Mauvaises nouvelles de l’Arctique // Bad news of the Arctic

De nouveau, voici des nouvelles alarmantes de l’Arctique. Selon une étude récente publiée par l’American Geophysical Union, la glace la plus ancienne et la plus épaisse de l’Arctique fond deux fois plus vite que les autres glaces de la région. Les chercheurs ont découvert que la glace qui recouvre l’océan au nord du Groenland (qui est censé être le dernier endroit à perdre sa couverture de glace toute l’année) «rétrécit deux fois plus vite que la glace dans le reste de l’Arctique.» Les scientifiques pensent que cette fonte est probablement causée par les courants océaniques et les vents atmosphériques qui déplacent la glace ancienne et plus épaisse vers d’autres parties de la région. Encore plus alarmant, ils expliquent que l’Arctique pourrait être dépourvu de glace en été dès 2030.
Selon le rapport publié par l’American Geophysical Union, la plupart des glaces qui recouvrent l’Arctique ont entre un et quatre ans. A côté de cela, dans la «Dernière Zone de Glace»n cette dernière est âgée de plus de cinq ans et peut atteindre plus de 4 mètres d’épaisseur. Les vieux Inuits de la région ont surnommé la région «Similijuaq», ce qui signifie «le lieu de la grande glace». Le problème, c’est que l’étude montre que cette glace est en train de s’amincir dans deux secteurs de cette région.
La Dernière Zone de Glace est un refuge pour la faune. L’un des auteurs de l’étude a déclaré: «Si cette glace disparaît, il en sera de même des espèces qui y vivent. Cette zone sera un refuge où les espèces pourront survivre et, espérons-le, étendre leur territoire une fois que la glace aura commencé à revenir.”
Une vidéo de deux minutes (https://youtu.be/J7x9leQqrkc) montre le comportement de la glace de mer arctique entre 1984 et 2019. La couverture de glace plus ancienne, représentée en blanc, s’est considérablement réduite au fil des ans. On remarquera la fonte incroyable au cours de la dernière décennie.
Malheureusement, la fonte de la glace n’est pas une nouveauté et les glaciers en voie de disparition continuent de mettre à jour des paysages inédits. En janvier, des chercheurs ont découvert que la fonte des glaciers dans l’Arctique canadien faisait apparaître des plantes cachées sous la glace depuis au moins 40 000 ans. En octobre, la marine russe a découvert cinq nouvelles îles mises au jour par la fonte des glaciers.
Source: American Geophysical Union (AGU).

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Here is more alarming news about the Arctic. According to a new study by the American Geophysical Union, the region’s oldest and thickest ice is melting twice as fast as other ice in the Arctic Ocean. The researchers discovered that the ice in the ocean north of Greenland (which they thought would be the last place to lose year-round ice cover) was more mobile than they previously thought and was “declining twice as fast as ice in the rest of the Arctic.” The scientists think that the ice is likely affected by the ocean currents and atmospheric winds transporting the older, thicker ice to other parts of the area. Even more alarming, they predict the Arctic could be ice-free in the summers as early as 2030.

According to the report published by the American Geophysical Union, most ice covering the Arctic is about one to four years old. Conversely, the “Last Ice Area” is an area with ice that is more than five years old and can be more than 4 metres thick. Local Inuit elders called the region « Similijuaq, » meaning “place of the big ice.” The research shows, however, the ice is becoming thinner in two subregions of that area.

The Last Ice Area is considered a refuge for wildlife. Said one of the authors of the study: “If we lose all the ice, we lose those species. This area will be a refuge where species can survive and hopefully expand their regions once the ice starts returning.”

A two-minute video (https://youtu.be/J7x9leQqrkc ) shows the behaviour of the Arctic sea ice between 1984 and 2019. It displays the older ice cover, shown in white, shrinking significantly over the years. One can notice that the melting during the last decade is incredible.

Unfortunately, melting ice is not new and disappearing glaciers have continued to reveal landscapes not seen for thousands of years. In January, researchers found that plants that had been hidden for at least 40,000 years were revealed by melting glaciers in the Canadian Arctic. And in October, five new islands were discovered by the Russian navy following glacial melting.

Source: American Geophysical Union (AGU).

La glace de mer arctique en septembre 2019 ! (Image extraite de la vidéo)

L’ « acqua alta » à Venise, dans la logique du réchauffement climatique

Une marée haute d’une ampleur sans précédent a noyé Venise le 12 novembre 2019. L’« acqua alta » est un événement qui se produit régulièrement dans la Cité des Doges à cette époque de l’année, mais elle a atteint cette fois-ci des proportions extraordinaires, favorisée par un puissant sirocco qui a fait déferler les vagues sur la Place Saint-Marc, jusqu’à l’intérieur de la basilique.

