Risque de tsunami en Alaska (rappel) // Tsunami hazard in Alaska (reminder)

Dans une note intitulée «Risque de tsunami en Alaska», publiée le 25 mai 2020, j’ai attiré l’attention sur le glacier Barry, à 90 km à l’est d’Anchorage, l’un des nombreux glaciers d’Alaska qui viennent vêler dans la mer. J’expliquais que les scientifiques ont découvert que le glacier Barry – qui se jette dans le Prince William Sound – pourrait provoquer un glissement de terrain et un tsunami catastrophiques dans les prochaines décennies. Le port de Whittier, qui se trouve à proximité, pourrait être menacé. Je vous invite à lire à nouveau ma note qui donne plein de détails sur la situation:
https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/05/25/risque-de-tsunami-en-alaska-tsunami-hazard-in-alaska/

Un article qui vient de paraître sur le site Web The Watchers confirme qu’un important glissement de terrain dans la région de Barry Arm pourrait générer un  puissant tsunami. Les dernières observations confirment elles aussi qu’un tel événement générerait 11 fois plus d’énergie et entraînerait 16 fois plus de matériaux que le glissement de terrain de Lituya Bay en 1958, qui a déplacé 40 millions de mètres cubes de terre et déclenché une vague de 510 m de hauteur, considérée comme la plus haute de l’histoire moderne.
Des fractures ont été observées sur une falaise surplombant le fjord de Barry Arm début 2019, mais on n’a relevé aucun indice annonçant un glissement de terrain imminent. Cependant, un peu plus tard dans l’année, l’analyse d’un ensemble de données haute résolution a révélé que tout le flanc de la montagne à proximité du glacier Barry se déplaçait lentement.

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In a post entitled “Tsunami hazard in Alaska”, released on May 25th, 2020, I drew attention to the Barry Glacier, 90 km east of Anchorage, one of the numerous Alaskan glaciers that end up calving in the sea. I explained that scientists have discovered that the Barry Glacier – which calves into Prince William Sound – is increasing the risk of a catastrophic landslide and tsunami within a few decades. Whittier, which lies a short distance away, might be under threat. I invite you to read again my post which gives plenty of details about the situation:

https://claudegrandpeyvolcansetglaciers.com/2020/05/25/risque-de-tsunami-en-alaska-tsunami-hazard-in-alaska/

An article on the website The Watchers confirms that a massive landslide in Barry Arm area might generate a mega-tsunami. Recent research findings show that the collapse would generate 11 times more energy and release 16 times more debris than the 1958 Lituya Bay landslide which dropped 40 million cubic metres of land, and triggered a 510 m wave believed to be the tallest in modern history.

Some fractures were observed on a cliff overlooking the Barry Arm fjord in 2019, but there was no strong evidence of an impending landslide. However, analysis of a high-resolution dataset later that year revealed that the entire mountainside near Barry Glacier was slowly moving.

Vue satellite du fjord de Barry Arm en 2020 (Source : NASA)

Vue des glaciers de la région (Photo : C. Grandpey)

Les inondations glaciaires de Lituya Bay (Alaska) // Glacial floods in Lituya Bay (Alaska)

