Vatnajökull (Islande) : Et maintenant ? // What next ?

drapeau francaisPlusieurs événements d’une magnitude supérieure à M 5 ont affolé les sismographes…et les médias au cours des dernières heures. La plupart de ces secousses avaient pour origine la caldeira du Barðarbunga où se produisent probablement des effondrements suite à la vidange de la chambre magmatique et la migration du magma vers le NE puis le nord. Les séismes se produisent à des profondeurs qui montrent qu’il ne s’agit pas d’une nouvelle montée de magma et ils ne s’accompagnent d’aucun autre indice (tremor harmonique, par exemple) allant dans ce sens. De tels événements sont susceptibles de se reproduire dans les prochains jours et je ne serais pas surpris que l’énorme masse de glace qui appuie sur le plancher du volcan provoque des événements encore plus spectaculaires. Des fractures sont apparues ces dernières heures à la surface du glacier.

Pour le reste, toute prévision est impossible et on ne peut que formuler des hypothèses. L’intrusion magmatique est de grande envergure, comme le montre la sismicité intense qui l’accompagne. La longueur actuelle du dyke est estimée à une quarantaine de kilomètres, ce qui est considérable. La seule chose que l’on puisse faire est de suivre sa trajectoire qui se maintient actuellement vers le nord. Atteindra-t-elle le réseau magmatique de l’Askja comme le suggèrent certains scientifiques ? Bien malin serait celui qui pourrait le prouver. Ces mêmes scientifiques rappellent les éruptions de l’Askja en 1961 et surtout en 1875, quand l’éruption du volcan a anéanti l’agriculture de la région et provoqué une migration de la population. Mais nous n’en sommes pas encore là. Il se peut très bien que le magma emprunte un autre réseau de fractures. Il se peut aussi, comme cela s’est déjà produit dans le passé, qu’il cristallise sur place et qu’il ne se passe rien d’autre en surface. Quoi qu’il en soit, quelle que soit l’issue de cette intrusion magmatique, les sismomètres vont continuer à s’agiter pendant encore pas mal de temps !

Comme je l’ai déjà indiqué, les événements actuels illustrent parfaitement l’accrétion qui se produit en Islande. Les instruments montrent qu’un écartement de 50 centimètres s’est produit entre les stations GPS de Dyngjuháls et de Kverkfjöll depuis le début de la crise sismique!

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drapeau anglaisSeveral events with a magnitude greater than M 5 have panicked … seismographs and the media in recent times. Most of these tremors were located beneath the  caldera of  Barðarbunga volcano where collapses are probably taking place after the emptying of the magma chamber and the migration of magma NE and north. Earthquakes occur at depths that do not suggest any new magma ascent and they are not accompanied by any other evidence (harmonic tremor, for instance) to that effect. Such events are likely to happen again in the next few days and I would not be surprised if the huge mass of ice that rests on the floor of the volcano should cause more dramatic events. Fractures have appeared these last hours at the surface of the glacier.
Otherwise, any prediction is impossible and we can only make assumptions. There is a large-scale magma intrusion, as shown in the accompanying intense seismicity. The current length of the dyke has been estimated at about forty kilometres, which is huge. The only thing we can do is follow its path which currently goes north. Will it reach the Askja magma network as suggested by some scientists? Nobody can prove it. These same scientists remind us of the eruptions of Askja in 1961 and above all in 1875, when the eruption destroyed agriculture in the region and led to a migration of the population. The magma may also find its way in another fracture network. It may also crystallize, as already happened in the past, with no visible event on the surface. Anyway, whatever the outcome of this magmatic intrusion, seismometers will continue to be active for some time!

As I put it before, the current events illustrate the accretion process in Iceland. The instruments reveal a horizontal spreading of about 50 centimetres between the Dyngjuháls and Kverkfjöll GPS stations!

