Naissance d’un iceberg géant en Antarctique ! // Birth of a mega iceberg in Antarctica !

Bien qu’elles soient un peu floues, les dernières images fournies par un satellite MODIS de la NASA montrent que l’un des plus grands icebergs jamais observés vient de se détacher de la plate-forme glaciaire Larsen C. Comme je l’ai indiqué précédemment l’iceberg est de la taille de l’État du Delaware – ou du département français de la Lozère – et représente un volume équivalent à celui du lac Michigan.
Les chercheurs ont observé pour la première fois la fracture dans la glace de l’Antarctique en 2010 ; elle a ensuite évolué très rapidement depuis 2016. L’iceberg s’est probablement détaché complètement entre le 10 juillet et le 12 juillet. C’est le troisième plus gros iceberg depuis le début des observations satellitaires.
Avec ce vêlage, la superficie de la plateforme Larsen C est réduite de plus de 12% et le paysage de cette région de la Péninsule Antarctique se trouve définitivement bouleversé..
Quelques jours avant qu’il se détache, les glaciologues de l’Université d’Édimbourg ont estimé que l’iceberg avait une épaisseur d’environ 190 mètres et contenait environ 1 155 kilomètres cubes d’eau sous forme de glace. Ce serait suffisant pour remplir de glace plus de 460 millions de piscines olympiques, ou presque tout le lac Michigan, l’un des plus grands réservoirs d’eau douce de la planète.
Les scientifiques ne savent pas trop ce qui va se passer maintenant que le vêlage a eu lieu, car des événements d’une telle ampleur sont rarement observés. Comme je l’ai déjà souligné, l’iceberg ne fera pas monter sensiblement le niveau de la mer car il flottait déjà dans l’océan, comme un glaçon dans un verre d’eau. Le problème est que maintenant que Larsen C a perdu son iceberg, le reste de la plateforme sera moins stable qu’auparavant. Selon les glaciologues, il y a toutefois très peu de chances pour que l’ensemble de la plate-forme Larsen C et un ancien glacier qui se trouve en amont se désintègrent lentement et finissent leur course dans la mer. Si cela se produisait, ce qui ne peut être exclu, la situation ne serait pas exceptionnelle. En 2002, la plate-forme glaciaire Larsen B, voisine de Larsen C, s’est effondrée et s’est disloquée dans l’Océan Austral. Si Larsen C et la langue glaciaire qui l’accompagne suivent le même processus, certains scientifiques pensent que le niveau de la mer pourrait augmenter de 10 centimètres.
On peut se demander si le réchauffement climatique provoqué par l’homme peut être tenu responsable de ces énormes vêlages en Antarctique. D’une part, ce sont des processus normaux qui affectent une banquise saine ; ils se produisent depuis des décennies, des siècles, des millénaires, sur des cycles qui sont beaucoup plus longs que la vie humaine ou les observations satellitaires. Cependant, de tels vêlages ont tendance à devenir de plus en plus fréquents en Antarctique. Comme l’a dit un glaciologue: «Les plateformes glaciaires en Antarctique s’amincissent de plus en plus vite et la banquise perd de la masse dans des secteurs clés de l’Antarctique. Si le phénomène continue, on pourrait s’orienter à court terme vers un déclin irréversible ».
Source: Médias américains.

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Although they are a bit fuzzy, the latest images provided by a NASA Earth-observing MODIS satellite are showing that one of the largest icebergs ever recorded has broken free of Antarctica. The crack in Larsen C ice shelf is now wide open and has released an iceberg which is roughly the area of Delaware State and the volume of Lake Michigan.

As I put it before, researchers noticed the rift in Antarctica’s ice in 2010, and it has grown rapidly since 2016. The iceberg probably calved between July 10th and July 12th. It is the third-largest recorded since satellite measurements began.

The calving of this iceberg leaves the Larsen C Ice Shelf reduced in area by more than 12%, and the landscape of the Antarctic Peninsula changed forever.

Days before it broke free, glaciologists at the University of Edinburgh estimated the iceberg that is now drifting through the Southern Ocean was about 190 metres thick and harboured some 1,155 cubic kilometres of frozen water. This is big enough to fill more than 460 million Olympic-size swimming pools with ice, or nearly all of Lake Michigan, one of the largest freshwater reservoirs in the world.

Scientists previously said they aren’t sure what will happen when the iceberg breaks off, since such large calvings rarely seen.

