Quelques réflexions sur les éruptions de l’Agung et du Mayon (Première partie) // Some thoughts about the eruptions of Mt Agung and Mt Mayon (Part 1)

Deux dangereux volcans de la Ceinture du Feu du Pacifique se sont réveillés au cours des derniers mois. Une première partie sera consacrée à l’éruption de l’Agung sur l’île de Bali (Indonésie). L’éruption du Mayon aux Philippines sera abordée dans la deuxième partie. Enfin, dans une troisième partie, j’essaierai de tirer les conclusions de ces deux éruptions.

AGUNG

Le 14 septembre 2017, le niveau d’alerte passe de 1 à 2 sur le Mont Agung suite à une augmentation de l’activité volcano-tectonique. Il est alors conseillé aux villageois et aux visiteurs de rester à plus de 3 kilomètres du cratère.

Quelques jours plus tard, le niveau d’alerte passe à 3 sur une échelle de 4. Les premières évacuations sont décrétées et le niveau d’alerte passe au maximum (AWAS – 4) le 22 septembre.

Le 24 septembre, suite à l’application du principe de précaution, plus de 10 000 personnes ont été évacuées. Les évacuations se poursuivent les jours suivants, tandis que les aéroports se tiennent prêts à faire face à un événement majeur…. qui n’arrive jamais.

Le 29 octobre, baisse niveau d’alerte à 3….avant de repasser au maximum le 27 novembre ! C’est vraiment du pilotage à vue !

De petits épisodes éruptifs se produisent ensuite, mais rien de vraiment alarmant. Comme toujours dans ce genre de situation en Indonésie, les personnes évacuées trouvent le temps long et des paysans reviennent voir si tout est normal dans leurs fermes situées à l’intérieur de la zone d’exclusion. L’économie balinaise souffre de la situation. On évoque l’éruption de 1963, mais le volcan ne se décide pas à l’imiter. Les quelques images du cratère montrent une galette de lave, mais pas de dôme en formation et donc pas de perspective de coulées pyroclastiques dévastatrices.

Le 23 décembre 2017, alors que le niveau d’alerte est toujours au maximum, le président indonésien  « annule l’état d’urgence du Mont Agung »  et indique que l’île de Bali est maintenant prête à accueillir de nouveau les touristes.

Après cette date, le volcan a connu quelques épisodes éruptifs mineurs, mais rien de vraiment alarmant. Les villageois, ainsi que les touristes et les randonneurs, ont été priés de ne pas pénétrer dans la zone de sécurité de six kilomètres de rayon autour du Mont Agung. Les habitants de 12 villages ont été évacués vers des hébergements provisoires dans les districts voisins. Malgré le danger potentiel, les personnes vivant en dehors des villages sous la menace du volcan ont été autorisées à continuer leurs activités quotidiennes, mais elles doivent rester vigilantes et suivre les instructions données par les autorités.
Finalement, le 10 février 2018, le niveau d’alerte de l’Agung est baissé d’un cran. Il passe de 4 à 3. L’activité sismique a considérablement diminué au cours des dernières semaines. Les instruments montrent également une déflation de l’édifice, ce qui traduit une diminution de la pression des gaz et du magma. A noter toutefois que le volcan continue à émettre des panaches de cendre depuis la réduction du niveau d’alerte… Un tel panache de 1,5 km de hauteur a été observé le 13 février 2018.

D’un point de vue scientifique, il est indéniable que les volcanologues indonésiens ont été – au moins jusqu’à présent – incapables de faire des prévisions fiables sur l’éruption du Mont Agung. Le yo-yo du niveau d’alerte au mois de novembre est là pour le prouver. Cela ne veut pas dire que je critique leur travail ; ils ont effectué leurs tâches très sérieusement, avec les moyens du bord. Ils ont confirmé que la volcanologie actuelle se base sur les observations visuelles – éventuellement à l’aide de drones – et sur ce que révèlent les instruments, mais on se sait pas aller plus loin. Nous ne savons pas prévoir. Si l’Agung avait connu une phase explosive majeure soudaine, la situation serait vite devenue très compliquée.

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Two dangerous volcanoes of the Pacific Ring of Fire have gone through eruptive episodes in recent months. A first part will be dedicated to the eruption of Mt Agung on the island of Bali (Indonesia). The eruption of Mayon in the Philippines will be approached in the second part. Finally, in the third part, I shall try to draw some conclusions of these two eruptions.

