La fonte de la glace de mer arctique (suite) // The melting of Arctic sea ice (continued)

Selon un article écrit dans la revue Nature Climate Change par deux chercheurs britanniques de l’Université d’Exeter, la glace de mer arctique risque fort de disparaître en été au cours de ce siècle, même si les gouvernements atteignent l’objectif fixé lors de la COP 21 de Paris de limiter à deux degrés Celsius la hausse des températures moyennes de la planète par rapport aux niveaux pré-industriels.
Selon ces chercheurs, une hausse de deux degrés comporterait toujours un risque de 39% de voir la glace de mer disparaître dans l’Océan Arctique en été. En revanche, cette même glace aurait des chances de persister si la hausse des températures se limitait à 1,5°C.
Si la tendance actuelle devait persister, les températures augmenteront probablement de 3°C et non de 2°C comme souhaité. Selon les chercheurs britanniques, il y a 73% de chances que la glace de mer disparaisse en été, à moins que les gouvernements réduisent davantage que prévu les émissions de gaz à effet de serre.
En mars 2017, l’étendue de la glace de mer arctique est presque aussi réduite que dans les années record 2015 et 2016. En moins de 40 ans, la surface occupée par la glace de mer en été s’est pratiquement réduite de moitié. À ce rythme, les scientifiques pensent qu’elle disparaîtra de l’Océan Arctique dans les 40 prochaines années.
D’un point de vue scientifique, un Arctique exempt de glace présente moins d’un million de kilomètres carrés de glace car il est accepté que de la glace de mer subsiste encore dans certaines baies, comme au nord du Groenland, même après qu’elle ait disparu du reste de l’océan.
Un autre travail de recherche par des chercheurs de l’Université d’Exeter étudie comment le réchauffement climatique dans l’Arctique pourrait avoir un impact sur les pays des latitudes moyennes comme les États-Unis, le Royaume-Uni et la France. On est en droit de se demander si les conditions météorologiques extrêmes que nous avons connues récemment (la tempête Zeus du 6 mars 2017 en France, par exemple) ont un lien avec la fonte de la glace de mer et de la couverture neigeuse dans l’Arctique. En théorie, cette fonte est susceptible d’affecter le jet stream dont dépend en grande partie la météo dans ces pays. Dans une expérience de modélisation effectuée par ces scientifiques, les changements apportés à la glace de mer ont entraîné un déplacement du jet stream vers le sud en été, ce qui a entraîné un  temps humide au cours de cette période. Les étés très humides observés récemment au Royaume-Uni ont effectivement coïncidé avec une réduction sans précédent de la glace de mer arctique. Au cours d’un bulletin d’information de la chaîne de télévision France 3 Limousin, un météorologue a expliqué que le rail des dépressions qui se trouvait au nord du 50ème parallèle s’est maintenant décalé le long du 45ème parallèle, ce qui entraîne des épisodes météorologiques extrêmes pour cette région. A méditer…

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According to an article written in the journal Nature Climate Change by two British researchers from Exeter University, Arctic sea ice may vanish in summers this century even if governments achieve the target decided at the Paris 2015 COP 21 of a rise in average world temperatures to well below two degrees Celsius above pre-industrial levels.

A two-degree rise would still mean a 39% risk that the ice would disappear in the Arctic Ocean in summers. However, ice would be virtually certain to survive with a 1.5° C of warming.

Referring to current trends, temperatures are likely to rise by 3°C instead of 2°C. According to the British researchers, there is a 73% probability that sea ice will disappear in summer unless governments make deeper cuts in greenhouse gas emissions than their existing plans.

In March 2017, the extent of Arctic sea ice is nearly as low as what it was in the record years 2015 and 2016. In less than 40 years, the summer sea ice cover has been reduced by nearly a half. At this rate, it is predicted that sea ice will vanish from the Arctic Ocean in the next 40 years.

Scientists define an ice-free Arctic as one with less than one million square kilometres of ice because they say some sea ice still lingers in the bays, such as off northern Greenland, even after the ocean is ice-free.

Another research by Exeter University researchers is investigating how climate change is affecting the Arctic and how this could impact on mid-latitude countries such as the US, the UK and France. People have been hypothesising about whether the extreme weather we have had recently is due to the sea ice and snow cover melt in the Arctic. The theory is the melt can affect the jet stream, which brings a lot of weather to these countries. In a modelling experiment performed by these scientists, changing the sea ice caused the jet stream to shift south in the summer, leading to more wet weather of over in that period. The very wet summers observed recently in the UK have coincided with unprecedented low levels of Arctic sea ice. During the local news bulletin of France 3 Limousin, a meteorologist explained that the path of low pressures that used to be to the north of the 50th parallel now lies along the 45th parallel, which means more extreme weather episodes for this region.

