Ils sont devenus fous !

Montclar Les 2 Vallées (Alpes-de-Haute-Provence) est une station de ski entre Gap et Barcelonnette. Elle se situe à 1325 mètres d’altitude et, comme beaucoup de stations de moyenne montagne, elle connaît un déficit d’enneigement. Elle annonce seulement 10 cm de neige en bas des pistes et 155 cm en haut du domaine skiable.

Pour pallier le manque de neige en bas de son domaine skiable, la station de Montclar a fait appel à un hélicoptère pour acheminer de la neige du haut vers le bas de ses pistes. Le but de l’opération est de satisfaire les clients et leur permettre de regagner le bas du domaine.
L’hélicoptère a été mobilisé le 28 décembre 2019 pour faire des allers-retours entre un plateau en altitude et le bas du domaine afin de combler les 200 mètres cubes manquants. L’appareil a effectué près de 80 rotations à raison de trois mètres cubes de neige par rotation. Le prix de la plaisanterie s’élève à 8000 euros la journée.

Les responsables de la station n’ont que faire des critiques environnementales ; c’est l’économie, donc le fric avant tout. L’enjeu financier de la deuxième semaine des vacances de Noël est chiffré à environ 150 000 euros par l’exploitant des remontées mécaniques, et 900 000 euros pour les socio-professionnels de la vallée.

D’autres solutions ont été envisagées, mais elles n’ont pas semblé assez séduisantes pour maintenir la clientèle dans la station de Montclar.

Source : Presse alpine.

Ce qui me rassure dans cette histoire, c’est que le réchauffement climatique va continuer à s’accélérer et dans très peu de temps il n’y aura plus assez de neige en haut du domaine skiable de Montclar pour alimenter le bas des pistes. Les canons à neige – autre investissement à perte – ne pourront pas fonctionner eux non plus car la température ne sera pas suffisamment basse. Encore un peu de patience et vous verrez que l’hélicoptère sera forcé de rester au garage !

Pistes de ski de Montclar vues par la webcam le 1er janvier 2020. Pas sûr que la neige acheminée par hélicoptère suffise à combler le déficit. Pas de chutes de neige prévues dans les prochains jours…

Mike Horn, témoin de la fonte de l’Arctique // Mike Horn, a witness to the melting of the Arctic

La très longue expédition de Mike Horn et de Borge Ousland dans l’Arctique vient de se terminer. Les deux aventuriers ont enfin accosté à Tromso, un port du nord de la Norvège. Comme je l’ai indiqué précédemment, cette expédition aurait pu se terminer très mal à cause des changements subis par l’Arctique sous les assauts du réchauffement climatique. Au lieu d’être ferme et solide comme prévu, la glace dérivait et Mike Horn a failli se noyer lors d’une chute dans l’eau glacée. Les deux hommes ont été jusqu’à l’extrême limite de leurs forces. Par manque de nourriture, ils ont été récupérés dans un état d’épuisement très avancé. Le voyage à ski à travers l’Arctique  devait s’achever mi-novembre, mais les deux aventuriers ont été confrontés à des glaces instables. Paradoxalement, le bateau envoyé pour les secourir est resté bloqué trois semaines dans les glaces.

A l’issue de cette aventure, Mike Horn a expliqué qu’il avait rencontré des difficultés liées au changement climatique qu’il n’avait pas anticipées. Sans être moralisateur, il souhaite faire comprendre l’urgence de la situation : « On ne s’en rend pas compte car, autour de chez nous, l’impact sur l’environnement est moins important. Moi je suis tout simplement un témoin. Mon terrain de jeu est en train de changer. Ça change tellement vite ! On n’a pas vu un seul ours polaire depuis trois mois ».

Les paroles de Mike Horn me vont droit au cœur car c’est le langage que je tiens lors de mes conférences. Ayant eu la chance de pouvoir observer les glaciers du Groenland et côtoyer ceux d’Alaska, je n’ai de cesse de répéter que ce qui se passe dans l’Arctique est un désastre. Certes, les glaciers fondent dans les Alpes et la disparition du permafrost de roche fait s’effondrer des pans entiers de montagnes, mais la vitesse de fonte dans l’Arctique est d’une autre ampleur. Les belles paroles d’Emmanuel Macron dans ses vœux de fin 2019 sont encourageantes, mais je ne suis pas certain qu’il ait pris – ou voulu prendre – conscience de la catastrophe environnementale qui nous guette.

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Mike Horn and Borge Ousland’s very long Arctic expedition has just ended. The two adventurers finally docked at Tromso, a port in northern Norway. As I mentioned earlier, this expedition could have ended very badly because of the changes undergone by the Arctic because of global warming. Instead of being firm and solid as expected, the ice was drifting and Mike Horn almost drowned when he fell in the icy water. The two men were at the extreme limit of their strength. Due to lack of food, they were recovered in a very advanced state of exhaustion. The ski trip across the Arctic was to end in mid-November, but the two adventurers were faced with unstable ice. Paradoxically, the boat sent to rescue them remained stranded for three weeks in the ice.
At the end of this adventure, Mike Horn explained that he encountered difficulties related to climate change which he had not anticipated. Without being moralistic, he wishes to make people understand the urgency of the situation: « We don’t realize it because, around our home, the impact on the environment is less significant. I am simply a witness. My playground is changing. It’s changing so fast! We haven’t seen a single polar bear in three months. »
Mike Horn’s words go straight to my heart because it’s the language I speak at my conferences. Having had the opportunity to observe the glaciers of Greenland and travel along those of Alaska, I keep saying that what is happening in the Arctic is a disaster. Glaciers are melting in the Alps, and the disappearance of rock permafrost is causing entire swathes of mountains to collapse, but the rate of melting in the Arctic is occurring at another scale. Emmanuel Macron’s nice words in his New Year’s wishes are encouraging, but I am not sure that he has become – or wanted to be – axare of the environmental catastrophe that awaits us.

Photo: C. Grandpey