Vatna-carte

Le dyke continue sa progression vers le nord…  (Source:  Met Office islandais)

Vatnajökull (Islande): Quelques réflexions personnelles // A few personal thoughts

drapeau francaisIl n’y rien eu de vraiment nouveau hier en Islande et le dyke continue sa progression vers le nord. Au vu de la carte mise en ligne par le Met Office (voir ci-dessous), l’intrusion magmatique est maintenant sortie du Dyngjujökull, la langue glaciaire du Vatnajökull. La sismicité reste intense mais la plupart des événements se trouvent à des profondeurs entre 5 et 10 km. Il semble donc que le magma n’ait pas envie de montrer le bout de son nez.

Depuis le début de la crise sismique le 16 août, je n’ai jamais vraiment cru à une éruption. Elle tardait vraiment trop à se produire et les hypocentres des séismes n’avaient pas tendance à se diriger vers la surface. J’ai eu l’impression de ramer à contre-courant car la plupart des volcanologues et autres volcanophiles misaient sur une éruption semblable à celle de 2010 sur l’Eyjafjallajökull.

Ma position s’appuyait sur deux événements : d’une part, une crise sismique identique que j’ai connue dans les années 1990 sur le Krafla (NE de l’Islande) et qui n’a débouché sur aucune éruption ; d’autre part les récents essaims sismiques à El Hierro (Iles Canaries) qui correspondaient eux aussi à une forte intrusion magmatique sans éruption.

Je ne sais pas comment la crise sismique actuelle va se terminer et je partage les conclusions des scientifiques islandais (voir ma note d’hier soir). Il y a toutefois  fort peu de chances qu’elle débouche sur une éruption sous-glaciaire au niveau du Barðarbunga comme le redoutaient les volcanologues islandais et comme l’espéraient les médias européens. La carte montre clairement que la sismicité se concentre moins sous ce volcan où la chambre magmatique semble s’être vidée de son contenu. Cela s’est traduit par un affaissement de la caldeira accompagné de fortes secousses sismiques qu’il ne fallait pas interpréter comme une ascension du magma, comme l’ont fait certains. Il est vrai que les nuages de poussière apparus au même moment sur le Barðarbunga n’ont fait qu’accroître la confusion.

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drapeau anglaisThere was nothing really new in Iceland yesterday and the dyke continues to move northward. Looking at the map posted by the Met Office (see below), the magma intrusion has now gone beyond Dyngjujökull, the glacier tongue of Vatnajökull. Seismicity remains intense but most events are located at depths between 5 and 10 km. So it seems that the magma does not want to show the tip of its nose.
Since the beginning of the seismic crisis on August 16th, I never really thought there would be an eruption. It was really taking too much time to occur and hypocentres of the earthquakes did not tend to move toward the surface. I felt like rowing against the tide because most volcanologists and other volcano lovers thought there would be an eruption similar to the 2010 Eyjafjallajökull eruption.
My position was based on two events: on the one hand, I experienced the same seismic crisis in the 1990s on Krafla (NE Iceland) and the crisis did not result in any eruption ; on the other hand, the recent seismic swarm in El Hierro (Canary Islands) also corresponded to a strong magma intrusion without an eruption.
I do not know how the current seismic crisis will come to an end and I share the conclusiosn of the Icelandic scientists. The odds are that that it will probably not result in a subglacial eruption at Barðarbunga volcano as this was feared by Icelandic volcanologists and hoped by European mass media. The map clearly shows that the seismicity is less concentrated beneath the volcano where the magma chamber seems to have been emptied of its contents. This resulted in the subsidence of the caldera accompanied by strong earthquakes that could not be interpreted as a magma ascent, as some people did. It is true that the dust clouds that appeared at the same time on Barðarbunga only increased the confusion.

Vatna-carte

Cette carte montre la progression du dyke vers le nord

(Source: Met Office islandais)

