Interférogramme d’une intrusion magmatique // Interferogram of a magma intrusion

Du 31 janvier au 3 février 2024, une intrusion magmatique sur le flanc du Kilauea, au sud-ouest de la caldeira sommitale, a attiré l’attention du HVO. Des centaines de séismes ont annoncé l’arrivée d’un nouveau magma. L’intensité de l’activité sismique était semblable à celle qui a précédé les récentes éruptions sommitales du Kilauea,. En conséquence, le HVO à fait passer le niveau d’alerte volcanique et la couleur de l’alerte aérienne respectivement à Watch (Vigilance ) et à la couleur Orange. Après la diminution de l’activité sismique le 3 février, les niveaux d’alerte sont revenus à Advisory (surveillance conseillée) et à la couleur Jaune.
Outre la forte sismicité, une déformation significative a également été enregistrée lors de l’intrusion. Un interférogramme fourni par l’Agence spatiale italienne COSMO-SkyMed satellite a confirmé que la dernière intrusion était plus importante que les précédentes en octobre 2023 ou août 2021. Le modèle de déformation de l’interférogramme était celui d’une intrusion « classique » avec ouverture d’un dyke.
La morphologie du corps magmatique qui ouvre le dyke affecte le modèle de déformation du sol. Par exemple, une chambre magmatique sphérique provoque un mouvement vers l’extérieur et un soulèvement lorsqu’elle est en phase d’inflation. Le schéma de déformation provoqué par l’ouverture d’un dyke est complexe et consiste en un mouvement vers l’extérieur et vers le haut, tout en s’éloignant des côtés du dyke.
La visualisation de l’ouverture de dyke dans un interférogramme est compliquée à cause de la manière dont les interférogrammes enregistrent le mouvement du sol. Les franges (qui représentent un cycle arc-en-ciel) dans un interférogramme correspondent au mouvement entre le sol et le satellite (changement de portée) dans la « direction de visée » de l’instrument radar. Pour le satellite COSMO-SkyMed, une frange équivaut à 1,5 cm de changement de portée. Le satellite ne vise pas le sol à la verticale; au lieu de cela, il envoie les impulsions radar avec un angle d’environ 40 degrés par rapport à la verticale. Cela signifie que les mouvements horizontaux et verticaux se mélangent pour créer un « changement de plage ».
Dans l’interférogramme du 31 janvier au 1er février, les mouvements vers l’extérieur et vers le haut en direction du sud-est s’additionnent pour créer des franges denses. Les mouvements vers l’extérieur et vers le haut en direction du nord-ouest s’annulent quelque peu et donnent naissance à des franges moins denses. En effet, le mouvement vers le nord-ouest augmente le changement de portée, mais le mouvement vers le haut le diminue.
Si l’on regarde attentivement, les franges au sud-est progressent du rose au jaune puis au bleu, à mesure que l’on s’éloigne de la « cible » centrale. Les franges du côté nord-ouest progressent du bleu au jaune puis au rose, en s’éloignant de la cible dans cette zone. Cela signifie que le changement de portée augmente dans ce quadrant.
Entre les lobes colorés du sud-est et du nord-ouest, se trouve au milieu une zone de franges denses et discontinues. Il s’agit de la portion de terrain qui s’est affaissée au-dessus du dyke. C’est aussi une zone avec de nombreuses fissures en surface, c’est pourquoi il y a parfois un fort décalage dans les motifs des franges.
Pour un géophysicien, il s’agit un bel interférogramme. Non seulement à cause des motifs intéressants des franges arc-en-ciel, mais aussi parce que cela illustre parfaitement la manière dont les interférogrammes capturent le mouvement du sol via un changement de portée. C’est également une illustration classique de la déformation provoquée par l’intrusion d’un dyke, l’un des principaux processus liés à la migration du magma dans les volcans du monde entier.
Source : USGS HVO.

Interférogramme formé à partir des données collectées par l’agence spatiale COSMO-SkyMed satellite entre le 31 janvier à 18 heures et le 1er février à la même heure. Les franges colorées indiquent des zones de déformation du sol, avec un plus grand nombre de franges pour une zone de grande déformation. Chaque cycle de couleur représente 1,5 cm de mouvement du sol en approche ou en éloignement du satellite. En plus du modèle d’ouverture des dykes décrit dans le texte ci-dessus, cet interférogramme montre que le sommet du Kilauea s’est affaissé lorsque du magma a été envoyé dans l’intrusion.