Mt AGUNG

On September 14th, 2017, the alert level was raised from 1 to 2 on Mount Agung following an increase in volcano-tectonic activity. Villagers and visitors were advised to stay more than 3 kilometers from the crater.
A few days later, the alert level was raised to 3 on a scale of 4. The first evacuations were decided and the alert level reached its maximum (AWAS – 4) on September 22nd.
On 24 September, following the application of the precautionary principle, more than 10,000 people were evacuated. The evacuations continued the following days, while the airports were ready to face a major event …. that never happened.
On October 29th, the alert level was lowered to 3 … before being raised to the maximum on November 27th!

Small eruptive episodes later occurred, but nothing really alarming. As always in this kind of situation in Indonesia, the evacuees got impatient and peasants went back to see if everything was normal in their farms located inside the exclusion zone. The Balinese economy suffered from the situation. Everybody remembered the eruption of 1963, but the volcano did not decide to imitate it. The few images of the crater showed a lava slab, but no dome formation and no perspective of devastating pyroclastic flows.
On December 23rd, 2017, while the alert level was still at the maximum, the Indonesian president « cancelled the state of emergency of Mount Agung » and indicated that the island of Bali was now ready to welcome tourists again.
After this date, the volcano experienced some minor eruptive episodes, but nothing really alarming. Villagers, as well as tourists and hikers, were told not to enter the six-kilometer safety zone around Mount Agung. Residents of 12 villages were evacuated to temporary accommodation in neighboring districts. Despite the potential danger, people living outside the villages under the threat of the volcano were allowed to continue their daily activities, but they were asked to remain vigilant and follow the instructions given by the authorities.
Finally, on February 10th, 2018, the alert level for Mt Agung was lowered by one notch. It went from 4 to 3. Seismic activity decreased considerably in recent weeks. The instruments also showed deflation of the edifice, which reflected a decrease in the pressure of gases and magma. However, it should be noted that the volcano is still emitting ash plumes after the reduction of the alert level… Such a plume was seen rising 1.5 km above the crater on February 13th 2018.
From a scientific point of view, it is undeniable that Indonesian volcanologists have been – at least until now – unable to make reliable predictions about the eruption of Mount Agung. The yo-yo alert level in November proves it. This does not mean that I criticize their work; they performed their tasks very seriously, with the means at hand. They just confirmed that current volcanology is based on visual observations – possibly using drones – and on what the instruments reveal, but we are unable to go further. We do not know how to predict an eruption. If Mt Agung had experienced a sudden major explosive phase, the situation would have soon become very complicated.

Episode éruptif sur l’Agung vu par une webcam

Agung (Bali / Indonésie): Baisse du niveau d’alerte // The alert level has been lowered

Comme cela était prévisible, le niveau d’alerte du Mt Agung a été abaissé de 4 (AWAS) à 3 (SIAGA) le 10 février 2018. En conséquence, les 20 000 personnes hébergées dans 180 centres provisoires à travers l’île ont été autorisées à rentrer chez elles. Comme on pouvait le voir sur le sismographe en ligne, l’activité volcanique a considérablement diminué au cours des dernières semaines. Les instruments montrent également une déflation de l’édifice, ce qui traduit une diminution de la pression des gaz et du magma.
Avec le nouveau niveau d’alerte, la zone interdite d’accès a été réduite à quatre kilomètres du sommet de l’Agung.

L’activité de l’Agung s’est intensifiée en septembre 2017. Elle a ensuite ralenti à la fin d’octobre, avant de reprendre de plus belle en novembre, ce qui a entraîné des problèmes dans le trafic aérien et perturbé l’industrie touristique à Bali.
Source: Journaux indonésiens.

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As could be predicted, the alert level for Mt Agung was lowered from 4 (AWAS) to 3 (SIAGA) on February 10th 2018. As a consequence, the 20,000 evacuees sheltering in 180 locations across the island have been allowed to return home. As could be seen on the online seismograph, volcanic activity had declined significantly during the past weeks. Instruments also show a deflation of the edifice, which translates a decrease in gas and magma pressure.

Under the new alert level, the no-entry zone has been reduced to four kilometres from Agung’s peak. .

Mt Agung rumbled back to life last September. Volcanic activity slowed down in late October, before increasing again in November, sparking travel chaos and affecting Bali’s tourism industry.

Source: Indonesian newspapers.

