La fonte du permafrost et ses conséquences // Permafrost thawing and its consequences

Suite à la pollution majeure provoquée par le déversement d’une cuve de mazout dans une rivière de Sibérie, la Russie a ordonné une vérification complète des infrastructures à risque bâties sur le permafrost qui est en train de fondre sous l’effet du réchauffement climatique. Les piliers qui soutenaient le réservoir de stockage du mazout se sont enfoncés dans le sol qui a perdu de sa rigidité avec la fonte du pergélisol.

Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, la fonte du permafrost est prise très au sérieux par les autorités russes car elle fragilise les villes et les infrastructures, notamment minières, gazières et pétrolières. Le gouvernement russe considère ce dégel dans l’Arctique, où l’exploitation des ressources naturelles est une priorité stratégique du Kremlin, comme un risque majeur aux conséquences imprévisibles.

Les autorités russes disent avoir enfin stoppé la progression des hydrocarbures qui se sont déversés en particulier dans la rivière Ambarnaïa. Un barrage de confinement flottant a rapidement été mis en place et les polluants ont commencé à être pompés de cette rivière qui alimente le lac et le fleuve Piassino, très importants pour l’écosystème et les populations locales. Il est prévu de pomper les hydrocarbures et de les stocker sur place dans des conteneurs en attendant l’hiver, lorsque le gel aura rendu le terrain plus praticable.

Source : The Siberian Times.

Un point positif de cette pollution en Sibérie pourrait être une prise de conscience de la fonte du permafrost et de ses conséquences pour la planète. Comme je l’ai indiqué à plusieurs reprises, la fonte du sol gelé est une bombe à retardement sanitaire et écologique qui menace d’accélérer le réchauffement climatique.

An fondant, le permafrost se réchauffe et libère progressivement les gaz qu’il neutralisait jusque-là. Le phénomène devrait s’accélérer et les scientifiques décrivent un cercle vicieux : les gaz émis par le permafrost accélèrent le réchauffement, qui accélère la fonte du permafrost.

Selon un rapport du GIEC paru en septembre 2019, une fonte majeure du permafrost pourrait se produire d’ici 2100 si les émissions de CO2 ne sont pas réduites. Cela provoquerait l’émission de dizaines voire de centaines de milliards de tonnes de gaz à effet de serre.

Outre ses effets climatiques, la fonte du permafrost représente aussi une menace sanitaire car le sol gelé abrite des bactéries et virus parfois oubliés. Il est bon de rappeler que, pendant l’été 2016, un enfant est mort en Sibérie de la maladie du charbon (anthrax), pourtant disparue depuis 75 ans dans cette région. Les scientifiques ont alors expliqué que l’origine remontait très probablement au dégel d’un cadavre de renne mort de l’anthrax il y a plusieurs dizaines d’années. Libérée, la bactérie mortelle, qui se conserve dans le permafrost pendant plus d’un siècle, a réinfecté des troupeaux. La menace ne se limite pas à l’anthrax. Des chercheurs ont découvert ces dernières années deux types de virus géants, dont l’un vieux de 30 000 ans, conservés dans le permafrost.

Source : La Voix du Nord.

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Following major pollution caused by the spilling of an oil tank into a Siberian river, Russia has ordered a full monitoring of the infrastructure built on permafrost which is melting under the effect of global warming. The pillars that supported the diesel storage tank sank into the ground which had lost its rigidity with the thawing of permafrost.
As I have put it several occasions, the melting of permafrost is taken very seriously by the Russian authorities because it weakens cities as well as mining, gas and oil infrastructure. The Russian government considers permafrost melting in the Arctic, where the exploitation of natural resources is a strategic priority of the Kremlin, as a major risk with unforeseeable consequences.
Russian authorities say they have finally stopped the progression oil spill, in particular in the Ambarnaïa river. A floating containment dam was quickly put in place and pollutants began to be pumped from this river which feeds the lake and the Piassino river, which are very important for the ecosystem and local populations. It is planned to pump the hydrocarbons and store them on site in containers until winter, when the frost makes the ground more solid and practical.
Source: The Siberian Times.

