Antarctique: D’autres icebergs tabulaires // Antarctica: More tabular icebergs

Le 24 octobre 2018, j’ai mis en ligne une note à propos d’un «bel iceberg tabulaire» – appelé Tabular A – observé et photographié lors d’un survol pendant l’Opération IceBridge au-dessus de la Péninsule Antarctique septentrionale le 16 octobre.
En réalité, il n’y avait pas un, mais plusieurs icebergs tabulaires dans la zone où la photo a été prise, comme on peut le voir sur la photo ci-dessous.
Un autre iceberg relativement rectangulaire – baptisé Tabular B – est visible à proximité du premier iceberg, derrière le moteur de l’avion. On distingue au loin l’immense iceberg tabulaire A68 qui présente une taille proche de celle de l’Etat du Delaware, et qui s’est détaché de la banquise Larsen C en juillet 2017. Les icebergs tabulaires A et B, ainsi qu’un certain nombre d’autres icebergs similaires dans la région, se sont détachés de la banquise au cours d’un même événement de rupture. .
Comme je l’ai déjà dit, des icebergs tabulaires se détachent régulièrement de la banquise. Sur la photo, leurs parois remarquablement droites et leurs angles vifs montrent qu’ils se sont détachés récemment de la banquise car l’action du vent et des vagues n’a pas encore eu le temps d’adoucir les angles.
Le vol IceBridge a décollé de Punta Arenas, dans le sud du Chili. Il fait partie d’une mission de la NASA programmée du 10 octobre au 18 novembre 2018.
Source: NASA.

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On October 24th, 2018, I edited a post about “a nice tabular iceberg” – called tabular A – that was observed and photographed during an Operation IceBridge flight over the northern Antarctic Peninsula on October 16th.

Actually, there was not one, but several tabular icebergs in the area where the photo was taken, as can be seen in the photo below.

Another relatively rectangular iceberg – called Tabular B – is visible near the first berg, behind the plane’s outboard engine. The huge, tabular iceberg A68 is visible in the distance. A68, which is about the size of the state of Delaware, calved off the Larsen C ice shelf in July of 2017. Tabular A and Tabular B, along with a number of other similar sheet-cake bergs in the area, are products of that same breakup. .

As I put it before, tabular icebergs crack off the edges of ice shelves. The bergs with strikingly straight edges and sharp corners are relatively fresh, as the erosional action of wind and waves hasn’t yet had time to smooth these features down

The IceBridge flight originated from Punta Arenas, in southern Chile. It was part of a NASA mission scheduled to run from October 10th to November 18th, 2018.

Source: NASA.

Crédit photo: NASA

Un bel iceberg tabulaire // A nice tabular iceberg

La NASA a mis en ligne l’image d’un iceberg de forme rectangulaire presque parfaite au large de la côte est de la péninsule antarctique, près de la plateforme glaciaire Larsen C. La photo a été prise pendant l’opération IceBridge dont le but est de photographier les régions polaires afin de comprendre l’évolution de la glace au cours des dernières années.
Bien que l’iceberg présente une forme assez inhabituelle, il s’agit d’un phénomène tout à fait naturel. Il s’agit d’un iceberg tabulaire, différent des icebergs angulaires les plus courants, avec juste une petite pointe sortant de l’eau.
Les icebergs tabulaires ont des côtés taillés à l’emporte-pièce, presque verticaux et une surface parfaitement plane. Ils se détachent généralement des plateformes glaciaires dans un processus appelé « vêlage » que j’ai expliqué dans des notes précédentes. Lorsque le vêlage d’un iceberg s’effectue d’un seul coup, les angles de la masse de glace peuvent être proches de 90 degrés. Dans le cas présent, l’iceberg a probablement été produit par un vêlage récent car le vent et les vagues n’ont pas eu le temps de l’éroder, ni d’arrondir ses angles..
En règle générale, 10% seulement des icebergs émergent de la surface de l’océan lorsqu’ils flottent. Cependant, au vu de cette seule photo, il est difficile de savoir si l’iceberg flotte complètement ou s’il repose en partie sur le fond de l’océan.
La NASA a l’intention d’étudier ce processus de vêlage dans le cadre de la mission IceBridge. Elle permettra aux scientifiques de mesurer la fonte de la glace sous l’effet du réchauffement climatique. Avec la hausse des températures, les plateformes glaciaires sont beaucoup plus susceptibles de produire des icebergs qui vont fondre en flottant à la surface de l’océan. Il s’agit d’une variable clé dans l’élévation continue du niveau de la mer que la NASA mesure depuis des décennies.
Source: NASA.