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Autre nterférogramme fourni pat COSMO-SkyMed (CSK) et couvrant, en Islande, la période du 3 au 11 novembre 2023. Il montre le champ de déformation lié à l’intrusion d’un dyke dans l’après-midi du 10 novembre au sein du système volcanique Reykjanes-Svartsengi. (Source: IMO).

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From January 31st to February 3rd, 2024, a magma intrusion into Kilauea’s flank, southwest of the summit caldera, was the focus of attention at the Hawaiian Volcano Observatory (HVO). Hundreds of earthquakes announced the influx of new magma. The intensity of the seismic activity was similar to what preceded recent summit eruptions at Kilauea, prompting HVO staff to raise the volcano alert level and the aviation color code to Watch and Orange, respectively. After seismic activity decreased on February 3rd, the alert level was returned to Advisory/Yellow.

In addition to the large number of earthquakes, high rates of deformation were also recorded during the intrusion.

An interferogram acquired from the Italian Space Agency’s COSMO-SkyMed satellite confirmed that the recent intrusion was larger than previous ones in October 2023 or August 2021. The pattern of deformation in the interferogram had a “classic” dike-opening intrusion pattern.

The shape of the opening magma body affects what the pattern of ground deformation will be. For example, a spherical magma chamber will cause outward motion and uplift when it inflates. The deformation pattern from dike-opening is complicated and consists of outward and upward motion away from the broad sides of the dike.

Seeing a dike-opening pattern in an interferogram is made even more complicated by how interferograms record ground motion. The fringes (one rainbow cycle) in an interferogram represent motion between the ground and satellite (range change) in the “look direction” of the radar instrument. For the COSMO-SkyMed satellite, one fringe equals 0.6 of an inch of range change. The satellite does not look straight down at the ground; instead, it sends the radar pulses out at an angle about 40 degrees off-vertical.

This means that horizontal and vertical motion get mixed together to create “range change.”

In the January 31st to February 1st interferogram, outward and upward motion to the southeast add together to create dense fringes. However, outward and upward motion to the northwest cancel each other out somewhat and result in fewer fringes. This is because motion to the northwest increases range change, but upward motion decreases it.

If one looks carefully, the fringes to the southeast progress from pink to yellow to blue, as one proceeds away from the central “bullseye.” The fringes on the northwest side progress from blue to yellow to pink, away from the bullseye in that area. This means that range change is increasing in that quadrant.

In between the colorful lobes to the southeast and northwest, there is an area of dense and discontinuous fringes in the middle. This is the portion of ground that subsided above the dike. It’s also an area with lots of surface cracks, which is why there is sometimes a sharp offset in the fringe patterns.

To a geophysicist, this is a beautiful interferogram. Not just because of the interesting patterns of the rainbow fringes, but because it beautifully illustrates the unique way that interferograms capture ground motion via range change. It’s also a textbook illustration of deformation from a dike intrusion, one of the fundamental processes for magma migration at volcanoes around the world.

Source : USGS HVO.

Le Met Office islandais croit toujours à une nouvelle éruption // The Icelandic Met Office still believes in a new eruption

Après l’éruption ratée du 2 mars 2024, le Met Office indique que le niveau de magma sous le secteur de Svartsengi continue d’augmenter. Cela pourrait déboucher sur une nouvelle éruption qui pourrait démarrer dans un délai très court, peut-être moins de 30 minutes. Il est également très probable qu’une éruption se produise entre Stóra-Skógafell et Hagafell.
Le Met Office indique également que les calculs de probabilité montrent que le volume de magma qui s’est déplacée le 2 mars entre Svartsengi et la chaîne de cratères de Sundhnúkagígar était de 1,3 million de mètres cubes.
Les scientifiques avaient précédemment calculé qu’environ 500 000 mètres cubes de magma s’accumulaient chaque jour sous Svartsengi. Si cette donnée reste inchangée, le volume total de magma sous Svartsengi atteindra environ 9 millions de mètres cubes d’ici la fin de journée du 5 mars 2024.
Par ailleurs, le Met Office rappelle que lors des événements précédents, une éruption s’est produite lorsque le volume total accumulé était compris entre 8 millions et 13 millions de mètres cubes. Il est donc très probable qu’une nouvelle éruption se produise une fois ce volume atteint.
La question est de savoir si l’intrusion magmatique, qui est un phénomène naturel, confirmera les prévisions des modélisations qui appartiennent à la science exacte.

