La fonte de l’Antarctique continue // The melting of Antarctica is going on

Dans l’hémisphère nord, la glace de mer dans l’Arctique se situe à des niveaux historiquement bas. Son extension pour le mois de janvier 2023 est inférieure à celle des mois de janvier des 4 dernières années. Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises,, la tendance sur le long terme est à un déclin rapide dans cette région du globe.

Il n’y a pas si longtemps, on pensait que la glace de mer de l’Antarctqiue était à l’abri du réchauffement climatique et ne subirait pas les effets de la hausse des températures. C’est terminé. Les dernières années ont montré que l’Antarctique fondait lui aussi. Les dernières nouvelles ne sont pas bonnes.

Le 21 février 2023, la glace de mer de l’Antarctique a probablement atteint son extension minimale annuelle avec 1,79 million de kilomètres carrés. C’est ce que révèlent les mesures du National Snow and Ice Data Center (NSIDC). C’est un nouveau record pour la deuxième année consécutive. Le précédent record établi le 25 février 2022 était de 1,92 million de kilomètres carrés. De plus, l’extension minimale de 2023 est inférieure de 1,05 million de kilomètres carrés à la moyenne de 1981 à 2010.

La carte ci-dessous montre l’extension de la glace de mer de l’Antarctique avec la délimitation orange représentant l’extension moyenne sur la période 1981-2010. Il est bon de rappeler que la fonte de la glace de mer n’a pas d’impact perceptible sur le niveau de la mer car cette glace est déjà dans l’eau de l’océan.

S’agissant de l’impact de l’Antarctique sur la hausse du niveau des océans, il faut se tourner vers les plates-formes glaciaires. Leur amincissement et donc leur moindre résistance favorisent l’écoulement des glaciers auxquels elles servent de rempart. L’arrivée de ces glaciers dans l’océan contribue, elle, à l’élévation du niveau des océans. J’ai signalé à plusieurs reprises l’impact que pourrait avoir la fonte des glaciers Thwaites ou Pine Island. Si ces glaciers n’étaient plus retenus par les plates-formes, cela favoriserait leur avancée rapide vers l’océan Austral, d’autant plus que ces systèmes glaciaires de l’Antarctique occidental sont interconnectés.

Selon les données satellitaires, la réduction annuelle de la banquise antarctique est de 2 800 kilomètres carrés, soit une baisse de 1 % par décennie par rapport à la moyenne de 1981 à 2010.

Selon le NSIDC, cette réduction de la glace antarctique est due à plusieurs facteurs. D’une part, une oscillation antarctique positive a conduit à des vents d’ouest plus forts que la moyenne. D’autre part, les conditions météorologiques ont apporté de l’air chaud des deux côtés de la péninsule antarctique. Cela a largement contribué à la perte de glace dans la région.

L’étendue de la glace de mer de l’Antarctique a été très variable au cours des dernières années et les scientifiques disent qu’il faudra davantage de recul pour affirmer que cette tendance à la baisse est une conséquence du réchauffement climatique. Le doute ne semble toutefois guère permis. La perte de masse totale de l’Antarctique est aujourd’hui six fois plus rapide qu’il y a quarante ans. La fragilité de l’Antarctique de l’Ouest est observée depuis plusieurs années et l’Antarctique Est, réputé plus stable, semble vouloir suivre la même trajectoire.

Source : NSIDC, global-climat.

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In the northern hemisphere, sea ice in the Arctic is at historically low levels. Its extension for January 2023 is lower than that of the months of January of the last 4 years. As I have repeatedly indicated, the long-term trend is one of rapid decline in this region of the globe.
Not so long ago, Antarctica’s sea ice was thought to be immune to global warming and would not suffer the effects of rising temperatures. It’s over. The last few years have shown that Antarctica is also melting. The latest news is not good.
On February 21st, 2023, Antarctic sea ice probably reached its annual minimum extent of 1.79 million square kilometers. This was revealed by measurements from the National Snow and Ice Data Center (NSIDC). This is a new record for the second consecutive year. The previous record set on February 25th, 2022 was 1.92 million square kilometers. Additionally, the 2023 minimum extension is 1.05 million square kilometers less than the 1981-2010 average.
The map below shows the Antarctic sea ice extent with the orange boundary representing the average extent over the period 1981-2010. It is worth remembering that the melting of sea ice has no impact on sea level because this ice is already in the ocean water.
When it comes to Antarctica’s impact on sea level rise, one has to look to ice shelves. Their thinning and therefore their lower resistance promote the flow of the glaciers to which they serve as a rampart. The arrival of these glaciers in the ocean contributes to the rise in the level of the oceans. I have repeatedly pointed out the impact that the melting of the Thwaites or Pine Island glaciers could have. If these glaciers were no longer held back by the ice shelves, it would favor their rapid advance towards the Southern Ocean, especially as the West Antarctic ice systems are interconnected.
According to satellite data, the annual reduction in Antarctic sea ice is 2,800 square kilometers, a decrease of 1% per decade compared to the average from 1981 to 2010.
According to NSIDC, this reduction in Antarctic ice is due to several factors. On the one hand, a positive Antarctic Oscillation led to stronger than average westerly winds. On the other hand, the weather conditions brought warm air to both sides of the Antarctic Peninsula. This has largely contributed to the loss of ice in the region.
Antarctica’s sea ice extent has been highly variable in recent years and scientists say it will take more time to decide whether Antarctica’s declining sea ice trend is a sign of global warming. However, there is hardly room for doubt. Antarctica’s total mass loss is now six times faster than forty years ago. The fragility of West Antarctica has been observed for several years and East Antarctica, reputed to be more stable, seems to want to follow the same trajectory.
Source: NSIDC, global-climat.