Vatnajökull (Islande): Dernières nouvelles // Latest news

drapeau francais22 heures : Les scientifiques du Met Office islandais, de l’Institut des Sciences de la Terre et des représentants de la Protection Civile ont assisté à une réunion à 10 heures ce matin.
Les scientifiques ont indiqué que la sismicité intense continue. Plus de 700 événements ont été comptabilisés depuis minuit. Ils continuent à migrer vers le nord et se concentrent maintenant sur ​​10 km à l’extrémité du dyke qui s’étend sur 5 km au-delà du glacier Dyngjujökull.
On estime que le dyke sous le Dyngjujökull a maintenant une longueur de près de 35 km. La modélisation des données GPS indique qu’il contient environ 300 millions de mètres cubes de magma. D’autres stations de surveillance GPS en continu seront installées dans quelques jours au nord de Vonarskarð et sur ​​Urðarháls.
Rien ne montre que l’intensité de l’activité est en baisse. Actuellement, trois scénarios sont considérés comme les plus probables:
– La migration du magma pourrait arrêter, avec une réduction progressive de l’activité sismique.
– Le dyke pourrait atteindre la surface de la croûte terrestre, avec une éruption qui se produirait probablement près de l’extrémité nord du dyke. Ce serait probablement une éruption effusive avec une activité explosive limitée générant peu de cendre.
– Dans un autre scénario le dyke atteindrait la surface sous une partie importante ou sous la totalité du glacier. Cela produirait probablement une inondation de la Jökulsá á Fjöllum et peut-être une activité explosive avec production ce cendre.
D’autres scénarios ne sauraient être exclus. Par exemple, une éruption à l’intérieur de la caldeira du Bárðarbunga, mais actuellement ce scénario est considéré comme le moins probable.

Source: Iceland Review.

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drapeau anglais22 :00 : Scientists from the Icelandic Met Office, Institute of Earth Sciences and representatives of the Civil Protection Department attended a meeting at 10 am this morning.

The scientists indicated that intense seismicity continues. Over 700 events have been recorded since midnight. It continues to migrate northward and is now concentrated on the 10 km long tip of the dike extending 5 km beyond the edge of the Dyngjujökull glacier.

The dike beneath Dyngjujökull is now thought to be close to 35 km long. Modeling of GPS data indicates that it contains about 300 million cubic metres of magma. Additional stations for continuous GPS monitoring will be installed north of Vonarskarð and on Urðarháls within a few days.

There are no indications that the intensity of the activity is declining. Currently, three scenarios are considered most likely:

– The migration of magma could stop, with a gradual reduction in seismic activity.

– The dike could reach the surface of the crust, starting an eruption which would probably occur near the northern tip of the dike. This would most likely produce an effusive lava eruption with limited explosive, ash-producing activity.

– An alternate scenario would be the dike reaching the surface where a significant part, or all, of the fissure is beneath the glacier. This would most likely produce a flood in Jökulsá á Fjöllum and perhaps explosive, ash-producing activity.

Other scenarios cannot be excluded. For example, an eruption inside the Bárðarbunga caldera is possible but presently considered to be less likely.

Source: Iceland Review.

Vatnajökull (Islande) : Y aura-t-il une éruption ? // Will there be an eruption ?

drapeau francaisAlors que les médias trépignent dans l’espoir d’une éruption spectaculaire qui remplira journaux et magazines, la situation actuelle en Islande appelle quelques réflexions.

– Tout d’abord, les gesticulations auxquelles nous assistons en ce moment – en particulier sur les réseaux sociaux – n’auraient pas lieu si l’Eyjafjallajökull n’avait pas déclenché une panique monstre dans le trafic aérien en 2010. Depuis cette date, des alertes sismiques ont été observées ailleurs en Islande (Reykjanes, Tjornes) mais la presse ne s’en est guère préoccupée. De la même façon, quand un volcanologue islandais a cru bon annoncer une éruption imminente de l’Hekla (on l’attend toujours !), il n’y a pas eu de remous dans les médias. Cette fois, la sismicité se trouve sous un glacier, alors on repense tout de suite au nuage de cendre de 2010 qui a laissé de sérieuses traces dans les mémoires.

