De la neige pour les Jeux d’Hiver 2030?

Dans les Alpes, quand on parle de l’enneigement pour les Jeux Olympiques d’Hiver de 2030, la méthode Coué marche assez bien et tout le monde vous répète qu’il n’y aura pas de problème.

Pourtant, en regardant le stade de biathlon dans le magnifique Vallon du Bouchet au Grand Bornand (Haute Savoie) au moment des épreuves de Coupe du monde de décembre 2025, il y a de quoi se poser des questions et se faire du souci. Si le sol est parfaitement blanc pour les compétiteurs, le village et les montagnes autour montrent des conditions proches de l’été et brillent par leur absence de poudreuse, avec des températures autour des 10°C.. C’est ici que sont censés avoir lieu les épreuves de biathlon pendant les Jeux d’Hiver de 2030.

S’il y a aujourd’hui de la neige pour pouvoir assurer les épreuves de ski de fond, c’est parce qu’elle est artificielle. Tout le monde s’accorde pour dire qu’elle est de bien meilleure qualité que la neige naturelle pour les compétitions. La neige utilisée au Grand Bornand est un mélange de neige de culture et de neige de stockage, conservées depuis l’hiver précédent.

 Le transport de cette neige vers le site des compétitions n’est pas vraiment écologique, avec un va-et-vient de camions remplis de neige prélevée depuis la réserve du Chinaillon, plus haut à 1.300 m d’altitude. Deux carrières de 12.000 m3 sont en service à l’intérieur même du stade de biathlon. L’empreinte carbone est donc mois sévère.

Neige stockée sous la sciure dans le Vallon du Bouchet (Photo: C. Grandpey)

Certains se demandent aujourd’hui si on ne va pas se retrouver en 2030 sans la situation de Sotchi (2014) et de Pékin (2022), avec leurs paysages dépourvus de neige et leurs enneigeurs en fonction 24 heures sur 24. Les autorités du Grand Bornand se veulent rassurantes car les JO-2030 seront organisés en février, en plein cœur de l’hiver, et permettront d’avoir un meilleur enneigement et des températures plus fraîches. Cela reste bien sûr à prouver car les statistiques climatiques ne sont pas aussi optimistes. Chaque année, on bat des records. Donc ce sera encore pire probablement en 2030. Selon l’un des gestionnaires du site au Grand Bornand, « garantir la neige pour les Jeux olympiques d’hiver en 2030, c’est vraiment jouer à la roulette russe avec au moins 5 balles dans le barillet. »

On imagine mal se qui se passerait si l’enneigement était catastrophique dans les Alpes au moment des Jeux de 2030. Vouloir obtenir les Jeux à tout prix présente des risques de nos jours avec le réchauffement climatique. Vouloir les occulter peut vite virer à la catastrophe.

Source : AFP.

Village du Grand Bornand et Vallon du Bouchet, site des épreuves de biathlon (Crédir photo : AFP)

Fermeture de plus en plus de stations de ski

S’il est un sujet qu’il faut éviter d’aborder au cours d’une conversation avec les Savoyards ou les Isérois, c’est le réchauffement climatique. J’en ai fait l’expérience à plusieurs reprises dans les stations de ski alpines. De toute évidence, les gens qui y vivent savent que le risque est bien présent, mais ils ne veulent pas se faire peur en en parlant !

Pourtant, les faits sont là : les stations de basse et moyenne altitude ferment les unes après les autres, faute de neige. On fait souvent valoir des raisons économiques, mais il ne faut pas se voiler la face, l’or blanc se réduit comme peau de chagrin.

Un article paru sur le site de France Info confirme qu’il s’agit essentiellement de petits sites en difficultés économiques dans un contexte de réchauffement climatique et de baisse de l’enneigement en basse et en moyenne montagne. Les stations de haute altitude ne sont pas concernées pour le moment, mais si l’accélération de la hausse des températures continue, elles seront impactées elles aussi.

À plus basse altitude, les remontées mécaniques ne redémarreront pas cette année. Elles sont arrêtées définitivement, comme dans la station des Aillons-Margériaz 1000 en Savoie, du Gaschney dans le massif des Vosges, et de Hautacam dans les Hautes-Pyrénées. Ces trois stations s’ajoutent aux 201 domaines skiables qui ont été contraints de fermer leurs pistes depuis les années 1950.

