Grímsvötn (Islande) : Une éruption à court terme? // An eruption in the short term?

Le Grímsvötn est un volcan sous-glaciaire islandais situé sous la partie nord-ouest de la calotte glaciaire du Vatnajökull. C’est un volcan basaltique avec une fréquence éruptive remarquable, la plus élevée de tous les volcans d’Islande. C’est la raison pour laquelle il est étroitement surveillé. Dans la mesure où la majeure partie du système volcanique se trouve sous le Vatnajökull, la plupart des éruptions sont sous-glaciaires. En conséquence, l’interaction du magma et de l’eau de fonte de la glace provoque une activité phréatomagmatique, donc explosive. Les éruptions provoquent régulièrement des crues glaciaires connues sous le nom islandais de jökulhlaup. Les éruptions font fondre suffisamment de glace pour remplir d’eau la caldeira du Grímsvötn. La pression exercée par cette eau peut être suffisante pour soulever brutalement la calotte glaciaire et permettre à d’énormes quantités de s’échapper rapidement.

Comme je l’ai écrit dans ma note du 2 octobre 2020 sur les «Volcans du monde», l’Icelandic Met Office (IMO) a fait passer la couleur de l’alerte aérienne du Grímsvötn du Vert au Jaune en raison d’une hausse d’activité révélée par plusieurs paramètres géophysiques et géochimiques qui se situent actuellement au-dessus de la normale.
Il est utile de rappeler au public que le code couleur de l’alerte aérienne fait partie d’un système international destiné à alerter les pilotes sur l’activité volcanique et le danger qu’elle peut créer, notamment en ce qui concerne les cendres en suspension dans l’air qui peuvent endommager les moteurs des aéronefs.. L’objectif est également de préparer les services aéronautiques à une éventuelle éruption. Bien que le code soit désormais Jaune, il n’est pas interdit aux avions de survoler le Grímsvötn.

Selon l’IMO, la hausse d’activité du Grímsvötn se manifeste de la façon suivante:
La sismicité au cours du mois dernier a été supérieure à la moyenne.
L’activité géothermale a augmenté au cours des derniers mois, avec des signes évidents d’approfondissement des chaudrons qui se sont creusés en plusieurs endroits de la caldeira.
La déformation de surface a dépassé son niveau d’avant l’éruption de 2011.
Des gaz magmatiques ont été détectés dans les émissions géothermales cet été.
Selon le Met Office, tous ces paramètres indiquent que le volcan a atteint un niveau d’activité comparable à celui observé avant les dernières éruptions. C’est pourquoi la couleur de l’alerte aérienne est passée au Jaune.

Cependant, cela ne signifie pas nécessairement qu’une éruption se produira et le volcan pourrait revenir à des conditions normales. En 2017, par exemple, la couleur de l’alerte aérienne était passée au  Jaune en raison d’une hausse d’activité observée sur le volcan Öræfajökull. Elle a ensuite été abaissée au Vert lorsque l’activité est redevenue normale.
Source: IMO
Nous sommes dans une situation similaire à celle du Piton de la Fournaise à La Réunion. Bien que le Grimsvötn soit bien surveillé et bien instrumenté, la prévision volcanique a atteint ses limites.

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Grímsvötn is a subglacial Icelandic volcano located under the northwestern side of the Vatnajökull ice cap. It is a basaltic volcano with the highest eruption frequency of all the volcanoes in Iceland. This is the reason why it is carefully monitored. Because most of the volcanic system lies underneath Vatnajökull, most eruptions have been subglacial and the interaction of magma and meltwater from the ice causes phreatomagmatic explosive activity. Eruptions regularly cause glacial outbursts known as jökulhlaup. Eruptions melt enough ice to fill the Grímsvötn caldera with water, and the pressure may be enough to suddenly lift the ice cap, allowing huge quantities of water to escape rapidly.

As I put it in my post of October 2nd, 2020 about “Volcanoes of the world” , the Icelandic Met Office (IMO) has raised the aviation colour code for Grímsvötn volcano from green to Yellow due to a gradually increasing activity revealed by several geophysical and geochemical parameters that are now above background level.

It is useful to remind the public that the Aviation Color Code belongs to an international system intended to alert pilots about the status of volcanic activity and the danger it can create, especially with regard to airborne ash hazards. The goal, too, is for aviation services to be prepared for a potential eruption. Although the code is now Yellow, aircraft are not prohibited from flying over Grímsvötn. Aviation services have just been made aware of the situation.