Le Met Office accepte mal son échec de prévision du 2 mars 2024…

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After the failed eruption of March 2nd, 2024, the Met Office indicates that magma levels under the Svartsengi area are continuing to increase, which could end in a new eruption that could start with very short notice, even less than 30 minutes. It is also most likely that an eruption will occur between Stóra-Skógafell and Hagafell.

The Met Office also says that probability calculations show that the amount of magma that ran on March 2nd from Svartsengi to the Sundhnúkagígar crater row was 1.3 million cubic meters.

It was previously calculated that about half a million cubic meters of magma accumulates under the Svartsengi channel every day. Unchanged, the total magma level under the Svartsengi channel will reach about 9 million cubic meters by the end of March 5th, 2024.

Furthermore, the Met Office reminds that in previous events, an eruption occurred when the total volume accumulated was between 8 million and 13 million cubic meters. There is therefore an increased chance of a new volcanic eruption once this amount has been reached.

The question is to know whether the magma intrusion, which is a natural phenomenon, will confirm the predictions of model calculations which belong to exact science.

Islande : l’éruption ratée du 2 mars 2024 // Iceland : the failed eruption of March 2nd, 2024

Le 2 mars 2024, la plupart des volcanologues islandais pensaient qu’une éruption était imminente en raison de la quantité de magma qui s’était accumulée au niveau de l’intrusion. Le volume avait dépassé cekui qui avait provoqué la dernière éruption. La péninsule de Reykjanes a été mise en état d’alerte ; Grindavík et le Blue Lagoon ont été évacués. Les trois principales routes d’accès à Grindavík, la Grindarvíkurvegur, la Nesvegur et la Suðurstrandarvegur ont également été fermées. Les ouvriers étaient en alerte avec des bulldozers et des pelleteuses, prêts à combler les trous ménagés pour permettre aux routes de traverses les digues de terre. Le Met Office islandais a annoncé que la probabilité d’une éruption était très élevée, peut-être dans quelques heures, voire quelques minutes.
À 17h30, le Met Office a annoncé qu’un intense essaim sismique était enregistré à l’est de Sýlingarfell et qu’une éruption fissurale était probable. La sismicité se déplaçait vers le sud en direction de Hagafell, mais les mesures GPS montraient moins de déformation du sol qu’avant les éruptions précédentes.
Plus tard dans la soirée, le Met Office a annoncé que la sismicité avait cessé et que l’intrusion magmatique s’était probablement arrêtée temporairement. Des déformations mineures ont continué à être mesurées dans la zone, de sorte que le Met Office n’a pas voulu indiquer que l’intrusion était terminée, même s’il ne semblait pas que le magma se déplaçait vers la surface.
Les volcanologues islandais pensent qu’une nouvelle intrusion magmatique s’est probablement formée entre Sýlingarfell et Hagafell, ce qui a provoqué une chute de pression. La probabilité d’une éruption imminente a donc diminué, du moins pour le moment, mais la probabilité d’une nouvelle éruption reste élevée.
Une fois de plus, cette situation montre la fragilité de la prévision volcanique. Aucune éruption ne s’est produite au cours du week-end, comme l’avait prédit un chercheur de l’Université d’Islande. Le problème est que l’éruption prévue depuis plusieurs jours n’aura pas lieu dans une zone désertique. Elle pourrait vite devenir une menace pour une zone habitée et pour des infrastructures essentielles. Il ne reste plus qu’à attendre la suite des événements…
Source : Moniteur d’Islande.

Aucun événement sismique significatif n’a été détecté durant le week-end et la situation est très calme ce lundi matin. Cependant, tout le monde sait que les choses peuvent changer rapidement.