A positive point of this pollution in Siberia could be an awareness of the melting of permafrost and its consequences for the planet. As I have said many times, the melting of frozen ground is a health and environmental time bomb that threatens to accelerate global warming.
As it melts, permafrost heats up and gradually releases the gases it previously neutralized. The phenomenon is expected to accelerate and scientists describe a vicious circle: the gases emitted by permafrost accelerate warming, which accelerates the melting of permafrost.
According to an IPCC report published in September 2019, a major melting of permafrost could occur by 2100 if the CO2 emissions are not reduced. This would cause the emission of tens or even hundreds of billions of tonnes of greenhouse gases.
In addition to its climatic effects, the melting of permafrost also represents a health threat because the frozen soil contains bacteria and viruses that are sometimes forgotten. It is worth recalling that, during the summer of 2016, a child died in Siberia from anthrax, which had disappeared in the region for 75 years. Scientists then explained that the origin most likely dates back to the thawing of a reindeer corpse that had died of anthrax several decades ago. Released, the deadly bacteria, which has been stored in permafrost for more than a century, reinfected herds. The threat is not limited to anthrax. Researchers have discovered in recent years two types of giant viruses; one of them is 30,000 years old and was stored in permafrost.
Source: La Voix du Nord.

Source: Woods Hole Research Center

Effets de la fonte du permafrost sur le réseau routier en Alaska (Photo : C. Grandpey)

 

Pollution au mazout dans l’Arctique : Un désastre écologique majeur // Diesel pollution in the Arctic : a major environmental disaster

Comme je l’ai écrit précédemment, le président russe Vladimir Poutine a déclaré l’état d’urgence à Norilsk (Sibérie) le 4 juin 2020, à la suite du déversement de 20 000 tonnes de mazout dans cette région située au-dessus du cercle polaire arctique. Pour  le World Wildlife Fund (WWF), la catastrophe est la deuxième plus importante de la Russie moderne après la marée noire de 1994 dans la région de Komi au nord-ouest du pays. Greenpeace Russie a comparé l’événement à la marée noire causée par le pétrolier Exxon Valdez en 1989.
La pollution s’est produite lorsqu’un réservoir de combustible d’une centrale électrique près de Norilsk s’est effondré le 29 mai. Vladimr Poutine s’est mis en colère et a demandé à l’entreprise pourquoi il n’avait été informé de l’accident que deux jours plus tard
Des centaines de personnes ont été déployées pour essayer d’endiguer la pollution, mais elles n’ont réussi à récupérer que 340 tonnes de mazout à ce jour. Le combustible, facilement identifiable par sa couleur rouge, s’est répandu dans la rivière Ambarnaya les 31 mai et 1er juin. Cette rivière se jette dans le lac Pyasino, un important plan d’eau et la source de la rivière Pysaina.
Le déversement du mazout est probablement dû à la rupture des piliers qui soutiennent le réservoir de stockage en raison de la fonte du pergélisol. Il y a quelques jours, j’ai indiqué que des températures normalement douces étaient enregistrées en Sibérie. La fonte du permafrost est bien sûr liée au réchauffement climatique et a déjà provoqué d’autres problèmes, notamment des dégâts aux routes et aux maisons, ainsi que des perturbations à l’agriculture et à l’élevage dans toute la Sibérie.
Ce n’est pas la première fois que la société Norilsk Nickel provoque une catastrophe environnementale. Elle a déjà été responsable de la « rivière de sang » en Sibérie en 2016, avec pour conséquence une immense zone aquatique morte à cause d’une pollution par des déchets métallurgiques.
Selon le coordinateur des projets de l’Arctique pour le WWF Russie, l’accident actuel a aura conséquences catastrophiques pendant plusieurs années. On observera inévitablement des poissons morts, des oiseaux avec le plumage englué et des animaux empoisonnés. Le vice-ministre russe des ressources environnementales a déclaré qu’il faudrait au moins 10 ans pour que l’écosystème local retrouve un équilibre.
Source: The Watchers, WWF.

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As I put it previously, President Vladimir Putin declared a state of emergency in Norilsk, Siberia, on June 4th, 2020, following a 20,000 tonne-oil spill in the region which is locates above the Arctic Circle. The World Wildlife Fund (WWF) described the disaster as the second largest in modern Russian history since the 1994 oil spill in the north-western region of Komi. Greenpeace Russia compared it to the 1989 Exxon Valdez tanker spill.

The spillage occurred when a fuel tank at a power plant near the city collapsed on May 29th. Putin criticized the company, questioning why he was only informed of the spill two days later

Hundreds of personnel have been deployed to clean up the spill but they have gathered only around 340 tons so far. The oil, which is identified by a red streak, could clearly be seen in the Ambarnaya River on May 31st and June 1st. This river flows into Lake Pyasino, a major body of water and source of the Pysaina River.

The leakage was most probably due to the collapse of the pillars that support the storage tank because of the melting of permafrost. A few days ago, I indicated that normally mild temperatures are recorded in Siberia. Permafrost thawing is of course linked to climate change and has triggered issues, including damage to roads and houses, as well as disruptions to agriculture and herding throughout Siberia.

The Norilsk Nickel company is not new to environmental disasters. They were already responsible for the « blood river » in Siberia in 2016, a huge dead zone in the water due to metallurgical waste.