Lituya Bay est un fjord situé sur la côte sud-est de l’Alaska. Il mesure 14,5 km de long et 3,2 km à son point le plus large. La baie a été mentionnée en 1786 par Lapérouse, qui l’a baptisée Port des Français. Vingt et un de ses hommes ont péri quand un tsunami s’est déclenché dans la baie alors qu’ils tentaient d’en cartographier l’entrée. Lituya Bay a toujours eu la réputation d’un endroit dangereux. Les marées hautes peuvent faire s’élever de 3 mètres le niveau de l’eau et les courants à l’entrée de la baie peuvent atteindre une vitesse de près de 10 km/h. Lituya Bay a également subi plusieurs tsunamis, en 1854, 1899 et1936. Les habitants du sud-est de l’Alaska ne sont pas près d’oublier le séisme de 1958 qui a tué cinq personnes. Il a déclenché un glissement de terrain qui a généré l’un des plus puissants tsunamis au monde, avec une vague d’une hauteur d’au moins 510 mètres.
En août 2020, à l’occasion de la première journée de la saison de pêche au chinook (le plus grand de tous les saumons du Pacifique), un pêcheur de Sitka était dans son bateau avec ses deux petits-fils. Il s’apprêtait  à profiter de la marée dans la baie pour y jeter l’ancre pour la nuit. Il fut surpris de constater que le courant s’était inversé. L’eau était boueuse, pleine d’arbres et d’autres débris. En plus, il y avait des icebergs partout dans la baie.
En regardant les images satellites (voir ci-dessous), un géologue du National Park Service a constaté des changements importants dans le delta de la rivière qui passe entre le Lituya Glacier et Lituya Bay. Les chenaux dans lesquels circule normalement l’eau de fonte du glacier vers l’océan ne présentaient plus leur morphologie habituelle. Les anciens chenaux avaient disparu et de nouveaux s’étaient formés à des endroits différents. En fait, ce que l’on voyait sur les images satellites n’était autre que la conséquence de la rupture d’un barrage glaciaire avec libération d’un énorme volume d’eau. Ce phénomène de crue glaciaire a été baptisé jökulhlaup par les Islandais.
Ce qui s’est passé dans Lituya Bay est assez facile à expliquer. Juste au-dessus du Lituya Glacier se trouve la Vallée de la Désolation qui héberge un lac de 10 kilomètres carrés qui recueille les eaux de fonte de Desolation Glacier et Fairweather Glacier à proximité. Le Lituya Glacier joue normalement le rôle de barrage et retient l’eau du lac. Suite à la rupture de ce barrage, une énorme quantité d’eau, de débris et de glace s’est précipitée vers l’aval. Le débit horaire moyen peut être semblable à celui de l’Amazone. La quantité d’eau représente environ 20 fois le volume libéré par le glacier Mendenhall dans le Suicide Basin près de Juneau quand se produit un tel événement chaque été. C’est la raison pour laquelle Lituya Bay peut devenir un endroit mortel.
Les images satellites archivées et les observations précédentes montrent que ce n’est pas la première fois que le phénomène se produit. En raison du changement climatique et de la fonte plus rapide des glaciers, une répétition de ces crues glaciaires est très probable à l’avenir. L’étude de la bathymétrie au cours des dernières décennies permettra de voir s’il y a eu des changements notables du niveau d’eau. Ces données permettront de repérer les zones sujettes aux glissements de terrain subaquatiques, aux mini tsunamis ou à tout autre événement dans Lituya Bay.
Source: Anchorage Daily News.

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Lituya Bay is a fjord located on the coast of the south-east part of Alaska. It is 14.5 km long and 3.2 km wide at its widest point. The bay was noted in 1786 by Jean-François de Lapérouse, who named it Port des Français. Twenty-one of his men perished in the tidal current in the bay while trying to chart the entrance to the bay.. Lituya Bay has always be known as a dangerous place. It is known for its high tides, which have a range of approximately 3 metres. Tidal currents in the entrance may reach a speed of nearly 10 km/h. Lituya Bay is also famous for several tsunamis, in 1854, 1899, 1936. Southeast Alaska residents remember the 1958 earthquake that killed five people. It triggered a rockfall in the bay that generated one of the world’s tallest tsunamis, at least 510 metres tall.

During the first day of the August 2020 chinook (the largest of all Pacific salmon) season, a Sitka commercial fisherman was out in his boat with his two grandsons preparing to ride the flood tide into the bay to anchor up for the night. Instead, the current was flowing out, the other way. The water was muddy, full of trees and other debris. And icebergs could be seen everywhere into the bay.

Looking at satellite images (see below),a geologist with the National Park Service, saw significant changes with the braided river delta between Lituya Glacier and Lituya Bay. The active channels that normally carry meltwater from the glacier down to the ocean had been completely revamped. Pre-existing channels were gone and new channels have formed in other places. What ha saw on the images was the aftermath of a glacial dam release, a phenomenon called jökulhlaup in Iceland.

What happened is quite easy to explain. Just above Lituya Glacier is Desolation Valley. In it, a 10-square-kilometre lake is collecting meltwater from other nearby Desolation and Fairweather glaciers. Lituya Glacier normally acts as a dam, holding the lake’s water in place. With the rupture of the dam, an enormous amount of water, debris and ice was released downstream. The average hourly discharge may be similar to that of the Amazon River. The amount of water is roughly 20 times the volume released by Mendenhall Glacier from Suicide Basin near Juneau in a similar event every summer. This is the reason why Lituya Bay can be a deadly place to be.