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NASA has released the image of a nearly perfect rectangular iceberg off the east coast of the Antarctic Peninsula, near the Larsen C ice shelf. The photo was taken during Operation IceBridge, a mission to image the polar regions in order to understand how the ice has been changing in recent years.

While the iceberg is quite strange to look at, it is an entirely natural phenomenon. It is a tabular iceberg, different from the more common angular icebergs with just a small tip jutting out of the water.

Tabular icebergs have steep, nearly vertical sides and a flat plateau top. They typically break off of ice shelves in a process called “calving” I have explained in previous posts. When there is a clean calve of the iceberg, the angles can be close to 90 degrees. In this case, the iceberg is likely not very old as the wind and the waves have not yet eroded and rounded out its sharp edges.

Typically only 10 percent of an iceberg emerges above the ocean surface when floating. However, it is unclear in this particular image whether the iceberg is fully floating or partially sitting on the ocean bottom.

NASA intends to study this calving process through Operation IceBridge as a way of measuring melting due to global warming. As the planet warms, these ice shelves much more susceptible to calve off and melt as they float off into the ocean. This is a key variable in the continued sea level rise NASA has been measuring for decades.

Source : NASA.

Crédit photo: NASA

La menace des plates-formes glaciaires en Antarctique // The threat of Antarctica’s ice shelves

En 2017, la plate-forme glaciaire Larsen C en Antarctique s’est désintégrée et a libéré un énorme iceberg plus grand que le département français de la Lozère dont la superficie est de 5167 kilomètres carrés. Les scientifiques ont calculé la hausse du niveau de l’océan qui résulterait de l’effondrement de deux des plates-formes les plus vulnérables de l’Antarctique.
On a beaucoup parlé de la plate-forme Larsen, mais les dernières recherches dont les résultats ont été publiés dans la revue The Cryosphere révèlent que la désintégration totale de Larsen C ne contribuerait que pour quelques millimètres à l’élévation du niveau des mers.
Les scientifiques expliquent que la désintégration de la plus petite plate-forme glaciaire George VI provoquerait environ cinq fois plus d’élévation, soit environ 22 millimètres. Ces chiffres semblent très faibles, mais ils ne représentent qu’une partie de la hausse du niveau global qui est également favorisée par la fonte des glaciers ailleurs dans le monde, ainsi que celle des calottes glaciaires du Groenland, de l’Est et de l’Ouest de l’Antarctique. La fonte  cumulée des glaciers et des calottes glaciaires pourrait causer de graves problèmes aux nations insulaires et aux populations côtières.
Comme je l’ai écrit dans les articles précédents, les plates-formes glaciaires comme Larsen C et George VI jouent un rôle de barrage et ralentissent l’écoulement de la glace qui se trouve en amont. C’est pourquoi la compréhension de leur morphologie et de leur comportement est essentielle pour prévoir la perte de glace en Antarctique.
En 2002, la plate-forme Larsen B, voisine de Larsen C, s’était déjà désintégrée en quelques semaines après la rupture et le détachement d’un très gros iceberg. L’iceberg qui s’est détaché de Larsen C en 2017 mesurait 5 800 kilomètres carrés.
Bien qu’une désintégration totale de Larsen C soit inquiétante, la dernière étude montre que la désintégration de la plate-forme George VI aurait un impact beaucoup plus important sur l’écoulement de la glace intérieure vers la mer. L’effondrement de George VI déclencherait une élévation du niveau de la mer plus importante car les glaciers retenus par cette plate-forme sont nettement plus volumineux que ceux qui se trouvent derrière Larsen C.
Les prochaines analyses des plates-formes glaciaires en Antarctique permettront aux scientifiques d’estimer avec plus de précision les impacts du réchauffement climatique sur la perte de glace et leurs conséquences sur le niveau des mers à l’échelle de la planète. Au vu de la hausse des températures prévue pour le siècle à venir, la péninsule antarctique constituera un laboratoire idéal pour étudier les changements que subiront les plates-formes glaciaires.