As I put it before, the iceberg won’t noticeably raise sea levels, since it was already floating in the ocean as part of Larsen C and displacing water. It is like an ice cube in a glass of water. The problem is that now that Larsen C has lost its iceberg, the rest of the shelf will be less stable than it was prior to the rift. However, there is a very slim chance that new iceberg could cause the entire Larsen C ice shelf, and an ancient glacier behind it, to slowly disintegrate and fall into the sea. If it did, which cannot be excluded, the chaos would not be unprecedented. In 2002, the neighbouring Larsen B ice shelf collapsed and broke up in the Southern Ocean. If and when Larsen C and its accompanying glacial ice eventually collapse, some scientists think sea levels may rise by up to 10 centimetres.

One can wonder whether human-induced global warming can be held responsible for such huge calving events. On the one hand, they are normal processes of a healthy ice sheet, ones that have occurred for decades, centuries, millennia, on cycles that are much longer than a human or satellite lifetime. However, such calving events tend to become more and more frequent in Antarctica. As one glaciologist said: « Antarctic ice shelves overall are seeing accelerated thinning, and the ice sheet is losing mass in key sectors of Antarctica. « Continuing losses might soon lead to an irreversible decline. »

Source: American news media.

Source: Satellite MODIS / NASA

Source: European Space Agency (ESA)

 

Plateforme glaciaire Larsen C (Antarctique) : Rupture imminente ? // Larsen C Ice Shelf (Antarctica): Imminent breakup ?

La fracture qui s’est ouverte il y a plusieurs semaines dans la plate-forme glaciaire Larsen C dans le nord-ouest de l’Antarctique s’est accélérée à un rythme record, et il semble bien qu’un iceberg de la taille du Delaware s’apprête à prendre le large. (Voir mes notes précédentes sur ce sujet: 24 janvier et 3 juin 2017).
Les scientifiques du projet MIDAS s’appuient sur des observations satellitaires pour étudier l’évolution de la fracture qui mesure 450 mètres de large par endroit. Dans une mise à jour diffusée le 28 juin 2017, les scientifiques ont écrit que « … la vitesse de progression de la fracture de la plate-forme Larsen C est trois fois plus grande qu’avant, avec plus de dix mètres par jour entre le 24 et le 27 juin. » C’est la plus grande vitesse de progression jamais enregistrée. Il est difficile de dire quand l’iceberg se séparera de la plateforme, car il y est encore attaché, même s’il approche du point de rupture. Il se peut que ce soit l’affaire de quelques heures, quelques jours ou quelques semaines.
Pour effectuer leurs observations, les scientifiques utilisent le satellite Sentinel-1, un projet de l’Agence Spatiale Européenne. Ce satellite peut détecter d’infimes variations dans les mouvements du sol et est utilisé pour étudier la fonte des glaciers ainsi que les séismes et autres phénomènes géologiques. (Voir les photos satellites ci-dessous).
Une étude publiée en 2015 a montré que, une fois l’iceberg libéré, la plate-forme glaciaire Larsen C perdra de sa stabilité. En effet, de telles plateformes de glace retiennent les glaciers terrestres qui se trouvent derrière elles. Lorsqu’elles s’érodent ou se rompent, elles permettent aux glaciers d’avancer dans la mer. En avançant dans la mer, la glace va fondre beaucoup plus rapidement et contribuera à l’élévation du niveau de la mer, avec les menaces que cela représente pour les villes côtières à travers le monde.
Source: Médias américains.

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The crack across the Larsen C Ice Shelf in northwest Antarctica has surged forward at record rates, bringing the ice shelf closer to cleaving off an iceberg roughly the size of Delaware. (see my previous posts about this topic: 24 January and 3 June 2017).

The scientists from Project MIDAS are using satellite observations to determine the progress that the rift is making. In some places, the fissure is 450 metres wide. In a June 28th update, the scientists report: « …The soon-to-be-iceberg part of [the] Larsen C Ice Shelf has tripled in speed to more than ten metres per day between June 24th and 27th 2017. » This is the highest speed ever recorded on this ice shelf. Predicting the exact date that the iceberg will cleave off from the Antarctic continent is tricky. One can’t tell when calving will occur; it could be hours, days or weeks.

The satellite scientists are depending on to detect changes in the progression of the fissure is Sentinel-1, a project of the European Space Agency. This satellite is able to detect subtle changes in ground movements and is used for both studying melting glaciers and ice shelves as well as earthquakes and other geological phenomena. See satellite photos here below.

