La fonte de l’Antarctique fait naître une nouvelle île // Antartica’s melting reveals a new island

Au cours des dernières semaines, des températures record ont été enregistrées sur la Péninsule Antarctique. La calotte glaciaire a fondu dans des proportions encore jamais observées. La NASA a publié des images satellites confirmant la fonte rapide de la glace. Les clichés, réalisés à neuf jours d’écart, montrent la rive nord d’Eagle Island totalement dépourvue de glace, avec des lacs de fonte en formation dans la partie centrale de l’île (voir images ci-dessous).

À mesure que les glaciers reculent, ils relâchent la pression exercée sur le continent et permettent ainsi au sol de se soulever. Parfois, cet effet stabilise la glace en l’ancrant sur le substrat rocheux, mais ce soulèvement du sol – ou rebond isostatique – peut  aussi accélérer la fracturation des glaciers et leur avancée vers l’océan. Lorsqu’un tel phénomène se produit et qu’un glacier accélère son mouvement à mesure que le sol se soulève, il se peut que la terre qui se trouve en dessous commence à apparaître.
C’est exactement ce qui s’est passé sur la Péninsule Antarctique où les deux principaux glaciers – Thwaites et Pine Island – reculent de plus en plus vite car la nouvelle glace n’a pas le temps de se former dans la zone d’accumulation.
Cette fonte ultra rapide de la glace sur la péninsule a réservé une surprise aux scientifiques, et cela pourrait apporter des modifications significatives aux cartes de la région. En effet, une île inconnue, longtemps enfouie sous la glace, est apparue pour la première fois au-dessus du niveau de la mer.
Des chercheurs du projet international Thwaites Glacier Offshore Research ont découvert l’île à la fin du mois de février alors qu’ils naviguaient au large de la plate-forme glaciaire du Pine Island Glacier. L’île ne mesure que 350 mètres de long et est en grande partie recouverte de glace (voir images satellites ci-dessous), mais elle présente au-dessus du niveau de la mer une couche de roche brune qui la différencie des glaciers et des icebergs environnants.
Les chercheurs ont confirmé que l’île est constituée de granit volcanique et quelques phoques y ont déjà trouvé refuge. Il n’y a aucun autre affleurement rocheux visible sur plus de 65 kilomètres à la ronde. Les chercheurs ont baptisé la nouvelle terre Sif Island, par référence à une déesse nordique.
L’apparition soudaine de l’île est très certainement un effet direct de la fonte généralisée de la glace observée en Antarctique au cours de la décennie écoulée. La glace qui couronne encore l’île faisait autrefois partie de la plate-forme glaciaire de Pine Island, une immense étendue de glace qui avance à la surface de l’océan depuis le front du glacier.
À l’aide d’images satellites, les membres de l’expédition ont réalisé un modèle accéléré montrant comment le recul régulier de la plate-forme glaciaire depuis 2011 a fait se détacher et isolé Sif Island dans la baie de Pine Island. Il est très probable que l’apparition de l’île est la conséquence du rebond isostatique, phénomène que j’explique au cours de ma conférence «Glaciers en péril» car il a déjà été observé en Islande.

Source: presse scientifique américaine (Smithsonian Magazine, Live Science, etc.)

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During the past weeks, record-high temperatures have been recorded in the Antarctic Peninsula. This caused ice caps to melt to an unprecedented degree. NASA released satellite images showing dramatic melting on the northern tip of the Antarctic Peninsula. The images, taken only nine days apart, show Eagle Island’s northern shore turned bare, and ponds of ice melt forming in the middle of the island (see images below).

As the glaciers retreat, they release pressure on the continent, allowing the ground itself to rise up. Sometimes, this effect stabilizes the ice by anchoring it in place, but rebounding ground could accelerate the glacial breakup by causing more cracks. When the latter happens and a glacier quickly sheds ice as the ground rises up, the land underneath maybe start to appear.

This is exactly what happened on the peninsula where the two major glaciers — the Thwaites Glacier and the Pine Island Glacier — are retreating toward the mainland faster than new ice can form.

All that melting ice has left behind a surprise that could change maps of the region permanently. Indeed, an uncharted island, long buried in ice has finally become visible above sea level for the first time.

Researchers with the international Thwaites Glacier Offshore Research project discovered the island in late February while sailing off the coast of the Pine Island Glacier ice shelf. The small island is only about 350 metres long and mostly covered in ice, but rises from the sea with a layer of brown rock distinct from the surrounding glaciers and icebergs.

The researchers confirmed that the island is made of volcanic granite, and even hosts a few seals. There is no other rocky outcropping like this visible for more than 65 kilometres in any direction. The researchers named the uncharted outcropping Sif Island, after a Norse goddess.