Le rythme de ces cessations d’activités est relativement régulier dans le temps. Selon un géographe qui a fait des recherches approfondies, « deux, trois, quatre, parfois cinq sites ferment chaque année. » Il a toutefois constaté un changement à partir du début des années 2000, avec la mise à l’arrêt de domaines skiables de plus en plus importants, et notamment de stations de sports d’hiver à part entière. Ainsi quinze ont été en difficulté et huit d’entre elles ont mis la clé sous la porte.

Du point de vue géographique, la majorité des sites fermés sont localisés dans les Alpes : 121 domaines sur les 204. Mais ce chiffre représente moins de 30% de l’ensemble des stations recensées dans le massif alpin. Les plus forts taux de fermeture sont relevés dans les Vosges (44% des stations du massif), et surtout dans le Massif central, où 60% des domaines ont arrêté leurs remontées mécaniques. Ces massifs ont pour point commun d’être essentiellement constitués de basse et moyenne montagne, à moins de 2 000 mètres d’altitude. De ce fait, ils font partie des reliefs français les plus exposés à la raréfaction de la neige dans un contexte de réchauffement d’origine anthropique. Le principal motif de fermetures est économique, mais il est forcément lié au réchauffement climatique et au manque de neige. Parmi les autres causes identifiées par le chercheur figurent notamment la raréfaction des classes de neige à partir des années 1980 et 1990, mais aussi la concurrence avec les grandes stations ainsi que les frais de maintenance des remontées mécaniques.

Le nerf de la guerre reste bien sûr la neige qui a tendance à tomber à des altitudes de plus en plus élevées. On peut se demander jusqu’où la liste des fermetures de stations s’allongera dans les prochaines années. Dans un rapport publié en février 2024, la Cour des comptes a estimé que seules « quelques stations » pourront espérer poursuivre leur exploitation après 2050, compte tenu de l’impact du réchauffement planétaire. Là encore, les propos de la Cour des Comptes sont tempérés par Domaines skiables de France, la chambre professionnelle des opérateurs des stations de sports d’hiver qui met en avant des techniques comme le damage des pistes ou l’utilisation de neige artificielle qui devraient permettre à une large majorité des stations de poursuivre leurs activités au-delà de 2050. Ce qu’omet de dire le directeur de cette chambre, c’est que la production de neige artificielle à des températures positives est extrêmement coûteuse et énergivore, et néfaste pour l’environnement.

Dans une note publiée en octobre 2025, Météo-France résume les conséquences attendues du réchauffement climatique dans les montagnes d’ici la fin du siècle. L’institut y explique que le nombre de jours de neige, qui a déjà baissé de plusieurs semaines par rapport à la fin du 20ème siècle, devrait continuer de décroître fortement dans les prochaines décennies sur les massifs français.

Arrivera un jour où les enneigeurs ne suffiront plus à subvenir aux besoins des stations de sports d’hiver (Photo: C. Grandpey)

Fonte des glaciers alpins : une vidéo qui décoiffe !

Juergen Merz, un photographe, a réalisé une animation vidéo choc qui montre en accéléré l’évolution des glaciers des Alpes sur un peu plus d’un siècle. Pour parodier la réplique d’un film culte, « c’est du brutal ! »

En collaboration avec un glaciologue et un réalisateur vidéo, le photographe spécialisé dans les glaciers a assemblé une série d’images prises entre 1875 et 2024. L’équipe a ensuite utilisé l’intelligence artificielle pour animer le retrait progressif de la glace au fur et à mesure de l’évolution du climat. Les images montrent le changement radical de glaciers suisses et européens en l’espace d’environ 140 ans.

L’accélération du réchauffement climatique est si rapide qu’au cours des deux dernières années, les glaciers suisses ont perdu plus de 10 % de leur volume total. C’est ce qu’a constaté l’Académie suisses des sciences.. Ce qui prenait avant des siècles, prend maintenant quelques dizaines d’années.