 

Extension de la glace de mer antarctique le 21 février 2023. La moyenne 1981-2010 est délimitée en orange. (Source : NSIDC)

Encore des nouvelles inquiétantes // More disturbing news

Selon l’observatoire Copernicus, l’étendue de la banquise en Antarctique, où c’est actuellement l’été, a atteint un nouveau record à la baisse pour un mois de janvier, bien en dessous du précédent record de janvier 2017. Suite aux records de chaleurs de 2022, l’étendue de banquise était en janvier 2023 inférieure de 31% à la moyenne, soit le niveau le plus bas jamais atteint pour le premier mois de l’année.

Les nouvelles ne sont guère meilleures pour l’Arctique, où c’est l’hiver, et où une étendue de glace de mer 4% inférieure à la normale été observée. Il s’agit de la troisième plus faible mesure pour un mois de janvier. Ces mesures sont inquiétantes. En effet, si la fonte de la glace de mer n’a pas d’effet perceptible sur la hausse du niveau des océans puisqu’elle se trouve déjà dans l’eau de mer, elle accélère le réchauffement climatique. Par albédo, sa surface blanche, agit comme un miroir et réfléchit l’essentiel de l’énergie du soleil. Sa fonte laisse place une surface maritime sombre qui absorbe la chaleur du rayonnement solaire et participe ainsi à l’accélération du réchauffement de la planète.

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According to the Copernicus observatory, the extent of sea ice in Antarctica, where it is currently summer, has reached a new downward record for a month of January, well below the previous record of January 2017. Following the 2022 heat records, the extent of sea ice in January 2023 was 31% below average, i.e. the lowest level ever reached for the first month of the year.
The news is not much better for the Arctic, where it is winter, and where an extent of sea ice 4% lower than normal has been observed. This is the third lowest measurement for a month of January. These figures are worrying. Indeed, if the melting of sea ice has no perceptible effect on the rise in the level of the oceans since it is already in the sea water, it accelerates global warming. By albedo, its white surface acts like a mirror and reflects most of the sun’s energy. Its melting gives way to a dark maritime surface that absorbs heat from solar radiation and thus contributes to accelerating global warming.

En disparaissant, la glace de mer accélère le réchauffement climatique (Photo: C. Grandpey)