The island’s sudden appearance is almost certainly a direct effect of the widespread glacial melt that has become typical in Antarctica in the past decade. The ice that can still be seen on the island was once part of the Pine Island Glacier ice shelf, a massive field of floating ice that extends outward into the ocean from the edge of the glacier.

Using satellite images, members of the expedition made a time-lapse model showing how the ice shelf’s steady retreat since 2011 left Sif Island detached and alone in Pine Island Bay. It is likely that the island emerged due to glacial rebound, a phenomenon I explain during my conference “Glaciers at risk” because it has already been observed in Iceland.

Source: American scientific press (Smithsonian Magazine, Live Science, etc.)

Péninsule Antarctique et Antarctique Occidental (Source: NOAA)

Fonte de la neige et de la glace sur Eagle Island entre le 4 et le 13 février 2020 (Source: NASA)

Antarctique: L’eau chaude fait fondre le glacier Thwaites // Antarctica: Warm water causes the melting of Thwaites Glacier

Cela fait pas mal de temps que les glaciologues étaient persuadés que le glacier Thwaites, le plus important de l’Antarctique Occidental fondait par en dessous, à cause d’un apport d’eau chaude en provenance de l’Océan Austral. Ils viennent d’en avoir la preuve au cours d’une mission organisée dans la cadre de l’ITGC (International Thwaites Glacier Collaboration), un projet conjoint Royaume-Uni / Etats-Unis sur le continent antarctique.

Les scientifiques ont découvert cette température anormale dans la zone d’ancrage du Thwaites, là où il repose sur le substrat rocheux. D’une manière générale, il s’agit d’une zone cruciale pour la stabilité des glaciers de l’Antarctique. Les chercheurs y ont observé des eaux chaudes atteignant plus de deux degrés au-dessus du point de congélation.

Cette découverte explique pourquoi au cours des 40 dernières années, les glaciers qui s’écoulent dans le secteur de la mer d’Amundsen ont fondu à un rythme accéléré. Plusieurs modèles numériques laissent entendre qu’un retrait inexorable de la ligne d’échouage des glaciers de la région est en cours. Des eaux océaniques plus chaudes érodent particulièrement les glaciers de l’Antarctique Occidental et la situation du Thwaites est l’une des plus préoccupantes.

La disparition du glacier Thwaites à elle seule pourrait avoir un impact significatif à l’échelle mondiale. Il couvre 192 000 kilomètres carrés, une superficie de la taille de la Grande-Bretagne. Au cours des 30 dernières années, la quantité de glace s’écoulant du Thwaites et des glaciers voisins a presque doublé. Le Thwaites représente déjà 4% de l’élévation du niveau de la mer au niveau global. Son effondrement augmenterait à lui seul le niveau de la mer de 65 centimètres. Comme je l’ai expliqué précédemment, la situation est d’autant plus inquiétante que ces glaciers sont interconnectés. Si l’un d’entre eux s’enfuit dans l’océan, les autres feront de même.

Bien que le recul du glacier ait été observé au cours de la dernière décennie, les causes du changement n’avaient pas été prouvées auparavant. C’est maintenant chose faite avec la mesure directe de la température de l’eau. Le relevé de deux degrés au-dessus du point de congélation est considérable, mais il se pourrait que d’autres régions soient affectées par une eau encore plus chaude. Les scientifiques estiment que le phénomène est récent, sinon le glacier n’aurait pas pu rester en place.

Pour mesurer la température de l’eau, cinq équipes scientifiques ont travaillé sur le glacier Thwaites dans des conditions particulièrement difficiles. Deux de ces équipes ont utilisé de l’eau chaude pour forer entre 300 et 700 mètres à travers la glace jusqu’à l’océan. Un appareil de détection a permis de mesurer les eaux se déplaçant sous la surface du glacier. À la mi-janvier, le robot Icefin est parti à près de deux kilomètres du site de forage, jusqu’à la zone d’échouage du Thwaites pour mesurer, imager et cartographier la fonte et la dynamique de cette partie critique du glacier. L’appareil a mesuré la turbulence de l’eau, donc son efficacité à faire fondre la glace, ainsi que d’autres propriétés telles que la température. C’est la première fois que l’activité océanique sous le glacier Thwaites est accessible par un trou de sonde et qu’un instrument scientifique est déployé. Le trou a été ouvert les 8 et 9 janvier 2020 et les eaux sous le glacier ont été mesurées les 10 et 11 janvier.

Source : global-climat.

