Concentrations de CO2 : 431,15 ppm
Concentrations de CH4 : 1945,85 ppb
Le lundi 20 avril 2026, France 5 a programmé « Les Algues Vertes« , un film de Pierre Jolivet, porté par Céline Sallette. Le film s’appuie sur des faits réels observés en Bretagne. En 2009, la mort par empoisonnement d’un cheval a été attribuée aux gaz toxiques émis lors de la décomposition des algues. Il en va de même avec l’hécatombe de 36 sangliers au cours de l’été 2011 dans l’estuaire du Gouessant.
« Les Algues vertes » s’appuie largement sur ces faits divers pour essayer de montrer la responsabilité de l’agriculture intensive qui a remplacé les petites exploitations en Bretagne. Dans le film, une journaliste rencontre de nombreux témoins et prend la mesure de l’omerta qui entoure cette question environnementale. Elle découvre également l’influence importante de l’industrie agroalimentaire dans la région. S’appuyant sur les acteurs locaux engagés, elle contribue à faire émerger ce sujet au niveau national à travers ses reportages radio.
S’agissant de la réalité, l’Agence Régionale de Santé (ARS) confirme le danger de ces algues qui sont inoffensives lorsqu’elles flottent à la surface de la mer, mais qui deviennent une menace lorsqu’elles s’échouent sur le littoral et entament une phase de décomposition. Ce phénomène de putréfaction engendre des émanations de sulfure d’hydrogène (H2S), un gaz très toxique qui présente une odeur forte d’œuf pourri et qui peut être mortel pour les animaux et pour l’homme.

Crédit photo : ARS
Le film « Les Algues vertes » a été réalisé en 2023, mais la problème semble loin d’être résolu. Aujourd’hui, en 2026, l’association Eau et Rivières de Bretagne renvoie l’État devant ses responsabilités. Elle saisit à nouveau la justice pour que les pouvoirs publics renforcent leurs actions contre les algues vertes. Le 13 mars 2025, le tribunal administratif de Rennes avait laissé au préfet un délai de dix mois pour prendre « toutes les mesures nécessaires pour permettre de réduire effectivement la pollution des eaux par les nitrates d’origine agricole sur le territoire breton ». L’association environnementale dénonce dans un communiqué « l’inertie » des autorités au moment où le gouvernement présente une loi d’urgence agricole qui va « de nouveau affaiblir la réponse de l’État sur les pollutions d’origine agricole ».

Crédit photo : Eau et Rivières de Bretagne
En réponse aux propos de l’association Eau et Rivières de Bretagne, le préfet a annoncé que le plan d’action régional contre les algues vertes serait révisé, avec une application au 1er septembre 2026. Pour le porte-parole de l’association, cette réponse réglementaire reste insuffisante et peut conduire à « un empilement de mesures », là où d’autres leviers, notamment économiques, peuvent être mobilisés.
Ces différents épisodes montrent la position inconfortable de l’État qui doit ménager la chèvre et le chou, autrement dit trouver un juste milieu entre les contraintes environnementales et les intérêts d’une population dont les revenus dépendent d’une agriculture intensive et des problèmes qui y sont liés.
++++++++++
Aux Antilles, les sargasses remplacent les algues vertes bretonnes. Après avoir observé les problèmes sur le terrain en Martinique, j’ai rédigé plusieurs notes sur le sujet qui montre des similitudes avec la Bretagne. Toutefois, la principale différence réside dans le fait que les algues vertes sont dues à une pollution provenant de la terre, alors que les bancs de sargasses proviennent du large. Mais au final, ce sont les activités humaines sui sont le véritable déclencheur du problème.

Photo: C. Grandpey
En 2019, un article paru dans le Magazine GEO nous explique que la prolifération des sargasses n’est pas un phénomène nouveau. Au 15ème siècle déjà, Christophe Colomb avait pu observer ces masses flottant dans l’océan. Depuis 2011, les algues connaissent toutefois une expansion sans précédent dans le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes.
En étudiant les données satellite et les échantillons, des chercheurs de l’Université de Floride ont constaté que le phénomène semblait être connecté à deux facteurs : d’une part, la hausse de la déforestation et de l’utilisation d’engrais en Amazonie à partir de 2009 et d’autre part, des courants ascendants venus d’Afrique de l’Ouest. Le premier aurait permis aux eaux de s’enrichir en nutriments via le fleuve Amazone tandis que le second aurait fait remonter ces derniers à la surface, jusqu’aux algues. Des données ont ainsi montré que les niveaux de nutriments dans l’Amazone étaient particulièrement élevés en 2018. Mais d’autres facteurs tels que la salinité et la température des eaux semblent également jouer un rôle dans la prolifération des sargasses.
Dans une autre étude (voir note du 9 novembre 2021 sur ce blog), un groupe de chercheurs américains attribue l’une des principales causes de ce phénomène aux eaux usées d’origine humaine et aux eaux de ruissellement agricoles transportées par les rivières vers l’océan. En réalité, les scientifiques pensent que l’on a affaire à un phénomène complexe associant changement climatique, destruction de la forêt amazonienne et poussière en provenance de l’ouest du désert du Sahara. Cet ensemble de facteurs favorise très probablement les méga-proliférations de sargasses.
Comme les algues vertes, quand les sargasses flottent à la surface de l’océan, elles ne présentent pas le moindre risque pour la santé. Ces vastes radeaux flottants constituent de véritables oasis de vie ; ils offrent abri, nourriture et zones de reproduction à une grande diversité d’espèces, poissons, tortues marines, oiseaux, crustacés…

Photo: C. Grandpey
Une fois échouées sur les plages, ces algues deviennent bien souvent un véritable fléau pour l’environnement, l’humain et les animaux.

Photo: C. Grandpey
J’ai expliqué les risques sanitaires dans plusieurs notes, comme celle du 28 août 2018 :
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2018/08/28/martinique-les-sargasses-ca-agace/
S’agissant de l’année 2026, Météo-France annonce l’arrivée de quantités record de sargasses, en particulier sur le côte atlantique de la Martinique.