Cascade de sang en Antarctique // Blood Falls in Antarctica

Dans le sud-ouest de l’Antarctique, le glacier Taylor présente une longueur d’environ 54 kilomètres. Il a été découvert par la British National Antarctic Expedition (1901-1904). Aujourd’hui, il est l’objet de mesures et de modélisations effectuées par des chercheurs de l’Université de Californie et de l’Université du Texas. Le Taylor est un glacier « à base froide », ce qui signifie que sa base est gelée et adhère au substrat rocheux en dessous. Les autres glaciers de la planète sont « à base humide », ce qui signifie qu’ils frottent le substrat rocheux en se déplaçant et déposent des matériaux comme les moraines le long de leurs bordures. Les glaciers à base froide se déplacent un peu comme du mastic, poussés par leur propre poids.
Le glacier Taylor a intrigué les géologues pendant des décennies parce qu’il donne naissance à une chute d’eau rouge-orangé, raison pour laquelle elle a été baptisée Blood Falls.
Le phénomène a été découvert par le géologue Griffith Taylor en 1911. À l’époque, il pensait que les algues rouges vivant dans l’eau étaient responsables de la teinte de la cascade. Plus d’un siècle plus tard, les scientifiques ont découvert que la couleur de la rivière était due à des sels de fer qui suintent de la glace et qui deviennent rouges lorsqu’ils entrent en contact avec l’air.
Dans une étude de 2017, les scientifiques ont découvert que le glacier Taylor s’est formé il y a environ 2 millions d’années, et recèle un lac d’eau salée sous une épaisse couche de glace. Des millions d’années plus tard, le lac a atteint le bord du glacier et laisse échapper l’eau salée.
Dans une étude effectuée en 2015 à l’aide d’un radar capable d’observer sous la glace (voir vidéo ci-dessous), les chercheurs ont découvert un réseau de rivières coulant dans des fissures à l’intérieur du glacier. Cela signifie que de l’eau liquide peut exister à l’intérieur d’un glacier extrêmement froid.
Bien que cela semble contre-intuitif, l’eau libère de la chaleur lorsqu’elle gèle, et cette chaleur réchauffe la glace plus froide environnante. La chaleur et la température de congélation plus basse de l’eau salée rendent possible le mouvement du liquide. Dans le monde, le glacier Taylor est le plus froid avec de l’eau qui coule constamment.
Dans une étude de 2009, des chercheurs ont découvert que le lac sous-glaciaire héberge une communauté de microbes capables de vivre à des conditions extrêmes, sans lumière ni oxygène. Au lieu de cela, ils utilisent du fer et du sulfate. Les chercheurs pensent que le lac emprisonné sous le glacier il y a des millions d’années était plein de microbes. Ils aimeraient savoir comment un écosystème fonctionne sous un glacier et comment ces écosystèmes peuvent se développer sous des centaines de mètres de glace et vivre dans des conditions de froid et d’obscurité permanentes pendant de longues périodes.
Les scientifiques pensent que l’étude de ces microbes sera une aubaine pour l’astrobiologie. Ils peuvent aider à comprendre comment la vie est possible dans d’autres mondes possédant des masses d’eau gelées similaires, comme la planète Mars.
Source : Business Insider, Yahoo Actualités.

En cliquant sur ce lien, vous verrez une vidéo (sous-titrée) qui fait un bon résumé de la situation sur le glacier Taylor :

https://youtu.be/085vQpDGZdw

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The Taylor Glacier is an Antarctic glacier about 54 kilometres long in the southwestern part of Antarctica. It was discovered by the British National Antarctic Expedition (1901–1904)

The Taylor Glacier has been the focus of a measurement and modeling effort carried out by researchers from the University of California and the University of Texas. It is is “cold-based,” meaning its bottom is frozen to the ground below. The rest of the world’s glaciers are “wet-based,” meaning they scrape over the bedrock, picking up and leaving obvious piles of debris (moraines) along their edges. Cold-based glaciers flow more like putty, pushed forward by their own weight.

The Taylor Glacier has puzzled geologists for decades because it produces a bright red river that oozes out of the ice, aptly named Blood Falls.

The phenomenon was first discovered by geologist Griffith Taylor in 1911. At the time, he thought that red algae living in the water was responsible for the water’s striking red hue. More than a century later, scientists found what causes the bloody river was iron salts seeping out of the ice that turn red when they make contact with the air.

In a 2017 study, scientists found that Taylor Glacier formed roughly 2 million years ago, trapping a saltwater lake under it. Millions of years later, the ancient lake has reached the edge of the glacier, squeezing out salt water.

In a 2015 study, using an ice-penetrating radar, researchers found a network of rivers flowing through cracks in the glacier. That means liquid water can exist inside an extremely cold glacier.

While it sounds counterintuitive, water releases heat as it freezes, and that heat warms the surrounding colder ice, The heat and the lower freezing temperature of salty water make liquid movement possible. Taylor Glacier is the coldest known glacier to have persistently flowing water.

In a 2009 study, researchers discovered that the underwater lake is home to unique inhabitants : a community of microbes that can survive extreme conditions, with no light or oxygen. Instead, they use iron and sulfate to survive.

Researchers believe the lake trapped beneath the glacier millions of years ago was full of microbes.

They would like to know how an ecosystem functions below glaciers, and how such ecosystems are able to persist below hundreds of meters of ice and live in permanently cold and dark conditions for extended periods of time.

Scientists believe studying these microbes will be a boon for astrobiology. They can shed light on how life might survive in other worlds with similar bodies of frozen water, like Mars.

Source : Business Insider, Yahoo News.