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Glaciologists have believed for quite a long time that Thwaites Glacier, the largest in Western Antarctica, is melting from below, due to the warm water coming from the Southern Ocean. They have just had proof of this during a mission organized within ITGC (International Thwaites Glacier Collaboration), a joint United Kingdom / United States project on the Antarctic continent.
Scientists have discovered this abnormal temperature in the stranding area of ​​the Thwaites Glacier, where it rests on the bedrock. More globally, it is a crucial area for the stability of Antarctic glaciers. The researchers have observed warm water reaching more than two degrees above the freezing point.
This discovery explains why over the past 40 years the glaciers flowing in the Amundsen Sea area have melted at an accelerated rate. Several digital models suggest that an inexorable withdrawal from the area’s glacier grounding line is underway. Warmer ocean waters are particularly eroding the glaciers of Western Antarctica, and the situation of Thwaites is one of the most worrying.
The disappearance of the Thwaites Glacier alone could have a significant impact on a global scale. It covers 192,000 square kilometres, an area the size of Great Britain. Over the past 30 years, the amount of ice flowing from Thwaites and nearby glaciers has almost doubled. Thwaites already accounts for 4% of the rise in sea level around the world. Its collapse alone would raise sea level by 65 centimetres. As I explained earlier, the situation is all the more worrying as these glaciers are interconnected. If one of them flows into the ocean, the others will follow.
Although the retreat of the glacier has been observed over the past decade, the causes of the change had not been proven before. This is now done with direct measurement of the water temperature. The two degree rise above freezing is considerable, but other regions may be affected by even warmer water. Scientists believe the phenomenon is recent, otherwise the glacier could not have remained in place.
To measure the water temperature, five scientific teams worked on the Thwaites glacier under particularly difficult conditions. Two of these teams used hot water to drill 300 to 700 metres through the ice to the ocean. A detection device made it possible to measure the water moving under the surface of the glacier. In mid-January, the Icefin robot was sent almost two kilometres from the drilling site, up to the Thwaites’ stranding area to measure, image and map the melt and dynamics of this critical part of the glacier. The device measured the turbulence of the water, thus its effectiveness in melting ice, as well as other properties such as temperature. This is the first time that ocean activity under the Thwaites Glacier has been accessible through a borehole and a scientific instrument has been deployed. The hole was opened on January 8th and 9th, 2020 and the waters under the glacier were measured on January 10th and 11th.
Source: global-climat.

Vue des glaciers de l’Antarctique Occidental (Source : Jet Propulsion Laboratory de la NASA)

Icebergs de l’Antarctique // Antarctica’s icebergs

Souvenez-vous : en 2016, les télévisions du monde entier ont montré une image spectaculaire diffusée par la NASA. Il s’agissait d’une énorme fracture qui d’était ouverte dans la plate-forme glaciaire Larsen C en Antarctique occidental.

En juillet 2017, la plate-forme a fini de se fracturer et a libéré l’un des plus grands icebergs de l’histoire. Dénommé A68, on avait à l’époque, comparé sa taille à celle du département de la Lozère.

Les scientifiques du monde entier scrutent aujourd’hui ce colosse de glace qui dérive vers l’Océan Atlantique. Toutefois, les glaciologues se veulent rassurants. En effet, après avoir quitté la froideur de l’Antarctique, l’iceberg géant va se trouver confronté aux eaux océaniques plus chaudes qui devraient le faire fondre rapidement.

De plus, ce bloc de glace ne devrait pas faire monter le niveau des océans étant donné qu’il faisait partie d’une plate-forme glaciaire qui, elle-même, baigne dans l’eau de mer. On se trouve dans la configuration du glaçon qui fond lentement dans un verre.

Selon les spécialistes, A68 devrait subir le destin de l’iceberg B15, formé en 2000 dans la barrière de Ross – elle aussi en Antarctique – et qui détient le record du plus grand iceberg jamais mesuré, avec 11 000 km2. Aujourd’hui, le B15 n’a pas totalement disparu, mais il ne mesure plus que 200 km2. Il flotte près des îles Sandwich, dans l’Océan Atlantique.

En soi, l’A68 ne présente donc pas vraiment de danger. Ce que craignent les scientifiques, c’est qu’en se détachant, il ait encore davantage fragilisé la plate-forme glaciaire Larsen C qui retient actuellement les glaciers continentaux de tout l’Ouest Antarctique. Cette barrière de glace du nord-ouest de la mer de Weddell, s’étend le long de la côte orientale de la péninsule Antarctique. Elle présente une superficie de près de 50 000 km2 pour une épaisseur de glace d’environ 350 mètres. Cette protection littorale se fissure lentement depuis plusieurs années et le processus s’est brutalement accéléré depuis 2018. La fracture s’étend désormais sur 80 km et il ne reste plus que 20 km pour retenir l’étendue de glace qui se détache. En conséquence, Larsen C risque fort de perdre à très court terme une surface de plus 5 000 km²

Si un tel événement se produit – ce qui est fort probable – cela va changer fondamentalement l’aspect de la péninsule antarctique et risque de provoquer d’autres fracturations. Les scientifiques craignent que le recul de la banquise dû au réchauffement climatique ne provoque une accélération du glissement des glaciers vers la mer. Une telle situation se traduirait inévitablement par une élévation du niveau de l’eau à l’échelle mondiale.