According to the coordinator of Arctic projects for WWF Russia, the current incident has led to catastrophic consequences that will last for years. Dead fish, polluted plumage of birds, and poisoned animals will inevitably be observed. The Russian deputy minister of national resources and the environment said that it would take at least 10 years for the local ecosystem to recover.

Source: The Watchers, WWF.

La pollution vue par le satellite Sentinel-2 de l’ESA

Pollution dans l’Arctique // Pollution in the Arctic

Le président russe Vladimir Poutine a cautionné la déclaration de l’état d’urgence dans la région de Norilsk, une ville de 180 000 habitants construite en Sibérie au-dessus du cercle polaire arctique. L’économie de la ville dépend de Norilsk Nickel, le premier producteur mondial de nickel et de palladium. L’état d’urgence – qui permet d’utiliser les capacités fédérales de la Russie pour faire face à la situation – a été décrété suite à une fuite de près de 20 000 tonnes de mazout qui s’est infiltré dans les rivières locales, avec le risque d’une catastrophe écologique dans le fragile environnement arctique.
Le WWF a précisé que la pollution avait été contenue par des barrages flottants mis en place par les autorités, avant que le mazout atteigne le lac Pyasino, au nord de la ville Quelque 500 mètres cubes de produits pétroliers ont pu être récupérés par une équipe de 90 ouvriers. Les images satellites diffusées par l’ONG montrent de grandes étendues rouges à la surface des rivières locales Daldykan et de l’Ambarnaïa. Malheureusement, les éléments les plus toxiques du carburant diesel sont des composés aromatiques comme le benzol, le toluène, ou le xylène, qui se mélangent à l’eau et il est impossible de les contrôler à l’aide de barrages flottants

L’origine de la fuite est un réservoir de mazout qui a été endommagé à cause de l’affaissement soudain de piliers servant à le supporter. Il faut savoir que la ville de Norilsk est entièrement construite sur le permafrost qui, comme partout en Sibérie, est en train de fondre sous l’effet du réchauffement climatique. La société Norilsk Nickel, propriétaire de la centrale thermique, a d’ailleurs confirmé que la fuite était due à l’affaissement des piliers supportant le réservoir de stockage de mazout en raison du dégel du pergélisol. Dauttres incidents du même type ont déjà été recensés en Sibérie, en particulier dans la Péninsule de Yamal où le dégel du permafrost arctique constitue une menace pour les infrastructures destinées à la production de pétrole et de gaz.

Pour le moment, il semble pas y avoir de pollution des nappes phréatiques, mais leWWF conseille néanmoins de surveiller la qualité de l’eau en aval.

Source : France Info, The Siberian Times.

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Russian President Vladimir Putin endorsed the declaration of a state of emergency in the region around Norilsk (pop.180,000) built in Siberia above the Arctic Circle. The city’s economy depends on Norilsk Nickel, the world’s largest producer of nickel and palladium. A state of emergency – which allows Russia’s federal capabilities to be used to deal with the situation – was declared following the leak of nearly 20,000 tonnes of fuel oil which seeped into local rivers, with the risk of an ecological disaster in the fragile arctic environment.
WWF said the pollution had been contained by oil booms installed by the authorities before the oil reached Lake Pyasino, north of the city. Some 500 cubic metres of diesel oil could be recovered by a team of 90 workers. Satellite images released by the NGO show large red areas on the surface of the local Daldykan and Ambarnaïa rivers. Unfortunately, the most toxic elements of diesel fuel are aromatics such as benzol, toluene, or xylene, which mix with water and cannot be controlled with floating dams.
The source of the leak is an oil tank that was damaged due to the sudden collapse of pillars supporting it. The city of Norilsk is entirely built on permafrost which, like everywhere in Siberia, is melting under the effect of global warming. Norilsk Nickel, the owner of the thermal power plant, confirmed that the leak was due to the subsidence of the pillars supporting the fuel oil storage tank due to the thawing of permafrost. Other incidents of the same type have already been recorded in Siberia, in particular in the Yamal Peninsula where the melting of the Arctic permafrost has become a threat to the infrastructures intended for the production of oil and gas.
For the moment, there does not seem to be any pollution of the groundwater, but WWF nevertheless advises to monitor the quality of the water downstream.
Source: France Info, The Siberian Times.