Les bouleversements qui se produisent actuellement dans la péninsule antarctique constituent un signal d’alarme. Il faudra étudier le comportement des plates-formes glaciaires et de la banquise ailleurs sur le continent austral. De taille beaucoup plus importante, elles ont le potentiel de faire s’élever encore davantage le niveau de la mer dans le monde.
Sources: The Cryosphere, AntarcticGlaciers.org, British Antarctic Survey.

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In 2017, the Larsen C ice shelf in Antarctica disintegrated and released a huge iceberg larger than the French department Lozère whose area is 5167 square kilometres. Now, scientists have calculated the rise in seas that would result from the collapse of two of Antarctica’s most vulnerable ice shelves.

Much attention has been paid to the Larsen C ice shelf breakdown, but the latest research, published in the journal The Cryosphere, suggests the collapse of Larsen C will contribute just a few millimetres to global sea level rise.

Scientists determined the collapse of the smaller George VI ice shelf would trigger approximately five times the amount of sea level rise, about 22 millimetres. These numberslook very small but they are only one part of a larger sea-level rise including loss from other glaciers around the world and from the Greenland, East and West Antarctic ice sheets. Taken together, all the sources of glacier and ice sheet melting could be significant to island nations and coastal populations.

As I put it in previous posts, ice shelves like Larsen C and George VI act like dams and slow the flow of inland ice toward the coast. That’s why understanding their structural integrity is essential to forecasting the loss of Antarctic ice.

In 2002, Larsen C’s neighbour, the Larsen B ice shelf, disintegrated in a matter of weeks after a massive iceberg broke away. The iceberg that broke away from Larsen C in 2017 measured 5,800 square kilometres.

Though the breakdown of Larsen C is likely to be dramatic, the latest analysis shows the disintegration of George VI would have a greater impact on the flow of inland ice toward the sea. Indeed, the collapse of George VI would trigger greater sea level rise because the glaciers it backstops are significantly larger than those behind Larsen C.

Future analysis of Antarctica’s ice shelves can help scientists more accurately estimate the impacts of global warming on ice loss and the impacts of ice loss of global sea levels. In light of the increasing temperatures projected for the coming century, the Antarctic Peninsula provides an ideal laboratory to research changes in the integrity of floating ice shelves.

The dramatic changes taking place in the Antarctic Peninsula as a warning signal for the much larger ice sheet and ice shelf systems elsewhere in Antarctica with even greater potential for global sea-level rise.

Sources: The Cryosphere, AntarcticGlaciers.org, British Antarctic Survey.

Vue de la plate-forme George VI (Crédit photo: British Antarctic Survey)

Des icebergs pour lutter contre la pénurie d’eau // Icebergs to fight against water shortage

Avec le changement climatique, un problème majeur sur Terre dans les prochaines décennies sera probablement le manque d’eau. Les pays situés dans les régions les plus sèches de la planète seront les premiers à en souffrir. L’Afrique du Sud en fait partie et les autorités tentent de trouver des solutions. L’un des projets consisterait à remorquer un iceberg depuis l’Antarctique jusqu’au Cap pour fournir de l’eau douce à la ville qui est sous la menace d’une pénurie d’eau. En 2017, Le Cap était sur le point de fermer tous ses robinets et d’obliger la population à faire la queue pour obtenir des rations d’eau à des bornes fontaines publiques.
L’idée de remorquer un iceberg de 90 à 100 millions de tonnes depuis l’Antarctique n’est pas nouvelle. L’idée a déjà été proposée par l’Arabie Saoudite il y a quelques années, mais le projet a finalement été abandonné parce qu’il était trop coûteux et comportait trop de difficultés techniques.