A study published in 2015 showed that the Larsen C Ice Shelf without the huge chunk of ice about to break away will be much less stable than it has been. Indeed, such floating sections of ice serve as doorstops for the land-based glaciers behind them, and when the ice shelves erode or break apart, they can cause the land ice to flow into the sea. As it flows into the sea, it will melt much more quickly, raising sea levels and threatening coastal cities worldwide.

Source : American news media.

Images satellitaires montrant la vitesse de progression de la fracture (Source : ESA)

 

Rupture imminente de la plateforme Larsen C en Antarctique ? // Is the Larsen C Ice Shelf about to break off in Antarctica ?

Au cours des six jours qui ont précédé la décision du président Trump de se retirer de l’Accord de Paris sur le changement climatique, l’énorme fracture que j’ai mentionnée il y a quelques mois dans une plateforme glaciaire de l’Antarctique s’est allongée de 18 km, selon un rapport du groupe de recherche Project MIDAS du Brtiish Antarctic Survey.
La fracture qui tranche la plateforme « Larsen C » n’a plus que 13 km à parcourir pour donner naissance à l’un des plus grands icebergs jamais observés en Antarctique. En effet, lorsqu’il finira par se détacher du continent, l’iceberg ainsi produit mesurera plus de 80 000 kilomètres carrés et représentera 10% de la masse d’origine de la plate-forme glaciaire.
La progression de la fracture entre le 25 et le 31 mai 2017 a été la plus rapide depuis le mois de janvier, et l’inévitable rupture de la plate-forme Larsen C modifiera radicalement le paysage de cette partie du continent antarctique où la glace sera désormais moins stable. Le groupe Project MIDAS affirme que, bien que cette fracture ne soit pas forcément provoquée par le réchauffement climatique, la désintégration des plateformes glaciaires en Antarctique contribue à l’élévation du niveau de la mer qui menace les villes côtières. Lorsque les plateformes disparaissent, les glaciers qu’elles maintenaient en place peuvent avancer plus rapidement dans l’océan et accélérer leur contribution à l’élévation du niveau de la mer.
Donald Trump doit garder à l’esprit que la montée du niveau de la mer mettra en danger des villes fortement peuplées telles que New York, San Francisco, La Nouvelle-Orléans et Miami, et il est prévu que 13,1 millions d’Américains quitteront  les zones côtières d’ici l’année 2100. Cette crainte de l’élévation du niveau des océans a été l’un des nombreux facteurs qui ont inspiré l’objectif de l’Accord de Paris de limiter l’augmentation de la température mondiale.
On ne sait pas exactement quand la progression rapide de la fracture provoquera la séparation de l’iceberg de la plateforme « Larsen C », mais la fracture a atteint une région de glace moins solide et l’événement ne devrait donc pas tarder.

Source: Journaux américains.

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In the six days before President Trump announced his decision to withdraw from the Paris Agreement on climate change, the enormous crack I mentioned a few months ago in an Antarctic ice shelf grew 18 km, according to a report by British Antarctic research group Project MIDAS.

The crack, which is located in Larson Shelf C, leaves only 13 km of ice connecting what could be one of the world’s largest recorded icebergs to Antarctica. When it eventually breaks free from the continent, the resulting iceberg will measure more than 80,000 square kilometres and represent 10 percent of the ice shelf’s original mass.

The growth spurt between May 25th and May 31st 2017 was the largest observed since January, and the inevitable splintering of Ice Shelf C will drastically alter the landscape of the continent and will make the ice that remains less stable. The Project MIDAS group states that although this specific crack was not likely caused by climate change, the disintegration of Antarctic ice shelves contributes to rising sea levels that threaten coastal cities. Indeed, when ice shelves disappear, ice can flow faster from the land to the ocean and contribute more quickly to sea level rise.

Mr Trump should bear in mind that rising sea levels will endanger heavily populated cities such as New York, San Francisco, New Orleans and Miami, and are predicted to cause 13.1 million Americans to relocate from coastal areas by 2100. Concern about rising sea levels was one of many factors that inspired the Paris Agreement’s goal of limiting the rise of global temperatures.

It is not known exactly when the rapidly growing crack will cause Ice Shelf C to break free from Antarctica, but the rift has now reached a region of soft ice and there is very little holding the ice shelf together.