Grindavik reste sous la menace de la lave (Crédit photo: Iceland Review)

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On March 2nd, 2024, most specialists in volcanology thought that an eruption was pending due to the amount of magma accumulated in the magma channel, which had exceeded the amount that caused the last eruption to occur. Everything went on high alert and both Grindavík and the Blue Lagoon were evacuated. The three main access roads to Grindavík, Grindarvíkurvegur, Nesvegur and Suðurstrandarvegur were also closed. Workers were standing on alert with pushers and excavators, ready to fill in holes where roads run through the defenses.The Icelandic Met Office announced that the likelihood of an eruption was very high, and possibly within hours, if not minutes.

At 17:30 the Icelandic Met Office announced that an intense swarm of microseismic activity was occurring east of Sýlingarfell and that a fissure eruption was likely. The seismicity was moving south toward Hagafell but GPS-based measurements showed fewer signs of deformation than before previous eruptions.

Later in the evening, the Icelandic Met Office announced that the seismicity had ceased, and that the magma intrusion had probably stopped temporarily. Minor deformation continued to be measured in the area, so the Met Office did not want to issue a statement that the magma intrusion had ended, although it did not seem like the magma would be propagating to the surface.

Icelandic volcanologists think that a new magma channel probably formed, stretching between Sýlingarfell and Hagafell, which had decreased the pressure. Therefore the likelihood of a pending eruption diminished, at least for now. However, the likelihood of another eruption is still high.

Once again, this situation shows the fragility of volcanic prediction. An eruption did not occur during the weekend, as predicted by a University of Iceland researcher. The problem is that the likely eruption will not take place in a desert area. It might soon become a threat to a populated area and to essential infrastructure. Let’s see what happens next.

Source : Iceland Monitor.

No significant seismic event has been detected during the weekend and the situation is very quiet this Monday morning. However, evrybody knows that things may change rapidly.

Dernières nouvelles d’Islande // Latest news from Iceland

Dans l’après-midi du 2 mars 2024, vers 16h00 (heure locale), une intrusion magmatique a été détectée par les instruments à 1 kilomètre à l’est de Sýlingarfell, après une intense activité sismique dans la zone. Selon le Met Office islandais, cette activité indiquait qu’une éruption était susceptible de se déclencher. Les habitants encore présents à Grindavik ont été évacués, ainsi que le Blue Lagoon. Les volcanologues s’attendaient à ce qu’une éruption se produise à l’est de Sýlingarfell. Ensuite, l’activité a semblé se déplacer vers le sud, en direction de Grindavik. Le magma semblait se trouver à une profondeur d’environ quatre kilomètres, ce qui pouvait signifier quelques heures, voire moins, avant une éruption.
Puis, patatras ! Environ deux heures après son début, l’activité sismique a soudainement diminué, sans aucune indication que le magma était en train de remonter vers la surface. L’éruption a probablement avorté, phénomène que j’ai pu observer dans la région de Krafla dans les années 1990.
Aujourd’hui 3 mars au matin, la situation n’a pas évolué. La sismicité reste très faible sur la péninsule de Reykjanes. On va voir ce qui va se passer maintenant. Une fois de plus, nous constatons les limites de la prévision volcanique.

Il va falloir attendre un peu avant de voir la lave percer la surface….

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In the afternoon of March 2nd, 2024, at about 4:00 pm (local time), a magma flow had started 1 kilometre east of Sýlingarfell, following intense seismic activity in the area. The Icelandic Meteorological Office stated that the activity indicated that a volcanic eruption might start as a result. The residents still living in Grindavik were evacuated, as well as the Blue Lagoon. Avolcanic eruption was expected to occur east of Sýlingarfell. Next, activity seemed to be moving south, toward Grindavik. The magma appeared to be at a depth of approximately four kilometres, which could mean a few hours until an eruption, or even less time.

About two hours after it began, seismic activity suddenly decreased, with little indication that the magma was coming to the surface. Thee eruption may have aborted, a phenomenon that I could observe in the Krafla area in the 1990s.

Today March 3rd in the morning, the situation has not changed. Seismicity ids still very low on the Reykjanes Peninsula. Let’s see what will happen next. Once again, we can see the limits of volcanic prediction.