Cette marée haute exceptionnelle a atteint une hauteur de 1,87 m, le plus haut niveau enregistré depuis 53 ans. C’est la deuxième plus haute marée à Venise depuis le début des relevés en 1923, derrière celle de 1,94 m le 4 novembre 1966. Ce qui est le plus préoccupant, c’est qu’une inondation comme celle du 12 novembre 2019 s’est seulement produite cinq fois dans l’histoire de la basilique San Marco érigée en 828 et reconstruite après un incendie en 1063. Sur les 5 épisodes précédents, trois ont eu lieu au cours des 20 dernières années, la dernière fois l’an dernier, en 2018. Les événements sont donc en train de s’accélérer, ce qui n’est guère une surprise au vu du contexte climatique actuel. A noter que dans le même temps, des pluies torrentielles accompagnées de très fortes rafales de vent se sont abattues sur tout le Veneto.

L’eau montante a submergé les terrasses des cafés, emportant les tables et les chaises. Les passerelles des hôtels situés le long du Grand Canal ayant été emportées par les flots, les clients des vaporetti ont été contraints d’entrer dans les établissements par les fenêtres.

La hauteur de l’eau (1,87 mètre) indiquée précédemment ne signifie pas que toute la ville ait été recouverte de cette façon. Il faut retrancher de cette hauteur le niveau moyen de la ville, qui se trouve entre 1 mètre et 1,30 mètre.

Pour protéger la ville de cette « acqua alta » qui endommage le patrimoine artistique, il existe le projet Mose (acronyme de MOdulo Sperimentale Elettromeccanico). Il s’agit d’un ouvrage en cours de réalisation qui prévoit un système de protection formé de rangées de vannes mobiles escamotables permettant d’isoler la lagune de Venise de la Mer Adriatique durant les phénomènes de hautes marées dépassant un niveau établi (110 cm) et jusqu’à un niveau maximum de 3 mètres. Le système est en cours de construction depuis 2003, mais le surcoût et les malfaçons ont entraîné de nombreux retards. La livraison du MOSE est à l’heure actuelle prévue pour une inauguration en 2020

Ce qui se passe actuellement à Venise devrait nous faire réfléchir. C’est l’exemple même du phénomène qui menacera les côtes françaises à très court terme. Chez nous, les dernières grandes marées ont eu lieu par beau temps et sans vent. Si la houle s’était manifestée, les côtes auraient inévitablement subi les assauts des vagues. Les prévisions concernant l’élévation du niveau des océans pour les prochaines décennies sont particulièrement alarmistes mais, hormis des enrochements ici et là, aucune politique d’envergure n’a été mise en place dans notre pays. On connaît la suite : le jour où les événements vont se déchaîner, on commencera par pleurer devant le nombre de victimes et devant les dégâts subis par les habitations. Ensuite on cherchera les responsables, en se gardant bien d’accuser le réchauffement climatique qui, lui, ne saurait être mis en examen…

lmage d’archive montrant le Palazzo Ducale au cours de l' »acqua alta  » record du 4 novembre 1966

La fonte rapide des glaciers islandais // The rapid melting of Icelandic glaciers

Les glaciers islandais occupent environ 11% de la surface de l’île, mais ils fondent à une vitesse impressionnante et leur surface se réduit comme peau de chagrin. En lisant un article paru dans Courrier International, on apprend que des chercheurs écossais et islandais ont comparé des photos prises dans les années 1980 avec celles acquises par drones ces dernières années. Le résultat est impressionnant !

Pour ce projet, des milliers de photographies ont été utilisées. Bon nombre montraient des zones géographiques se chevauchant. Les chercheurs ont utilisé un logiciel qui leur a permis de réaliser une modélisation en 3D. Les images acquises par drone ont été comparées à des photos prises dans les mêmes zones dans les années 1980. En regardant les images, on constate des différences stupéfiantes sur une courte durée. Le Met Office islandais explique que les glaciers du pays ont perdu une superficie totale d’environ 750 km2 depuis 2000, avec une réduction moyenne de 40 km2 chaque année.