Le projet consiste à envelopper l’iceberg dans une jupe textile isolante pour stopper la fonte de la glace et d’utiliser un supertanker et deux remorqueurs pour le tirer sur 1900 kilomètres vers Le Cap en utilisant les courants océaniques. L’iceberg, soigneusement sélectionné par des drones et des radiographies, aurait une longueur d’environ 800 mètres, une largeur de 500 mètres et une épaisseur de 250 mètres, avec une structure tabulaire.
L’eau provenant de la fonte de la glace pourrait être recueillie chaque jour en utilisant des canaux de collecte tandis qu’une machine dotée d’une fraise broierait la glace. Ce système produirait 150 millions de litres d’eau utilisable chaque jour pendant un an.
On estime qu’il faudrait débourser 100 millions de dollars pour transporter un iceberg depuis l’Antarctique, voyage qui pourrait prendre jusqu’à trois mois, sans oublier 50 à 60 millions de dollars pour récolter l’eau de fonte pendant un an.
Pour faire face à la sécheresse, Le Cap a déjà pris des mesures allant de la construction d’usines de dessalement d’eau de mer à la publication d’instructions strictes demandant à la population de n’utiliser les toilettes que lorsque cela est nécessaire.

On ne sait pas si les autorités du Cap seront séduites par le projet d’iceberg antarctique. Un problème sera de savoir comment transférer l’eau de l’iceberg vers le réseau de distribution de la ville. On ne sait pas non plus si, une fois arrivé au cap, l’iceberg sera toujours en mesure de produire les volumes d’eau espérés. Les scientifiques indiquent qu’il pourrait perdre près de 30% de sa masse lors de son voyage vers le nord.
De nombreux scientifiques sont persuadés que le projet est fou. C’est l’opinion d’un glaciologue norvégien qui a travaillé en Arabie Saoudite sur le projet similaire mentionné précédemment.
Le projet sud-africain impliquant le remorquage d’un iceberg n’a jamais été réalisé et on ne sait pas s’il résisterait aux courants océaniques. On ne sait pas non plus si le bloc de glace ne se  fracturera pas au cours du voyage. Selon ses initiateurs, c’est certes un projet à haut risque, mais qui peut, au bout du compte, présenter de sérieux avantages.
Source: Presse internationale.

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With climate change, a major problem on Earth in the next decades will probably be the lack of water. Countries located in the driest parts of the world will be the first to suffer from this problem. South Africa is one of them and authorities are trying to find solutions. One of the projects would consist in towing an iceberg from Antarctica to Cape Town to supply fresh water to the city which is under the threat of a shortage of water. In 2018, Cape Town was very close to shutting off all its taps and forcing residents to queue for water rations at public standpipes.  .

The idea of towing a a 90-100 million-ton iceberg from Antarctica is not new. It was already imagines by Saudi Arabia a few years ago, but the project was finally abandoned because it was too costly and involves too many technical difficulties. It would consist in wrapping the iceberg in a textile insulation skirt to stop its melting and using a supertanker and two tugboats to drag it 1,900 kilometres towards Cape Town using prevailing ocean currents. The iceberg, carefully selected by drones and radiography scans, would be about 800 metres long, 500 metres wide and up to 250 metres thick, with a flat surface.

Melted water could be gathered each day using collection channels while a milling machine would create ice slurry. This system would produce 150 million litres of usable water every day for a year.

It has been estimated it would cost 100 million dollars to haul an iceberg on a journey that could take up to three months, and another 50-60 million dollars to harvest the water for one year as it melts.

To tackle the drought, Cape Town has already taken measures ranging from building seawater desalination plants to issuing strict instructions to only flush toilets when necessary. However, whether Cape Town authorities will be persuaded to embrace the iceberg project is unclear. One problem would be how to channel the water from the iceberg into the city’s distribution system. Another problem is that there is no guarantee that by the time the iceberg is hauled to Cape Town, it will still be able to produce the promised volumes of water. Scientists say it is likely to shrink by almost 30 per cent on its journey northwards.

Many experts are convinced the project is crazy. This is the opinion of a Norwegian glaciologist who worked on the Arabian project I mentioned above.

Such a project involving the towing of an iceberg has never been done before and it is unknown if it would withstand ocean currents or simply fracture in transit. According to its initiators, it is a high risk project, but also one which may have a very high reward at the end.

Source : Presse internationale.

Exemple d’iceberg tabulaire (Crédit photo: Wikipedia)