According to IMO, the increasing activity in Grímsvötn is manifested by the following:

Seismicity during the past month has been above average.

Geothermal activity has increased over the past months with clear signs of deepening cauldrons in several places around the caldera.

The surface deformation has exceeded the level it was at prior to the 2011 eruption.

Magmatic gases were measured in the geothermal emissions this summer.

According to the Met Office, all these parameters indicate the volcano has reached a level of unrest comparable to that noted prior to previous eruptions. This is the reason why the aviation colour code has been raised to Yellow. However, this does not necessarily mean an eruption will occur and the volcano could turn back to normal conditions. In 2017, for example, a Yellow aviation colour code was activated due to activity in Öræfajökull volcano. It was later lowered to Green when activity returned to normal.

Source: IMO.

We are in a situation similar to that of Piton de la Fournaise on Reunion Island. Although Grimsvötn is well monitored, volcanic prediction has reached its limits.

Source : IMO

Volcans du monde // Volcanoes of the world

Voici quelques nouvelles de l’activité volcanique dans le monde, avec référence au Rapport Hebdomadaire de la Smithsonian Institution: :

L’Icelandic Met Office a fait passer au Jaune la couleur de l’alerte aérienne du Grímsvötn le 30 septembre suite à une hausse de l’activité. La sismicité a augmenté au cours du mois dernier, les chaudrons présents à la surface du glacier se sont approfondis en plusieurs endroits de la caldeira, signe d’une hausse de l’activité géothermale. De plus, la déformation de surface a dépassé le niveau d’avant l’éruption de 2011. Des gaz magmatiques étaient présents dans les émissions au cours de l’été. Pour terminer, le niveau de l’eau dans le lac sous-glaciaire est comparable aux niveaux qui ont précédé les inondations de 2004 et 2010. La dernière éruption de 2011 a été puissante, avec un VEI 4. Ne vous précipitez pas pour aller en Islande; le coronavirus y est actif, avec de sévères mesures de restriction concernant les visiteurs.
Source: OMI.

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Au Chili, l’activité du Villarrica se caractérise par la présence d’un lac de lave actif, de petites explosions et des émissions de gaz. Les images de la webcam montrent des émissions de gaz ne dépassant pas 500 m la lèvre du cratère, avec parfois une incandescence nocturne du cratère et la projection de matériaux. Les images satellites montrent des dépôts de téphra autour du cratère jusqu’à 36 m sur les flancs E et SE. Le 25 septembre, le réseau sismique a enregistré un séisme longue période associé à une explosion d’intensité moyenne. Le niveau d’alerte reste au Jaune.
L’activité se poursuit dans le cratère Nicanor du Nevados de Chillán. Les explosions au niveau du dôme de lave génèrent des panaches qui s’élèvent à moins de 1,5 km. La coulée de lave sur le flanc NNE mesure environ 500 m de long et avance à une vitesse de 1,70 mètre par heure. Le niveau d’alerte reste au Jaune et il est rappelé à la population de ne pas s’approcher du cratère à moins de 3 km.
L’activité se poursuit sur le Copahue (frontière Chili-Argentine). Les webcams montrent des panaches de gaz et de cendres s’élevant jusqu’à 1,1 km, parfois associés à l’incandescence nocturne du cratère. Deux anomalies thermiques ont été identifiées sur les images satellites. Le niveau d’alerte reste au Jaune.
Source: SERNAGEOMIN.

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Les retombées de cendres produites par l’éruption explosive du Sangay (Équateur) le 20 septembre 2020 continuent d’affecter plusieurs régions du pays, notamment la province andine du Chimborazo. Au total, 11 198 hectares de cultures ont été détruits, soit au moins 24 557 agriculteurs. Le Ministère de l’Agriculture a livré du fourrage pour le bétail.
Les volcanologues de l’Instituto Geofisico ont déclaré que les explosions et les émissions de cendres du 20 septembre étaient beaucoup plus puissantes que celles observées au cours des deux derniers mois.
Le 24 septembre, les autorités ont signalé que 55 000 ha de bananiers avaient été touchés par la cendre, en particulier dans les provinces de Guayas et Los Rios. La production de cette région représente 25 à 30% des fruits exportés dans le monde
Source: Presse équatorienne.

