the Phlegraean Fields could be far worse.” Reference is made to the eruption that occurred 39,000 years ago, “when a blast expelled hundreds of miles of lava and rock into the air, which may have contributed to the demise of the continent’s last Neanderthals”. During the Roman times, the system so awed the Romans that they referred to its Lake Avernus crater as the mouth of Hades.

After reading the articles, one realise their aim is by no means scientific. It should be included in the sphere of sensationalism that animates too many newspapers over the Channel. Undoubtedly, the Phlegrean Fields remain a threat to the 500,000 people who live around them but, for the time being, any kind of panic would be useless.

champs-phlegreens-03

Champs Phlégréens avec l’observatoire Friedlander, aujourd’hui écroulé.

averno

Lago di Averno: l’Enfer n’est pas loin…

(Photos: C. Grandpey)

Champs Phlégréens (Italie) / Campi Flegrei (Italy) : Activité bradysismique provoquée par les gaz ? // Is bradyseismic activity caused by gases ?

drapeau francaisUne nouvelle étude effectuée par des géochimistes italiens et présentée à la conférence Goldschmidt à Yokohama (Japon) le 30 juin 2016, semble indiquer que les déformations du sol dans la région des Champs Phlégréens près de Naples sont provoquées par la pression du gaz, non par une ascension de magma. Les Champs Phlégréens sont bien connus pour leur instabilité géologique. Le sol peut se soulever et s’affaisser de plusieurs mètres au cours d’un laps de temps de quelques années, phénomène connu sous le nom bradyséisme. Les dernières années ont vu le sol de la région se soulever à nouveau, avec une hausse de 38 centimètres enregistrée depuis la fin de 2005. On a même craint une éruption volcanique.

La dernière alerte géologique a eu lieu en 1982-1984, avec un soulèvement du sol jusqu’à 1,80 m. La plupart des scientifiques pensent que le phénomène a été causé par une activité hydro-magmatique. A côté de cette idée, un groupe de chercheurs explique l’activité actuelle par une accumulation du magma sous les Campi Flegrei.
Aujourd’hui, des géochimistes de l’Université de Naples et de l’Observatoire du Vésuve pensent que le groupe de chercheurs fait fausse route. Ils ont examiné des données géochimiques remontant à plus de 30 ans et leur interprétation – qui prend en compte les gaz émis et les signaux physiques – rejoint l’hypothèse selon laquelle l’activité actuelle est hydrothermale, avec participation des gaz magmatiques profonds. Ces géochimistes ne pensent pas qu’il y ait migration du magma ou gonflement d’une chambre magmatique superficielle.

C’est une bonne nouvelle. En effet, l’activité au cours de laquelle le magma s’accumule avant de se déplacer vers la surface tend à être associée à un risque d’éruption. Il faut toutefois remarquer que le passage d’une activité hydrothermale à une activité magmatique peut se produire brutalement. Il est donc très difficile de prévoir l’activité future des Champs Phlégréens. Pour mettre en place une interprétation définitive de la situation, il faudrait pouvoir avoir un accès au comportement géophysique et géochimique du sous-sol de cette région. Cependant, comme je l’ai écrit dans plusieurs notes, il existe des désaccords concernant la sécurité des forages dans la région. Les autorités craignent qu’ils déstabilisent le sous-sol et provoquent une activité éruptive.
Source: Phys.org: http://phys.org/

————————————–

drapeau anglaisA new study by Italian geochemists, presented at the Goldschmidt conference in Yokohama, Japan, on 30 June 2016, seems to indicate that the current ground movement around the Campi Flegrei in the Naples area may be due to gas pressure, and not because of a surge of volcanic magma.  The Campi Flegrei (Phlegraean Fields) is well known for its geological instability. The land in this area can rise and fall by several metres over just a few years, a phenomenon known as Bradyseism. The last few years have seen the ground in the area begin to rise again, with a 38-centimetre rise recorded since late 2005. There have been worries that this may presage an eruption.

The last serious geological unrest was in 1982-1984, which saw ground levels rise by up to 1.8 metres. Most scientists think that the movement in this period was caused by mixed magmatic- hydrothermal activity. On the other hand, consensus exists that the current activity is caused by molten magma movement and accumulation under the Campi Flegrei.

Now, however, a group of geochemists from the University of Naples and the Vesuvius Observatory think that the consensus has got it exactly the wrong way round. They have checked geochemical records going back over more than 30 years, and their interpretation – which takes into account  the released gases and physical signals – seems to be consistent with current activity being hydrothermal, with the support of deep magmatic gases, rather than due to magma migration or growth of a shallow magma chamber.

This is good news. Indeed, activity in which magma moves upward and accumulates tends to be associated with an increased chance of an eruption. However the change from hydrothermal to magmatic activity can take place at any time, so it is very difficult to predict future activity in the Campi Flegrei. Achieving a definitive interpretation of the situation would probably require direct access to underground geochemical and geophysical information in the areas of interest. However, as I put it in previous posts, there is still a debate over the safety of drilling in such a volatile area.

Source: Phys.org: http://phys.org/

Champs-Phlegreens

Expérience d’ionisation dans la Solfatara : Le journal enflammé approché d’une fumerolle fait redoubler la fumée de la fumerolle. En effet, l’ion d’ammonium contenu dans le papier se combine avec les ions chlorures des fumerolles pour donner des vapeurs blanches visibles de chlorure d’ammonium. (Photo: C. Grandpey)