By clicking on this link, you’ll have access to a good video that sums up the situation on the Taylor Glacier :

https://youtu.be/085vQpDGZdw

Glacier Taylor et Blood Falls (Crédit photo: National Science Foundation)

Nouveau vêlage en Antarctique // New calving in Antarctica

Un énorme iceberg deux fois plus grand que New York s’est détaché d’une plate-forme glaciaire en Antarctique. D’une superficie de près de 1 600 kilomètres carrés, il a rompu ses amarres avec la plate-forme de Brunt le 22 janvier 2023. L’événement s’est produit lorsqu’une fracture majeure, baptisée Chasm-1, a tranché l’épaisse couche de glace dans sa totalité.
Le vêlage était attendu depuis un moment et n’a surpris personne. Un iceberg de taille semblable, l’A74, s’est détaché de la plate-forme glaciaire en février 2021. Selon le British Antarctic Survey (BAS), l’A74, qui mesurait 1 270 kilomètres carrés, est parti à la dérive dans la mer de Weddell.
Le plus grand iceberg jamais enregistré, le B-15, s’est détaché de la plate-forme de Ross en mars 2000. Il mesurait 11 000 kilomètres carrés, soit à peu près de la même taille que la Jamaïque.
On ne sait pas encore si le dernier vêlage aura un impact sur la plate-forme glaciaire proprement dite. Cela dépendra de la façon dont le reste de cette plate-forme réagira aux changements qui viennent de se produire. Les scientifiques pensent que l’impact sera probablement faible et mettra un certain temps à se faire sentir. Une partie de la plate-forme glaciaire, soit environ la moitié de la taille du nouvel iceberg, reste exposée au vêlage. Le reste sera relativement peu affecté.
Le changement climatique et le réchauffement de l’atmosphère ont entraîné de nombreux cas de fonte prématurée des glaciers et des calottes glaciaires, mais les scientifiques s’accordent à dire que le dernier vêlage fait partie du cycle naturel de la calotte glaciaire de l’Antarctique. En effet, la plate-forme de Brunt avait atteint une taille encore jamais observée ces dernières années et un vêlage était donc très probable.
Le nouvel iceberg, baptisé A-81 par le U.S. National Ice Center, suivra probablement la trajectoire de l’A74 et partira à la dérive dans l’océan.
La plate-forme glaciaire de laquelle l’A-81 s’est détaché est le site de la station de recherche Halley du British Antarctic Survey, où les scientifiques étudient la météo spatiale et les processus atmosphériques. La station a été déplacée en 2016 lorsqu’une fracture est apparue dans la glace, avec le risque que la station parte dans l’Océan Austral sur un iceberg. La station n’aurait toutefois pas été affectée par le détachement de l’iceberg le 22 janvier 2023.
Source : British Antarctic Survey.

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A huge iceberg twice the size of New York City has broken off from an ice shelf in Antarctica.

The iceberg, which has an area of nearly 1,600 square kilometers finally broke away from the Brunt ice shelf on January 22nd, 2023. This calving occurred when a crack called Chasm-1 fully broke through the entire layer of ice.

The breakaway of this section had been expected for a while and did not come as a surprise. A similarly sized iceberg, named A74, broke off from the ice shelf in February 2021. According to the British Antarctic Survey (BAS), A74, which measured 1,270 square kilometers, has now drifted into the Weddell Sea.

The largest iceberg ever recorded was named B-15, and broke off from Ross Ice Shelf in March 2000 measuring a massive 11,000 square kilometers, about the same size as the island of Jamaica.

Whether this calving has any impact on the ice sheet itself will depend upon how the rest of the shelf reacts to the changes that have just occurred. In any event the impact is likely to be small and will take some time to be felt. At least one part of the remaining shelf, about half of the size of the new iceberg, is now vulnerable to calving. The rest of the ice sheet will be relatively unaffected.

While climate change and the warming atmosphere have led to many cases of glaciers and ice sheets melting prematurely, experts agree that this particular calving is part of the natural cycle of the Antarctic ice sheet. Indeed, the Brunt ice shelf had reached a larger size than it had for many years, meaning that a significant calving was due.

The new iceberg, named A-81 by the U.S. National Ice Center, is likely to follow the path of A74 as it drifts into the ocean.

The ice shelf from which A-81 broke away is the location of the BAS’ Halley Research Station, where scientists study space weather and atmospheric processes. It was relocated in 2016 as the chasm along which the break occurred widened and was reportedly not affected by Sunday’s iceberg break-off.

Source : British Antarctic Survey.

Image du nouvel iceberg acquise le 24 janvier 2023 par le satellite Terra/MODIS de la NASA

Déplacement d’un module de la station du BAS en 2016 (Crédit photo: BAS)