Photo: C. Grandpey

Acidification de l’Océan Arctique // Acidification of the Arctic Ocean

drapeau-francaisL’Arctique est l’une des principales victimes du changement climatique. Il se réchauffe plus rapidement que n’importe quelle autre partie de la planète; Les glaciers reculent et la glace de mer fond à grande vitesse. La faune, y compris les ours polaires et les morses, est profondément affectée par le réchauffement climatique. Venant s’ajouter à ces maux, une étude publiée dans la revue Nature Climate Change indique que l’Arctique est également de plus en plus acide, une autre conséquence des gaz à effet de serre dans l’atmosphère. C’est un processus qui se produit lorsque le dioxyde de carbone (CO2) de l’air se dissout dans l’eau de mer, ce qui provoque une baisse du pH de cette dernière. L’étude révèle qu’une surface de plus en plus vaste de l’Océan Arctique a probablement atteint un niveau dangereux pour certains organismes marins.
L’étude se concentre sur les concentrations d’aragonite, une forme de carbonate de calcium que le plancton, les coquillages et les coraux vivant à grande profondeur utilisent pour façonner leurs coquilles externes. Si l’eau devient trop acide, les réactions chimiques empêchent la formation de carbonate de calcium, ce qui représente une véritable menace pour ces animaux. Le niveau d’aragonite est un bon indicateur de la quantité de CO2 dissout dans l’eau de mer. Des expéditions récentes ont montré que certaines régions de l’Océan Arctique de l’Ouest sont largement sous-saturées en aragonite. L’étendue de ces zones a été multipliée par six depuis les années 1990; de plus, elles se sont déplacées vers le nord et ont gagné en profondeur au cours des dernières années. Les scientifiques ont détecté une sous-saturation jusqu’à 250 mètres de profondeur dans des secteurs au-dessus de 85 degrés de latitude nord. Dans ces régions, le niveau d’aragonite se situe en dessous du point que les scientifiques considèrent comme une menace pour les organismes marins.
D’autres facteurs contribuent à l’acidification de l’eau dans l’Arctique. Le CO2 se dissout plus facilement dans l’eau froide. Au fur et à mesure que l’Arctique continue à se réchauffer, la fonte de la glace de mer et des glaciers de la calotte du Groenland constitue un apport d’eau froide pour l’océan et en facilite l’acidification. En outre, moins il y a de glace de mer à la surface de l’océan, plus l’eau se trouve exposée au CO2 de l’atmosphère.
Des recherches récentes ont montré que les eaux de l’Océan Pacifique s’introduisent de plus en plus dans celles de l’Arctique. L’eau du Pacifique semble avoir des propriétés chimiques qui contribuent à l’augmentation de l’acidification. A noter que ces dernières années, on a assisté à augmentation d’arrivée d’eau en provenance du Pacifique par le détroit de Béring.
Les chercheurs soulignent également les changements récents intervenus dans le Gyre de Beaufort, un tourbillon d’eau océanique au nord du Groenland, qui a récemment changé de comportement et transporte maintenant l’eau du Pacifique vers des zones plus vastes et plus profondes.
Des simulations effectuées par des scientifiques indiquent que la surface occupée par la glace de mer continuera de diminuer et que l’Océan Arctique sera probablement dépourvu de glace vers l’été 2030. Si cela se produit, l’ensemble de la surface de l’Océan Arctique sera sous-saturée en aragonite jusqu’à environ 250 mètres de profondeur d’ici quelques décennies.
L’étude met en lumière l’interconnexion qui existe entre les conséquences climatiques dans l’Arctique : les émissions de gaz à effet de serre, la hausse des températures, la fonte des glaces et l’acidification des océans sont toutes liées et se renforcent mutuellement.
Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisThe Arctic is one of the main victims of climate change. It is warming more rapidly than any other part of the planet; the glaciers are melting and the sea ice is retreating. The wildlife, including polar bears and walruses, is deeply impacted by global warming. Adding to these sufferings, a study published in the journal Nature Climate Change indicates that the Arctic is also becoming more acidic, another consequence of greenhouse gases in the atmosphere. It is a process that occurs when carbon dioxide (CO2) dissolves out of the air and into the sea, lowering the water’s pH in the process. The study reveals that an increasing area of the Arctic Ocean may have reached a level that is dangerous for some marine organisms.