Archived satellite images and previously reported observations suggest this was not the first time rhe phenomenon had happened. Because of climate change and faster glacier melting, an acceleration is highly likely. The study of the bathymetry over the past decades will allow to see if there was any noticeable changes in the water level. Thisdata will help discover areas prone to underwater landslides, mini tsunamis, or any other events in Lituya Bay.

Source: Anchorage Daily News.

Carte de localisation de Lituya Bay (Source : ADN)

Image satellite montrant Lituya Bay, Lituya Glacier, et Desolation Lake avant et après l’événement d’août 2020 (Source : NASA)

Formation d’un barrage glaciaire dans Lituya Bay (Photo : C. Grandpey)

Zone d’accumulation du glacier Fairweather (Photo : C. Grandpey)

Les glaciers à Limoges le 13 octobre 2020 !

Je présenterai le mardi 13 octore 2020 une conférence intitulée « Glaciers en péril – Les effets du changement climatique » dans le cadre de l’UTA de Limoges ( Haute-Vienne. Elle aura lieu à 15 heures à lEspace Simone Veil, 7 rue de la Providence.

Tempêtes, glissements de terrain et autres catastrophes naturelles se multiplient. Elles sont souvent la conséquence du changement climatique.
Lors de ses voyages à travers le monde pour étudier les phénomènes volcaniques, j’ai eu l’occasion de parcourir des terres nordiques – en particulier l’Islande, le Canada et l’Alaska – et de me rendre compte de l’impact du réchauffement climatique sur les glaciers. L’approche terrestre et les survols ne laissent pas le moindre doute sur leur recul. Plus près de nous, dans les Alpes, les glaciers sont en passe de devenir une espèce en voie de disparition.
Aucun continent ne semble épargné, pas plus l’Afrique et les neiges du Kilimandjaro que l’Asie avec la chaîne himalayenne. Une prise de conscience est urgente, faute de quoi notre société sera confrontée à de graves problèmes.
Mon exposé se poursuivra avec un diaporama d’une vingtaine de minutes, en fondu-enchaîné sonorisé, illustrant la situation glaciaire en Alaska.

A l’issue de la séance, les spectateurs pourront se procurer mon dernier ouvrage « Glaciers en péril, les effets du réchauffement climatique », avec un CD de 160 photos. Prix de vente : 10 euros.

Photo : C. Grandpey

Nouveau risque d’effondrement du glacier de Planpincieux (Val d’Aoste)

Avec les vagues de chaleur à répétition depuis le début de l’été 2020, et qui font suite à celles des étés précédents, les glaciers alpins sont fragilisés et certains menacent de s’effondrer. C’est le cas du glacier de Planpincieux (Val d’Aoste) qui avait déjà inquiété les autorités l’an dernier (voir mes notes du 25 septembre et 6 octobre 2019). Il avait déjà menacé de s’effondrer partiellement, sur une portion de près de 250.000 mètres cubes. Le glacier est situé sur les Grandes Jorasses, sur le territoire de la commune de Courmayeur, dans la partie italienne du massif du Mont Blanc,

Le 5 août 2020 au soir, les autorités italiennes ont été alertées par des mouvements sur le glacier de Planpincieux. À la suite de l’épisode de canicule, une fracture est apparue dans le glacier durant ces dix derniers jours. De ce fait, dans le Val Ferret, jusqu’à 500 000 mètres cubes de glace menacent 300 mètres de route et une trentaine d’habitations. Le 6 août au matin, la commune de Courmayeur a décidé d’évacuer la zone. Une quinzaine d’habitants permanents et une cinquantaine de touristes ont quitté leur logement. Ils ont été accueillis au centre sportif de Dolonne, dans la salle polyvalente. La route communale du Val Ferret a été coupée à partir de l’intersection du hameau de Meyen. La circulation est également interdite aux piétons. Seuls les véhicules de secours peuvent passer. La zone est sous la surveillance d’un radar Doppler.

Les autorités italiennes pensent que l’évacuation ne devrait durer que 3 à 4 jours. Quand le thermomètre s’abaissera, le risque d’effondrement du glacier de Planpincieux devrait redescendre. En attendant, il faudra surveiller très sérieusement le glacier pendant les journées de canicule à venir.

Source: Presse française et italienne.

Vue du glacier de Planpincieux, sur la face sud des Grandes Jorasses (Crédit photo: Wikipedia)