Le point sur les sargasses à la Martinique

Je viens de passer plusieurs jours à la Martinique et, entre mes conférences, je me suis rendu sur la côte atlantique de l’île pour me rendre compte de la situation concernant les sargasses. Au cours d’une première visite en mars 2018, j’avais été particulièrement impressionné par la gêne que ces algues causaient à la population.

Comme je l’ai expliqué à l’époque, les sargasses sont des algues brunes qui dérivent en nappes. Le nom « sargasse » vient de l’espagnol « sargazo » qui signifie « varech. ».Elles tirent leur origine de la Mer des Sargasses. Ces algues vivent en pleine mer, dans la mer du même nom, aux larges des côtes est des Etats-Unis. Cependant, on a également découvert une forte présence au nord-est du Brésil. Ces énormes amas d’algues brunes sont transportés par les courants marins de l’océan atlantique et certains bancs viennent échouer en Martinique. A noter que cette île – qui est également un département français; il serait bien que les autorités de la métropole ne l’oublient pas! – n’est pas la seule à être touchée. Ses voisines (Guadeloupe, Dominique, Saint Barth…) le sont aussi.

Le phénomène des sargasses n’est pas récent, mais il a tendance à s’amplifier. Plusieurs explications sont données par les scientifiques. Une relation semble établie entre la déforestation amazonienne ainsi que l’utilisation massive d’engrais dans l’agriculture brésilienne. Ces deux phénomènes cumulés participent au rejet de nitrates dans le fleuve Amazone qui se jette ensuite dans l’Atlantique. Les sargasses se nourrissent de ces nitrates et plus on les alimente, plus elles prolifèrent. L’élévation de la température des océans suite au réchauffement climatique est une autre cause probable de la récente prolifération des sargasses.

Quand les sargasses sont dans l’eau ou lorsqu’elles sont sèches, elles ne présentent pas de danger particulier pour la santé. En revanche, c’est quand elles s’échouent en masse sur les plages qu’elles peuvent devenir dangereuses. Une fois échouées, elles meurent et entrent en putréfaction, processus pendant lequel elles dégagent du sulfure d’hydrogène (H2S) et de l’ammoniac (NH3). Ces gaz peuvent provoquer des nuisances sanitaires telles que des maux de tête, des troubles olfactifs ou encore des irritations de la gorge et des yeux. Il est également fait état d’évanouissements. Les gaz émis par la décomposition des algues attaquent les peintures des maisons, sans oublier les matériels électroniques et informatiques. C’est la concentration de ces gaz dans l’air ambiant qui génère un risque et des gênes plus ou moins importantes. Le danger vient d’une longue exposition à des taux élevés.

Voici une carte de surveillance des sargasses en Martinique:

(Source : Madininair)

Les touristes qui viennent à la Martinique ne doivent toutefois pas s’affoler car la situation est loin d’être aussi catastrophique qu’il y parait. D’une part, il existe des plages sans sargasses. D’autre part, les arrivages ne sont pas constants et varient d’un jour à l’autre. Enfin, la côte caraïbe est beaucoup moins exposée aux algues que son homologue atlantique.

Concrètement, on peut distinguer 4 zones en Martinique pour les sargasses sur les plages:

– Échouages très fréquents: la côte Atlantique de la Martinique est particulièrement touchée. De Sainte Anne jusqu’au Robert en passant Le Marin, Le Vauclin, Le François mais aussi Le Marigot.

– Échouages fréquents: de Sainte Luce au Diamant mais aussi Sainte Marie, La Trinité et Tartane.

– Échouages peu fréquents: la zone entre Sainte Luce et Sainte Anne, les petits salines, et quelques baies protégées de Tartane. La zone du Lorrain jusqu’à Macouba et Le Carbet.

– Échouages rares ou nuls: la côte caraïbe en général.  .

Cette liste est loin d’être exhaustive et, comme je l’ai écrit précédemment, la situation est très changeante d’un jour à l’autre.

Comme d’habitude, la métropole a été lente à réagir devant le problème des sargasses. Actuellement, les algues échouées sont collectées et ensuite transformées en compost. Lors de mon séjour à la mi août 2019, j’ai trouvé que la situation s’était améliorée au Vauclin, à la Pointe Faula en particulier, où elle était catastrophique en mars 2018. Certes, il y a encore des sargasses sur le littoral (voir les photos ci-dessous), mais l’odeur est moins pestilentielle A noter qu’une structure a été installée pour empêcher les sargasses d’envahir trop rapidement le littoral qui est un très agréable site de baignade.

Vues des sargasses à la Pointe Faula:

Structure destinée à freiner les invasions de sargasses:

Photos: C. Grandpey

Coup de pub !

En recherchant des informations complémentaires sur la situation des sargasses à la Martinique, je viens de découvrir un joli coup de pub pour mes conférences dans la presse locale. J’avais été contacté par un journaliste qui voulait en savoir un peu plus sur ma personne et mes activités. Je comprends mieux pourquoi les conférences ont rencontré du succès…

J’en profite pour remercier une nouvelle fois la Collectivité Territoriale de Martinique de m’avoir fait confiance.

https://la1ere.francetvinfo.fr/martinique/conferencier-claude-grandpey-explique-processus-rencontre-plaques-tectoniques-supervolcans-738370.html

Un grand merci à la Maison des Volcans de Morne-Rouge et au CDST de St Pierre de m’avoir accueilli dans leurs murs (Photo: C. Grandpey)