Les volcans à Libourne (Gironde) le 9 février!

Je présenterai le vendredi 9 février 2018 une conférence intitulée « Volcans et risques volcaniques » dans le cadre de l’UTL de Libourne (Gironde). Elle aura lieu à 15h45 à la Salle du Verdet, 12 rue de Toussaint. (Entrée: 4 € pour les non-adhérents).
Le but de cette conférence est de faire le point sur la situation en volcanologie. Les statistiques montrent que les volcans ont souvent été meurtriers dans le passé. Les techniques modernes permettent-elles d’en savoir plus sur les humeurs des monstres de feu ? Sommes-nous capables aujourd’hui d’éviter que les volcans tuent ? Ce sont quelques unes des questions auxquelles j’essaierai de répondre.

Mon exposé se poursuivra avec deux diaporamas (une vingtaine de minutes chacun) en fondu-enchaîné sonorisé destinés à illustrer deux grands types de volcans. « La Java des Volcans » conduira le public auprès des volcans gris d’Indonésie tandis que « Hawaii le Feu de la Terre » fera côtoyer les coulées de lave rouge du Kilauea.

A l’issue de la séance, les spectateurs pourront se procurer les ouvrages Terres de Feu et Mémoires Volcaniques. Pour rappel, Volcanecdotes et Killer Volcanoes sont épuisés.

Lave hawaiienne

Séquence éruptive sur le Krakatau

(Photos: C. Grandpey)

Vous n’avez pas trouvé un drone? // Haven’t you found a drone ?

Les volcanologues balinais sont à la recherche d’un drone coûteux qui a disparu au cours d’un vol près du cratère de l’Agung le 23 janvier 2018. Le volcan a connu quatre épisodes éruptifs ce jour-là, mais les nuages de cendre n’ont pas pu être observés car la montagne était enveloppée d’épais nuages. Le drone AI 450 a été envoyé vers le volcan plus tard dans la soirée, avec à son bord des outils pour échantillonner les gaz volcaniques, mais il a dû affronter des vents violents tout le long du chemin. Le contact avec le drone a été perdu vers minuit. [Remarque personnelle: Pourquoi diable ont-ils fait voler le drone si le vent était si fort ?? Les drones sont très sensibles au vent et même de légers coups de vent peuvent les projeter au sol !!]
Les autorités ont demandé que des recherches soient effectuées pour retrouver le drone, en particulier à l’aide d’une carte montrant sa trajectoire avant qu’il disparaisse à 2800 mètres d’altitude, à environ 300 mètres sous le cratère, dans la zone d’exclusion.
D’une valeur de 600 millions de roupies indonésiennes (45 000 dollars américains), le drone avait déjà effectué plusieurs vols autour de l’Agung depuis la reprise d’activité volcanique en août. Sans le drone, les volcanologues sont maintenant dans l’impossibilité d’analyser les gaz à partir desquels les scientifiques peuvent mieux comprendre le comportement d’un volcan en éruption.
Les volcanologues balinais avaient reçu de l’USGS ce drone doté d’un équipement de détection multigaz. Il a donc été demandé aux Américains d’envoyer de nouveaux outils pour poursuivre les missions de surveillance.
Source: Newsweek.

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Volcanologists on the island of Bali are looking for an expensive drone that disappeared while flying near the crater of Mount Agung volcano on January 23rd 2018. The volcano erupted four consecutive times on that same day in the morning, but the ash cloud could not be observed as the mountain was concealed by thick clouds. The AI 450 drone was sent on a flight mission to the volcano later in the evening carrying tools to sample volcanic gases, but it had to battle strong winds along its way. Contact with the drone was lost around midnight. [Personal remark : Why on earth did they fly the drone if the wind was so strong ?? Drones are very sensitive to the wind and even slight winds can throw them to the ground!!]

The officials appealed for information about the unmanned aerial vehicle (UAV), showing a map of the drones’ trajectory before it disappeared at an altitude of 2,800 metres, about 300 metres below the volcano’s crater, within the exclusion zone.

Worth 600 million Indonesian rupees (45,000 US dollars), the drone had performed several flights around the mountain since the volcano resumed its activity in August. Without the drone, Bali volcanologists are now unable to analyze the volcanic gases, from which scientists can better understand why and how a volcano erupts.

The Bali volcanologists were given the multigas sensor equipment by USGS which has been asked to send over new tools to continue the monitoring missions.

Source: Newsweek.