Source : Presse scientifique internationale.

Vous pourrez lire plusieurs articles relatifs au détachement de l’iceberg A68 sur mon blog entre janvier 2017 et octobre 2018. Il vous suffit pour cela de taper A68 dans le petit moteur de recherche de la colonne de droite.

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Remember: in 2016, televisions around the world showed a spectacular NASA image with a huge fissure that had opened in the Larsen C ice shelf in Western Antarctica.
In July 2017, the ice shelf released one of the largest icebergs in history. Called A68, its size was compared at the time to that of the French department of Lozère.
Scientists around the world are now scrutinizing this huge block of ice that is drifting towards the Atlantic Ocean. However, glaciologists are reassuring. Indeed, after leaving the cold Antarctica, the giant iceberg will be confronted with warmer ocean waters which should make it melt quickly.
In addition, this block of ice should not raise the level of the oceans since it was part of an ice shelf which, itself, lies on sea water. It is like an icicle slowly melting in a glass of water.
Experts say A68’s fate will be similar to what happened to the B15 iceberg, formed in 2000 in the Ross Barrier – also in Antarctica – and which was the largest iceberg ever measured, with 11,000 square kilometres. Today, B15 has not completely disappeared, but it only measures 200 km2. It is floating near the Sandwich Islands in the Atlantic Ocean.
A68 is therefore not really dangerous. What scientists fear is that by detaching itself, it has further weakened the Larsen C ice shelf which currently holds continental glaciers all over West Antarctica. This northwestern barrier of the Weddell Sea extends along the eastern coast of the Antarctic Peninsula. It covers an area of ​​almost 50,000 km2 with an ice thickness of about 350 metres. This coastal protection has been slowly cracking for several years and the process has accelerated suddenly since 2018. The fissure now extends over 80 km and there is only a 20-km length left to retain the extent of ice that is coming off. As a result, Larsen C is likely to lose an area of ​​more than 5,000 km² in the very short term.
If such an event occurs – which is very likely – it will fundamentally change the morphology of the Antarctic Peninsula and may cause further fracturing. Scientists fear that the retreat of the ice shelf due to global warming will accelerate the slide of glaciers towards the sea. Such a situation would inevitably result in a rise in water levels worldwide.
Source: International scientific press.

You can read several articles related to the detachment of the A68 iceberg on my blog between January 2017 and October 2018. All you have to do is type A68 in the small search engine in the right-hand column.

Vue de la Péninsule antarctique et de la Barrière de Larsen (Source : Wikipedia)

Coup de chaud en Antarctique ! // It’s hot in Antarctica !

Non, vous ne rêvez pas! Le 6 février 2020, la température à la pointe nord de l’Antarctique a atteint 18,3 ° C! Relevée à la base d’Esperanza le long de la péninsule de la Trinité, elle bat le précédent record de 17,2 ° C établi en 2015. Ce nouveau record intervient quelques jours après la fin du mois de janvier le plus chaud de la Terre, et alors que 2019 a été la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée.
L’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) indique que la Péninsule Antarctique est l’une des régions de la Terre où le réchauffement climatique est le plus évident. La température y a augmenté de près de 3 degrés Celsius au cours des 50 dernières années. En conséquence, environ 87% des glaciers de la Péninsule n’ont cessé de reculer, signe évident du réchauffement climatique en cours. En l’absence de mesures définitives visant à freiner le réchauffement climatique anthropique, on peut s’attendre à voir de nouveaux records battus dans un proche avenir.
Source: The Washington Post.

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No, you are not dreaming! On February 6th, 2020, the temperature on Antarctica’s northernmost tip reached an incredible18.3°C! The measurement taken at Esperanza Base along Antarctica’s Trinity Peninsula beats out a previous record of 17.2°C set in 2015, and comes just days after the end of the Earth’s hottest January, and 2019 was the second-warmest year recorded.

The World Meteorological Organization (WMO) indicates that the Antarctic Peninsula has been recorded as one of the fastest-warming regions on Earth. Its temperature has increased by almost 3 degrees over the last 50 years As a consequence, around 87 percent of the peninsula’s glaciers have continually retreated over the past 50 years, an obvious sign of ongoing global warming. With no definitive action being taken toward curbing human-caused climate change, one can expect to see these records broken again soon.

Source : The Washington Post.

Source: NOAA