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Here is some news of volcanic activity around the world as reported by the Smithsonian Institution’s Weekly Report:

The Icelandic Meteorological Office raised the aviation colour code for Grímsvötn to Yellow on September 30th because   activity had been increasing above background levels. Seismicity increased over the past month, cauldrons deepened in several places around the caldera around the caldera, signifying increased geothermal activity.  Moreover, surface deformation surpassed the level prior to the 2011 eruption, and magmatic gases were present in emissions over the summer. Additionally, water levels in the subglacial lake were comparable to levels prior to floods in 2004 and 2010. The last eruption in 2011 was large and powerful, with a VEI 4. Don’t hurry to go to Iceland; the coronavirus is quite active, with severe restrictions to visitors.

Source: IMO.

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In Chile, activity at Villarrica is characterized by an active lava lake, minor explosions, and gas emissions. Webcam images show gas emissions rising no higher than 500 m above the crater, with occasional nighttime crater incandescence and ejected material. Satellite images show tephra deposits around the crater extending up to 36 m on the E and SE flanks. On 25 September the seismic network recorded a long-period earthquake associated with a moderate explosion. The alert level remains at Yellow.

Activity continues at Nevados de Chillán’s Nicanor Crater. Explosions at the lava dome in the crater produce plumes that rise less than 1.5 km. The lava flow on the NNE flank is about 500 m long and advancing at a rate of 1.7 metres per hour. The alert level remains at Yellow, and residents are reminded not to approach the crater within 3 km.

Activity continues at Copahue (Central Chile-Argentina border). Webcams record gas-and-ash plumes rising as high as 1.1 km, sometimes associated with nighttime crater incandescence. Two thermal anomalies have been identified in satellite images. The alert level remains at Yellow.

Source : SERNAGEOMIN.

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Ashfall produced by the large explosive event at Sangay (Ecuador) on September 20th, 2020 continues to be registered in several areas of the country, especially in the Andean province of Chimborazo. A total of 11 198 hectares of crops have been destroyed, affecting at least 24 557 farmers. The Ministry of Agriculture has delivered forage for the cattle.

IG volcanologists said that explosions and ash emissions on September 20th were much more energetic than any of those observed in the past couple of months.

On September 24th, authorities reported 55 000 ha of banana crops were affected by ashfall, especially in the provinces of Guayas and Los Rios. This area’s production accounts for 25 to 30% of the fruit that is exported to the world

Source: Ecuadorian newspapers.

Image satellite de l’éruption du Sangay

Sismicité en Islande // Seismicity in Iceland

Un séisme de magnitude M 3,7 a secoué la zone située au nord-est de l’île de Grímsey, au large de la côte nord de l’Islande, peu avant midi le 25 septembre 2020.. Sa source a été localisée à 12,5 km au nord-est de l’île. Plusieurs répliques ont suivi, la plus importante d’une magnitude M 2,4. (NDLR : Ces événements sont probablement liés à l’activité de ta Tjörnes Fault Zone.)

Un autre séisme d’une magnitude de 4,8 M a été enregistré à 6h10 (UTC) aujourd’hui 28 septembre 2020 à 8,3 kilomètres à l’ESE du Bardarbunga, à une profondeur de 4,5 km. (NDLR : Il semble être trop superficiel pour avoir une origine magmatique.
Source: Icelandic Met Office. .

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An earthquake with a magnitude M 3.7 hit the area northeast of Grímsey island, off the north coast of Iceland, shortly before noon on September 25th, 2020. . Its source was 12.5 km northeast of the island. Several aftershocks have followed, the largest one with a magnitude M 2.4. ‘Personal niote: These events are probably linked to the Tjörnes Fault Zone).

Another quake with a magnitude of M 4.8 was recorded at 6:10 (UTC) today, September 28th, 2020 8.3 kilometres ESE of Bardarbunga, at a depth of 4.5 km. (Personal noteJIt seems to be too shallow to have a magmatic origin.

Source: Icelandic Met Office.

Crue glaciaire du Langjökull (Iceland) // Glacial flood of Langjökull (Iceland)