The study focuses on the water concentrations of aragonite, a form of calcium carbonate, that plankton, shellfish and deep-sea corals use to build their hard outer shells. If water becomes too acidic, chemical reactions impede the formation of calcium carbonate, which can be a real threat for these animals. Aragonite levels are a good indicator of how much CO2 is dissolving in sea water. Recent expeditions have shown that some areas of the western Arctic Ocean are largely undersaturated with aragonite. These areas have expanded sixfold since the 1990s; besides, they have crept farther north and extended deeper into the ocean over the past years. Scientists found undersaturation as deep as 250 metres and in locations above 85 degrees North latitude. In these areas, aragonite levels are below the point scientists believe is a threat to marine organisms.

Other factors contribute to the acidification of the water in the Arctic. CO2 dissolves more easily in cold water. As the Arctic continues to warm, melt water from the sea ice and the glaciers on the Greenland ice sheet provides an influx of cold water to the ocean, which makes acidification easier. Besides, the less sea ice there is on the surface of the ocean, the more water is exposed to the CO2 in the atmosphere.

Recent research has shown that more and more Pacific Ocean water is intruding into the Arctic. This water has chemical properties that may contribute to the increase in acidification. In recent years, there has been an increase in the influx of Pacific water coming through the Bering Strait.

The researchers also point to recent changes in the Beaufort Gyre, a swirling current to the north of Greenland, which recently changed its behaviour and now carries Pacific water to larger and deeper areas of the sea.

Simulations performed by scientists indicate that sea ice will continue to decrease and that the Arctic Ocean may be ice-free in the summer by 2030. If this occurs, the entire surface of the Arctic Ocean will be undersaturated in aragonite up to about 250 metres deep within a few decades.

The study highlights the interconnected nature of climate consequences in the Arctic – the way that greenhouse gas emissions, rising temperatures, ice melt and ocean acidification are all linked and help to reinforce one another.

Source: Alaska Dispatch News.

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Vers une disparition à court terme de la glace de mer estivale?

(Photo: C. Grandpey)

Nouvelle conférence, nouvelles images : « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique »

Tous les randonneurs qui fréquentent le milieu de la haute montagne et donc celui des glaciers s’en rendent compte : la glace est en train de fondre à grande vitesse sur les sommets. Au train où vont les choses, la majorité des glaciers aura disparu dans les prochaines décennies.

Mes pérégrinations à travers notre planète m’ont permis de me rendre compte de la gravité de la situation et j’ai décidé de m’éloigner un peu du monde chaud des volcans pour tirer la sonnette d’alarme à travers une conférence intitulée « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique ».

Je ne suis pas glaciologue. Il n’est donc pas question pour moi de m’aventurer dans des dédales techniques compliqués. Mes seuls instruments d’observation sont mes yeux et je puis assurer qu’ils ont vu des choses inquiétantes, que ce soit au cours de survols des zones glaciaires, ou au cours de randonnées en haute montagne ou dans les hautes latitudes.

Le but de la conférence n’est pas de chercher les coupables et d’accuser les uns ou les autres. La tâche serait à la fois stérile et inutile. La question n’est pas non plus de savoir si la fonte de la glace dans le monde est due à un cycle naturel ou à des activités humaines abusives. Chaque partie tirant le drap de son côté, aucune conclusion valable ne serait finalement déterminée.

Une chose est sure : la banquise et les glaciers fondent… Aucun continent ne semble épargné, pas plus l’Afrique et les neiges du Kilimandjaro que l’Asie avec la chaîne himalayenne. Une prise de conscience est urgente, faute de quoi notre société sera confrontée à de graves problèmes.

Mes propos seront illustrés par un diaporama en fondu-enchaîné sonorisé : « Glaciers d’Alaska, un monde en péril« .

Des livres et CD seront proposés au public à l’issue de la conférence.

La conférence sera présentée le vendredi 24 mars à 20h45 à la Salle des Fêtes de Puymoyen (Charente). N’hésitez pas à me contacter si votre commune ou votre comité d’entreprise sont intéressés:  grandpeyc@club-internet.fr

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Sawyer Glacier (Alaska): Un recul spectaculaire. (Photo: C. Grandpey)