La pollution vue depuis l’espace par le satellite Sentinel-2 de l’Agence Spatiale Européenne (Cliché officiel diffusé par les autorités russes)

Le « Polarstern » et l’expédition MOSAiC (suite / continued)

Dans une note publiée le 12 mai 2020, j’expliquais que l’expédition MOSAiC (Multidisciplinary drifting Observatory for the Study of Arctic Climate) est la plus importante jamais mise sur pied dans l’Arctique. Le 20 septembre 2019, le Polarstern, navire amiral de l’Institut Alfred Wegener, a levé l’ancre dans le port de Tromsø en Norvège, pour rejoindre le cœur de l’Océan Arctique et y faire des mesures scientifiques. La mission implique 600 chercheurs de dix-sept pays. Une fois sur place, le Polarstern s’est laissé emprisonner par les glaces et s’est laissé dériver vers le sud.

A côté des 50 membres de l’équipage, une cinquantaine de scientifiques effectue des recherches sur 5 principaux domaines d’intérêt (atmosphère, océan, glace de mer, écosystème, biogéochimie).

L’équipe scientifique est renouvelée tous les deux mois ; les successeurs, acheminés par des brise-glace russes, chinois et suédois, assurent également une partie du ravitaillement.

En septembre 2020, libéré des glaces, le Polarstern retournera en Allemagne et retrouvera Bremerhaven, son port d’attache.

Le problème, c’est que personne n’avait prévu l’épidémie de Covid-19 qui est venue tout chambouler car les équipes ne peuvent pas se relayer comme prévu et la mission a pris deux mois de retard. La prochaine équipe scientifique devrait arriver ce début juin dans l’archipel norvégien du Svalbard. Le Polarstern devrait donc bientôt débarquer une centaine de chercheurs internationaux. Il prendra alors à son bord une centaine de leurs collègues, dont le chef de la mission. Ce climatologue et physicien, qui a déjà effectué un premier séjour de septembre à janvier à bord du navire, avait élaboré avec son équipe plus d’une dizaine de scénarios en cas d’imprévu durant les 390 jours de l’expédition.

Initialement, la nouvelle équipe, composée d’experts d’une douzaine de pays différents, devait rejoindre le Polarstern début avril, en avion, depuis les Svalbard. La fermeture des frontières ayant cloué les appareils au sol, les responsables de la mission ont finalement décidé d’acheminer les scientifiques, ainsi que des vivres et du carburant, par bateau jusqu’à Spitzberg. Le Polarstern de son côté a interrompu quelques semaines ses recherches pour venir chercher sa nouvelle équipe.

La deuxième grosse difficulté à laquelle a été confrontée la mission, c’était de s’assurer que le virus ne se répande pas parmi les membres de l’expédition. Pour cela, une quarantaine stricte de plus de 14 jours a été imposée à toute la nouvelle équipe dans deux hôtels de Bremerhaven entièrement loués pour eux. Les scientifiques ont subi trois tests de dépistage du Covid-19.

Source : France Info.

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In a post released on May 12th, 2020, I explained that the Multidisciplinary Drifting Observatory for the Study of Arctic Climate (MOSAiC) expedition is the largest ever set up in the Arctic. On September 20th, 2019, the Alfred Wegener Institute’s flagship Polarstern weighed anchor in the port of Tromsø in Norway to reach the heart of the Arctic Ocean for scientific measurements. The mission involves 600 researchers from seventeen countries. Once there, the Polarstern got caught in the ice and strated drifting south.
In addition to the 50 crew members, around fifty scientists are carrying out research on 5 main areas of interest (atmosphere, ocean, sea ice, ecosystem, biogeochemistry).
The scientific team is renewed every two months; successors, routed by Russian, Chinese and Swedish icebreakers, also provide part of the supply.
In September 2020, freed from the ice, the Polarstern will return to Germany and find Bremerhaven, its home port.

The problem is that no one had foreseen the Covid-19 epidemic which turned everything upside down because the teams could not take turns as planned and the mission was two months behind schedule. The next scientific team is expected to arrive in early June in the Norwegian Svalbard archipelago. The Polarstern should therefore soon land a hundred international researchers. It will then take on board a hundred of their colleagues, including the head of the mission. This climatologist and physicist, who already made a first stay from September to January on board the ship, worked out with his team more than ten scenarios in case of unforeseen events during the 390 days of the expedition.
Initially, the new team, made up of experts from a dozen different countries, was to join the Polarstern in early April, by plane, from the Svalbards. With the border closures having grounded the aircraft, mission officials finally decided to ship the scientists, along with food and fuel, by boat to Spitsbergen. The Polarstern, for its part, interrupted its research for a few weeks to pick up its new team.
The second major challenge facing the mission was to ensure that the virus did not spread among the members of the expedition. For this, a strict quarantine of more than 14 days was imposed on the whole new team in two hotels in Bremerhaven fully rented for them. Scientists underwent three tests for Covid-19.
Source: France Info.

Le Polarstern (Source: Alfred Wegener Institute)