Le 11 mai 2020, j’ai publié une note sur la fonte des glaciers en Islande. J’écrivais que depuis l’an 2000, la superficie des glaciers islandais a diminué d’environ. 800 km2 et de près de 2200 km2 depuis la fin du 19ème siècle, époque où les glaciers ont atteint leur extension maximale depuis la colonisation du pays au 9ème siècle.
La surface glaciaire a en moyenne diminué d’environ. 40 km2 par an ces dernières années et les glaciers ont reculé de plusieurs dizaines de mètres en 2019. Le Hagafellsjökull, qui appartient à la calotte glaciaire du Langjökull, ainsi que le Síðujökull et le Tungnárjökull qui font partie de la calotte glaciaire du Vatnajökull, détiennent le record de recul pour 2019, avec 150 m de recul en une seule année.
Le Langjökull (islandais pour «long glacier») est la deuxième plus grande calotte glaciaire d’Islande, après le Vatnajökull. Il est situé dans la partie ouest de l’intérieur islandais ; on le distingue parfaitement quand on avance le long de l’Haukadalur. Le point culminant de la calotte glaciaire se situe à environ 1 450 m au-dessus du niveau de la mer.
Les températures dans la région ont été anormalement chaudes au cours des dernières semaines et une soudaine crue glaciaire – jökulhlaup en islandais – du Langjökull a eu lieu dans la nuit du 17 au 18 août 2020. On pense qu’elle s’est produite lorsqu’un barrage qui retenait un lc sous-glaciaire s’est rompu dans la partie nord-ouest du glacier. Une grande quantité d’eau s’est déversée dans la rivière Svartá dont le niveau est généralement bas à cette époque de l’année. Une jauge de niveau près de la cascade de Kljáfoss sur la rivière Hvítá a révélé une triple élévation du niveau de l’eau.
Le Met Office estime que le volume d’eau qui s’est échappé du glacier avant de se déverser dans la rivière Svartá, puis la rivière Hvítá près de Húsafell, a atteint 3,4 millions de mètres cubes en 24 heures. L’ampleur de cette crue glaciaire était telle que l’eau atteignait presque les poutres du pont sur la Hvítá près de Húsafell. La rivière a charrié une grande quantité de sédiments et les agriculteurs qui possèdent des terres en aval de la Hvítá ont découvert de nombreux cadavres de saumons dans leurs champs.
Les scientifiques vont se rendre sur le terrain pour vérifier si les chenaux creusés par la rivière se sont modifiés de façon permanente et pour évaluer le danger que les crues glaciaires sont susceptibles de poser à l’avenir. En effet, lorsque des changements se produisent, il faut parfois réévaluer les routes, les ponts et toutes sortes de structures près des glaciers et des rivières glaciaires.
Source: Iceland Review, Icelandic Met Office.
Les crues glaciaires sont assez fréquentes en Islande. Il y a quelques jours, les scientifiques s’attendaient à un jökulhlaup sur le volcan Grimsvötn, mais cela ne s’est pas produit. Cette fois, c’est au tour du glacier Langjökull….

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On May 11th, 2020, I released a post about glacier melting in Iceland. I wrote that since 2000, the area of Iceland’s glaciers has decreased by about. 800 km2 and by almost 2200 km2 since the end of the 19th century when the glaciers reached their maximum extent since the country’s settlement in the 9th century.

The glacier area has on average shrunk by about. 40 km2 annually in recent years. Glaciers typically retreated by tens of metres in Hagafellsjökull in Langjökull ice cap and Síðujökull and Tungnárjökull in Vatnajökull ice cap hold the 2019 record, retreating by 150 m in this single year.

Langjökull (Icelandic for « long glacier ») is the second largest ice cap in Iceland, after Vatnajökull. It is situated in the west of the Icelandic interior and can be seen clearly when travelling along Haukadalur. The highest point of the ice cap is about 1,450 m above sea level.

Temperatures in the area have been unseasonably warm in the past weeks and a flash flood – or jökulhlaup in Icelandic – from Langjökull glacier took place during the night between August 17th and 18th, 2020. It is believed to have occurred when a dam containing a lagoon on the glacier’s northwestern side broke. A large amount of water streamed into Svartá river whose water level is typically low at this time of year. A water level gauge by Kljáfoss waterfall in Hvítá river showed an almost threefold increase in the water level.

The Met Office estimates the amount of water that cascaded from the lagoon into Svartá river and then Hvítá river near Húsafell amounted to 3.4 million cubic metres in 24 hours. The size of the flood was such that the water level nearly reached the girders of the bridge over Hvítá river near Húsafell. The flood carried a great deal of sediments into the rivers, and farmers who own land farther down Hvítá river have discovered numerous dead salmon in their fields.

Scientists will be checking conditions near the lagoon to see whether river channels have permanently changed and to assess how much risk glacial outburst floods are likely to pose in the future. Indeed, when changes occur, people may be forced to reassess roads, bridges, and all sorts of structures near glaciers and glacial rivers.

Source: Iceland Review, Icelandic Met Office.

Glacial floods are quite common in Iceland. A few days ago, scientists expected a jökulhlaup produced by Grimsvötn volcano, but it did not happen. This time, it is up to Langjökull…

L’Islande et ses glaciers (Source : Wikipedia)