– Pour le moment, aucune éruption n’a été observée et personne n’est en mesure de dire ce qui se passera dans les prochaines heures ou les prochains jours. Tout le monde semble se focaliser sur la sismicité qui secoue la région. Il est toutefois bon de rappeler que la seule sismicité ne suffit pas pour prévoir une éruption. Les événements récents à El Hierro (Iles Canaries) sont là pour le prouver. On a assisté à plusieurs essaims sismiques à répétition (avec des secousses importantes) mais aucun magma n’est apparu à la surface, sauf modestement à La Restinga lors de la première crise. Là aussi, la sismicité trahissait une intrusion magmatique. De plus, il faut savoir que des intrusions magmatiques identiques se sont déjà produites en Islande (dans la région du Krafla par exemple) sans sortie de la lave à la surface. Le site de la Smithsonian Institution  consacré au Barðarbunga indique à plusieurs reprises au cours des dernières années que des éruptions ont été « uncertain », ce qui signifie que le magma n’a pas percé la surface.

D’autres paramètres doivent être pris en compte, surtout dans une région où la sismicité est déjà forte naturellement. .

Il y a la déformation. Elle est très marquée depuis que la crise sismique a commencé, sous l’effet de l’intrusion magmatique et de la propagation du dyke vers le nord.  Là encore, sismicité et déformation ne sont pas des paramètres suffisants, même s’ils sont très importants et demandent la plus grande vigilance.

En revanche, personne ne fait état des modifications thermiques pour lesquelles les satellites sont très utiles. Vu le silence sur le sujet, il semblerait qu’aucune anomalie n’ait été détectée dans la région.

On n’entend pas parler non plus de l’aspect géochimique avec les modifications qui pourraient survenir dans les sources chaudes et dans les émanations gazeuses (variations de l’hélium ou du CO2, par exemple) situées à proximité du lieu sensible. J’ai encore en tête les paroles de Maurice Krafft qui comparait les paramètres volcaniques aux  symptômes d’une maladie.

Comme je l’ai souligné précédemment, le volcanisme islandais est complexe car la tectonique vient brouiller les cartes. Les désaccords qui sont apparus entre les scientifiques islandais montrent bien que nous sommes incapables à l’heure actuelle de formuler des pronostics. Il nous faut attendre et voir !

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drapeau anglaisWhile the media are impatiently waiting for a dramatic eruption that would fill newspapers and magazines, the current situation in Iceland requires some remarks.
– First, all the commotion we are witnessing right now – especially on social networks – would not occur if Eyjafjallajökull had not triggered a monster panic in air traffic in 2010.  Since that time, seismic alerts have been observed elsewhere in Iceland (Reykjanes Tjörnes) but the media did not feel interested. Similarly, when an Icelandic volcanologist talked about an imminent eruption of Hekla (we are still waiting for it!), there was no stir in the media. This time, the seismicity is located under a glacier, so people immediately think about the ash cloud in 2010 that left serious traces in the memories.
– For the moment, no eruption has been observed and no one is able to tell what will happen in the coming hours or days. Everyone seems to focus on the seismic activity in the region. However, it is worth remembering that seismicity alone is not enough to predict an eruption. Recent events in El Hierro (Canary Islands) are there to prove it. There have been repeated several seismic swarms (with big shakes) but no magma has appeared to the surface, except at La Restinga (in a modest way) during the first crisis. Again, seismicity betrayed a magma intrusion. Besides, we should keep in mind that similar magma intrusions have already occurred in Iceland (in the Krafla region for example) without any magma ascent to the surface. The website of the Smithsonian Institution dedicated to Barðarbunga indicates repeatedly in recent years « uncertain » eruptions, which means that magma did not pierce the surface.
Other parameters must be taken into account, especially in a region where seismicity is already strong naturally.
Deformation needs to be taken into account. It has been very strong since the seismic crisis began, due to the magma intrusion. However, seismicity and deformation are not sufficient parameters, although they are very important and require to be very vigilant.
There has been no report of thermal changes for which satellites are very useful. Given the silence on the subject, it appears that no thermal anomaly was detected in the region.
We do not hear either about geochemical changes that might have occurerd in the hot springs and the gaseous emissions near the active site. I still have in mind the words of Maurice Krafft who compared volcanic parameters to the symptoms of a disease.
As I put it before, Icelandic volcanism is complex because the tectonic aspect confuses the issue. The disagreements that arose among Icelandic scientists show that we are unable at this time to make predictions. We have to wait and see!

Krafla-blog

Fracture éruptive du Krafla  (Photo:  C.  Grandpey)