Source : American newspapers.

Vue de la fracture et de sa progression jusqu’au mois de janvier 2017 (Source: MIDAS – Swansea University)

Le sang de l’Antarctique // Antarctica’s blood

La Nature peut offrir des mystères étonnants. En Antarctique, Blood Falls est une résurgence d’eau salée teintée de rouge par un oxyde de fer, qui s’échappe du front du Taylor Glacier, dans la vallée du même nom.  Cette eau hyper saturée en sel et riche en fer émerge sporadiquement du glacier à partir de petites fissures. Sa source est un bassin sous-glaciaire de taille inconnue qui se cache sous quelque 400 mètres de glace à plusieurs kilomètres en amont de Blood Falls. Le site a été découvert en 1911 par le géologue australien Griffith Taylor, qui a été le premier à explorer la vallée qui porte son nom.
La cause de la couleur rouge de Blood Falls est restée un mystère pendant des années. Différentes hypothèses chimiques ou microbiennes ont été avancées. Certains scientifiques pensaient que c’étaient les algues présentes dans l’eau qui lui donnaient l’étrange couleur rouge.
L’explication officielle vient d’être révélée par des chercheurs de l’Université de Alaska à Fairbanks. Le liquide qui sort du Taylor Glacier est une saumure riche en fer qui s’oxyde lorsqu’elle entre en contact avec l’air, de la même façon que le fer rouille. Les scientifiques expliquent que l’eau rouge provient d’un petit lac d’eau salée piégé sous le glacier, et qui s’y trouve probablement depuis un million d’années. Ils ajoutent que le lac présente une telle salinité qu’il ne peut pas geler à des températures normales, de sorte que l’eau arrache le fer au substrat rocheux au moment où elle s’infiltre dans la glace avant de déboucher à Blood Falls.
Les chercheurs de Fairbanks ont utilisé un certain type de radar pour suivre la saumure qui alimente Blood Falls. Ils ont parcouru le glacier avec les antennes en suivant des modèles en forme de grille afin de «voir» sous la glace, un peu comme une chauve-souris utilise l’écholocation pour «voir» les choses autour d’elle. Ils ont constaté que l’eau restait liquide malgré l’environnement extrêmement froid du glacier, ce que les scientifiques pensaient impossible jusqu’alors. Bien que cela semble contradictoire, l’eau libère de la chaleur en gelant, et c’est cette chaleur qui réchauffe la glace environnante. Le Taylor Glacier est actuellement le glacier le plus froid au monde connu pour laisser échapper de l’eau en permanence.

Source: Université d’Alaska à Fairbanks.

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Nature may offer surprising mysteries. In Antarctica, Blood Falls is an outflow of an iron oxide-tainted plume of saltwater, flowing from the tongue of Taylor Glacier in the Taylor Valley. Iron-rich hypersaline water sporadically emerges from small fissures in the glacier. The saltwater source is a subglacial pool of unknown size overlain by about 400 metres of ice several kilometres from its tiny outlet at Blood Falls. The reddish deposit was found in 1911 by the Australian geologist Griffith Taylor who first explored the valley that bears his name.

The cause of the red colour of the outflow has remained a mystery for years. Different chemical or microbial hypotheses have been suggested. Some experts assumed that algae in the water were behind the strange red colour.

The definite explanation has just been given by researchers from the University of Alaska Fairbanks. What is coming out of the Taylor Glacier is iron-rich brine which oxidises when it comes in contact with air, in the same way that iron rusts. The scientists say that the red water comes from a small saltwater lake trapped beneath a glacier, which may have been there for a million years. They say the lake is so salty it can’t freeze at normal temperatures and scrapes irons from the bedrock as it seeps through the ice to Blood Falls.

The researchers used a type of radar to detect the brine feeding Blood Falls. They moved the antennae around the glacier in grid-like patterns so that they could ‘see’ what was underneath them inside the ice, just like a bat uses echolocation to ‘see’ things around it. They found that the liquid water actually persisted inside an extremely cold glacier, something that scientists previously thought was impossible. While it sounds counterintuitive, water releases heat as it freezes, and that heat warms the surrounding colder ice. Taylor Glacier is now the coldest known glacier to have persistently flowing water.

Source: University of Alaska at Fairbanks.

Crédit photo: US National Science Foundation.

Résultats de l’analyse de Blood Falls par la National Science Foundation en 2009

(Source : US National Science Foundation)