La magie des aurores boréales // The magic of northern lights

drapeau-francaisJ’ai toujours été fasciné par les aurores boréales, aurora borealis. J’ai eu la chance d’en observer en Alaska, près de Juneau en septembre 2016, et dans le Yukon canadien deux ans auparavant. Dans le Yukon, pas très loin de Whitehorse, j’ai admiré les aurores avec une meute de loups qui hurlait à quelques centaines de mètres de l’endroit où je me trouvais. De la pure magie!
Les aurores boréales font partie de la culture arctique. D’un point de vue purement astrophysique, elles sont produites par le mariage à grande vitesse des particules solaires chargées avec des gaz atmosphériques. Dans le folklore inupiat, ce sont des esprits cosmiques, des guides ou des prédateurs. [NDLR : Les Inupiat sont une population autochtone qui vit dans le nord et le nord-ouest de l’Alaska].
Un nouveau film montrant les aurores boréales vient d’être réalisé en collaboration avec les scientifiques de l’Université de l’Alaska et les aînés d’Inupiat. «Kiuġuyat: Les aurores boréales» propose 25 minutes d’images d’aurores boréales en accéléré et des rencontres avec des autochtones des régions arctiques de l’Alaska. Les projections ont débuté le mois dernier au Planetarium et Visualization Center de l’Université de l’Alaska à Anchorage
Les Alaskiens partagent une relation ancestrale avec les aurores boréales. Dans «Kiuġuyat», plusieurs autochtones expliquent leurs liens culturels avec les aurores. Un habitant de Nome, sur la côte occidentale, décrit les aurores comme une présence lumineuse qui projette une lueur réconfortante sur les communautés du nord quand elles sont plongées dans l’obscurité hivernale. Une habitante de Barrow, localité sur la côte nord, les décrit comme un élément constant et coloré de la vie arctique. D’autres décrivent les aurores en train d’illuminer le chemin des voyageurs dans l’arrière-pays.
Beaucoup d’Inupiat ont évoqué les vieilles légendes destinées à faire peur aux enfants. Selon certains récits, les aurores sont des esprits cosmiques qui jouent au ballon dans le ciel en attendant de fondre sur les enfants méchants pour leur couper la tête. Une légende raconte que s’ils sont restés trop tard dehors ou s’ils ne viennent pas quand leur mère les appelle, ils se feront rattraper par les aurores.

Réalisée par Open-Lens Productions, une société basée dans l’Arizona, la vidéo sera projetée dans 20 localités rurales de l’Alaska où les écoliers pourront assister au spectacle à l’intérieur d’un planétarium portable et gonflable fourni par l’Institut Géophysique de l’Université de l’Alaska à Fairbanks. Un fascicule intitulé « Apprendre grâce aux liens culturels » est également proposé aux enfants afin de les initier aux histoires scientifiques et culturelles qui entourent les aurores boréales.
En cliquant sur ce lien, vous verrez une vidéo des aurores boréales tournée sur le Turnagain Pass, à quelques dizaines de kilomètres au sud d’Anchorage:
https://youtu.be/wlwtcKjI-GA

Source: Alaska Dispatch News.

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drapeau-anglaisI have always been fascinated with the northern lights, the popular name of aurora borealis. I was lucky enough to see some of them in Alaska, near Juneau in September 2016 and a few more in the Canadian Yukon two years before. In the Yukon, not far from Whitehorse, I could see the northern lights with a pack of wolves howling a few hundred metres away. It was pure magic!

Northern lights are part of the Arctic culture. In a strictly astrophysical sense, the lights are the high-speed union of charged solar particles and atmospheric gases. In Inupiat folklore, they’re cosmic spirits, guides and predators.

A new film has just been produced in collaboration with University of Alaska scientists and Inupiat elders. « Kiuġuyat: The Northern Lights » features 25 minutes of northern lights timelapse photography and interviews with Alaska Native people from Arctic regions of the state. It opened last month at the University of Alaska Anchorage Planetarium and Visualization Center.

Alaskans share an ancient relationship with the aurora. In « Kiuġuyat, » filmmakers interview more than half a dozen Alaska Native people about their cultural connections to the northern lights. A resident of Nome, on the western coast, described the lights as a bright presence, casting a comforting glow over northern communities blanketed in winter darkness. A resident of of Barrow, along the northern shore, described them as a constant, colourful part of Arctic life. Others described the way the lights illuminated the way for travellers in the backcountry.

Many people spoke about old legends meant to instill fear in children. According to some tellings, the lights are cosmic spirits playing ball in the sky, just waiting to swoop down and chop off the heads of wayward young people. If you stay out too late, or don’t come when your mother calls, or walk alone at night, « The northern lights will get you, » says another legend .

Shot by Arizona-based Open Lens Productions, the video is scheduled to travel to 20 rural Alaska communities, where students can watch the show with the help of a portable, inflatable planetarium operated by the UAF Geophysical Institute. Accompanying curriculum, « Learning Through Cultural Connections, » is intended to introduce elementary and middle-school age students to the science and cultural stories surrounding the aurora.

By clicking on this link, you will see a video of the northern lights shot on Turnagain Pass, a few tens of miles south of Anchorage:

https://youtu.be/wlwtcKjI-GA

Source: Alaska Dispatch News.

champ-magnetique

Aurore boréale à côté de Juneau le 2 septembre 2016

(Photo: C. Grandpey)