Vous pourrez voir les photos comparatives de plusieurs glaciers islandais en allant sur cette page de Courrier International :

https://www.courrierinternational.com/article/avant-apres-les-glaciers-islandais-fondent-vue-doeil

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Icelandic glaciers cover about 11% of the island’s surface, but they melt at an impressive speed and their surface is shrinking. Reading an article published in Courrier International, we learn that Scottish and Icelandic researchers have compared photos taken in the 1980s with those acquired by drones in recent years. The result is impressive!
For this project, thousands of photographs were used. Many showed overlapping geographic areas. Researchers used software that allowed them to perform 3D modelling. The images acquired by drone have been compared to pictures taken in the same areas in the 1980s. Looking at the images, there are amazing differences over a short period. The Icelandic Met Office explains that the country’s glaciers have lost a total area of ​​about 750 km2 since 2000, with an average reduction of 40 km2 each year.
You will see the comparative photos of several Icelandic glaciers if you visit this page of Courrier International:
https://www.courrierinternational.com/article/avant-apres-les-glaciers-islandais-fondent-vue-doeil

Le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe, est l’un de ceux qui fondent le plus vite. Dans quelques années, il n’aura plus la force de venir vêler dans la mer (Photo: C. Grandpey)

Le CO2 de la toundra, un autre sujet d’inquiétude // CO2 in the tundra, another area of concern

Au cours de ma conférence « Glaciers en péril », j’explique que l’on a beaucoup négligé jusqu’à aujourd’hui les conséquences de la fonte du permafrost – ou pergélisol – arctique sur le réchauffement climatique.

Une étude effectuée par une équipe internationale de scientifiques et publiée dans Nature Climate Change nous apprend que le sol de l’Arctique s’est réchauffé au point de libérer plus de carbone en hiver que les plantes nordiques peuvent en absorber en été. La toundra recouvre une grande partie de l’Arctique, que se soit en Sibérie, au Canada ou en Alaska. Elle représente un gigantesque réservoir qui contient nettement plus de carbone que ce qu’on trouve déjà dans l’atmosphère. Avec le réchauffement climatique, la toundra est en passe de devenir une source des gaz à effet de serre responsables du changement climatique.

Les auteurs de l’étude ont installé des détecteurs de dioxyde de carbone (CO2) sur le sol dans plus de 100 sites autour de l’Arctique et ont effectué plus d’un millier de mesures. Ils ont découvert que la quantité de carbone libérée pat le permafrost était beaucoup plus importante que prévu. Les résultats montrent que les émissions de CO2 – 1,7 milliard de tonnes par an – sont environ deux fois plus élevées que les estimations précédentes.

On pense que les plantes arctiques absorbent un peu plus d’un milliard de tonnes de gaz de l’atmosphère chaque année pendant la saison de croissance. Le résultat net est que les sols arctiques dans le monde rejettent probablement déjà plus de 600 millions de tonnes de CO2 par an.

Si la situation n’évolue pas, les émissions du sol nordique seraient susceptibles de libérer 41 % de carbone supplémentaire d’ici la fin du siècle. Or, l’Arctique se réchauffe déjà trois fois plus vite que le reste du monde. Selon la dernière étude, même si des efforts importants d’atténuation sont déployés, ces émissions augmenteront de 17 %.

Les chercheurs n’ont pas mesuré le méthane, un gaz à effet de serre environ qui est 30 fois plus puissant que le dioxyde de carbone et qui est également rejeté par le sol. On se souvient que de puissantes explosions de méthane ont creusé de spectaculaires cratères au cœur de la Sibérie.

Source : Presse canadienne.

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During my « Glaciers at Risk » conference, I explain that the consequences of the melting Arctic permafrost on global warming have been largely neglected.
A study conducted by an international team of scientists and published in Nature Climate Change tells us that Arctic soil has warmed to the point of releasing more carbon in winter than northern plants can absorb in summer. The tundra covers a large part of the Arctic, whether in Siberia, Canada or Alaska. It is a huge reservoir that contains significantly more carbon than is already found in the atmosphere. With global warming, the tundra is becoming a source of the greenhouse gases responsible for climate change.
The authors of the study installed carbon dioxide (CO2) detectors on the ground in more than 100 sites around the Arctic and made more than a thousand measurements. They discovered that the amount of carbon released from permafrost was much higher than expected. The results show that CO2 emissions – 1.7 billion tonnes per year – are about twice as high as previous estimates.
Arctic plants are thought to consume just over one billion tonnes of gas from the atmosphere each year during the growing season. The net result is that Arctic soils worldwide probably already emit more than 600 million tons of CO2 a year.
If the situation does not change, northern soil emissions could release 41% more carbon by the end of the century. The Arctic is already warming three times faster than the rest of the world. According to the latest study, even if significant mitigation efforts are made, these emissions will increase by 17%.
The researchers did not measure methane, a greenhouse gas that is about 30 times more powerful than carbon dioxide and is also released from the ground. One should remember that powerful explosions of methane have dug spectacular craters in the heart of Siberia.
Source: Canadian Press.

Vues de la toundra en Alaska (Photos: C. Grandpey)