Les glaciers des Alpes sont ceux qui fondent le plus vite dans le monde, mais le phénomène est constaté sur la quasi-totalité des glaciers du monde. Selon le CNRS, depuis l’an 2000, les glaciers du globe ont perdu 5 % de leur volume initial et 273 milliards de tonnes de glace disparaissent chaque année.

Les glaciers des Alpes sont ceux qui ont le rythme de fonte le plus élevé du monde. Ils ont perdu 40 % de leur volume en moins d’un quart de siècle. Si on compare les Alpes avec l’Himalaya, la fonte est beaucoup plus visible chez nous car le massif alpin culmine à 4810 mètres contre 8848 mètres pour la chaîne himalayenne. Même si les glaciers fondent jusqu’à la même altitude dans ces deux régions du monde, il est bien évident que la fonte est plus visible et plus spectaculaire dans nos Alpes.

En cliquant sur ce lien vous verrez l’animation réalisée par le photographe. À titre personnel, mon attention a été attirée par la glacier du Rhône que j’ai vu fondre et disparaître de la vue depuis les années 1980.

https://twitter.com/i/status/1991271950149198118

Source : Futura Sciences.

Le Glacier du Rhône en 1981…..

.…et aujourd’hui (Photos: C. Grandpey)

Le glacier Blanc (Parc des Écrins) face au réchauffement climatique en 2025

Comme je l’ai indiqué précédemment, octobre 2025 a été le troisième mois d’octobre le plus chaud de l’histoire et l’année 2025 va probablement occuper la même place. Il n’est donc pas surprenant que nos glaciers continuent à fondre.

Le Parc National des Écrins a diffusé son bilan pour le Glacier Blanc. Après un hiver moyennement enneigé et un été oscillant entre canicule et fraîcheur, la fonte du glacier Blanc s’est poursuivie en 2025, avec une perte de glace estimée à 0,73 mètre d’eau. Ce déficit est proche de la moyenne des 25 années d’observation du glacier.

Photo: C. Grandpey

Du fait de l’arrivée d’une vague de forte chaleur en début d’été, la fonte du glacier Blanc en 2025 a commencé de manière très précoce et a tout de suite été très intense. Elle a été fortement ralentie à la faveur d’une deuxième quinzaine de juillet particulièrement fraîche avec de la neige en altitude au-dessus de 2500 m. La fonte a ensuite repris, à nouveau de manière intense vers la mi-août, pour s’arrêter progressivement vers la fin septembre à la faveur des premières chutes de neige automnales.

Photo: C. Grandpey

S’agissant de la zone d’accumulation, donc de la source du glacier, l’hiver 2025 a été marqué par des chutes de neige moyennes et irrégulières. Avec une accumulation équivalant à 1,73 m d’eau environ, l’enneigement du glacier Blanc au printemps 2025 constitue une année moyenne. À noter que ce stock de neige s’est avéré propre et blanc, sans apport de sable saharien susceptible de teinter la neige et d’accélérer sa fonte. De ce fait, malgré une canicule particulièrement précoce et longue, le manteau neigeux a plutôt bien résisté et, à la faveur d’un mois de juillet plus frais, le glacier a gagné une couverture neigeuse estivale modérée qui a certainement limité sa fonte face à la seconde vague de chaleur à la mi-août. La perte de masse, systématique depuis 10 ans, du glacier se trouve ainsi dans la moyenne des 25 années de mesure avec une fonte équivalent à 2,46 m d’eau environ.

Photo: C. Grandpey

Malheureusement, la valeur d’accumulation moyenne est loin de compenser celle de la fonte du glacier et le glacier a basculé vers un bilan déficitaire lors de la première quinzaine d’août. Malgré cela, le Glacier Blanc reste globalement dans la moyenne des 25 années de suivi.

Comme lors des années précédentes, le front a évolué de manière hétérogène du fait de sa position enchâssée dans une gorge rocheuse : recul de 4 m en 2021, 30 m en 2022, 1,7 m en 2023 et 16 m en 2024. Le recul annuel en 2025 est de 17 mètres et le front du glacier se trouve ainsi toujours aux alentours de 2650 m d’altitude.

Source : Parc national des Écrins

Grâce aux instruments installés par le Parc national des Écrins, on peut observer en vidéo le mouvement du glacier Blanc au fil des saisons.

https://youtu.be/66WCjBN9xAA